Étiquette : XXe siècle

  • Appel à Contribution – Colloque « Rythmes du monde dans la poésie de Pierre Dhainaut »

    Appel à contribution

    Colloque en langue et littérature françaises XXe et XXIe siècles

    Rythmes du monde dans la poésie de Pierre Dhainaut.

    Sous la direction de Jérôme Hennebert (ALITHILA / THALIM)

    Sabine Dewulf et Sabine Zuberek-Kotlarczik

    (Université de Lille, laboratoire)

    (17-18 octobre 2025)

    17 octobre 2025, bâtiment F, « Maison de la recherche ».

    18 octobre 2025, Bibliothèque municipale de Lille Jean Levy.

    Pierre Dhainaut, né à Lille en 1935, est une des grandes voix poétiques contemporaines. De nombreux dossiers sur le poète sont déjà parus dans différentes revues. Deux monographies, l’une de Jean Attali, l’autre de Sabine Dewulf, constituent une remarquable introduction à son œuvre. Robert Sabatier fut l’un des premiers à saluer le lyrisme de Pierre Dhainaut : « Avec Dhainaut, les mots nous paraissent plus purs et plus lumineux, les paysages de la nature et de la vie faisant un beau mariage avec le chant profond » (Robert Sabatier, Histoire de la poésie française, La Poésie du XXe siècle, tome 3 « Métamorphoses et et modernité, Paris, Albin Michel, 1988, p. 617). Le colloque organisé par l’Université de Lille sera la seconde manifestation scientifique d’envergure sur l’œuvre de Pierre Dhainaut, à la suite du colloque Pierre Dhainaut, la passion du précaire organisé par l’Université de la Sorbonne en 2007.

    Lire un poème de Pierre Dhainaut est une heureuse tentative de respiration pour contrer l’asphyxie du monde contemporain. Gérard Farasse, dans la notice qu’il a consacrée au poète flamand, le reformule en ces termes :

    Plutôt qu’inspiration, sa poésie est respiration, accord et contagion des souffles, échange entre un dehors et un dedans. Elle est recherche d’un équilibre toujours à retrouver entre soi et le monde, soi et les autres, soi et la langue. […] Le poème ne résonne qu’à condition de devenir l’espace de la réconciliation. (Michel Jarrety dir., Dictionnaire de poésie de Baudelaire à nos jours Paris, PUF, 2001, p. 203)

    Si la poésie moderne et contemporaine prétend accéder à une certaine vérité de l’être, celle de Pierre Dhainaut révèle sensiblement une relation autre et authentique au monde une « réconciliation » ‒ loin du rythme effréné de nos vies actives.

    Au fil de promenades à travers les paysages du Nord, les montagnes de la Grande Chartreuse ou les terres de l’Aubrac, la poésie de Pierre Dhainaut sert de viatique au lecteur pour s’intérioriser et s’interroger. Cette œuvre lyrique, initiée dans la mouvance du surréalisme puis rapidement ancrée dans « l’acte et le lieu » de l’existence (Yves Bonnefoy), est traversée par la puissance d’un souffle mesuré. L’air, souvent thématisé par le poète, y circule en effet entre des séquences de vers blanchies pour que le lecteur respire, s’apaise, et se sente mieux vivre.

    Plus encore, cette œuvre poétique, dans la lignée de celles qui ont marqué la fin du XXe siècle, soulève un questionnement fondamental : celui de l’essence même de ce que nous appelons le monde réel. En effet, la langue de Pierre Dhainaut délivre les grandes forces qui animent celui-ci (la naissance et la mort, la matière et l’esprit, le mouvement et l’immobilité, le passage et la continuité…) de leurs contradictions apparentes pour manifester le mystère de leur complémentarité. Ne nous méprenons pas : ses poèmes ne se contentent pas de célébrer le monde ; le souffle qui les parcourt témoigne d’une possibilité d’être au monde d’une manière radicalement neuve. Notre rapport à l’univers s’en trouve bousculé et notre raison, battue en brèche.

