Catégorie : Appels & annonces

  • AAC : En quête d’écologie : la forme enquête dans le récit écologique

    Depuis plusieurs années, la question environnementale occupe une place croissante dans les études littéraires contemporaines. Tandis que sous les noms d’écopoétique, d’écocritique ou d’humanités environnementales s’est développée une réflexion sur les rapports entre littérature et écologie[1], d’autres travaux se sont attachés à montrer ce que les représentations contemporaines de la crise écologique doivent à des imaginaires culturels plus anciens et à des formes esthétiques héritées de la culture de masse et des fictions de genre[2]. Parmi celles-ci, la forme de l’enquête, dont les spécialistes de littérature contemporaine ont largement documenté l’omniprésence actuelle[3], reste encore relativement peu interrogée dans ses articulations avec les enjeux écologiques, en particulier du point de vue des formes narratives, discursives et stylistiques[4].

    Depuis plusieurs années, en effet, la question écologique s’inscrit de manière récurrente dans des récits qui prennent la forme d’une enquête, qu’elle soit fictionnelle ou non. On pense bien sûr au polar écologique[5] (voir Sandrine Collette, Caryl Férey, Sonja Delzongle, Colin Niel, ou Olivier Norek, pour qui « le réchauffement climatique est le serial killer le plus efficace de tous les temps[6] »), mais aussi à l’importation de structures d’enquête dans des récits qui ne relèvent pas strictement des genres policiers (Et vous passerez comme des vents fous de Clara Arnaud, Un monde sans rivages d’Hélène Gaudy, La Folie océan de Vincent Message, Taqawan d’Éric Plamondon, Le Parlement de l’eau de Wendy Delorme ), voire dans des récits graphiques documentaires (Le Droit du sol d’Etienne Davodeau, Algues vertes. L’histoire interdite d’Inès Léraud).

    La manière dont les problématiques territoriales et environnementales infléchissent les univers policiers a déjà fait l’objet de plusieurs travaux, permettant d’esquisser une écopoétique du polar[7]. Cependant, alors même que l’écopoétique suppose tout à la fois une attention aux enjeux environnementaux et une réflexion sur les manièresd’écrire et de lire[8], les formes narratives, discursives et stylistiques à travers lesquelles ces enjeux sont pris en charge restent encore peu étudiées, a fortiori en ce qui concerne les fictions de grande diffusion. L’articulation entre la tension narrative propre à l’enquête et les modalités d’inscription du discours écologique dans le texte mérite pourtant d’être interrogée.

    En privilégiant une approche technique et linguistique, cette journée d’étude se propose ainsi d’examiner les modalités narratives, stylistiques et discursives de l’enquête dans les récits écologiques contemporains. Comment les dispositifs hérités ou déplacés du récit d’enquête – construction de l’hypothèse, circulation des indices, mise en tension narrative, organisation des régimes de preuve et de savoir, mais aussi tentation de l’extraordinaire, régimes de l’excès et du sensationnel hérités des fictions criminelles[9] – contribuent-ils à rendre lisibles les enjeux écologiques contemporains ? Le discours écologique reconfigure-t-il, à l’inverse, les formes du récit d’investigation ?

    Une attention particulière pourra être portée aux modalités d’inscription textuelle du discours écologique : configurations énonciatives et jeu des points de vue, polyphonie, intertextualité, modes de citation et d’inscription des discours rapportés, mais aussi modalisations, lexiques de l’enquête et de l’environnement, temporalités de l’investigation, articulation entre récit, documentation et expertise.

    Il s’agira ainsi de comprendre dans quelle mesure le discours écologique ne constitue pas un simple thème du récit d’enquête, mais contribue à en transformer les formes narratives, discursives et énonciatives, tout en participant à une possible repolitisation de l’enquête littéraire contemporaine.

    Les propositions pourront notamment s’inscrire dans les axes suivants :

    Axe 1 : Énonciation, points de vue, régimes discursifs de l’enquête écologique

    On pourra s’interroger sur les formes de prise en charge énonciative du discours écologique dans les récits d’enquête : posture et ethos de l’enquêteur, du témoin, du lanceur d’alerte ou de l’expert ; circulation et hiérarchisation des voix ; polyphonie et représentation du discours autre ; modalités de citation, de reformulation et d’inscription des discours scientifiques, militants, médiatiques ou juridiques ; construction textuelle de l’autorité, du doute ou de la crédibilité.

    Axe 2 : Tension narrative et temporalités de l’enquête

    Cet axe portera sur les modalités narratives de mise en enquête de la crise écologique : construction de l’énigme, circulation des indices, régimes du suspense et de la curiosité, articulation entre enquête rétrospective et anticipation de la catastrophe. On pourra s’interroger sur  les temporalités propres à ces récits (latence, retard, irréversibilité, saturation causale), ainsi qu’aux formes de tension narrative mobilisées ou déplacées par les enjeux écologiques.

    Axe 3 : Discours écologique, documentation et effets de réel

    On pourra enfin étudier les formes d’articulation entre enquête et documentation : usages de l’archive, du document, du témoignage ou de l’expertise scientifique ; hybridation entre fiction et discours factuels ; circulation interdiscursive des savoirs écologiques. Les propositions pourront également interroger les effets stylistiques et discursifs produits par les lexiques spécialisés, les dispositifs documentaires et les formes d’ancrage réaliste mobilisés dans ces récits.

    Les journées d’étude se tiendront les 3 et 4 février 2027 à l’Université Paris Cité.

    Modalités de soumission des propositions

    La date limite de réception des propositions de communication est fixée au 30 septembre 2026.

    Elles doivent être adressées conjointement à :

    Cécile Narjoux, Université Paris Cité, CERILAC : cecilenarjoux.univpariscite@gmail.com

    Lucie Amir, Université de Grenoble, UMR Litt&ARts : lucie.amir@univ-grenoble-alpes.fr

    Les propositions devront comporter :

    • Un titre
    • Un résumé de 300 à 500 mots précisant le corpus d’étude envisagé, l’approche formelle et l’axe choisis
    • Une notice biobibliographique précisant notamment l’affiliation institutionnelle et la fonction actuelles.
    • Le fichier (adressé en format word et PDF) sera nommé de la manière suivante : NOM-Prénom-titre-date

    Les auteur·ices se verront notifié·e·s le 30 octobre 2026.


    [1] Schoentjes, Pierre, Ce qui a lieu : essai d’écopoétique, Marseille, Éditions Wild Project, 2015 ; Littérature et écologie. Le mur des abeilles, Paris, Corti, coll. « Les Essais », 2020 ; Cavallin, Jean-Christophe, et Alain Romestaing (dir.), Écopoétique pour des temps extrêmes, Fabula-LhT, en ligne, n° 27, 2021 : https://doi.org/10.58282/lht.2832.

    [2] Engélibert, Jean-Paul, Fabuler la fin du monde. La puissance critique des fictions d’apocalypse, Paris, La Découverte, coll. « L’horizon des possibles », 2019 ; Irène Langlet et Aurélie Huz, (dir.), « Fictions climatiques. Introduction. », ReS Futurae, [En ligne], 21 | 2023, mis en ligne le 28 juin 2023, consulté le 27 mai 2026. URL : http://journals.openedition.org/resf/12271.

    [3] Voir tout particulièrement Demanze Laurent, Un nouvel âge de l’enquête, Paris, José Corti, 2019 ; Zenetti, Marie-Jeanne, Factographies: l’enregistrement à l’époque contemporaine, Paris, Classiques Garnier, 2014 ; Zenetti, Marie-Jeanne, « Un effet d’enquête », Fabula. Atelier de théorie littéraire, 2019 ⟨hal-04513005⟩.

    [4] Sur l’approche stylistique du roman policier, voir Berthelier Vincent, Rabaté Dominique et Vervel Marc (dir.), Styles du roman policier, actes de colloque en ligne : https://www.fabula.org/colloques/sommaire12551.php, 2025.

    [5]  Par exemple :  Collette, Sandrine, Juste après la vague, Paris, Denoël, 2018 et Et toujours les forêts, Paris, JC Lattès, 2020 ; Delzongle, Sonja, Le Dernier chant, Denoël, 2021  ;  Férey, Caryl, Lëd, Gallimard, 2021 ; Okavango, Gallimard, 2023 ; Grindadráp, Gallimard, 2025 ; Niel, Colin, Entre fauves, Le Rouerge, 2021 ; Norek, Olivier, Impact, Lafon, 2020. Voir la sélection “Allier le vert et le noir : les polars écologiques !” : https://www.armitiere.com/dossiers/allier-le-vert-et-le-noir-les-polars-ecologiques/.

    [6] À propos de son roman Impact, en ligne sur France Inter, le 28 juin 2021 : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/par-jupiter/par-jupiter-du-lundi-28-juin-2021-726361.

    [7] Jacquelin, Alice et Peillon, Juliette (dir.), « Dans la fabrique du polar vert : écopoétique et ruralité », Belphégor, 2024, en ligne : https://journals.openedition.org/belphegor/5458.

    [8] cf. Marcandier, Christine, L’Écopoétique, Saint-Denis, PUV, coll. « Libre cours », 2024.

    [9] Voir Decout, Maxime, « Le roman policier : une machine à imagination. Littérature, 190(2), 21-34, 2018, en ligne : https://doi.org/10.3917/litt.190.0021 ; Migozzi, Jacques, « De Zigomar à Fantômas : charmes sensationnalistes de la fiction transmédiatique à la Belle Époque », Écritures et discours « populaires » (XIX-XXe siècles), édité par Julie Anselmini et Chantal Massol, UGA Éditions, 2023, en ligne : https://doi.org/10.4000/books.ugaeditions.31958

  • Styles écologiques à l’épreuve du vivant Vers une écostylistique ?

    Dossier coordonné par Cécile Narjoux et Sophie Milcent-Lawson 

    Argumentaire 

    Depuis une dizaine d’années, les études littéraires ont vu se développer de manière soutenue  les recherches consacrées aux relations entre littérature, écologie et vivant1. Sous les appellations  d’écocritique2, d’écopoétique3, de zoopoétique4 ou encore d’humanités environnementales5, ces  approches ont contribué à renouveler en profondeur les cadres d’analyse, en attirant l’attention sur  la manière dont les textes interrogent les milieux, les interdépendances du vivant6, les catastrophes  naturelles7 et en explorant les formes contemporaines mobilisées pour dire la crise écologique8. Si  ces perspectives ont permis de penser autrement les objets9, les imaginaires et les enjeux éthiques  des textes, elles ont plus marginalement interrogé de manière systématique les formes linguistiques10 et stylistiques11 par lesquelles le vivant – et aujourd’hui le vivant en crise – se  donne à lire. Or la crise écologique ne constitue pas seulement un thème ou un arrière-plan narratif :  elle engage une transformation profonde des modes de représentation et met à l’épreuve les formes  mêmes de la langue, du récit et de l’énonciation

    Ce dossier se donne pour objectif d’explorer, dans une perspective stylistique, ce que la  confrontation au vivant fait à la littérature et au style. Ancrée dans la tradition de la stylistique et de la linguistique du texte, la réflexion proposée accordera une attention fine aux formes du langage – syntaxe, lexique, figures, dispositifs énonciatifs et pragmatiques – envisagées non comme de  simples vecteurs de représentation, mais comme des lieux de médiation sensible entre les  humains et leurs milieux. Elle dialoguera ainsi étroitement avec l’écopoétique (au sens large,  incluant la zoopoétique), tout en affirmant la spécificité d’une approche fondée sur l’analyse  linguistique et stylistique des textes. Deux axes principaux structureront la réflexion :  

    • D’une part, l’attention sera portée à des styles écologiques émergents, envisagés comme  des configurations langagières historiquement et génériquement situées, par lesquelles les textes  donnent forme à des manières spécifiques de dire, de percevoir et d’habiter le monde vivant à  l’anthropocène. Les études sur corpus proposées auront ainsi pour horizon d’esquisser une  cartographie raisonnée des « styles écologiques ». Il s’agira donc de repérer, par-delà la  stylistique d’auteur, des récurrences formelles, des écarts et des tensions, afin d’interroger ce que  l’identification de telles configurations stylistiques permet de penser du rapport entre langage,  formes et vivant – et ce qu’elle laisse éventuellement hors champ. 
    • D’autre part, si le terme d’« écostylistique » n’est pas entièrement inédit et a été employé  de manière ponctuelle dans certains travaux récents, en français comme en anglais12, il n’a toutefois  pas fait l’objet d’une conceptualisation théorique stabilisée. Le présent dossier se donne  précisément pour objectif d’interroger la fécondité heuristique d’une possible écostylistique, en  dialogue – voire en tension – avec l’écopoétique, dédiée aux innovations stylistiques que l’attention  au vivant suscite dans les œuvres littéraires de l’extrême-contemporain13. L’enjeu est de réfléchir à  la manière dont le vivant – dans sa vulnérabilité, sa persistance ou sa disparition – oblige la  stylistique à réinterroger ses catégories, ses gestes analytiques et ses présupposés. En ce sens,  une écostylistique sera ici envisagée comme une hypothèse de travail, problématisante et non  prescriptive, afin d’examiner ce que la crise écologique fait à nos outils d’analyse largement hérités  d’une tradition anthropocentrée. À titre d’exemple, les notions de parole14 , de discours, de  polyphonie15, de flux de conscience16, de prosopopée17 sont-elles adaptées lorsqu’il s’agit d’essayer  de représenter les points de vue du non-humain, par définition non locuteur18 ? Quels autres  moyens stylistiques les textes expérimentent-ils et par quels nouveaux outils d’analyse l’approche  stylistique peut-elle en rendre compte ? 

    Les contributions pourront adopter des approches théoriques, méthodologiques ou analytiques,  en s’appuyant sur des corpus précisément situés, non pour en épuiser l’analyse, mais pour interroger,  à travers eux, les conditions stylistiques de l’expérience du vivant. Une attention particulière sera accordée à la diversité institutionnelle des contributeurs et à la variété des corpus étudiés au  sein des écritures contemporaines du vivant (France, francophonies, espaces transnationaux), ainsi  qu’à la pluralité des outils mobilisés. 

    Les contributions pourront notamment explorer, sans s’y limiter, les axes suivants :

    • reconfigurations de la temporalité narrative face à la crise écologique ; modalisations de l’incertitude, du possible et de la catastrophe ; 
    • tensions syntaxiques et figurales entre débordement, saturation et effacement ;
    • déplacements de la voix et de l’énonciation au-delà du seul sujet humain (prosopopées,  dispositifs de délégation de parole, formes de zoocentrage ou d’écocentrage) ;
    • transformations des régimes de la représentation narrative (élargissement de la notion de  personnage19, narratologies non naturelles, éconarratologie20) ; 
    • émergence de formes langagières nouvelles (néologismes, reconfigurations pronominales,  hybridations discursives, flux de conscience physiologique, énonciations partagées) ;
    • continuités et écarts stylistiques entre textes littéraires et discours environnementaux non  littéraires (scientifiques, politiques, médiatiques21

    Sans opposer ces corpus, il s’agira d’examiner ce que leurs matérialités langagières respectives  permettent de saisir des transformations contemporaines du rapport au vivant sensibles dans la  langue. 

    En plaçant ainsi la stylistique à l’épreuve du vivant, ce dossier entend ouvrir un espace de  réflexion collective, et contribuer à poser les jalons d’un champ en devenir, comme zone de  tension féconde entre analyse linguistique, histoire des formes, réflexion poétique et interrogation  éthique. 

    Cécile Narjoux est professeure de langue française et de stylistique à l’Université Paris Cité  (CERILAC). Ses travaux portent sur la littérature française contemporaine et développent une  approche grammastylistique des formes langagières par lesquelles s’écrivent la crise écologique et  les catastrophes naturelles. Elle est notamment l’autrice de La Grammaire graduelle du français (De  Boeck, 3e éd., 2025) et de L’Expérience du temps dans les récits de fiction contemporains (EUD, 2022),  consacrés aux reconfigurations temporelles et aux tensions stylistiques dans la prose contemporaine.  Elle coanime des séminaires de recherche dédiés aux écritures du vivant et aux formes narratives  et stylistiques de la faille (Lignes de faille), ainsi qu’à la diversité des manières de dire, de faire et de  vivre les relations entre le vivant et ses milieux (La Terre en écritures). Elle travaille actuellement à un  ouvrage consacré aux configurations narratives du désarroi écologique dans les fictions françaises  et francophones du XXIᵉ siècle. 

    Sophie Milcent-Lawson est professeure de stylistique à l’Université de Lorraine (Nancy, LIS).  Spécialiste de zoopoétique, ses travaux portent plus particulièrement sur les tentatives de  représentation d’un point de vue animal en littérature et sur les discours prêtés aux animaux  (Discours animaux, discours sur les animaux, dir., 2025). Elle est également l’autrice de nombreux articles  sur la prose narrative des XXe et XXIe siècles, d’études sur les figures, et de travaux sur les zoofictions et les zoographies, notions qu’elle a contribué à théoriser ainsi que celles de « séquence  zoocentrée », de « on trans-spécifique » de « flux de conscience physiologique », ou encore  d’« uglossies animales » et d’ « imaginaires zoolinguistiques ». Son essai Le Point de vue animal dans les  textes littéraires est à paraître aux éditions Classiques Garnier. Elle travaille également sur les  problématiques de délégation de parole au service des non-humains (Manières de parler pour. Enjeux,  limites et réinvention des dispositifs de porte-parolat, co-dir. avec Charlotte Lacoste, à par. juillet 2027). 

    Modalités de soumission  

    La date limite de réception des propositions d’articles est fixée au 15 juin 2026. Elles doivent être adressées aux coordinatrices du numéro : cecilenarjoux.univpariscite@gmail.com et sophie.lawson@orange.fr 

    Les propositions devront comporter : 

    • Un titre et 4 à 6 mots clés. 
    • Un résumé (entre 3000 et 5000 signes) précisant le cadre théorique et méthodologique,  le corpus d’étude envisagé, ainsi que les principales références bibliographiques.
    • Une notice biobibliographique précisant notamment l’affiliation institutionnelle et la  fonction actuelles. 
    • Le fichier (adressé en format word et PDF) sera nommé de la manière suivante : NOM Prénom-titre-date 

    Les auteur·ices se verront notifié·e·s le 12 juillet 2026. 

    Les articles attendus sont d’un format de 35 à 40 000 signes (espaces, notes et bibliographie incluses) et la version 1 devra être remise au plus tard le 15 octobre 2026, afin de pouvoir être expertisée.

    1. Voir le site https://www.literature.green ; Schoentjes, Pierre, Littérature et écologie. Le mur des abeilles, Paris, Corti, coll. « Les Essais », 2020. ↩︎
    2. Suberchicot, Alain, Littérature et environnement : pour une écocritique comparée, Paris, Champion, 2012 ; Finch-Race Daniel et Posthumus Stéphanie (dir.), French Ecocriticism. From the Early Modern Period to the Twenty-First Century, Frankfurt, Peter Lang, 2017. ↩︎
    3. Schoentjes, Pierre, Ce qui a lieu : essai d’écopoétique, Marseille, Éditions Wild Project, 2015. Marcandier, Christine, L’Écopoétique, Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, coll. « Libre cours », 2024. ↩︎
    4. Simon, Anne et Benhaïm, André (dir.), « Zoopoétique : les animaux dans la littérature de langue française (XXe-XXIe siècles) », Revue des Sciences Humaines, n° 328, octobre-décembre 2017. Simon, Anne, Une bête entre les lignes. Essai de zoopoétique. Marseille, Wildproject., 2021. Voir aussi le Carnet de zopoétique : https://animots.hypotheses.org ↩︎
    5. Blanc, Guillaume, Demeulenaere, Élise et Feuerhahn, Wolf (dir.), Humanités environnementales. Enquêtes et contre-enquêtes, Paris, Éd. de la Sorbonne, 2017. ; disponible en ligne : https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.84270 ; Buekens, Sara, Émergence d’une littérature environnementale : Gary, Gascar, Gracq, Le Clézio, Trassard à la lumière de l’écopoétique, Genève, Droz, 2020. ↩︎
    6. Cornelus, Hannah, Tisser les interdépendances. Écopoétique des liens dans la littérature française contemporaine, Genève, Droz, coll. « Romanica Gandensia », n°54, 2023. ↩︎
    7. Narjoux, Cécile, « “une pluie de pleurs tombant continûment du ciel” : les eaux et les larmes ou le pathétique écologique dans les récits contemporains de catastrophes naturelles », Revue critique de fixxion française contemporaine [En ligne], 31, 2025. URL : http://journals.openedition.org/fixxion/15877 ; DOI : https://doi.org/10.4000/15cih.; Langlet Irène et Huz Aurélie, « Fictions climatiques. Introduction », ReS Futurae, n°21, Fictions climatiques, dir. Irène Langlet et Aurélie Huz, 2023 : https://doi.org/10.4000/resf.12271 ↩︎
    8. Cavallin, Jean-Christophe, et Alain Romestaing (dir.), Écopoétique pour des temps extrêmes, Fabula-LhT, en ligne, n° 27, 2021. https://doi.org/10.58282/lht.2832 ; Barontini, Riccardo, Buekens, Sara et Schoentjes, Pierre (dir.), L’horizon écologique des fictions contemporaines, Genève, Droz, 2022 ; Caracciolo Marco, Contemporary Fiction and Climate Uncertainty. Narrating Unstable Futures, London, New York et Dublin, Bloomsbury Academic, coll. « Environmental Cultures », 2022. ↩︎
    9. Khon, Eduardo (2017), Comment pensent les forêts : vers une anthropologie au-delà de l’humain, Bruxelles, Zones sensibles éditions. ↩︎
    10. Kerbrat-Orecchioni, Catherine, Nous et les autres animaux, Limoges, Lambert-Lucas. 2021. ↩︎
    11. Milcent-Lawson, Sophie,Le Point de vue animal dans les textes littéraires des XXe et XXie siècles, Paris, Classiques Garnier, coll. « Investigations stylistiques », à paraître. ↩︎
    12. Virdis, Daniela Francesca, Ecological Stylistics: Ecostylistic Approaches to Discourses of Nature, the Environment and Sustainability. Palgrave Macmillan, 2022. ↩︎
    13. Voir par exemple Beltran, Perrine, Stylistique du zoocentrage dans les fictions contemporaines de langue française : le rôle de l’analogie, thèse de doctorat, soutenue le 2/12/2024 à Sorbonne Nouvelle, dir. Claire Badiou-Montferran. ↩︎
    14. Goudet, Laura, Paveau, Marie-Anne et Ruchon, Catherine, « Écouter les animaux parler» dans Discours animal. Langages, interactions, représentations :Itinéraires [En ligne], 2020, consulté le 21 février 2026. URL : http://journals.openedition.org/itineraires/8756 ; DOI : https://doi.org/10.4000/itineraires.8756 ; https://journals.openedition.org/itineraires/6587. ↩︎
    15. Voir par ex. Rosier, Laurence, « Du discours rapporté à la dilution énonciative : un paradigme stylistique pour une écriture bestiaire ? À partir de l’exemple d’Un chien à ma table de Claudie Hunzinger », Pratiques, 2023, p. 199-200, https://doi.org/10.4000/pratiques.13704. ↩︎
    16. Milcent-Lawson, Sophie, « Variante physiologique du flux de conscience. Écrire un vécu animal dans la littérature française des XXe et XXIe siècles », dans Éric Baratay (dir.), Ecrire du côté des animaux, Éditions de la Sorbonne, 2023, p. 125-136. ↩︎
    17. Plas, Elisabeth, « ‘(Ainsi parlent les araignées)’ : Les prosopopées sans anthropocentrisme de l’histoire naturelle romantique », Itinéraires. Littérature, textes, cultures, 2, dans le dossier « Discours animal. Langages, interactions, représentations », 2020. DOI : https://doi.org/10.4000/itineraires.8718 ↩︎
    18. Milcent-Lawson, Sophie, « Émergence d’un on trans-spécifique », Pratiques [En ligne], 207-208, 2025, consulté le 22 décembre 2025. URL : http://journals.openedition.org/pratiques/19928 ; DOI : https://doi.org/10.4000/15dim. ↩︎
  • Journées d’étude en présence de l’auteur Philippe Djian « Philippe Djian, polygraphe : Langue, rythme et voix dans une œuvre plurielle »

    Journées d’étude en présence de l’auteur Philippe Djian : « Philippe Djian, polygraphe : Langue, rythme et voix dans une œuvre plurielle »

    AMU, ALLSH, Campus d’Aix-en-Provence, sites Schuman 29 et 3

    Mercredi 8 et jeudi 9 avril 2026

    Porteurs du projet :
    Elodie BURLE, CIELAM, Département des Lettres, ALLSH, AMU
    Joël JULY, CIELAM, Département des Lettres, ALLSH, AMU

    Organisateurs

    • CIELAM,
    • UFR ALLSH,
    • Projet TIGER du master CLIN,
    • INCIAM,
    • CRéaLAME,
    • Association Internationale de Stylistique,
    • Réseau de recherche « Les Ondes du monde »

    Argumentaire

    Depuis la parution de 37°2 le matin (1985), roman qui a immédiatement inscrit Philippe Djian dans le paysage littéraire contemporain, l’écrivain n’a cessé de produire une œuvre prolifique où se suivent et se répondent romans, nouvelles, scénarios, chansons et essais. Cette diversité formelle témoigne d’un rapport singulier à l’écriture : en effet, l’enjeu de cette production artistique repose sur la recherche d’un rythme, d’une voix et d’une musicalité qui justement transcendent les genres.

    Ses œuvres sont traduites dans presque toutes les langues et il est salué comme un créateur dont le talent est mondialement reconnu. S’il a reçu le Prix Interallié pour Oh ! en 2012, il est cependant dommage qu’aucune université française n’ait su lui consacrer en propre de colloque scientifique, alors que d’autres pays comme les Etats-Unis ou l’Irlande l’ont déjà fait ou lui ont rendu des hommages appuyés. Les journées qui seront organisées à AMU par le laboratoire du CIELAM les 8 et 9 avril 2026 seront d’autant plus remarquables qu’elles combleront une profonde lacune dans les rencontres universitaires autour de la littérature ultra-contemporaine en France. Les participants auront de plus le privilège d’y écouter l’auteur, de dialoguer avec lui, et pour les plus chanceux, nos étudiants du master « Création littéraire » parcours CLIN, de travailler à ses côtés lors d’une masterclasse. 

    Les romans de Philippe Djian – de Zone érogène (1984) à Dolorès (2025), en passant par Lent dehors (1991), Oh ! (2012) ou Sans compter (2023) (la liste est bien trop longue !) – offrent un terrain privilégié pour interroger l’économie de la phrase djianienne : jeu sur la ponctuation, ellipses, ruptures syntaxiques et sobriété du lexique instaurent un style à la fois épuré et heurté, qui peut restituer la violence et la fragilité des existences ou des relations humaines, leur vacuité. Le cycle sériel de Doggy Bag (2005-2010) expérimente quant à lui des formes d’écriture fragmentée et des récurrences, inspirées des séries télévisées américaines, questionnant ainsi les frontières de la littérature.

    Parallèlement, l’œuvre brève de Djian – nouvelles regroupées notamment dans 50 contre 1 (1981) – condense en quelques pages des tensions narratives et des enjeux stylistiques qui résonnent avec ses textes plus longs, tandis que ses incursions dans la chanson, en collaboration avec le chanteur et musicien suisse Stephan Eicher, déplacent son univers vers une oralité, une tonalité et une musicalité explicites. Enfin, ses réflexions, rassemblées dans l’essai Ardoise (2002) ou débattues dans de nombreuses interviews, livrent un discours réflexif sur l’acte d’écriture, comme de lecture, ses difficultés, ses choix et ses ambitions.

    Ces journées d’étude se proposent d’examiner la cohérence et les écarts au sein de cette œuvre plurielle. On s’intéressera notamment à la manière dont les choix esthétiques et langagiers – fragmentation, oralité, souci du détail, résonance musicale – circulent d’un genre à l’autre, et à la façon dont Djian renouvelle la perception de ce que peut être le « style » dans la création contemporaine. Il s’agira également de réfléchir à l’inscription de cette œuvre dans un horizon intermédial, où littérature, cinéma et musique se croisent et se répondent. Scénariste ou adaptateur de ses propres romans, Djian a contribué à quelques pages mémorables du cinéma français.

    En interrogeant Philippe Djian à travers ses expérimentations stylistiques et génériques, ces journées souhaitent mettre en lumière une œuvre en mouvement, qui dit le monde, donne le ton, « tient la note », observe, et propose.

    Vos projets de communication (en 300 mots avec une courte biobibliographie) sont à envoyer d’ici le 31 janvier 2026 à elodie.burle@univ-amu.fr et joel.july@univ-amu.fr.

    Comité scientifique

    • Nicolas BIANCHI, MCF université de Toulouse- Jean Jaurès
    • Elodie BURLE, MCF AMU
    • Stéphane CHAUDIER, PR Université de Lille
    • Bernard JEANNOT, MCF université de Nancy
    • Joël JULY, MCF AMU 
    • Jean-Marc QUARANTA, MCF HDR AMU
  • Manières de parler pour. Enjeux, limites et réinventions des dispositifs de porte-parolat (revue Pratiques)

    Appel à Articles 213-214

    Manières de parler pour.
    Enjeux, limites et réinventions des dispositifs de porte-parolat

    Coordination du numéro

    • Charlotte Lacoste (Crem, Université de Lorraine) et
    • Sophie Milcent-Lawson (LIS, Université de Lorraine).

    Calendrier

    • 15 janvier 2026 : Date limite d’envoi des propositions d’articles (voir modalités en page 13).
    • 6 février 2026 : notification d’acceptation ou de refus de la proposition aux auteur·rices.
    • 1er juillet 2026 : Date limite d’envoi des articles finalisés pour expertise en double aveugle (entre 40 000 et 45 000 signes).
    • Juillet 2027 : Sortie du numéro de Pratiques.

    Propositions d’articles et renseignements, écrire conjointement à :

    URL de référence : https://crem.univ-lorraine.fr/recherche/appels-a-contributions/pratiques-213-214

    Appel

    Devant le foisonnement de réflexions, d’expérimentations et de propositions théoriques ayant émergé, ces dernières années, concernant la représentation de la parole de tiers (vivants ou morts, humains ou non) qui, sans cette médiation énonciative, resteraient inaudibles, la revue Pratiques se propose d’examiner, au plus près des textes et des discours, la manière dont s’y prennent en pratique celles et ceux qui se chargent de parler pour un groupe social ou toute autre entité, et tentent par là même de remédier aux (nouveaux) problèmes éthiques, esthétiques et politiques que posent les dispositifs de délégation de parole.[…] Le dossier prendra appui sur les apports théoriques de l’ensemble de ces recherches pour analyser et documenter, par un travail sur corpus, la manière dont le monde social en général, et les arts et la littérature contemporaine en particulier, intègrent les nouveaux scrupules éthiques liés aux questions d’égalité d’accès à la parole et surmontent la contradiction qui en résulte : comment parler pour les dominé·es, plaider leur cause et faire entendre jusqu’aux revendications (putatives) d’entités non-humaines, sans reconduire des formes de violences symboliques ? On s’attachera plus précisément à recenser les propositions politiques, éthiques et esthétiques qui convoquent un dispositif de porte-parolat – l’auscultent ou l’interrogent, le contournent ou le détournent, le réinventent ou le bannissent au profit d’autre chose.Toutes les disciplines sont bienvenues du moment que les auteur·ices recourent à des analyses de cas et/ou de corpus permettant d’étudier les caractéristiques des types de discours produits dans le cadre du porte-parolat (ou assimilé), et d’envisager, au plus près des textes, des œuvres et des discours, la complexité des nouveaux protocoles de délégation de parole qui ont fleuri sur la scène publique, littéraire et artistique. 

  • La phrase dans l’écrit littéraire et la médiation des savoirs linguistiques

    Colloque international

    « LA PHRASE DANS L’ÉCRIT LITTÉRAIRE ET LA MÉDIATION DES SAVOIRS LINGUISTIQUES »

    28 et 29 mai 2026

    Centre d’Histoire Culturelle des Sociétés Contemporaines (CHCSC EA2448)

    Université Paris-Saclay (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines)
    5 Bd d’Alembert
    78280 Guyancourt

    Salle des thèses

    6e colloque de l’Association Internationale de Stylistique (A.I.S.)

    Porteuse du projet : Sophie Jollin-Bertocchi

    PROGRAMME

    J1 JEUDI 28 MAI

    9h Accueil

    9h30 Allocutions de bienvenue

    11h Pause

    Les savoirs scolaires en question : Modératrice Judith WULF

    11h10 Claire STOLZ (Sorbonne Université) « La notion de phrase chez des écrivains d’aujourd’hui professeurs »

    11h40 Kyriakos FORAKIS (Université nationale et capodistrienne d’Athènes), « Théorie de la phrase et corpus littéraire dans la grammaire scolaire du XIXe siècle : l’exemple de Noël et Chapsal (1823) »

    12h10 Hélène LE LEVIER (Université de Strasbourg), « Enseignement de la langue et enseignement de la littérature »

    Discussion

    13h-14h30 DÉJEUNER

    15h30 Pause

    SESSIONS PARALLÈLES

    1. Stylistique outillée et transdisciplinaire : Modératrice Bérengère MORICHEAU-AIRAUD

    15h40 Julie SORBA (Université de Grenoble) & Olivier KRAIF (Université de Grenoble), « Étude diachronique et générique de la longueur des phrases et de ses corrélations dans un corpus romanesque »                                                         

    16h10 Pascale ROUX (Université Lyon 2) & Ilaria VIDOTTO (Sapienza Université de Rome), « Les IA ont-elles un style ? »                                                     

    16h40 Marie-Albane WATINE (Université Côte d’Azur), « La phrase littéraire comme exercice procédural : que peut apporter la psycholinguistique à une description de la phrase contemporaine ? »

    Discussion

    2. Le tournant moderne de la conception de la phrase littéraire : Modératrice Laélia VÉRON

    15h40 Carlotta CONTRINI (Université de Sienne), « La phrase du discours indirect libre : genèse et représentation de Flaubert à Zola »

    16h10 Emmanuelle KAËS (Université de Tours), « « Défendre sa phrase : Claudel et les discours scientifiques sur la langue »

    Discussion

    17h30 Pause

    17h45-19h15 : AG de l’AIS

    J2 VENDREDI 29 MAI

    9h Accueil

    10h30 Pause

    SESSIONS PARALLÈLES

    1. Prose contemporaine : Modératrice Claire STOLZ                                                                                       

    10h40 Stéphane CHAUDIER et Clémence ROSE (Université de Lille), « « Ponctuations atypiques dans Pour Britney de Louise Chennevière (2024) : une autre représentation de la phrase littéraire ? » 

    11h10 Bérengère MORICHEAU-AIRAUD (Université de Pau), « Phrase et mémoire dans les textes d’Annie Ernaux, de Pierre Bergounioux et de Marie-Hélène Lafon »           

    11h40 Sandrine VAUDREY-LUIGI (Université Bourgogne Europe) « Dire le temps, dire le monde : la phrase kerangalienne »

    12h10 Chama ELAZOUZI (Université de Fès), « Les dynamiques phrastiques chez Maylis de Kerangal : entre imaginaire linguistique, modèles scolaires et expérimentations syntaxiques »

    Discussion

    2. Poésie contemporaine : Modérateur Jérôme HENNEBERT

    10h40 Stéphanie THONNERIEUX (Université Lyon 2), « Une ‘syntaxe nouvelle’ en poésie : la simplicité selon Reverdy »

    11h10 Sandrine BÉDOURET (Université de Pau), « De la phrase au discours : quelle construction sans ponctuation ? »

    11h40 Mathilde LE CAM (Toulouse), « La phrase de René Char »

    Discussion

    13h-14h30 PAUSE DÉJEUNER

    SESSIONS PARALLÈLES

    1. Approches plurielles : traduction, sémiologie, syntaxe : Modérateur Joël JULY                                  

    14h30 Meri LARJAVAARA (Université d’Abo Akademi, Finlande), « Phrases du Nord »

    15h Ioanna KOUKI (Universités de Perpignan et Toulouse) & Eugénie JOUSLIN (Université Paris Cité), « La phrase lesbienne et sa matérialité graphique : de la rupture de Monique Wittig aux réinventions contemporaines de Léna Ghar »

    15h30 Yijin CHOI (Université Sorbonne Nouvelle), « De la phrase à la période discursive : les unités résomptives comprenant le mot chose dans l’écrit littéraire contemporain »

    Discussion

    2. Stylistiques d’auteurs : Modérateur Joël JULY

    14h30 Anne GARRIC (Sorbonne Université), « L’apodose ambiguë : programmation phrastique, système hypothétique et symétrie de la phrase latine dans ‘Le Triangle ambigu’ d’André Pieyre de Mandiargues »

    15h Samia GADHOUMI (Université de Sfax), « La phrase au prisme des boucles réflexives dans les correspondances entre écrivains (Perros, Cioran) »

    15h30 Hoai Anh TRAN (Université nationale de Hanoi), « La phrase entre norme française et réalités socioculturelles rwandaises : tension linguistique et médiation postcoloniale dans Jacaranda de Gaël Faye »

    Discussion

    APPEL À COMMUNICATIONS

    L’appel à communications est publié sur cette page.