    L’objectif du colloque Rythmes du monde dans la poésie de Pierre Dhainaut vise non seulement à partager la joie d’écrire d’un poète majeur de notre époque, mais surtout à interroger la multiplicité de ses rythmes, en lien avec la radicalité de sa vision du monde. Sur quelles cadences cette poésie accomplit-elle la présence au monde ? Comment les choix rythmiques du poète, avec ou sans le souvenir du mètre, favorisent-ils la connaissance poétique ? Le rythme, qu’il soit accentuel, métrique ou typographique, est-il un facteur d’équilibration ? Introduit-il au contraire un désordre mélodique et / ou visuel nécessaire à l’expression des difficultés d’être du sujet lyrique ? Rend-il plus solennel le rapport à soi et au monde ? La diversité formelle des poèmes de Pierre Dhainaut nous invite en conséquence à reconsidérer les différents rythmes à l’œuvre.

    Le rythme est un mouvement organisateur de l’écriture au secours du sens du poème, conformément à son étymologie : du latin rythmus, via le grec ruthmos « proportions régulières », puis par glissement sémantique « manière d’être », comme l’a rappelé Michèle Aquien dans son Dictionnaire de poétique (Paris, Le Livre de poche, 1993, p. 252). L’analyse du flux rythmique (le même et le différent ; le continu et le discontinu) explique comment se déploie la signification du poème. Si Gérard Dessons et Henri Meschonnic ont également défini le rythme comme « l’organisation du mouvement de la parole par un sujet » (Traité du rythme, Paris, Dunod, p. 28), ceux-ci ont toutefois montré que l’étude des cadences personnelles n’a rien en commun avec le psychologisme.

    Considérant l’évolution des formes poétiques, Michèle Aquien conclut que :

    […] l’analyse du rythme ne peut se faire tout à fait de la même manière pour la poésie moderne non mesurée et pour la poésie traditionnelle ; il est à chercher ailleurs que dans les codes de la versification : dans le nombre et dans la forme, dans le rapport entre la lettre, le phonème, la syllabe, le mot, et l’espace dans lequel ils figurent. (op. cit., p. 258).

    Dès lors, les propositions de communication porteront entre autres sur la pratique des formes brèves (haïku etc.), sur les figures de répétition, sur les blancs typographiques et les usages poétiques de la ponctuation, sur la résurgence de la rime et du mètre dans le contexte du vers libre, sur les discordances syntaxiques en fin de ligne, sans oublier la périodicité expressive des interrogations et des aphorismes, caractéristiques de la langue de Pierre Dhainaut. Sur le plan thématique, des études complémentaires à l’approche stylistique pourront porter sur les motifs du ressac, de la marche, ou de la respiration qui se rapportent principalement au rythme du sujet en prise avec le monde, sans oublier la complémentarité entre la poésie et l’image dans les livres d’artiste.

    Les propositions de communication de deux pages maximum, assorties d’une notice biographique,  seront adressées à Jérôme Hennebert (jerome.hennebert@univ-lille.fr), Sabine Dewulf (sabdew@gmail.com) et Sabine Zuberek-Kotlarczik (sabine.kotlarczik@gmail.com) jusqu’au 30 juin 2025. Les actes du colloque seront publiés grâce au soutien du laboratoire ALITHILA.

    Participation au colloque : 40 euros (20 euros pour les doctorants)

    Comités

    Comité organisateur :

    • Jérôme Hennebert, Maître de conférences à l’Université de Lille,
    • Sabine Dewulf,
    • Sabine Zuberek-Kotlarcszik (professeurs agrégés, Association Pierre Dhainaut),
    • Jean-Jacques Vandewalle (conservateur du fonds Pierre Dhainaut, Bibliothèque Municipale de Lille).

    Comité scientifique :

    • Vincent Vivès, Professeur à l’Université Polytechnique des Hauts-de-France à Valenciennes,
    • Dorottya Szávai, maître de conférences HDR à l’Université ELTE de Budapest,
    • Sarra Ladjimi MALOUCHE, Maître de conférences à l’Université de Carthage.