    RÉSUMÉS

    Sandrine BÉDOURET : « De la phrase au discours : quelle construction sans ponctuation ? »

    Nous proposons de réfléchir à l’enjeu de la phrase dans un ensemble de poèmes exposés à l’aéroport de Toulouse-Blagnac du 08 octobre 2021 au 30 octobre 2023. « Histoire d’un départ » de l’artiste Joël Andrianomearisoa se présente sous la forme d’une série de tableaux écrits blanc sur noir. Un préambule présente le projet et défie les définitions traditionnelles de la phrase :

    Un voyage, le voyage, des voyages.
    Des écriteaux sur le fil, le fil des mots, traversant les espaces et les frontières imaginaires.
    Un mot défie l’autre, une phrase se confronte avec l’action.
    La situation est un récit qui file dans un temps aujourd’hui.

    La phrase n’est pas considérée comme une succession de signes construite autour d’un prédicat verbal. Si elle est encore identifiable ici par la ponctuation, son unité disparait dans l’ensemble des tableaux exposés. En effet, les textes d’Andrianomearisoa sont très courts : discours et phrase se confondent souvent, là où le poète cherche son phrasé. Ainsi, nous réfléchirons aux enjeux de la phrase par rapport à la ligne et par rapport au discours pour montrer que la mise en forme de ces énoncés remet en cause la construction d’un sens unique. Cette pluralité d’interprétations constitue un enjeu de la poéticité contemporaine.

    Bibliographie

    • BENVENISTE, Émile, Problèmes de linguistique générale, Gallimard, tel, 1966.
    • CHOL, Isabelle, « Un point ce n’est pas tout. La ponctuation dans la poésie contemporaine ». Cahiers de l’association internationale des lettres françaises n°69, mai 2017. https://www.academia.edu/37692180/Un_point_ce_nest_pas_tout_La_ponctuation_dans_la_po%C3%A9sie_contemporaine , Consulté le 05/06/2023.
    • DESSONS, Gérard, « La phrase comme phrasé », La Licorne [En ligne], n° 42 (S. Bikialo, dir.), 1997.
    • DÜRRENMATT, Jacques, « Que fait le blanc ? ». Isabelle Chol, Bénédicte Mathios et Serge Linarès, éd. Livres de poésie jeux d’espace. Paris : Honoré Champion, 2016, 459-470.
    • FAVRIAUD, Michel, « Quelques éléments d’une théorie de la ponctuation blanche ˗ par la poésie contemporaine ». L’Information Grammaticale 102, no 1, 2004 : 18‑23. https://doi.org/10.3406/igram.2004.2559.
    • SEGUIN, Jean-Pierre, L’invention de la phrase au XVIIIe siècle : contribution à l’histoire du sentiment linguistique français, Bibliothèque de l’Information grammaticale, Paris, Éditions Peeters, 1993.

    Stéphane CHAUDIER & Clémence ROSE : « Ponctuations atypiques dans Pour Britney de Louise Chennevière (2024) : une autre représentation de la phrase littéraire ? »

    Dans Pour Britney, Louise Chennevière, partagée entre exaspération et ironie, met en scène des critiques littéraires : les « quatre types », et « cette jeune femme la seule invitée au milieu » d’eux, sont d’accord pour dire que l’écrivaine passe la mesure dans sa dénonciation du patriarcat, « eux qui ne s’écharpaient que sur un point, sur l’usage que je faisais des virgules1 ». Quand on perd de vue l’essentiel, on pinaille sur des questions de pure forme. Mais est-il de pure forme, cet « usage » que l’autrice fait non seulement des virgules, mais aussi des points, les deux signes privilégiés pour manifester un rapport à la ponctuation ostentatoirement contraire aux normes rédactionnelles en vigueur ?
    La communication mettra en évidence les deux « fonctions » majeures portées par l’usage de la virgule et du point dans Pour Britney2 : 1/ désolidariser des éléments réputés soudés : la virgule « sépare » le présentatif ou la préposition de son régime ou disjoint deux formes verbales, périphrase ou temps composé ; le point après le coordonnant isole le second élément coordonné, rejeté dans une phrase suivante). 2/ signaler des ellipses remarquables. Soit :

    (5) Ex. 1 : c’était un personnage fait par et pour, l’imaginaire des vieux messieurs (p. 52).

    (6) Ex. 2 et 2’ : Je ne crois pas qu’une seule phrase vaille la peine qui. (p 10) ; « […] mais des morceaux d’elle-même que je m’efforce aujourd’hui de. » (p. 11)

    Tic, procédé gratuit ? Ornement transgressif « facile » et un peu toc pour afficher une signature, créer un effet de « contemporanéité » ? Nullement. Le « point » de cette étude sera au contraire le suivant : en proposant une représentation atypique des articulations entre ponctuation et syntaxe, l’autrice veut montrer ce que l’expérience de la domination masculine fait à la pratique de la langue littéraire ; en s’interrogeant sur les conditions de possibilité d’un tel stylème (ponctuation atypique ou « para-grammaticale ») à la fois intégré à la langue mais la gauchissant, le lecteur ou la lectrice un tant soit peu féru-e de grammaire et stylistique ne peut que s’interroger sur les conditions politiques qui rendent significative la manifestation de telles articulations propres au discours écrit – et littéraire.

    Yiyin CHOI : « De la phrase à la période discursive : les unités résomptives comprenant le mot « chose » dans l’écrit littéraire contemporain »

    Cette communication examine les unités résomptives comprenant le mot « chose » dans l’écrit littéraire contemporain. Le discours se compose d’unités et sa segmentation repose sur trois paramètres : syntaxique, prosodique et informationnel / pragmatique. Nous distinguons deux types d’unités syntaxiques : l’unité prédicative autonome et l’unité prédicative résomptive illustrée en (1) par « il y a autre chose » :

    (1) Faites ce que vous pouvez. Mais il y a encore autre chose : je ne sais absolument pas si nous restons ici ou si nous partons dans quatre jours. (Sartre)

    Selon Lefeuvre (2025), une unité prédicative autonome est constituée d’un prédicat et assortie d’une modalité d’énonciation (assertion, interrogation, injonction, exclamation). Par ailleurs, une unité prédicative résomptive présente une autonomie syntaxique affaiblie et s’associe à une unité pleinement autonome. Cette dépendance, syntaxique et sémantique, conduit à envisager une unité supérieure participant à la constitution du discours : la « période discursive ».
    Notre objectif est de vérifier si les unités résomptives incluant le mot chose forment, avec une unité prédicative autonome, une période discursive. L’analyse s’appuiera sur un corpus littéraire issu de Frantext contemporain (œuvres de 1980 à aujourd’hui) et visera à décrire le fonctionnement de ces unités du point de vue de leurs contraintes syntaxiques et de leurs rôles discursifs.
    Lefeuvre F. (2025). Les unités prédicatives autonomes averbales. De Gruyter.

    Carlotta CONTRINI : “La phrase du discours indirect libre: genèse et représentation de Flaubert à Zola”

    Cette communication se propose d’interroger le défi syntaxique que soulève le discours indirect libre (désormais DIL), en examinant la capacité d’une phrase à soutenir simultanément plusieurs instances énonciatives. Prenant appui sur les définitions grammaticales traditionnelles, l’étude adopte une perspective génétique fondée sur l’examen des manuscrits de Madame Bovary de Flaubert et de L’Assommoir de Zola. Par l’analyse des gestes scripturaux – hésitations, pratiques de ponctuation, brouillage des frontières phrastiques –, il s’agit de montrer que la phrase constitue un véritable laboratoire stylistique de la polyphonie. La démarche confronte la poétique du continuum flaubertien à la logique de démarcation propre à Zola, afin d’évaluer dans quelle mesure ces pratiques d’écriture anticipent, mais aussi résistent ou font concurrence aux codifications grammaticales ultérieurement formalisées par Charles Bally.

    Bibliographie

    • AUTHIER-REVUZ Jacqueline (2020), La Représentation du discours autre : principes pour une description, Berlin, De Gruyter, Linguistique française.
    • BALLY Charles (1912), « Le style indirect libre en français moderne », dans Germanisch-Romanische Monatsschrift, IV/10, p. 549-556 et IV/11, p. 597-606.
    • BARTHES Roland, (2002) « Flaubert et la phrase » [1972], Œuvres complètes, Éric Marty (éd.), t. IV, Seuil, Paris, p. 78-85.
    • BRUNET Étienne (2016), « La phrase de Zola », Questions linguistiques, B. Pincemin (éd.), Paris, Champion, p. 3I-3I.22.
    • DORD-CROUSLE Stéphanie (2025), « À l’interface du manuscrit et de l’imprimé : Flaubert et ses copistes », Genesis, 61, p. 139-150.
    • DUCROT Oswald (1984), Le Dire et le dit, Paris, Les Éditions de Minuit.
    • GOLLUT Jean-Daniel & ZUFFEREY Joël (2022), « Syntaxe et énonciation : l’insertion du discours indirect libre dans la phrase », dans Zufferey J. et Mettraux Th. (dirs), La Dis/continuité textuelle, Fabula/Les colloques (disponible en ligne).
    • JAUBERT Anna (2023), La stylisation du discours, Paris, Classiques Garnier, coll. Investigations stylistiques.
    • LE GOFFIC Pierre (2019), Grammaire de la subordination en français, Paris, Ophrys.
    • MAHRER Rudolf (2017), «La plume après le plomb», Genesis, 44, p. 17-38.
    • MAINGUENEAU Dominique (1999), Syntaxe du français, Paris, Hachette.
    • MAINGUENEAU Dominique (2010), Manuel de linguistique pour les textes littéraires, Paris, Armand Colin.
    • MELLET Sylvie & VUILLAUME Marcel (dirs), 2000, Le style indirect libre et ses contextes, Cahiers Chronos, V, Amsterdam, Rodopi.
    • PHILIPPE Gilles (2002), Sujet, verbe, complément. Le moment grammatical de la littérature française (1890-1940), Paris, Gallimard.
    • PHILIPPE Gilles & PIAT Julien (2009), La langue littéraire. Une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert à Claude Simon. Paris, Fayard.
    • PROUST Marcel (1993), « À propos du “style” de Flaubert », La Nouvelle Revue Française, 1er janvier 1920, repris dans Journées de lecture, « Domaine Français », « 10/18 », UGE, p. 114-131.
    • RIEGEL Martin, PELLAT Jean-Christophe & RENE Rioul (2018), Grammaire méthodique du français, éd. 7, Paris, Presses Universitaires de France.
    • SPITZER Leo (1931), Études sur le style. Analyses de textes littéraires français (1918-1931), trad. par J.-J. Briu, Paris, Ophrys, Bibliothèque de Faits de Langues, 1970.
    • WEINRICH Harald (1989), Grammaire textuelle du français, Paris, Didier/Hatier.
    • WILMET Marc (1998), Grammaire critique du français, Bruxelles, Duculot.

    Chama ELAZOUZI : « Les dynamiques phrastiques chez Maylis de Kerangal : entre imaginaire linguistique, modèles scolaires et expérimentations syntaxiques »

    Cette communication propose d’étudier la phrase dans Réparer les vivants et Un monde à portée de main de Maylis de Kerangal comme espace de médiation entre héritages grammaticaux, imaginaires linguistiques et expérimentations stylistiques contemporaines. L’analyse articule une approche externe ; fondée sur les discours de l’autrice, où la phrase est pensée comme souffle, mouvement et architecture, et une approche interne centrée sur les patrons phrastiques caractéristiques : expansions, coordinations à large portée, effets de périodicité et continuité syntaxique. Il s’agira de montrer comment l’écriture de Kerangal réactive des modèles stabilisés par l’école et par la tradition grammaticale tout en les déplaçant vers une esthétique fluide et cinétique, révélatrice de sensibilités phrastiques contemporaines. Cette étude vise à éclairer la circulation des savoirs linguistiques dans la création littéraire et à interroger la cohérence entre représentations théoriques et usages scripturaux. (Kerangal, 2014 ; Kerangal, 2018 ; Siouffi, 2020).

    Kyriakos FORAKIS : « Théorie de la phrase et corpus littéraire dans la grammaire scolaire du XIXe siècle : l’exemple de Noël et Chapsal (1823) »

    Les grammaires (et ouvrages apparentés) dites « des grands écrivains » — ainsi le célèbre Cours théorique et pratique de langue française de Lemare (différentes rééditions de 1807 à 1835) —, qui se multiplient vers le milieu du XIXe siècle (Tritter, 1999 : 236-237), se réclament de ceux-ci dans une tentative pour se démarquer de la grammaire philosophique du siècle précédent, « inventeur » du concept de phrase (Siouffi, 2020 : 185-189 ; Seguin, 1993 : 12-14). Outre la Grammaire nationale des frères Bescherelle (1834), qui en fait partie tout en remportant un énorme succès, se signalent d’autres ouvrages comme celui, innovateur (Chevrel, 1977 : 99), de Noël et Chapsal (1823). Une description d’ordre tout à la fois directif et concis s’y assortit, quoique non assidûment, d’exemples tirés des grands écrivains, surtout des XVIIe et XVIIIe siècles : si, en effet, l’exemple fabriqué l’emporte dans cet ouvrage pour des raisons très vraisemblablement pédagogiques, l’exemple authentique, quasi exclusivement littéraire, n’en est pas moins appelé à illustrer diverses subtilités dans l’analyse.
    Après avoir passé en revue le traitement réservé par Noël et Chapsal à la phrase et, notamment, le degré de conformation de celui-ci aux enseignements de la grammaire du XVIIIe siècle qui en a inauguré la conceptualisation, la présente proposition tentera d’élucider la constitution du corpus littéraire mis au service de la description. Quels faits grammaticaux ou rhétoriques sont-ils illustrés d’exemples littéraires ? À quels auteurs ont-ils été empruntés ? Qu’en est-il de l’éventuel commentaire dont ils font l’objet ?

    Références bibliographiques :

    • Bescherelle aîné, Bescherelle jeune et Litais de Gaux, 1834, Grammaire nationale ou Grammaire de Voltaire, de Racine […], Paris, s.é.
    • Chevrel A., 1977, …et il fallut apprendre à écrire à tous les petits Français. Histoire de la grammaire scolaire, Paris, Payot.
    • Lemare A., 1807, Cours théorique et pratique de langue française, Paris, s.é.
    • Noël F.-J.-M. et Chapsal Ch.-P., 1854 [1823], Nouvelle grammaire française […], 46e éd., Paris, s.é.
    • Saint-Gérand, Jacques-Philippe, in Corpus de textes linguistiques fondamentaux.
    • Seguin J.-P., 1993, L’Invention de la phrase au XVIIIe siècle. Contribution à l’histoire du sentiment linguistique français, Louvain/Paris, Peeters, (Bibliothèque de l’Information grammaticale).
    • Siouffi G. (dir.), 2020, Histoire de la phrase française, des Serments de Strasbourg aux écritures numériques, Arles, Actes Sud / [Paris], Imprimerie Nationale Éditions.
    • Tritter J.-L., 1999, Histoire de la langue française, Paris, Ellipses, (Universités : Lettres).

    Samia GADHOUMI : « La phrase au prisme des boucles réflexives dans les correspondances entre écrivains : Perros, Cioran »

    Nous interrogerons dans notre communication les spécificités de la phrase dans le discours épistolaire en train de se faire, dans les lettres de Georges Perros, poète-noteur, et Cioran écrivain négateur et « penseur privé », dont le style lacunaire, fragmentaire et minimaliste demeure le dénominateur commun. Notre étude sert à dégager, à partir d’une analyse stylistique et génétique, en quoi la pratique de la modalisation autonymique, les techniques de relance et de l’hyperbate, décrivent l’élaboration du « moment grammatical » dans toutes ses réalisations et ses limites dans un discours intime et réflexif à la fois. Nous viserons à montrer que la phrase dans la lettre, conçue comme une zone liminale et marginale, chez l’auteur de Papiers Collés et celui du Précis de décomposition, représente un laboratoire d’expérimentation linguistique et réflexive du sujet épistolier et un lieu où s’élaborent et s’exposent avec acuité le style, la pensée critique et l’identité littéraire en cours d’élaboration de ces écrivains épistoliers.

    Références Bibliographiques :

    • AUTHIER-Revuz, Jacqueline, Ces mots qui ne vont pas de soi. Boucles réflexives et non-coïncidences du dire, Larousse, Paris, 1995.
    • AUTHIER-REVUZ, Jacqueline, « Hétérogénéité montrée et hétérogénéité constitutive : éléments pour une approche de l’autre dans le discours », DRLAV, n° 26, 1982, p. 91-151.
    • CIORAN, Manie épistolaire, Lettres choisies 1930-1991, Editions établies par Nicolas Cavaillès, Gallimard, 2024.
    • DESSONS, Gérard, « La phrase comme phrasé », La Licorne [En ligne], n° 42 Stéphane, Bikialo, (dir), 1997.
    • FONTVIEILLE, Agnés, « linéament d’écriture : les ratures dans la correspondance de peu-lettrés durant la Grande Guerre », Congrès Mondial de Linguistique Française CMLF 2020.
    • GOUX, Jean-Paul, La Fabrique du continu, Seyssel, Champ Vallon, 1999.
    • PERROS, Georges, PAULHAN , Jean, Correspondance 1953-1967, Avant-courrier de Roger Judrin ; dessins de Jean Bazaine, Quimper, Calligrammes, 1982.
    • PERROS, Georges, PARAIN, Brice, Correspondance 1960-1971. Éditée avec un avant-propos, des notes et un index par Pierre et Yaël Pachet, Gallimard, Paris, 1999.
    • PHILIPPE, Gilles, PIAT, Julien, La langue littéraire. Une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert à Claude Simon. Paris, Fayard, 2009.
    • PIAT, Julien, L’expérimentation syntaxique dans l’écriture du Nouveau Roman, Paris, Honoré Champion, 2011.
    • ROSOFF, Sonia, DOQUET, Claire, LEFEBVRE, Julie, OPPERMANN-MARSEAUX, Evelyne, PETILLON-BOUCHERON, Sabine, L’hétérogène à l’œuvre dans la langue et les discours, Hommage à Jacqueline Authier-Revuz, textes réunis par, Lambert-Lucas, Limoges, 2012.
    • STEUCKARDT, Agnès, NIKLAS-SALMINEN, Aïno (dir.), Les marqueurs de Glose, PU de Provence, Aix-Marseille, 2005.
    • OBITZ-LUMBROZO, Bénédicte, VITA, Philippe De (dir.), (Re) lire les correspondances, Classiques Garnier, Rencontres n°669, 2025.

    Anne GARRIC : « L’apodose ambiguë : surcharge hypothétique, imprévisibilité phrastique et résonances de la phrase latine dans ‘Le Triangle ambigu’ d’André Pieyre de Mandiargues »

    En tant qu’unité prédicative, la phrase française instaure une prévisibilité cognitive grâce à sa programmation. La phrase de Mandiargues quant à elle, « révèle [souvent] une dialectique entre énergie et inertie, attente et report3 ».
    L’écriture du « Triangle ambigu » (1968) présente en effet une dynamique de frustration du texte, au service d’un processus de contrefiction expérimentale : une longue succession de phrases conjuguées au conditionnel présent instaure un trouble interprétatif, entre un sens temporel d’ultérieur du passé et une valeur modale d’hypothèse, dans un système phrastique bancal. Dès les premières lignes in medias res, étendues sur près de la moitié du récit, cette économie narrative ambiguë est marquée par la surcharge d’hypothèse propre au conditionnel, couplée à des faits de mise en attente et de surcharge mémorielle4 dans la programmation phrastique, où se dérobe la prévision syntaxique et sémantique.
    Terrain privilégié d’une exploration de l’ambiguïté des usages du conditionnel, de sa polysémie et de ses effets de sens, la phrase mandiarguienne présente enfin quelques résonances avec un état ancien de l’expression de la virtualité telle qu’on la trouve dans la phrase conditionnelle latine.

    Emmanuelle KAËS : « Défendre sa phrase : Claudel et les discours scientifiques sur la langue »

    Entre 1920 et 1930, en plein « moment grammatical5 », Claudel fait face à des attaques virulentes dirigées contre son style et particulièrement contre sa phrase, qualifiée d’« obscure », « anarchique », « incontinente ». Elles proviennent principalement du camp qui domine la vie intellectuelle de l’entre-deux-guerres : L’Action Française. Contrairement à Queneau ou à Valéry, le recours de Claudel aux savoirs linguistiques va s’inscrire dans un dispositif polémique : il s’agit pour lui de riposter et de se défendre. Dans le péritexte (entretiens, lettres et préfaces) mais aussi dans la trame même de son œuvre, il engage un discours épilinguistique sur la langue, dont nous analyserons les réflexions sur la phrase. Nous souhaiterions, d’une part, mettre en lumière la convergence entre les positions de l’écrivain sur la phrase et certaines options de la linguistique des années vingt, qui se rapproche alors de la psychologie : promotion de l’oral contre le « fétichisme » de l’écrit, approche fonctionnaliste de la faute, primat de l’expressivité (pour Claudel, « la sensibilité a d’autres lois que l’intelligence […], ses nécessités d’expression sont différentes, et par suite sa manière de charger la phrase »). Rappelons qu’en mai 1927, Claudel échange au sujet de la phrase avec Marcel Jousse, élève d’Antoine Meillet ; en 1930, dans « Sur la grammaire », il place son propos sous le patronage des « philologues les plus distingués de la Sorbonne, MM. Ferdinand Brunot, Meillet et Vendryes » et définit la phrase comme « une espèce de geste linguistique, qui se prête à l’analyse, mais ne se laisse pas enfermer dans des cadres artificiels » (id.). Il s’agira, d’autre part, de montrer comment le poète duplique dans le domaine de la langue l’antagonisme qui l’oppose à ses détracteurs dans le champ littéraire. Les critiques qui opposent à sa phrase, prétendument ni française ni classique, « l’intelligence », « l’ordre » et la rationalité de la phrase classique trouvent leurs répondants dans ceux que le poète désigne comme « les gens d’en face » : Lancelot et ses « lansquenets », promoteurs dans la Grammaire de Port-Royal d’un modèle de phrase logique et rationaliste.

    Bibliographie

    • Paul Claudel, « Sur la grammaire », Les Nouvelles littéraires, 3 mai 1930, Œuvres complètes, vol. XVIII, Gallimard, 1961, pp. 274-281.
    • Paul Claudel, « Réflexions et propositions sur le vers français », NRF, 1925.
    • Pierre Lasserre, Les Chapelles Littéraires, Garnier, 1920.
    • Marcel Jousse, Études de psychologie linguistique. Le style oral rythmique et mnémotechnique chez les verbo-moteurs, Beauchesne, 1925.
    • Jérôme Meizoz, L’Âge du roman parlant (1919-1939). Écrivains, critiques, linguistes et pédagogues en débat, préface de Pierre Bourdieu, Genève, Droz, 2001
    • Anamaria Curea, « L’expressivité linguistique, un objet problématique dans la théorie de Charles Bally ». Entre expression et expressivité : l’école linguistique de Genève de 1900 à 1940, ENS Éditions, 2015
    • Gilles Philippe, Sujet, verbe, complément. Le moment grammatical de la littérature française (1890-1940), Paris, Gallimard, 2002.
    • Antoine Gautier, « La notion de phrase en grammaire », L’Information grammaticale, n°150, 2016.
    • Pierre-Yves Testenoire, « Les recherches sur la poésie orale autour d’Antoine Meillet : Jean Paulhan, Marcel Jousse, Milman Parry », Histoire Épistémologie Langage, 44-2, 2023.

    Ioanna KOUKI et et Eugénie JOUSLIN : « La phrase lesbienne et sa matérialité graphique : de la rupture de Monique Wittig aux réinventions contemporaines de Léna Ghar »

    Cette communication analyse la manière dont certaines écritures de thématique lesbienne, L’Opoponax (1964) et Le Corps lesbien (1973) de Monique Wittig, Tumeur ou tutu (2023) de Léna Ghar, transforment la phrase en espace de rupture syntaxique et typographique. Dans L’Opoponax, l’apparente continuité phrastique masque une mise en crise du modèle classique : virgules absentes, respiration haletante, subjectivité neutralisée. Le Corps lesbien radicalise cette déconstruction : phrases en capitales, temporalités éclatées, segments repris plusieurs pages plus loin. La phrase devient unité corporelle, performative, selon l’idée d’une « écriture du corps »6 et d’une résistance aux structures hétéronormées de la grammaire7.
    Ghar reprend et déplace ces innovations : capitalisation, absentéismes typographiques, énumérations et présentatifs syncopés. Cette continuité relève d’une véritable ligne lesbienne8, où la transformation de la phrase agit comme une émancipation du langage.
    On montrera ainsi que, des années 60 à aujourd’hui, la phrase, dans sa structure comme dans sa matérialité, constitue un lieu de transmission et de transformation au sein des écritures de thématique lesbienne.

    Olivier KRAIF & Julie SORBA : « Étude diachronique et générique de la longueur des phrases et de ses corrélations dans un corpus romanesque »

    Nous proposons dans cette communication d’étudier, d’un point de vue quantitatif et qualitatif, la question de la longueur de la phrase dans deux corpus romanesques : le corpus diachrorom, d’une part, regroupant 2500 romans français publiés entre 1820 et 2016 ; le corpus phraseorom d’autre part, constitué de 1123 romans contemporains (pour la période 1950-2016) répartis entre 6 sous-genres romanesques (littérature générale, policier, sentimental, historique, fantaisie, science-fiction, voir Diwersy et al. 2021).
    Sur la plan quantitatif, nous partons d’une définition opératoire et formelle de la phrase, entendue comme séquence délimitée par une ponctuation forte (point, point d’exclamation, point d’interrogation, points de suspensions) suivie par un espace et un mot en majuscule, ou suivie par une marque de paragraphe. Après une présentation détaillée des corpus et des traitements effectués pour leur intégration dans l’outil Lexicoscope (Kraif 2019), nous étudierons comment la longueur des phrases prise globalement a évolué temporellement, à travers 20 décades s’échelonnant de 1820-30 à 2010-20. Nous examinerons les variations entre auteurs, et nous chercherons notamment à corréler ces variations avec d’autres indicateurs textométriques (fréquence de certaines parties du discours ou relations de dépendance, densité lexicale, type / token ratio). Pour affiner notre approche, nous prendrons soin d’isoler les phrases n’appartenant pas au discours direct, le Lexicoscope permettant d’identifier automatiquement les passages dialogués. Nous montrerons qu’une telle approche est indispensable pour étudier les longueurs de phrase de manière fine. Par ailleurs nous examinerons les différences entre les 6 sous-genres littéraires, et nous montrerons par des tests statistiques que les variations observées sont significatives et chercherons à expliquer ces observations par des hypothèses d’ordre stylistique.
    Sur le plan qualitatif, nous proposons d’apporter un éclairage sur l’emploi de la lexie phrase dans le corpus et son évolution, notamment dans le cadre de sa combinatoire lexico-syntaxique en lien avec le marquage de la longueur. Le profil combinatoire indique la présence de plusieurs collocatifs significatifs répondant à cette définition : les adjectifs petit, bref, court, long, grand apportent un premier éclairage tandis que les verbes couper et interrompre manifestent une action sur la longueur de la phrase dans une interaction verbale.

    • Diwersy S., Gonon L., Goossens V., Kraif O., Novakova I., Sorba J. & Vidotto I. (2021). La phraséologie du roman contemporain dans les corpus et les applications de la PhraseoBase. Corpus, vol.22 https://doi.org/10.4000/corpus.6101
    • Kraif O. (2019). Explorer la combinatoire lexico-syntaxique des mots et expressions avec le Lexicoscope. Langue française, 203 : 67-83.

    Meri LARJAVAARA : « Phrases du Nord »

    La phrase traduite en français appartient désormais au français littéraire. Comme toute phrase, elle peut être stylistiquement marquée, tout en conservant des traces de la langue source. Professionnel du langage, expert du style et spécialiste des deux langues, le traducteur fait ses choix au moment de la médiation.
    Rosa Liksom est une auteure finlandaise reconnue pour son écriture crue, brute et laconique. Ses nouvelles de jeunesse ont été traduites en 1990 dans le recueil Noirs paradis (trad. Anne Papart), et sa traduction la plus récente date de 2025 (Le fleuve, trad. Anne Colin du Terrail) : selon Le Monde (02.11.2025), l’histoire y est « racontée sombrement, sans emphase ».
    Dans la version originale, le langage s’écarte souvent du finnois standard, et la phrase de Liksom est orale. Dans les deux traductions mais surtout dans la première, la phrase littéraire adopte une forme singulière. Les phrases se ressemblent, la même structure syntaxique se répète, la subordination et les marques interphrastiques restent rares (cf. lettres des tranchées, Siouffi 2020 : 279). Traduite en français, la phrase orale de Liksom semble se muer en « phrase brève » littéraire (Philippe & Piat 2009 : 194-203).
    Comment, en passant d’une langue à l’autre, la phrase change-t-elle ? Où tracer la limite entre oral et littéraire lorsque les conventions de l’écrit sont délibérément transgressées ? En quoi cela met-il en question la médiation du traducteur ?

    Corpus

    • Liksom, Rosa 1989 : Tyhjän tien paratiisit, WSOY, Juva.
    • Liksom, Rosa 1990 : Noirs paradis, La Découverte, Paris. Traduction en français par Anne Papart.
    • Liksom, Rosa 2021 : Väylä, Like Kustannus, Helsinki.
    • Liksom, Rosa 2025 : Le fleuve, Gallimard, Paris. Traduction en français par Anne Colin du Terrail.

    Bibliographie

    • Philippe, Gilles et Piat, Julien (dir.) 2009 : La langue littéraire : Une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert à Claude Simon, Fayard, Paris.
    • Siouffi, Gilles (dir.) 2020 : Une histoire de la phrase française des Serments de Strasbourg aux écritures numériques, Actes Sud, Arles.

    Mathilde LE CAM : « La phrase de René Char »

    Le XXe siècle, parachève le phénomène de disparition de la période9 au profit de la phrase. Les auteurs l’explorent entre expansion et réduction. Char, héritier du surréalisme10 , entre dans cette lignée d’auteurs qui accordent ainsi une place plus importante à la phrase ou au mot11 . Depuis le Marteau sans maître jusqu’aux Matinaux, la phrase de Char évolue. Ses poèmes sont de plus en plus ponctués. Cette modification de la manière de faire phrase pour Char, visible dans ses brouillons, acte son émancipation du surréalisme et continue d’évoluer dans un corpus postérieur jusqu’à son dernier recueil Eloge d’une soupçonnée.
    La phrase est le lieu, pour Char, où les mots doivent s’équilibrer. La prose et le vers, que le poète manie de manière versatile12 , sont un laboratoire de la phrase qui permet d’accueillir le mot juste13 . La phrase crée une musique particulière qui donne le la au poème. Pour Blanchot, « les “phrases” de René Char, îles de sens, sont, plutôt que coordonnées, posées les unes à côté des autres »14. Si René Char, contrairement à certains de ses contemporains, n’élabore pas à proprement parler une représentation de la phrase dans ses écrits, que pouvons-nous observer de son rapport à la phrase dans la genèse de ses poèmes, ses brouillons, et, de façon indirecte, à travers les quelques segments métalittéraires et métalinguistiques disséminés dans son œuvre ? Cette communication propose une analyse de la phrase charienne en prenant pour appui un échantillon issu des Matinaux ainsi qu’une étude du brouillon « Qu’il Vive ! » et cherchera à voir comment l’architecture de la phrase, forte de tous les éléments qui la constituent, amène le poète à se détacher de la phrase scolaire, telle qu’elle est enseignée au début du XXe siècle. Le travail de la page et de la phrase serait ainsi au service d’une prosodie particulière notamment en usant de procédés de détachement qui chercheraient ainsi à étonner le lecteur.

    Hélène LE LEVIER : « La phrase complexe au lycée en France : un outil pour développer les compétences de lecture interprétative des textes littéraires ? »

    La grammaire scolaire est traditionnellement en France une grammaire de phrase. Pour Chervel (1977), elle s’est en effet construite pour rendre enseignable des règles d’accord qui se négocient à l’intérieur de la phrase. Combettes (2016) souligne que, malgré l’intégration de certaines notions relevant de la grammaire de texte ou de discours, la grammaire de phrase reste prédominante dans les programmes scolaires françaises. Un examen rapide de la Grammaire du français, Terminologie grammaticale (MEN, 2020a) suffit d’ailleurs à le montrer puisque sa structure part de la phrase pour aller vers le lexique en passant par les notions de fonction et de nature des mots. On peut ainsi s’interroger sur les finalités attribuées par le système scolaire français à cette étude de la phrase. Nous avons montré dans une précédente étude que le réinvestissement des notions liées aux propositions subordonnées étudiées en cycle 4 se faisait très majoritairement à travers des activités d’expression (Le Levier et Vassiliadou, 2025). De manière cohérente avec ce constat, un rapide examen des programmes actuels de lycée (MEN, 2020b) permet de se rendre compte que la réintroduction de contenus explicites en grammaire depuis la dernière réforme des programmes a pour principale finalité le développement de compétences d’expression, dans une logique qui assimile connaissances grammaticales et maitrise d’une norme linguistique standard. Néanmoins, ces programmes mentionnent à plusieurs reprises l’intérêt d’investir ces notions dans le travail de la « compréhension » (p. 3), voire de l’« interprétation » (p. 4) des textes, dans un contexte qui donne une place centrale à l’enseignement de la littérature. Or la phrase demeure dans ces programmes de lycée le cadre principal du travail grammatical, en particulier la phrase complexe à laquelle renvoient explicitement trois des points listés par le programme (sur huit en tout). Nous proposons donc d’analyser comment un certain nombre de ressources exploitables par les enseignants (en particulier les ressources d’accompagnement des programmes proposées par l’Éducation nationale, ainsi que des manuels et des éditions scolaires de textes au programme du baccalauréat) exploitent le traitement de la phrase complexe et des questions qui lui sont liées. On se demandera en particulier si les descriptions linguistiques et activités proposées outillent les enseignants pour établir des liens entre connaissances grammaticales et travail de compréhension et d’interprétation des textes. On s’interrogera notamment sur le rôle que peut avoir à cet égard la préparation à la question de grammaire de l’oral du baccalauréat.

    • Chervel, A. (1977). Et il fallut apprendre à écrire à tous les petits Français histoire de la grammaire scolaire. Payot.
    • Combettes, B. (2016). La « grammaire de phrase » dans les textes officiels depuis le Plan de rénovation. Pratiques, (169 170). https://doi.org/10.4000/pratiques.3082
    • Le Levier, H. et Vassiliadou, H. (2025) La notion de subordination dans les textes institutionnels et les manuels scolaires français de la fin du primaire à la fin du secondaire. D. Van Dan Raemdonck; A. Gautier. Retour sur la grammaire scolaire : discours et progression curriculaire, Peter Lang, pp.161-175.
    • Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse (2020a), Grammaire du français. Terminologie grammaticale. https://eduscol.education.fr/document/1872/download
    • Ministère de l’Éducation nationale (2020b). BOEN spécial n° 1 du 22 janvier 2019 et le JORF du 8 octobre 2020. https://eduscol.education.fr/document/5792/download

    Bérengère MORICHEAU-AIRAUD : « Phrase et mémoire dans les textes d’Annie Ernaux, de Pierre Bergounioux et de Marie-Hélène Lafon »

    Annie Ernaux ouvre son discours de réception du prix Nobel en liant la question du commencement de l’écriture à la nécessité de trouver la phrase, « la seule, qui [lui] permettra d’entrer dans l’écriture du livre15 » – pour elle, « J’écrirai pour venger ma race16 ». La phrase est donnée comme à l’origine de sa mise à l’écriture notamment en raison de son lien à la mémoire : sa race est faite du monde d’où elle est issue. La phrase occupe un rôle essentiel dans le rapport au monde quitté, à sa mémoire. Nous nous proposons de voir la manière dont la phrase participe de la mise au jour de ce passé social dans les œuvres d’Annie Ernaux ainsi que de Pierre Bergounioux et de Marie-Hélène Lafon, toutes travaillées de cette question de la mémoire et de son expression. Appréhender le rôle de la phrase dans ces récits de mémoire implique d’aller voir, dans une approche externe, au sein de journaux intimes, ou d’écriture, L’Atelier noir, Chantiers, Carnets de notes, les emplois du mot « phrase », les exemples donnés, le lien établi avec la mémoire, pour pouvoir, ensuite, observer ces mêmes aspects dans leurs œuvres, principalement Les Années, Les Derniers Indiens, La Toussaint, et ainsi être à même d’analyser la manière dont la syntaxe, les tiroirs verbaux, l’énonciation, a fortiori la représentation de discours, au-delà de formules, de petites phrases17 , « font mémoire », dans et par la phrase.