    Bibliographie indicative

    Quelques études de référence :

    Attali Jean, Pierre Dhainaut, textes inédits, Rodez, Éditions du Rouergue, collection « Visages de ce temps », 1986.

    À travers les commencements, entretiens de Pierre Dhainaut et de Patricia Castex Menier, Paris, Paroles d’aube, 1998.

    Bishop Mickael, Dystopie et poiëin, agnose et reconnaissance – Seize études sur la poésie française et francophone,« Pierre Dhainaut, changeant, échangeant », Rodopi, Amsterdam, New York, 2014, p. 119-131.

    Bonhomme Béatrice, « Au dehors, le secret : Pierre Dhainaut ou le rythme d’un paradoxe »dans Corps, Poésie, esthétique, Perpignan, Presses universitaires de Perpignan, coll. « Études », 2016, p. 319-329.

    Castex Menier Patricia : « Du poème au corps d’amour », Courrier du Centre international d’études poétiques, n° 119-120, Bruxelles, 1977.

    Dewulf Sabine, Pierre Dhainaut, avec une anthologie, Montreuil-sur-Brèche, Éditions des Vanneaux, collection « Présence de la poésie », 2008.

    Dewulf Sabine, En regard, à l’écoute – La poésie de Pierre Dhainaut à travers ses livres d’artiste, catalogue d’exposition, Lille, Ville de Lille et éditions Invenit, 2021.

    FarasseGérard « Pierre Dhainaut », Dictionnaire de POESIE de Baudelaire à nos jours, Michel Jarrety dir., Paris, PUF, 2001, p. 203-204.

    Zuberek Sabine, « L’usage des guillemets dans la poésie de Pierre Dhainaut », Recours au poème, septembre 2024.

    Sabatier Robert, « Pierre Dhainaut », La Poésie du vingtième siècle – 3. Métamorphoses et Modernité, Paris, Albin Michel, 1988, p. 615-617.

    Les dossiers consacrés à Pierre Dhainaut en revue depuis les années 2000 :

    Autre Sud, n° 10, Marseille, 2000.

    Linea, n° 6, 2006.

    Nord’, n° 34, 1999.

    NU(E), n° 45, 2010.

    Rétroviseur, n° 79, 2000.

    Traversées, n° 49, 2008.

    Colloque universitaire :

    Pierre Dhainaut, la passion du précaire, Université de la Sorbonne, 2007 (sans publication des actes).

    Le rythme en poésie :

    Aquien Michèle, La Versification appliquée aux textes, Paris, Nathan Université, coll. « 128 », 1993.

    Aquien Michèle, Dictionnaire de poétique, Paris, Livre de poche, coll. « Les Usuels de poche », 1993.

    Bourrassa Lucie, Rythme et sens. Des processus rythmiques en poésie contemporaine, Montréal, éd. Balzac, 1993.

    Cornulier (de) Benoît, Théorie du vers, Paris, Éditions du seuil, 1982.

    Dessons Gérard et Meschonnic Henri, Traité du rythme, des vers et des proses, Paris, Dunod, 1998.

    Dürrematt Jacques, Stylistique de la poésie, Paris, Belin, coll. « Lettres », 2005.

    Elwert W. T., Traité de versification française, des origines à nos jours, Paris, Klincksieck, 1965.

    Gouvard Jean-Michel, La Versification, Paris, PUF, coll. « Premier cycle », 1999.

    Mazaleyrat Jean, Éléments de métrique française, Paris, Colin, coll. « U2 », 1974.

    Meschonnic Henri, Critique du rythme, Anthropologie historique du langage, Paris, Verdier, 1982.

    Milner Jean-Claude et Regnault François, Dire le vers, Paris, Seuil, 1987.

    Molino Jean et Tamine Joëlle, Introduction à l’analyse de la poésie, Paris, PUF, coll. « linguistique nouvelle », 1982.