    Iva NOVAKOVA : « Dans la phrase et au-delà : fonctions et périmètres des motifs phraséologiques dans la littérature contemporaine (à partir des corpus du projet PhraseoRom) »

    Cette conférence abordera la problématique de la phrase au sein de différents sous-genres de la littérature contemporaine dans une perspective phraséologique. Après un bref parcours de la notion de phrase à travers les siècles, elle proposera une réflexion conceptuelle et méthodologique sur les fonctions et les périmètres des motifs phraséologiques (Legallois 2012, Longrée & Mellet 2013, Novakova & Siepmann 2020) au sein de la phrase et au-delà – dans la séquence textuelle. En s’appuyant sur une approche guidée par les données (corpus driven), extraites grâce à la méthode « grenobloise » des Arbres Lexico-syntaxiques Récurrents (ALR), la présentation montrera, à travers l’étude de différents cas et d’exemples issus des corpus du projet ANR DFG en SHS Phraséorom que les motifs phraséologiques peuvent jouer un rôle de a) marqueurs génériques (en comparant des sous genres comme les romans policiers, sentimentaux de littérature générale, etc) b) de marqueurs du style d’un auteur (motifs stylistiques d’auteur), c) de marqueurs textuels spécifiques à un roman d’un auteur. L’étude de cette granularité des motifs permettra d’expliciter le lien entre le micro-niveau (celui des récurrences phraséologiques spécifiques) et le macro-niveau (celui du script narratif ou fictionnel) (Novakova et Siepmann 2020 : 10). Enfin, elle comparera, à travers les motifs phraséologiques, le style des auteurs français vs celui des auteurs anglais du XXe s.

    Pascale ROUX et Ilaria VIDOTTO : « Les IA ont-elles un style ? »

    Depuis que les intelligences artificielles génératives sont perçues, dans le grand public, comme une menace ou, au contraire, un outil miraculeux, on entend régulièrement parler du style de l’IA, décrit tantôt comme aisément reconnaissable, tantôt comme impossible à déceler. Nous souhaitons nous confronter à cette question, en formulant des hypothèses à partir d’un petit corpus généré par différentes IA (deux ou trois), comparé au corpus romanesque PhraseoRom, organisé selon différents genres (fantasy, science-fiction, policier, sentimental, historique, littérature « restreinte ») et dont le Lexicoscope permet la fouille. Le corpus généré par IA sera structuré pour être comparable à celui-ci. Notre poste d’observation sera celui de la phrase ; les observables seront déterminés ultérieurement, selon une démarche corpus driven, mais sans doute parmi les suivants : longueur, ponctuation, structure (simple/complexe, parataxe/hypotaxe, verbale/non verbale), ordre des mots, éléments détachés (catégorie, longueur, place, ponctuation, fonction). Nous nous demanderons si l’on observe des différences entre corpus artificiel et corpus humain, en fonction des genres, mais aussi, peut-être, entre les textes générés par différentes IA. Cette étude exploratoire, sur un très petit corpus, vise moins à produire des résultats qu’à ouvrir des pistes de recherche, à proposer une expérimentation et à problématiser stylistiquement la question.

    Bibliographie indicative

    • CLELAND Alexandra A. and PICKERING Martin J., « The use of lexical and syntactic information in language production: Evidence from the priming of noun-phrase structure », Journal of Memory and Language, 49(2):214–230, 2003.
    • DELAHAIE Fiona et RICHARD, Odile (dir.), L’Intelligence artificielle et les arts, Interfaces numériques, vol. 14, n°1, 2025.
    • FÜLÖP Erika, « Écrire-avec l’intelligence artificielle, ou l’esthéthique de la sympoïèse », Nouveaux cahiers de Marge, 8/2024, en ligne : https://publications-prairial.fr/marge/index.php ?id =956
    • GEFEN Alexandre (dir.), Créativités artificielles : la littérature et l’art à l’heure de l’intelligence artificielle, Les Presses du réel, Dijon, 2023.
    • GEFEN Alexandre, « Ce que l’intelligence artificielle change à l’art ». Nouvelle revue d’esthétique 33(1), 2024, p.5 9, en ligne.
    • HERBOLD Steffen, HAUTLI-JANISZ Annette, HEUER Ute, KIKTEVA Zlata, and TRAUTSCH Alexander, « A large-scale comparison of human-written versus ChatGPT-generated essays. Scientific Reports », Nature, 13(18617):1–11, 2023, en ligne : https://www.nature.com/articles/s41598-023-45644-9.
    • KOBAK Dmitry, MÁRQUEZ RITA González, HORVÁT Emöke-Ágnes, and Lause Jan, « Delving into ChatGPT usage in academic writing through excess vocabulary », arXiv, 2406.07016:1–13, 2024, en ligne : https://arxiv.org/pdf/2406.07016v1.
    • LEBRUN Tom (2020). « Pour une typologie des œuvres générées par intelligence artificielle », Balisages, n. 1, 2020, en ligne : https://publications-prairial.fr/balisages/index.php ?id =304.
    • MASOURA, Athina et RAGEUL, Anthony. (dir.), L’ère numérique du style. Proteus, n°20, 2023.
    • MORCEL Morgan, « De l’Inattribuable dans l’art – Du Droit à l’IA : « Ceci est de toi » », L’ère numérique du style (dir. A. Masoura et A. Rageul), Proteus, n°20, 2023, p.66-78, en ligne.
    • PETITJEAN Anne-Marie, « Que devient la créativité littéraire à l’heure de Chatgpt ? Expérimenter l’intelligence artificielle en Master de création littéraire », Des robots dans la classe, Le Français d’aujourd’hui, 2024/3, n° 226, p. 85-100, en ligne : https://shs.cairn.info/revue-le-francais-aujourd-hui-2024-3-page-85
    • PIGNIER Nicole, « L’énonciation à l’épreuve de l’‘‘I.A.’’. Qu’est-ce qu’énoncer veut dire ? », Interfaces Numériques 2, 2022, en ligne : https://doi.org/10.25965/interfaces-numeriques.4897
    • PIQUE Christophe, « Les technologies numériques au cœur du processus créatif – L’émergence d’un hyperstyle », L’ère numérique du style (dir. A. Masoura et A. Rageul), Proteus, n°20, 2023, p.29-36, en ligne.
    • QUARANTA Jean-Marc, « Intelligence artificielle et création littéraire : expériences et perspectives », L’Intelligence artificielle et les arts (dir. F. Delahaie et O. Richard), Interfaces numériques, vol. 14, n°1, 2025, en ligne.

    Claire Stolz : « La notion de phrase chez des écrivains d’aujourd’hui professeurs de lettres : Annie Ernaux et Marie-Hélène Lafon »

    La notion de phrase est avant tout grammaticale et scolaire dans l’imaginaire linguistique contemporain. C’est pourquoi il est intéressant d’étudier sa conception chez deux écrivaines d’aujourd’hui, Annie Ernaux et Marie-Hélène Lafon, qui ont en commun d’avoir été portées et révélées à elles-mêmes par l’école, d’avoir suivi de brillants cursus universitaires pour devenir professeure certifiée de lettres modernes pour l’une, agrégée de grammaire pour l’autre, et à ce titre passeuses de grammaire. Si les écrivains non enseignants se soucient peut-être moins de la correction grammaticale enseignée à l’école, les écrivains professeurs de lettres sont forcément influencés par la réflexion théorique sur les notions grammaticales et linguistiques qu’ils ont dû mener pour leurs études et pour leur pratique professionnelle. Dans ce cadre, la notion de phrase est liée intimement à la question de la ponctuation, qu’elle soit utilisée, supprimée ou détournée, la marque délimitant et définissant la phrase dans les grammaires scolaires étant le point ou une ponctuation semi-forte. Les deux autres grandes problématiques scolaires sont celle de la complétude syntaxique et celle de la phrase littéraire dont le marquage serait la complexité et, conséquemment, la longueur et le rythme, voire le souffle : de ce point de vue, les écrivains d’aujourd’hui sont amenés à se situer peu ou prou par rapport aux maîtres de la phrase longue, Marcel Proust et Claude Simon, mais aussi par rapport à l’héritage scolaire des classiques, c’est-à-dire des auteurs étudiés en classe, au premier rang desquels, concernant le travail de la phrase, se trouve Flaubert. Après un rapide récapitulatif des contenus des programmes scolaires de la deuxième moitié du XXe siècle et de leurs aménagements au XXIe siècle, nous étudierons donc ce que nous disent Annie Ernaux et Marie-Hélène Lafon de cet héritage et de leur « vision » (terme particulièrement adapté pour Lafon) de la phrase et de son élaboration.

    Pierre-Yves TESTENOIRE : « La phrase au-delà de la grammaire, de Bally à Benveniste en passant par Karcevski »

    Dans l’histoire longue du métalangage grammatical, le terme de phrase est relativement récent. Il ne l’intègre véritablement qu’à la fin du XVIIIe au terme d’un processus de « grammaticalisation » bien décrit (Seguin 1993, Raby 2018). La stabilisation de la phrase autour de deux critères principaux –la complétude sémantique et la structure syntaxique – est facilitée par le développement de la grammaire scolaire qui en fait un cadre opportun d’analyse (Chervel 1977). Or, ce statut double de la phrase comme unité sémantique et unité syntaxique pose des problèmes auxquels la linguistique contemporaine n’a cessé de se heurter. L’effort majoritaire des linguistes du XXe siècle – du distributionnalisme au générativisme – a consisté à définir la phrase sur des critères exclusivement syntaxiques. De façon contemporaine, certains linguistes ont développé une acception non syntaxique de la phrase. C’est à ce courant minoritaire que sera consacrée la conférence. On y examinera la conception de la phrase développée par trois linguistes : Charles Bally (1865-1947), Serge Karcevski (1884-1955) et Émile Benveniste (1902-1976). Les trois savants ont en commun d’appréhender la phrase comme une unité discursive et de mobiliser à son sujet le concept d’actualisation.

    Références

    • Chervel Yves. 1977. Et il fallut apprendre à écrire à tous les petits français. Histoire de la grammaire scolaire, Paris, Payot, Paris.
    • Raby Valérie. 2018. Les théories de l’énoncé dans la grammaire générale, Lyon, ENS Editions
    • Séguin Jean-Pierre. 1993. L’invention de la phrase au XVIIIe siècle : contribution à l’histoire du sentiment linguistique français, Paris, Éditions Peeters.

    Stéphanie Thonnerieux : « Une ‘syntaxe nouvelle’ en poésie : la simplicité selon Reverdy »

    Sur fond de disparition de la ponctuation et d’expérimentations spatiales, les années 1910 voient l’émergence d’un désir de simplification syntaxique en poésie, formulé notamment par Apollinaire et Reverdy.
    Il s’agit donc d’étudier les formes grammaticales de cette simplification/simplicité en prenant appui essentiellement sur l’oeuvre de Pierre Reverdy qui se fonde sur une pratique syntaxique repensée. En effet, sa phrase ne s’établit pas sur des critères graphiques et intègre plutôt la spatialisation comme mode de liaison ou de segmentation des unités, ce qui pose différemment la question des limites externes de la phrase (et de ses rapports avec le vers). Mais c’est sur le plan interne, celui de la structure phrastique, que l’idée de simplicité prend toute sa mesure. Les unités syntaxiques, qui s’étendent du mot à la phrase, sont plutôt brèves : de tendance simple (au sens grammatical) puisque la succession des constituants prend le pas sur leur hiérarchisation, elles sont aussi bien verbales que non verbales, mais c’est bien la part de la prédication non verbale qui retient l’attention chez Reverdy, avec des structures récurrentes : phrases averbales locatives et existentielles, avec un emploi notable de relatives en prédication seconde. Elles apparaissent en outre en continuité avec les phrases à présentatifs, également remarquables, en particulier en il y a et c’est.
    Si ces structures, inégalement présentes en poésie depuis quelques décennies, s’imposent alors, le cas de Reverdy retient l’attention dans la mesure où sa poésie les associe et en intensifie l’usage, mais également parce que ses écrits théoriques en explicitent la valeur : Reverdy cherche à exprimer le mouvement de l’émotion suscitée par l’expérience de la réalité, dans les perceptions et ressentis qu’elle engage, assignant à la poésie un rôle de présentation plus que de représentation de cette réalité dont la phrase elle-même saisit le caractère partiel, instable et évanescent.

    Premiers éléments de bibliographie

    • Isabelle Chol, « Cela fait dess(e)in : Pierre Reverdy, poète typographe et calligraphe », dans Jacques Dürrenmatt (dir.), Typographie / Calligraphie, L’Improviste, 2009, p. 191-208.
    • Michel Favriaud, « Les problèmes de ponctuation générale soulevés par la poésie contemporaine », Pratiques, n° 179-180, 2018.
    • Gallet Olivier, « La présentation poétique », Littérature, n° 183, 2016, p. 23-39.
    • Laurent Nicolas, « Les prédications en c’est : une approche systématique », L’Information grammaticale, n° 158, 2018, p. 19-29.
    • Le Goffic Pierre, Grammaire de la phrase française, Paris, Hachette, 1993.
    • Lefeuvre Florence, La Phrase averbale en français, Paris, L’Harmattan, 1999.
    • Monte Michèle, « Noms en emploi prédicatif et nexus dans la poésie de Pierre Reverdy », Verbum, t. XXXVI (2), 2014, p. 421-433.

    Hoai Anh TRAN, « La phrase entre norme française et réalités socioculturelles rwandaises : tension linguistique et médiation postcoloniale dans Jacaranda de Gaël Faye »

    Publié en 2024, Jacaranda de Gaël Faye prolonge la réflexion sur la mémoire et la langue ouverte dans Petit Pays (2016). Le roman met en scène la cohabitation du français, langue héritée de la colonisation belge, et du kinyarwanda, langue de la mémoire collective, à travers deux voix féminines : Venancia, institutrice attachée à la norme, et Stella, jeune femme en quête d’une parole réconciliée. Cette étude analyse la phrase comme lieu de tension entre norme linguistique française et réalités socioculturelles rwandaises, mais aussi comme espace de médiation postcoloniale.
    Mobilisant la sociolinguistique critique (Bourdieu, 1982 ; Balibar, 1985), la stylistique francophone (Philippe, 2021 ; Jollin-Bertocchi, 2006) et la pensée postcoloniale (Fanon, 1952 ; Ngũgĩ wa Thiong’o, 1986), la recherche montre que la syntaxe devient outil d’affirmation identitaire. Chez Venancia, la phrase normative symbolise la soumission grammaticale ; chez Stella, la désobéissance syntaxique fait émerger une langue plurielle et réparatrice.
    Ainsi, Jacaranda illustre une « décolonisation de la syntaxe » où le français, loin de se figer, s’ouvre à l’altérité. La phrase, transformée en lieu de mémoire et de résistance, devient instrument de réconciliation linguistique et culturelle.

    Bibliographie

    • Balibar, R. (1985). « L’institution du français : Essai sur le colinguisme des Carolingiens à la République ». Paris : Presses Universitaires de France.
    • Bourdieu, P. (1982). « Ce que parler veut dire : L’économie des échanges linguistiques ». Paris : Fayard.
    • Fanon, F. (1952). « Peau noire, masques blancs ». Paris : Seuil.
    • Jollin-Bertocchi, S. (2006). « Stylistique et francophonie : hybridité linguistique et créativité textuelle ». Paris : L’Harmattan.
    • Ngũgĩ wa Thiong’o. (1986). « Decolonising the Mind: The Politics of Language in African Literature ». Londres : Heinemann.
    • Philippe, G. (2021). « La langue littéraire : Une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert à Claude Simon ». Paris : Seuil.
    • Seguin, J.-P. (1993). « La langue française et la République ». Paris : CNRS Éditions.
    • Faye, G. (2024). « Jacaranda ». Paris : Grasset.
    • Faye, G. (2016). « Petit Pays ». Paris : Grasset.
    • Mukasonga, S. (2012). « Notre-Dame du Nil ». Paris : Gallimard.
    • Kourouma, A. (2000). « Allah n’est pas obligé ». Paris : Seuil.
    • Calvet, L.-J. (1974). « Linguistique et colonialisme : petit traité de glottophagie ». Paris : Payot.
    • Chardenet, P. (2007). La francophonie et ses normes : enjeux politiques et linguistiques.
    • « Revue française de linguistique appliquée », 12(2), 95–108.
    • Halen, P. (2015). Francophonie, langue et postcolonialité. « Itinéraires », (2015-2).

    Sandrine Vaudrey-Luigi : « Dire le temps, dire le monde : la phrase kerangalienne »

    Longue, très longue, la phrase kerangalienne semble paradoxalement relever d’une forme de fluidité, de mouvements internes de relance qui en assurent la cohésion au niveau local et pérennisent plus globalement sa lisibilité. Véritable signature stylistique, la phrase informe – au sens étymologique du terme – le temps et l’espace et devient le lieu même de l’expérience phénoménologique. De ce fait, si l’analyse de la phrase kerangalienne relève d’observatoires langagiers conventionnels, avec l’ordre des mots, notamment la postposition du sujet, le jeu sur les inserts, les segments en position détachée, le travail sur la ponctuation avec une place de choix accordée au point-virgule, la prégnance de la parataxe ou encore parfois la présence de constituants hétérogènes, ces derniers fondent leur unité dans un ancrage descriptif incarnant la manifestation du réel.

    Bibliographie indicative

    • Bikialo Stéphane & Rault Julien dir., Imaginaires de la ponctuation dans le discours littéraire (fin XIXe – début XXIe siècle), Littératures, n°72, 2015
    • Bonazzi Mathilde, Narjoux Cécile & Serça Isabelle dir., La langue de Maylis de Kerangal, Éditions universitaires de Dijon, 2017
    • Fontvieille-Cordani Agnès & Thonnerieux Stéphanie dir., L’ordre des mots à la lecture des textes, Presses Universitaires de Lyon, 2009.
    • Fuchs Catherine, « La postposition du sujet nominal : paramètres linguistiques et effets stylistiques », Fontvieille-Cordani Agnès & Thonnerieux Stéphanie dir., L’ordre des mots à la lecture des textes, Presses Universitaires de Lyon, 2009, p. 27-44.
      —« Locatif spatial initial et position du sujet nominal : pour une approche topologique de la construction de l’énoncé », Lingvisticæ Investigationes, Volume 29, 2006, p. 61-74.
    • Jeandillou Jean-François & Magné Bernard dir., L’ordre des mots, Semen, n°19, 2005.
    • Legallois Dominique, François Jacques, « Définition et illustration de la notion d’expressivité en linguistique », Relations, Connexions, Dépendances. Hommage au Professeur Claude Guimier, Le Querler Nicole, Neveu Franck & Roussel Emmanuelle, dir., collection « Rivages linguistiques », Presses Universitaires de Rennes, 2012, p. 197-22.
    • Neveu Franck, « Quelle syntaxe pour l’apposition ? Les types d’appariement des appositions frontales et la continuité », Langue française, « Nouvelles recherches sur l’apposition », n°125, 2000, p. 106-124.
    • Serça isabelle, « “La ponctuation est l’anatomie du langage” Maylis de Kerangal », Bikialo Stéphane & Rault Julien, Imaginaires de la ponctuation dans le discours littéraire (fin XIXe – début XXIe siècle), Littératures, n°72, 2015.
      —, « Le sentiment de la phrase : Langue, style, littérature au XXIe siècle : Millet, Kerangal, Michon, Goux, Laurichesse, Mingarelli, Ernaux », Géographie sensible, Littératures, n°89, 2024.