    Meschonnic Henri, La Rime et la vie, Paris, Verdier, 1989.

    Roubaud Jacques, La Vieillesse d’Alexandre. Essais sur quelques états du vers français récent, [1978], Paris, Ivrea, 2000.

  • Le poème en 1924. Aux marges du surréalisme

    Études littéraires, vol. 53, 1 / 2023
    sous la direction de Arnaud Bernadet

    https://www.etudes-litteraires.ulaval.ca
    Le poème en 1924. Aux marges du surréalisme

    Si l’année 1924 est reconnue comme un moment charnière dans la poésie d’expression française, notamment à cause de la publication du Manifeste du surréalisme d’André Breton, elle marque également l’essor de plusieurs auteurs laissés en marge de l’histoire littéraire, restés dans l’ombre du courant surréaliste.
    Ce numéro d’Études littéraires tient donc à revisiter cette année, à redonner à ces écrivains, qui ne sont pas pour autant « d’arrière-garde » ou « antimodernes », leur juste place et à rendre compte du formidable foisonnement de l’époque. Car la modernité du poème qui occupe cette période est effectivement plurielle : elle peut autant user de la révolution que se cantonner à l’évolution. Elle ne se limite pas non plus au centre parisien, et peut également trouver naissance dans la migration et le voyage.
    Au sein même du groupe surréaliste, les visions sont multiples – le groupe refusera d’ailleurs de figurer dans l’Anthologie de la nouvelle poésie française, elle-même dirigée par des surréalistes –, laissant Antonin Artaud « aux confins de l’avant-garde ». Ce dernier n’est pas le seul à préférer les marges aux théories surréalistes : Tristan Tzara répliquera au Manifeste de 1924 par la publication des Sept manifestes dada et Blaise Cendrars refusera de limiter la poésie à une « école exclusive ».
    Ce sont donc les œuvres et les visions, de Cendrars, Tzara et Artaud, en plus de celles de Marcel Thiry, Saint-John Perse, Marcel Mauss, Alfredo Gangotena et Jules Supervielle – tous ayant eu un rôle à jouer dans la modernité de la poésie – qui sont au centre de ce numéro qui montre la richesse véritable de l’année 1924.

    Sommaire

    Arnaud Bernadet
    Voix oubliées, voix décentrées. Lire le poème en 1924 7

    ÉTUDES

    Anne Reverseau
    Anthologie de la nouvelle poésie française de Kra. Défense et illustration de la diversité formelle de la modernité 25

    Alexander Dickow
    Un reliquaire : les Sept Manifestes dada de 1924 41

    Olivier Penot-Lacassagne
    Aux confins du surréalisme, Antonin Artaud… 61

    Claude Leroy
    Spirale de 1924 chez Blaise Cendrars 75

    Bertrand Degott
    Toi qui pâlis au nom de Vancouver de Marcel Thiry: trop pâli pour être moderne ? trop dépoli pour ne pas l’être ? 91

    Nelson Charest
    Pour fêter un contre-don : Mauss et Saint-John Perse 109

    Émilien Sermier
    Le vers au grand large. De Gangotena à Supervielle 123

    Sophie Fischbach
    Poésie et profondeurs : « Toucher violemment le fond des choses ». Les « Poèmes de Guanamiru » (Gravitations) de Jules Supervielle 139

    ANALYSES

    Fatima Zohra Rghioui, Cassandre Heyraud et Camilo Balaguera Fonctions de l’énonciation poétique dans Mahmoud ou la montée des eaux (2021) d’Antoine Wauters 159

    Ismaïl El Jabri, Marie Schaeverbeke et Joana Thanasi
    Voix et énonciation dans Le Musée des contradictions d’Antoine Wauters 175

    Desiré Calanni Rindina
    Modernisme et crise de la représentation dans Aveux non avenus 189

    Claude Tuduri
    L’art de l’amitié chez Montaigne : une pratique poétique, sociale
    et utopique de l’écriture 211

    Notices sur les collaborateurs et collaboratrices

    Résumés / Abstracts

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