    Marie-Albane WATINE : « La phrase littéraire comme exercice procédural : que peut apporter la psycholinguistique à une description de la phrase contemporaine ? »

    De nombreux écrivains contemporains évoquent le rapport de leur phrase au temps, de Claude Simon qui dit chercher une phrase qui exprime la simultanéité des perceptions à Maylis de Kerangal qui dit prendre en compte avant tout la vitesse de la phrase, et travailler à la ralentir ou l’accélérer (Gautier et Watine 2020, Vaudrey-Luigi 2023). Loin de la spatialisation qu’implique l’analyse syntaxique (Le Goffic et Fuchs 2011) ou plus largement structurale (Baroni 2007), cet imaginaire de la phrase (Wulf à paraître) appelle à des modèles d’analyse propres à intégrer la dimension temporelle de l’acte de lecture – on pense notamment à l’article programmatique de Laurent Jenny de 1991, qui décrit la phrase comme un champ formel tendu entre mémorisation et anticipation, « où se jouent les apories de la temporalité humaine » – mais l’article n’aura pas de suite applicative, faute d’outils théoriques adaptés à une telle description.
    Aujourd’hui, outre les modèles de la macrosyntaxe qui se penchent sur des questions de projection et d’attente (Béguelin et Corminboeuf), c’est l’apport récent des sciences cognitives, et en particulier de la psycholinguistique de la lecture (Gibson 2000, Ferreira & Qiu 2021, Futrell et al. 2021) qui nous semble propre à fournir, au prix de certaines adaptations, les outils descriptifs appropriés pour une description de la phrase en tant qu’elle est aussi exercice procédural, se déroulant séquentiellement dans le temps (Gautier et Watine 2021). Ces approches, en modélisant les phénomènes de prédiction et de mémorisation, permettent de décrire autrement la phrase longue, et notamment de distinguer différents types de complexité, qui engagent à leur tour la définition de types d’unités de lecture, non congruentes avec celles de la syntaxe.
    Nous nous proposons de montrer comment, dans deux textes contemporains dont on soulignera les proximités et les différences en termes d’imaginaire de la phrase (Le Tramway de Claude Simon et Rosie Carpe de Marie NDiaye), ces unités de lecture définies par la prévision et la mémorisation peuvent participer aux phénomènes de représentation du temps, mais aussi accompagner différents types de texte (description, narration…) et instruire différents types de représentations cognitives.

    Bibliographie

    • Baroni, Raphaël (2007), La Tension narrative, Paris, Seuil, coll. « Poétique », 2007.
    • Béguelin Marie-José, Corminboeuf Gilles (2016), « Phénomènes d’attente et de projection : Présentation », Langue française n° 192, p. 5-14.
    • Ferreira, Fernanda, & Qiu, Zhuang (2021), “Predicting syntactic structure”, Brain Research, 1770.
    • Richard Futrell, Roger P. Levy, Edward Gibson (2020), “Dependency locality as an explanatory principle for word order”, Language, Volume 96-2, pp. 371-412.
    • Gautier Antoine et Watine Marie-Albane (2020), « Entre pratiques standardisée et innovations : XX et XXIe siècles », G. Siouffi (dir.), Une histoire de la phrase française. Des Serments de Strasbourg aux écritures numériques, Paris, Actes Sud.
    • Gautier Antoine et Watine Marie-Albane (2021), « Une approche psycholinguistique des figures de construction : Présentation », L’information grammaticale, 169, pp.3-13.
    • Jenny, Laurent (1989), « La phrase et l’expérience du temps », Poétique n°79, p. 277-286.
    • Le Goffic Pierre, Fuchs Catherine (2011), « L’hyperbate est-elle toujours à droite ? » in A-M. Paillet & C. Stolz, L’hyperbate aux frontières de la phrase, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, p. 89-102.
    • Vaudrey-Luigi Sandrine (2023), « Ordre des mots et expérimentations linguistiques dans la prose de Maylis de Kerangal », intervention au laboratoire BCL (UMR 7320), Université Côte d’Azur/CNRS, 22 juin 2023.
    • Wulf, Judith (à paraitre), Style et imaginaires de la langue, Actes du 5e colloque de l’AIS, Université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis, 2022.

    Ilias YOCARIS : « Une restructuration de la phrase traditionnelle : style et syntaxe dans l’œuvre de Claude Simon »

    À rebours des stéréotypes véhiculés par une critique journalistique tapageusement rétrograde (cf. p. ex. Rinaldi 1985), encore assez répandus de nos jours, la syntaxe simonienne ne vise pas à détruire ou à défigurer la phrase traditionnelle : si elle a une dimension manifestement très transgressive, du fait que Simon entend se démarquer des formes narratives et phrastiques « classiques », il s’agit en fait non pas de déstructurer mais de restructurer celles-ci, afin de faire découvrir au lecteur « un ordre jusque-là inouï » (Zemmour 2008 : 340) essentiellement axé sur l’indétermination sous toutes ses formes. En effet, les dispositifs syntaxiques extrêmement sophistiqués mis en place dans les romans simoniens visent à créer (cf. Yocaris 2008) une somme d’objets verbaux non réductibles à une segmentation du type cartésien en représentations « claires et distinctes » : ceux-ci sont homomorphes aux constituants de base d’un monde dépourvu de toute transcendance, intégralement gouverné par le hasard et caractérisé à ce titre par une incertitude ontologique et épistémique intrinsèque (cf. p. ex. Yocaris 2006 : 217-219). Dès lors, sans disparaître tout à fait, la « phrase » traditionnelle se voit supplantée par des dispositifs articulés autour de « clauses » et de « périodes » berrendonneriennes (cf. Berrendonner & Reichler-Béguelin 1989, Berrendonner 1990, 2002), au sein desquels elle devient un cas limite. La complexe interpénétration d’une syntaxe (plus ou moins) classique et d’une syntaxe clausale/périodique engendre comme nous allons le montrer quatre traits fonctionnels majeurs :

    • (i) Hybridation et articulation transgressive (emploi déviant des connecteurs syntaxiques, connexions syntaxiques adventives, variabilité de la règle grammaticale).
    • (ii) Décentrement et dé-hiérarchisation (effacement ponctuel des verbes conjugués et des marqueurs d’embrayage, autonomisation d’éléments syntaxiquement régis, transformation de certains subordonnants en connecteurs d’énoncés autonomes).
    • (iii) Dépassement de la linéarité discursive (syntagmatisation du paradigmatique, réticulations clausales, décliticisations, constructions louches).
    • (iv) Ambiguïté (segmentations floues, hiérarchisations syntaxiques réversibles, emploi ambigu des formes en -ANT, anamorphoses syntaxico-énonciatives).

    Références bibliographiques

    • Badiou-Monferran, Claire (2020) : « Complexité syntaxique : les deux régimes, classique et moderne, du diasystème simonien », in Watine, Yocaris & Zemmour dirs 2020 : 295-307.
    • Berrendonner, Alain & Reichler-Béguelin, Marie-José (1989) : « Décalages : les niveaux de l’analyse linguistique », Langue française, 81, p. 99-125.
    • Berrendonner, Alain (1990) : « Pour une macro-syntaxe », Travaux de linguistique, 21, p. 25-36.
      ― (2002) : « Les deux syntaxes », Verbum, 24 (1-2), p. 23-36.
    • Berthomieu, Gérard (1997-1998) : Cours d’agrégation sur La Route des Flandres, inédit.
    • Blanche-Benveniste, Claire & Jeanjean, Colette (1987) : Le Français parlé : transcription et édition, Paris, Didier, coll. « Publications du trésor général des langues et parlers français ».
    • Caglioti, Giuseppe (1995) : « Perception of Ambiguous Figures : a Qualitative Model Based on Synergetics and Quantum Mechanics », in Kruse & Stadler dirs. 1995 : 463-478.
    • Deleuze, Gilles (1968) : Différence et répétition, Paris, PUF, coll. « Épiméthée ».
    • Deleuze, Gilles (1969) : Logique du sens, Paris, Minuit, coll. « Critique ».
    • Deleuze, Gilles & Guattari, Félix (1980) : Mille plateaux, Paris, Minuit, coll. « Critique ».
    • Evans, Michael (1988) : Claude Simon and the Transgressions of Modern Art, New York, St. Martin’s Press.
    • Grize, Jean-Blaise (1996) : Logique naturelle et communications, Paris, PUF, coll. « Psychologie sociale ».
    • Grize, Jean-Blaise (1997) : Logique et langage, Paris/Gap, Ophrys, coll. « L’homme dans la langue ».
    • Kruse, Peter & Stadler, Michael (1995) : « The Function of Meaning in Cognitive Order Formation », in Kruse & Stadler dirs 1995 : 5-22.
    • Kruse, Peter & Stadler, Michael dirs (1995) : Ambiguity in Mind and Nature : Multistable Cognitive Phenomena, Berlin/New York, Springer, coll. « Springer Series in Syngergetics ».
    • Labov, William (1976) : Sociolinguistique, trad. de l’américain par Alain Kihm, Paris, Minuit, coll. « Le Sens commun ».
    • Lanceraux, Dominique (1973) : « Modalités de la narration dans La Route des Flandres », Poétique, 14, p. 235-249.
    • Meizoz, Jérôme (2001) : L’Âge du roman parlant (1919-1939) : écrivains, critiques, linguistes et pédagogues en débat, Genève, Droz.
    • Neveu, Franck (1998) : « Macrosyntaxe. Le problème des niveaux de l’analyse syntaxique dans La Route des Flandres », L’Information grammaticale, 76, p. 38-41.
    • Philippe, Gilles (2009) : « La langue littéraire, le phénomène et la pensée », in Gilles Philippe & Julien Piat dirs, La Langue littéraire. Une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert à Claude Simon, Paris, Fayard, p. 91-119.
    • Rannoux, Catherine (1997) : L’Écriture du labyrinthe : Claude Simon, La Route des Flandres, Orléans, Paradigme, coll. « Références ».
    • Ricardou, Jean & van Rossum-Guyon, Françoise dirs (1972) : Nouveau Roman : hier, aujourd’hui, t. II, Pratiques, Paris, Union Générale d’Éditeurs, coll. « 10/18 ».
    • Rinaldi, Angelo (1985) : « L’affaire Claude Simon », L’Express, 25-31 octobre 1985, p. 148-149.
    • Rouayrenc, Catherine (1999) : « La Route des Flandres de Claude Simon : voyage au bout (et au-delà) de la parenthèse », Champs du signe, 9, p. 293-307.
    • Simon, Claude (1957) : « Claude Simon. Instantané », entretien avec Gérard d’Aubarède, Les Nouvelles Littéraires, 1567, 7 novembre 1957, p. 7.
      • (1960a) : « Avec « La Route des Flandres » Claude Simon affirme sa manière », entretien avec Claude Sarraute, Le Monde, 8 octobre 1960, p. 9.
      • (1960b) : « Entretien avec Claude Simon », entretien avec Madeleine Chapsal, L’Express, 491, 10 novembre 1960, p. 30-31.
      • (1962) : « Entretien. Claude Simon parle », entretien avec Madeleine Chapsal, L’Express, 564, 5 avril 1962, p. 32-33.
      • (1972) : « La fiction mot à mot », in Ricardou & van Rossum-Guyon dirs 1972 : 73-97 (suivi d’une discussion, p. 99-116).
      • (1977) : « Un homme traversé par le travail », entretien avec Alain Poirson et Jean-Paul Goux, La Nouvelle Critique, 105, p. 32-44.
      • (1979) : « Entretien avec Jo Van Apeldoorn et Charles Grivel, 17 avril 1979, de Claude Simon », in Charles Grivel dir., Écriture de la religion : écriture du roman. Textes réunis par Charles Grivel. Mélanges d’histoire de la littérature et de critique offerts à Joseph Tans, Groningen/Lille, Centre Culturel Français de Groningen/Presses Universitaires de Lille, p. 87-107.
      • (1986) : « Claude Simon », in Lois Oppenheim dir., Three Decades of the French New Novel, Urbana, University of Illinois Press, p. 71-86.
      • (2006) : Œuvres, tome I, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade ».
      • (2012) : « L’absente de tous bouquets » [conférence inédite de 1982], in Quatre conférences, Paris, Minuit, p. 39-71.
      • (2013) : Œuvres, tome II, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade ».
    • Vallespir, Mathilde (2020) : « Complexité perceptive chez Claude Simon : instabilité référentielle et multistabilité dans La Chevelure de Bérénice », in Watine, Yocaris & Zemmour dirs 2020 : 112-131.
    • Vaudrey-Luigi, Sandrine (2020) : « Complexité et belle langue dans L’Herbe de Claude Simon », in Watine, Yocaris & Zemmour dirs 2020 : 309-321.
    • Watine, Marie-Albane (2014) : « Prévisibilité phrastique et style parlé chez Céline », in Laure Himy, Jean-François Castille & Laurence Bougault dirs, Le Style découpeur de réel. Faits de langue, effets de style, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, p. 303-313.
    • Watine, Marie-Albane, Yocaris, Ilias & Zemmour, David dirs (2020) : Claude Simon, une expérience de la complexité, Paris, Classiques Garnier, coll. « Rencontres ».
    • Yocaris, Ilias (2002) : L’Impossible totalité. Une étude de la complexité dans l’œuvre de Claude Simon, Toronto, Paratexte.
      • (2006) : « Une poétique de l’indétermination : style et syntaxe dans La Route des Flandres », Poétique, 146, p. 217-235.
      • (2008) : « Style et référence : le concept goodmanien d’exemplification », Poétique, 154, p. 225-248.
      • (2016) : Style et semiosis littéraire, Paris, Garnier, coll. « Investigations stylistiques ».
      • (2021) : « L’impact des figures de construction phrastiques dans La Route des Flandres », in Marie-Albane Watine & Antoine Gautier dirs, Psycholinguistique et figures de construction, L’Information grammaticale, 169, p. 30-38.
      • (2024) : « Le raidillon aux aubépines : multistabilité et objets contextuels dans La Bataille de Pharsale », in Jean-Yves Laurichesse dir., Claude Simon 9. Le Rire de Claude Simon, Paris, Classiques Garnier, coll. « La Revue des Lettres Modernes », p. 175-237.
    • Yocaris, Ilias & Zemmour, David (2010) : « Vers une écriture rhizomatique : style et syntaxe dans La Bataille de Pharsale », Semiotica, 181, p. 283-312.
      • (2013) : « Qu’est-ce qu’une fiction cubiste ? La « construction textuelle du point de vue » dans L’Herbe et La Route des Flandres », Semiotica, 195, p. 1-44.
    • Zemmour, David (1998) : « Le participe présent dans La Route des Flandres : écriture du souvenir et quête de l’instant », L’Information Grammaticale, 76, p. 42-45.
      • (2008) : Une syntaxe du sensible : Claude Simon et l’écriture de la perception, Paris, Presses Universitaires de Paris-Sorbonne, coll. « Travaux de stylistique et de linguistique françaises / Bibliothèque des styles ».
    1. Louise Chennevière, Pour Britney, P.O.L., 2024, p. 33. ↩︎
    2. Clémence Rose a plus particulièrement travaillé sur Pour Britney et Stéphane Chaudier sur Mausolée (le second roman de Louise Chennevière, paru en 2021). Dans les podcasts de la librairie « Ombres Blanches » (Toulouse) Louise Chennevière analyse l’évolution de sa pratique ; selon elle, la ponctuation de Comme la chienne serait plus assertive à cause des deux points ; dans Pour Britney, les virgules traduisent le rythme et la fragilité de la pensée ; l’autrice ferait ainsi ressentir la peur et le désir de ne pas perdre le fil de ses idées. ↩︎
    3. Caecilia Ternisien, « Approche de la phrase de Mandiargues dans “Mil neuf cent trente-trois” », Poétique, n° 172, novembre 2012, Seuil, p. 457. ↩︎
    4. Voir Marie-Albane Watine, « De la sous-programmation à la multi-programmation. Deux modèles de la phrase gionienne », dans Jean Giono. Une poétique de la figuration, Gérard Berthomieu et Sophie Milcent-Lawson (dir.), Classiques Garnier, 2020, p. 295. ↩︎
    5. Voir Gilles Philippe, Sujet, verbe, complément. Le moment grammatical de la littérature française 1890-1940, Gallimard, 2002, p. 10 ↩︎
    6. Hélène Cixous, « Le rire de la Méduse », L’Arc, no 61, 1975, pp. 39-54. ↩︎
    7. Monique Wittig, La pensée straight, Nouvelles Questions Féministes & Questions Féministes, t. 7, février 1980. ↩︎
    8. A. Turbiau, A. Lachkar, C. Islert, M. Berthier, A. Antolin, Écrire à l’encre violette, Littératures lesbiennes en France de 1900 à nos jours, Paris, Le Cavalier bleu, 2025. ↩︎
    9. (dir) Gilles Siouffi Histoire de la phrase française,  Arles, Actes Sud, 2020 , p.297 ↩︎
    10. Olivier Belin, René Char et le surréalisme, Paris, Classique Garnier,  2011 ↩︎
    11. (dir) Gilles Siouffi Histoire de la phrase française, p.294 ↩︎
    12. Leclair, Danièle, Là où brûle la poésie, Lonrai, Aden « Le cercle des poètes disparus », 2007, p.255. ↩︎
    13. France Huser, Les rendez-vous de l’Isle-sur-la-Sorgue, Paris, arléa, 2026 p.57–58. ↩︎
    14. Maurice Blanchot, L’Entretien infini, Paris, Gallimard, 1969, p. 453. ↩︎
    15. « Par où commencer ? Cette question, je me la suis posée des dizaines de fois devant la page blanche. Comme s’il me fallait trouver la phrase, la seule, qui me permettra d’entrer dans l’écriture du livre et lèvera d’un seul coup tous les doutes. […] Cette phrase, je n’ai pas besoin de la chercher loin. […] Elle a été écrite il y a soixante ans dans mon journal intime. J’écrirai pour venger ma race. Elle faisait écho au cri de Rimbaud : “Je suis de race inférieure de toute éternité.” », Annie Ernaux, « Conférence Nobel », NobelPrize.org, URL : https://www.nobelprize.org/prizes/literature/2022/ernaux/201000-nobel-lecture-french/ [consulté le 1er décembre 2025] ↩︎
    16. « Quand j’ai commencé de vouloir écrire, à vingt ans, j’espérais, certes, comme on dit ”faire œuvre d’art” […], mais ce n’est pas ce que j’ai noté spontanément, naïvement – c’est-à-dire naturellement – sur une page de cahier. C’est : “J’écrirai pour venger ma race” (la substitution de “race” à “classe” n’étant pas un hasard, une étourderie). », Annie Ernaux, « Littérature et politique », dans Écrire la vie, Paris, « Quarto », [1re éd. 1989] 2008, p. 549-551, p. 550. ↩︎
    17. Benoît Monginot, « Nous n’avons que des formules et elles ne sont pas à nous : devenir (des) formules dans Les Années d’Annie Ernaux », dans Fabula-LhT, n° 30, « La Littérature en formules », dir. Olivier Belin, Anne-Claire Bello et Luciana Radut-Gaghi, 2023. DOI : https://doi.org/10.58282/lht.3823. [consulté le 1er décembre 2025] ↩︎
  • La phrase dans l’écrit littéraire et la médiation des savoirs linguistiques – Appel à communications 

    Colloque international

    « LA PHRASE DANS L’ÉCRIT LITTÉRAIRE ET LA MÉDIATION DES SAVOIRS LINGUISTIQUES »

    28 et 29 mai 2026

    Centre d’Histoire Culturelle des Sociétés Contemporaines (CHCSC EA2448)

    Université Paris-Saclay (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines)
    5 Bd d’Alembert
    78280 Guyancourt

    6e colloque de l’Association Internationale de Stylistique (A.I.S.)

    Porteuse du projet : Sophie Jollin-Bertocchi

    APPEL À COMMUNICATIONS

    Dans le cadre du rapprochement des savoirs scientifiques et des études littéraires qui se développe depuis quelques années, se pose la question du rôle de la littérature dans la création, la diffusion et l’appropriation des connaissances linguistiques. Ce colloque entend se centrer sur un poste d’analyse aussi sensible dans le champ des sciences du langage que dans celui des études littéraires, la phrase.

    Au XVIIe siècle, le mot phrase est peu employé et signifie « expression », « locution », « tour de phrase ». Sur le terrain grammatical, il est en concurrence avec la proposition logique de Port-Royal et la période rhétorique – et il le restera jusqu’au XXe siècle. Le discours scolaire a joué un rôle important dans l’acclimatation d’une nouvelle idée de la phrase : celle-ci n’est plus seulement un assemblage de mots mais une unité cohérente du discours ; elle devient confusément une unité prédicative. La phrase se situe au carrefour de la grammaire, de la logique et de l’esthétique – notamment littéraire –, ce qui fait d’elle l’objet d’un dialogue interdisciplinaire entre sciences du langage (syntaxe, linguistique textuelle, stylistique), histoire des idées linguistiques et études littéraires.

    Jean-Pierre Seguin (1993) a retracé la naissance de la notion de phrase française moderne au XVIIIe siècle. À partir du discours des grammairiens de cette époque, Seguin a suivi la gestation de la notion et montré comment s’est opéré son passage progressif du lexique à la grammaire, de l’oral à l’écrit, et de l’objet empirique relevant d’une évidence commune au modèle de production syntaxique. C’est Domergue qui a dissipé les hésitations terminologiques et signé l’acte de naissance de la phrase française conçue comme un ensemble hiérarchisé de propositions, comportant un sujet et un verbe, constituant une unité de sens close par la ponctuation à l’écrit, et une unité d’intonation à l’oral Ce trajet aboutit à une triple institutionnalisation de la phrase, conçue comme métonyme de la langue : mythique, scolaire et terminologique.

    Le XIXe siècle, à travers la grammaire scolaire, a poursuivi la grammaticalisation de la phrase dans sa double dimension morpho-syntaxique (nature et fonction) avant que la linguistique moderne, au XXe siècle, ne s’attache à la théoriser dans le domaine de la syntaxe. L’effervescence théorique autour de la phrase, dans l’espace francophone, de Meillet à Le Goffic, en passant par Tesnière, et dans l’espace anglophone, de Harris à Chomsky, s’est efforcée de modéliser la diversité des phrases. À partir des années 1970, la notion a pu être rejetée en raison des apories de sa définition linguistique, mises en évidence par les travaux sur l’oral (Blanche-Benveniste notamment en France), au profit d’une vision macrosyntaxique (Berrendonner) qui a développé les notions de « clause » et de « période » (au sens linguistique moderne).

    Notion à la fois savante, dont le contenu n’est pas stabilisé, et profane –  tout le monde en a plus ou moins une idée grâce à l’enseignement scolaire –, la phrase reste aujourd’hui au cœur de l’enseignement de la grammaire française, comme du style littéraire (Molinié 1986). Elle est centrale dans la médiation des savoirs lexicaux, grammaticaux et littéraires à l’École : depuis le XIXe siècle et l’instauration de l’enseignement public, on n’a cessé de travailler sur la pédagogie de la phrase comme unité syntaxique maximale et unité typographique, forme privilégiée de l’exemplification. Les exemples qui illustrent les manuels de langue et de littérature ont largement puisé dans les corpus littéraires, lesquels ont été institués comme lieux de médiation des savoirs grammaticaux.

    Les écrivains français se sont quelquefois exprimés dans des écrits théoriques ou personnels (Flaubert en est un exemple célèbre), ou dans des entretiens (notamment certains écrivains contemporains, comme Pierre Michon ou Maylis de Kerangal), sur leur vision, leur conception, leur imaginaire de la phrase[1]. La phrase singulière des écrivains a fait l’objet d’une série de monographies, dont on peut citer en exemples, parmi d’autres, les études de Milly sur Proust (1975), de Veyrenc sur Gide (1976), de Piat (2011) sur le Nouveau Roman, ou de Zemmour (2008) sur Simon. Mais à ce jour un seul colloque a été dédié à cette question (Bourkhis et Benjelloun 2008). L’approche génétique du style par ailleurs peut être révélatrice de la sensibilité à la phrase, ce qui est particulièrement frappant chez un écrivain comme Flaubert qui arrête, au moment de l’édition, une phrase à laquelle le manuscrit et ses ratures donnaient des dynamiques très différentes. Dans la mesure où la phrase est une représentation langagière à la fois culturelle et singulière, les formes du texte littéraire sont un vecteur majeur des modèles syntaxiques collectifs (Balibar 1974, Jollin-Bertocchi 2021), par exemple celui de la « belle langue ». Depuis quelques décennies, une histoire des sensibilités stylistiques collectives a commencé à s’écrire (Philippe 2002 ; Philippe & Piat 2009) en prenant appui sur l’approche auteuriste pour la décloisonner, la mettre en perspective et l’historiciser. Ainsi l’opposition entre la phrase simple et la phrase complexe, qui est l’un des piliers de l’enseignement de la grammaire, est-elle apparue tout aussi structurante dans l’approche littéraire.

    Ces éléments soulèvent quelques questions :      

    D’un point de vue épistémologique, comment appréhender la réflexivité de l’enquête ? Dans quelle mesure est-il possible de mettre en évidence la circulation des savoirs grammaticaux et des théories linguistiques à travers les œuvres littéraires, dès lors que ces savoirs portent sur le matériau verbal même du corpus ? Cela présuppose de postuler une porosité entre les deux (voire trois) domaines, la grammaire, la linguistique et la littérature. Comment évaluer l’effet des configurations socio-culturelles sur la médiation des savoirs linguistiques par la littérature ?

    En matière de savoirs sur la phrase, y a-t-il rupture ou continuité entre les représentations de la phrase par les grammairiens et les linguistes, et l’image qu’en dessinent les écrivains à partir de leur usage singulier ? Les usages littéraires de la phrase sont-ils eux-mêmes cohérents avec les représentations théoriques formulées par les écrivains ? Comment les savoirs grammaticaux sont-ils ancrés dans la pratique scripturale ?

    Telles sont les questions qui serviront d’axe problématique au sixième colloque de l’AIS qui, après Rennes en 2008 (« Stylistiques ? »), Caen en 2011 (« Le style, découpeur de réel »), Lyon en 2015 (« Méthodes stylistiques. Unités et paliers de pertinence textuelle »), Aix-en-Provence en 2018 (« Poétique des énoncés inconvenants et paradoxaux ») et Paris 8 Vincennes – Saint-Denis en 2022 (« Style et imaginaires de la langue »), se tiendra à l’Université Paris-Saclay (Université de Versailles St-Quentin-en-Yvelines) les 28 et 29 mai 2026.

    AXES D’ÉTUDE

    Ces questions pourront être abordées à la fois comme support théorique et comme terrain d’expérimentation pratique, selon différentes perspectives. Les communications porteront sur des corpus français et francophones, ou dans d’autres langues, et s’inscriront dans les disciplines mobilisables pour l’étude des patrons syntaxiques : stylistique d’auteur, stylistique génétique, stylistique historique, syntaxe, linguistique textuelle, critique littéraire, histoire culturelle, histoire des idées linguistiques, analyse du discours, approches comparatives interlinguistiques… Elles pourront aborder l’un ou l’autre des axes suivants :

    1. 1. Les prises de position dans le débat scientifique : les mentions explicites ou les traces, les échos des théories et des savoirs linguistiques dans les textes (voir par exemple Queneau et Aragon) ; la manière dont l’exercice de la phrase répond ou non aux théories syntaxiques.
    2. 2. Phrase et enseignement scolaire : les corpus d’exemples littéraires dans les grammaires ; la place de l’étude de la phrase dans les manuels de stylistique ; le rôle de l’école dans la formation des écrivains, la manière dont ceux-ci ont intégré ou rejeté les modèles phrastiques dans leur pratique d’écriture.
    3. 3. L’approche externe des représentations de la phrase par les écrivains : les conceptions théoriques et les représentations subjectives de la phrase littéraire telles qu’elles sont exprimées dans leurs écrits théoriques, critiques ou personnels (journaux, correspondances, entretiens) ; en particulier les comparaisons et les métaphores à travers lesquelles elles se manifestent, à rapprocher des métaphores mobilisées dans le discours scientifique.
    4. 4. L’approche interne des représentations de la phrase, dans les œuvres : les patrons syntaxiques (tradition vs innovation) de la langue littéraire singulière (d’un auteur) ou collective (d’un genre, d’une époque, d’un courant littéraire), et leur circulation entre les œuvres et les périodes. Quelques pistes en particulier, parmi d’autres possibles, sont à explorer :
      • Certains textes accordent-ils un traitement particulier à la phrase dans sa matérialité typographique ?
      • La phraséologie : cooccurrences et collocations du mot phrase.La petite phrase, type d’expression très en vogue à l’époque contemporaine, dont la naissance a partie liée avec le slogan à l’époque de la Révolution française, puis avec la phrase simplifiée pour les besoins de l’enseignement, constitue un phénomène culturel au XIXe siècle, représenté dans la littérature, qui reste à documenter.
      • De quelle manière l’évolution technologique, et en particulier le développement des nouvelles technologies numériques, influence-t-il le format et la structure de la phrase (Siouffi 2020) dans l’écrit littéraire contemporain[2] ?

    MODALITÉS ET CALENDRIER DE SOUMISSION DES PROPOSITIONS DE COMMUNICATIONS

    Envoi des propositions en français : Résumé de 1500 signes espaces compris, incluant des références bibliographiques, aux adresses suivantes :

    Date limite pour la soumission des propositions : 1er décembre 2025.

    Communication des résultats : 15 janvier 2026.

    Comité scientifique : Pauline Bruley (Université d’Angers), Sophie Bertocchi-Jollin (Université Paris-Saclay, UVSQ), Florence Lefeuvre (Université Sorbonne Nouvelle), Jérôme Hennebert (Université de Lille), Joël July (Aix-Marseille Université), Annie Kuyumcuyan (Université de Strasbourg), Sophie Lawson (Université de Lorraine, Nancy), Michèle Monte (Université de Toulon), Bérengère Moricheau-Airaud (Université de Pau), Élise Pavy-Guilbert (Université Bordeaux-Montaigne), Gilles Philippe (Université de Lausanne), Pascale Roux (Université Lumière Lyon 2) Gilles Siouffi (Sorbonne Université), Pierre-Yves Testenoire (Sorbonne Université), Laélia Véron (Université d’Orléans), Judith Wulf (Université Saint-Denis Paris 8), Ilias Yocaris (Université Côte d’Azur).

    BIBLIOGRAPHIE

    BALIBAR, Renée, Les français fictifs : le rapport des styles littéraires au français national, Paris, Hachette, 1974.

    BOURKHIS, Ridha & BENJELLOUN, Mohammed (2008), La phrase littéraire, Paris, L’Harmattan.

    DESSONS, Gérard, « La phrase comme phrasé », La Licorne [En ligne], n° 42 (S. Bikialo, dir.), 1997.

    GOUX, Jean-Paul, La Fabrique du continu, Seyssel, Champ Vallon, 1999.

    HACHE, Sophie, La période oratoire (1550-1750). Une esthétique du discours, Paris, Classiques Garnier, 2024.

    JEY, Martine, BRULEY, Pauline & KAËS Emmanuelle (2017), L’écrivain et son école, Paris, Hermann.

    JOLLIN-BERTOCCHI, Sophie (2021), « La référence scolaire : de la figuration littéraire aux modèles langagiers, l’exemple de Giono », Pratiques [En ligne], 191-192, mis en ligne le 15 décembre 2021, consulté le 11 février 2025.

    MASSOL, Jean-François (2004), De l’institution scolaire de la littérature française (1870-1925), Grenoble, ELLUG.

    MILLY, Jean (1975), La Phrase de Proust : des phrases de Bergotte aux phrases de Vinteuil, Paris, Champion.

    MOLINIÉ, Georges (1986), Éléments de stylistique française, Paris, PUF.

    PHILIPPE, Gilles (2002), Sujet, verbe, complément. Le moment grammatical de la littérature française (1890-1940), Paris, Gallimard.

    PHILIPPE, Gilles & PIAT, Julien (2009), La langue littéraire. Une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert à Claude Simon. Paris, Fayard.

    PIAT, Julien (2011), L’expérimentation syntaxique dans l’écriture du Nouveau Roman, Paris, Honoré Champion.

    SEGUIN, Jean-Pierre (1993), L’invention de la phrase au XVIIIe siècle : contribution à l’histoire du sentiment linguistique français, Bibliothèque de l’Information grammaticale, Paris, Éditions Peeters.

    SIOUFFI, Gilles (2020), Une histoire de la phrase française des Serments de Strasbourg aux écritures numériques, Arles, Actes Sud.

    SMADJA, Stéphanie (2013), La « Nouvelle prose française ». Étude sur la prose narrative au début des années vingt, Bordeaux, Presses Universitaires de Bordeaux, coll. « Poétique et stylistique ».

    SZULMAJSTER-CELNIKIER, Anne (2017), « Quand le poète se fait linguiste : À propos de Blanche ou l’oubli de Louis Aragon », La Linguistique vol. 53, fasc. 1, p. 149-161.

    VEYRENC, Marie-Thérèse (1976), Genèse d’un style. La phrase d’André Gide dans Les Nourritures terrestres, Paris, Nizet.

    WULF Judith (2024), « Aux sources de la stylistique. Les récits du français au XIXe siècle », Romantisme 203, p. 41-51.

    WULF, Judith (2025), Style et imaginaires de la langue, Actes du 5e colloque de l’AIS, Université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis, 2022, à paraître.

    ZEMMOUR, David (2008), Une syntaxe du sensible. Claude Simon et l’écriture de la perception, Paris, PUPS.


    [1] Plus largement, l’imaginaire linguistique a d’ailleurs fait l’objet du 5e colloque de l’AIS, « Style et imaginaires de la langue », qui s’est tenu à l’Université Paris 8 Saint-Denis en 2022 (Wulf et al. 2026, à paraître).

    [2] À l’époque contemporaine, la phrase s’invite aussi hors le livre, comme en témoignent les arts plastiques conceptuels (Christian Boltanski, Lawrence Weiner).

  • Appel à Contribution – Colloque « Rythmes du monde dans la poésie de Pierre Dhainaut »

    Appel à contribution

    Colloque en langue et littérature françaises XXe et XXIe siècles

    Rythmes du monde dans la poésie de Pierre Dhainaut.

    Sous la direction de Jérôme Hennebert (ALITHILA / THALIM)

    Sabine Dewulf et Sabine Zuberek-Kotlarczik

    (Université de Lille, laboratoire)

    (17-18 octobre 2025)

    17 octobre 2025, bâtiment F, « Maison de la recherche ».

    18 octobre 2025, Bibliothèque municipale de Lille Jean Levy.

    Pierre Dhainaut, né à Lille en 1935, est une des grandes voix poétiques contemporaines. De nombreux dossiers sur le poète sont déjà parus dans différentes revues. Deux monographies, l’une de Jean Attali, l’autre de Sabine Dewulf, constituent une remarquable introduction à son œuvre. Robert Sabatier fut l’un des premiers à saluer le lyrisme de Pierre Dhainaut : « Avec Dhainaut, les mots nous paraissent plus purs et plus lumineux, les paysages de la nature et de la vie faisant un beau mariage avec le chant profond » (Robert Sabatier, Histoire de la poésie française, La Poésie du XXe siècle, tome 3 « Métamorphoses et et modernité, Paris, Albin Michel, 1988, p. 617). Le colloque organisé par l’Université de Lille sera la seconde manifestation scientifique d’envergure sur l’œuvre de Pierre Dhainaut, à la suite du colloque Pierre Dhainaut, la passion du précaire organisé par l’Université de la Sorbonne en 2007.

    Lire un poème de Pierre Dhainaut est une heureuse tentative de respiration pour contrer l’asphyxie du monde contemporain. Gérard Farasse, dans la notice qu’il a consacrée au poète flamand, le reformule en ces termes :

    Plutôt qu’inspiration, sa poésie est respiration, accord et contagion des souffles, échange entre un dehors et un dedans. Elle est recherche d’un équilibre toujours à retrouver entre soi et le monde, soi et les autres, soi et la langue. […] Le poème ne résonne qu’à condition de devenir l’espace de la réconciliation. (Michel Jarrety dir., Dictionnaire de poésie de Baudelaire à nos jours Paris, PUF, 2001, p. 203)

    Si la poésie moderne et contemporaine prétend accéder à une certaine vérité de l’être, celle de Pierre Dhainaut révèle sensiblement une relation autre et authentique au monde une « réconciliation » ‒ loin du rythme effréné de nos vies actives.

    Au fil de promenades à travers les paysages du Nord, les montagnes de la Grande Chartreuse ou les terres de l’Aubrac, la poésie de Pierre Dhainaut sert de viatique au lecteur pour s’intérioriser et s’interroger. Cette œuvre lyrique, initiée dans la mouvance du surréalisme puis rapidement ancrée dans « l’acte et le lieu » de l’existence (Yves Bonnefoy), est traversée par la puissance d’un souffle mesuré. L’air, souvent thématisé par le poète, y circule en effet entre des séquences de vers blanchies pour que le lecteur respire, s’apaise, et se sente mieux vivre.

    Plus encore, cette œuvre poétique, dans la lignée de celles qui ont marqué la fin du XXe siècle, soulève un questionnement fondamental : celui de l’essence même de ce que nous appelons le monde réel. En effet, la langue de Pierre Dhainaut délivre les grandes forces qui animent celui-ci (la naissance et la mort, la matière et l’esprit, le mouvement et l’immobilité, le passage et la continuité…) de leurs contradictions apparentes pour manifester le mystère de leur complémentarité. Ne nous méprenons pas : ses poèmes ne se contentent pas de célébrer le monde ; le souffle qui les parcourt témoigne d’une possibilité d’être au monde d’une manière radicalement neuve. Notre rapport à l’univers s’en trouve bousculé et notre raison, battue en brèche.

    L’objectif du colloque Rythmes du monde dans la poésie de Pierre Dhainaut vise non seulement à partager la joie d’écrire d’un poète majeur de notre époque, mais surtout à interroger la multiplicité de ses rythmes, en lien avec la radicalité de sa vision du monde. Sur quelles cadences cette poésie accomplit-elle la présence au monde ? Comment les choix rythmiques du poète, avec ou sans le souvenir du mètre, favorisent-ils la connaissance poétique ? Le rythme, qu’il soit accentuel, métrique ou typographique, est-il un facteur d’équilibration ? Introduit-il au contraire un désordre mélodique et / ou visuel nécessaire à l’expression des difficultés d’être du sujet lyrique ? Rend-il plus solennel le rapport à soi et au monde ? La diversité formelle des poèmes de Pierre Dhainaut nous invite en conséquence à reconsidérer les différents rythmes à l’œuvre.

    Le rythme est un mouvement organisateur de l’écriture au secours du sens du poème, conformément à son étymologie : du latin rythmus, via le grec ruthmos « proportions régulières », puis par glissement sémantique « manière d’être », comme l’a rappelé Michèle Aquien dans son Dictionnaire de poétique (Paris, Le Livre de poche, 1993, p. 252). L’analyse du flux rythmique (le même et le différent ; le continu et le discontinu) explique comment se déploie la signification du poème. Si Gérard Dessons et Henri Meschonnic ont également défini le rythme comme « l’organisation du mouvement de la parole par un sujet » (Traité du rythme, Paris, Dunod, p. 28), ceux-ci ont toutefois montré que l’étude des cadences personnelles n’a rien en commun avec le psychologisme.

    Considérant l’évolution des formes poétiques, Michèle Aquien conclut que :

    […] l’analyse du rythme ne peut se faire tout à fait de la même manière pour la poésie moderne non mesurée et pour la poésie traditionnelle ; il est à chercher ailleurs que dans les codes de la versification : dans le nombre et dans la forme, dans le rapport entre la lettre, le phonème, la syllabe, le mot, et l’espace dans lequel ils figurent. (op. cit., p. 258).

    Dès lors, les propositions de communication porteront entre autres sur la pratique des formes brèves (haïku etc.), sur les figures de répétition, sur les blancs typographiques et les usages poétiques de la ponctuation, sur la résurgence de la rime et du mètre dans le contexte du vers libre, sur les discordances syntaxiques en fin de ligne, sans oublier la périodicité expressive des interrogations et des aphorismes, caractéristiques de la langue de Pierre Dhainaut. Sur le plan thématique, des études complémentaires à l’approche stylistique pourront porter sur les motifs du ressac, de la marche, ou de la respiration qui se rapportent principalement au rythme du sujet en prise avec le monde, sans oublier la complémentarité entre la poésie et l’image dans les livres d’artiste.

    Les propositions de communication de deux pages maximum, assorties d’une notice biographique,  seront adressées à Jérôme Hennebert (jerome.hennebert@univ-lille.fr), Sabine Dewulf (sabdew@gmail.com) et Sabine Zuberek-Kotlarczik (sabine.kotlarczik@gmail.com) jusqu’au 30 juin 2025. Les actes du colloque seront publiés grâce au soutien du laboratoire ALITHILA.

    Participation au colloque : 40 euros (20 euros pour les doctorants)

    Comités

    Comité organisateur :

    • Jérôme Hennebert, Maître de conférences à l’Université de Lille,
    • Sabine Dewulf,
    • Sabine Zuberek-Kotlarcszik (professeurs agrégés, Association Pierre Dhainaut),
    • Jean-Jacques Vandewalle (conservateur du fonds Pierre Dhainaut, Bibliothèque Municipale de Lille).

    Comité scientifique :

    • Vincent Vivès, Professeur à l’Université Polytechnique des Hauts-de-France à Valenciennes,
    • Dorottya Szávai, maître de conférences HDR à l’Université ELTE de Budapest,
    • Sarra Ladjimi MALOUCHE, Maître de conférences à l’Université de Carthage.

    Bibliographie indicative

    Quelques études de référence :

    Attali Jean, Pierre Dhainaut, textes inédits, Rodez, Éditions du Rouergue, collection « Visages de ce temps », 1986.

    À travers les commencements, entretiens de Pierre Dhainaut et de Patricia Castex Menier, Paris, Paroles d’aube, 1998.

    Bishop Mickael, Dystopie et poiëin, agnose et reconnaissance – Seize études sur la poésie française et francophone,« Pierre Dhainaut, changeant, échangeant », Rodopi, Amsterdam, New York, 2014, p. 119-131.

    Bonhomme Béatrice, « Au dehors, le secret : Pierre Dhainaut ou le rythme d’un paradoxe »dans Corps, Poésie, esthétique, Perpignan, Presses universitaires de Perpignan, coll. « Études », 2016, p. 319-329.

    Castex Menier Patricia : « Du poème au corps d’amour », Courrier du Centre international d’études poétiques, n° 119-120, Bruxelles, 1977.

    Dewulf Sabine, Pierre Dhainaut, avec une anthologie, Montreuil-sur-Brèche, Éditions des Vanneaux, collection « Présence de la poésie », 2008.

    Dewulf Sabine, En regard, à l’écoute – La poésie de Pierre Dhainaut à travers ses livres d’artiste, catalogue d’exposition, Lille, Ville de Lille et éditions Invenit, 2021.

    FarasseGérard « Pierre Dhainaut », Dictionnaire de POESIE de Baudelaire à nos jours, Michel Jarrety dir., Paris, PUF, 2001, p. 203-204.

    Zuberek Sabine, « L’usage des guillemets dans la poésie de Pierre Dhainaut », Recours au poème, septembre 2024.

    Sabatier Robert, « Pierre Dhainaut », La Poésie du vingtième siècle – 3. Métamorphoses et Modernité, Paris, Albin Michel, 1988, p. 615-617.

    Les dossiers consacrés à Pierre Dhainaut en revue depuis les années 2000 :

    Autre Sud, n° 10, Marseille, 2000.

    Linea, n° 6, 2006.

    Nord’, n° 34, 1999.

    NU(E), n° 45, 2010.

    Rétroviseur, n° 79, 2000.

    Traversées, n° 49, 2008.

    Colloque universitaire :

    Pierre Dhainaut, la passion du précaire, Université de la Sorbonne, 2007 (sans publication des actes).

    Le rythme en poésie :

    Aquien Michèle, La Versification appliquée aux textes, Paris, Nathan Université, coll. « 128 », 1993.

    Aquien Michèle, Dictionnaire de poétique, Paris, Livre de poche, coll. « Les Usuels de poche », 1993.

    Bourrassa Lucie, Rythme et sens. Des processus rythmiques en poésie contemporaine, Montréal, éd. Balzac, 1993.

    Cornulier (de) Benoît, Théorie du vers, Paris, Éditions du seuil, 1982.

    Dessons Gérard et Meschonnic Henri, Traité du rythme, des vers et des proses, Paris, Dunod, 1998.

    Dürrematt Jacques, Stylistique de la poésie, Paris, Belin, coll. « Lettres », 2005.

    Elwert W. T., Traité de versification française, des origines à nos jours, Paris, Klincksieck, 1965.

    Gouvard Jean-Michel, La Versification, Paris, PUF, coll. « Premier cycle », 1999.

    Mazaleyrat Jean, Éléments de métrique française, Paris, Colin, coll. « U2 », 1974.

    Meschonnic Henri, Critique du rythme, Anthropologie historique du langage, Paris, Verdier, 1982.

    Milner Jean-Claude et Regnault François, Dire le vers, Paris, Seuil, 1987.

    Molino Jean et Tamine Joëlle, Introduction à l’analyse de la poésie, Paris, PUF, coll. « linguistique nouvelle », 1982.

    Meschonnic Henri, La Rime et la vie, Paris, Verdier, 1989.

    Roubaud Jacques, La Vieillesse d’Alexandre. Essais sur quelques états du vers français récent, [1978], Paris, Ivrea, 2000.

  • Ambiguity-tln : Ambigüité / ambivalence (syntaxique, sémantique ou énonciative) en linguistique

    Colloque international Ambiguity-tln : Ambigüité / ambivalence (syntaxique, sémantique ou énonciative) en linguistique

    Propositions avant le 15 janvier 2025

    27-28 nov. 2025
    Université de Toulon, La Garde, France

    Site du colloque

    Appel à communication

    Appel à communications colloque de linguistique organisé à l’Université de Toulon les 27 et 28 novembre 2025.
    Avec le soutien du laboratoire Babel (EA 2649) de l’Université de Toulon et de l’Association des Linguistes Anglicistes de l’Enseignement Supérieur (ALAES).

    Call for papers for a symposium to be held at the Université de Toulon on 27th and 28th November 2025.
    With the support of the Babel laboratory (EA 2649) at the Université de Toulon and the ALAES (Association des Linguistes Anglicistes de l’Enseignement Supérieur, the ‘French society for the linguistics of English’)

    Convocatoria Congreso de lingüística organizado en la universidad de Tolón (Francia) los días 27 y 28 de noviembre de 2025.
    Con el apoyo del laboratorio Babel (EA 2649) de la Universidad de Toulon y de la Association des Linguistes Anglicistes de l’Enseignement Supérieur (ALAES).

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    Véase más abajo la versión en español.

    Ambigüité / ambivalence (syntaxique, sémantique ou énonciative) en linguistique

    L’ambigüité est un concept productif en linguistique, et ferait même « partie intégrante du modèle » selon A. Culioli ([1973] 1999 : 48). Ce terme, utilisé aussi dans le langage courant et la vie quotidienne, correspond à une « intuition fondamentale [selon laquelle] quelque chose de double se dissimule sous une apparence d’unicité » (Le Goffic, 1982 : 83 – 84). Si la polysémie de certains morphèmes lexicaux ou grammaticaux engendre facilement l’ambigüité (« le secrétaire est dans le bureau », exemple emprunté à Dubois et al. 1999 : 31), cette dernière peut également se situer au niveau de la proposition et, partant, de la phrase, lorsqu’un agencement de marqueurs se prête à plusieurs interprétations : l’ambigüité syntaxique se double dès lors d’une ambigüité sémantique.

    Néanmoins, la plupart du temps, le recours à un contexte plus fourni, ou bien l’examen plus approfondi d’autres marques grammaticales ou énonciatives présentes dans l’énoncé permettent de lever l’ambigüité. En effet, de tels phénomènes engagent crucialement le rapport entre les formes linguistiques et le co(n)texte, qu’il revient au linguiste d’analyser.

    Il existe toutefois des cas dans lesquels il n’est pas possible de désambigüiser, et d’opter

    avec certitude pour une catégorie plutôt qu’une autre, dans la mesure où les indices syntaxiques ne sont pas assez parlants ou donnent des résultats contradictoires, tandis que le recours au contexte n’est pas suffisant pour éliminer l’ambigüité. Or, les linguistes ont souvent été inspirés par ces phénomènes inclassables : on pense à la « théorie du reste » de Jean-Jacques Lecercle. Il peut aussi être question, en se fondant sur une métaphore biologique, d’exemples de phénomènes « hybrides » (cf. Guillaume 2014). P. Le Goffic (1982) a pour sa part recours au concept d’« ambivalence », terme à l’origine utilisé en psychanalyse pour qualifier des états psychiques contradictoires. Pour Catherine Fuchs (1995), l’ambivalence est une forme de transgression ne pouvant se produire qu’en discours, à la différence de l’ambigüité, qui serait propre à la langue. On retrouve dans « ambivalence » la même racine latine ambo signifiant « (les) deux à la fois » (CNRTL) que dans « ambigüité », mais il semble toutefois que l’on va plus loin dans la complexité, avec des phénomènes plus hétérogènes et non réductibles à une seule signification. Dérive inévitable de l’indétermination de la langue ou produit de la stratégie discursive du locuteur, des « zones troubles » (Le Goffic 1982 : 83) sont ainsi générées, qu’il incombe à l’interlocuteur de démêler. Face à un idéal de non-équivocité, l’ambivalence comme l’ambigüité peuvent ainsi représenter un danger. Le risque accru de malentendus nous invite alors à nous questionner sur la dimension éthique de l’utilisation de ces formes duplices.

    Michel Ballard (1990 :153) avance « [qu’]à première vue, […] l’ambigüité [es]t un problème qui passionne davantage les linguistes, les stylisticiens ou les philosophes que les traductologues. » Une approche traductologique de l’ambigüité et/ou de l’ambivalence n’est pourtant pas à exclure. Face à l’ambigüité, il est nécessaire pour le traducteur de faire des choix. Lorsqu’elle est intentionnelle, l’ambigüité doit être conservée. À l’inverse, les cas d’ambigüités fortuites se doivent d’être levés (Rydning 1998). Par ailleurs, en traduction automatique, les outils actuels, de plus en plus performants, réussissent généralement à éviter les cas d’ambigüité. Cependant, l’étape de relecture et de post-édition reste le plus souvent indispensable.

    Sans exclure des approches essentiellement théoriques, ce colloque entend soumettre les concepts d’ambivalence et d’ambigüité à l’épreuve des corpus afin d’en évaluer la portée et les limites en contexte. Par conséquent, il s’agira d’appréhender les cas de dualité interprétative au sein de corpus d’étude variés, oraux ou écrits. Ceux-ci pourront être de nature diverse – publicité, littérature, discours politique, presse, communication médiée par ordinateur, données lexicographiques, etc. –, permettant ainsi une exploration étendue et transversale de ces phénomènes. Les langues à privilégier seront le français, l’anglais et l’espagnol, mais d’autres langues et d’autres familles de langues que celles-ci peuvent également être convoquées.

    Les propositions pourront s’articuler, de manière indicative et non limitative, autour des divers axes évoqués dans cet appel, notamment :

    • définitions et effets de l’ambigüité et de l’ambivalence, rôle de la polysémie et du contexte ; dans quels cas les relations entre valeur d’un morphème et contexte permettent- elles de définir les conditions favorables à une interprétation en termes d’ambivalence ?
    • le vague référentiel est-il nécessairement ambigu ? par exemple, en ce qui concerne les problèmes de délimitation du référent (pronom de première personne du pluriel en français – cf. Monte 2022 -, omission du pronom personnel sujet en espagnol…).
    • quels sont les effets possibles du dédoublement d’interprétations d’un même énoncé, pouvant être compatibles et finissant par s’amalgamer, ou bien se révélant incompatibles, mais dans le même temps impossibles à départager ?
    • sur le plan énonciatif, dans le champ du discours représenté, à quelles conditions les formes complexes de représentation du discours autre (Authiez-Revuz 2020) sont-elles source d’ambigüité ? L’on ne sait dans certains cas qui parle, et les attributions à deux sources énonciatives différentes sont parfois incompatibles, et parfois ambivalentes – la superposition des voix ou points de vue portés par les énoncés représentés faisant alors partie des ressources déployées par le locuteur/énonciateur premier (Germoni et Stolz 2019). Et que devient alors, dans la structure narrative globale, la répartition entre narration, dialogues et pensées ?
    • en traduction, est-il toujours possible d’évaluer le caractère intentionnel ou fortuit de l’ambigüité ? Quelle(s) incidence(s) la conservation ou non de l’ambigüité et/ou de l’ambivalence peuvent-elles avoir ? La question de cas intraduisibles ou d’échecs de traduction pourra également être étudiée.

    Modalités de soumission et calendrier :

    • proposition de communication anonyme (une à deux pages maximum, comportant le titre de la communication, un résumé, quelques références bibliographiques) à envoyer avant le 15 janvier 2025 en format Word et / ou pdf à l’adresse suivante :
      ambiguity-tln@sciencesconf.org
      Merci d’indiquer clairement le nom et l’affiliation de l’auteur ou des auteurs dans le corps du courriel.
    • réponse aux auteurs : au plus tard le 30 mars 2025
    • 27 et 28 novembre 2025 : colloque à l’Université de Toulon

    Ambiguity / ambivalence in linguistics (from a syntactic, semantic or enunciative point of view)

    Ambiguity is a productive concept in linguistics, and can even be termed « an integral part of the linguistic model » according to A. Culioli ([1973] 1999: 48; our translation). This concept, also used in everyday language and life, corresponds to a « fundamental intuition [according to which] something double is hidden beneath an appearance of unicity » (Le Goffic, 1982: 83 – 84; our translation). While the polysemy of certain lexical or grammatical morphemes easily gives rise to ambiguity (the fisherman went to the bank), ambiguity can also occur at clause level, and also at sentence level, when a combination of markers lends itself to several interpretations: syntactic ambiguity therefore paves the way for semantic ambiguity.

    Most of the time, however, ambiguity can be resolved by resorting to a more specific context, or by a closer examination of other grammatical or enunciative markers present in the utterance. Indeed, such phenomena fundamentally engage the relationship between linguistic forms and co(n)text, which the linguist needs to analyse.

    Nevertheless, there are cases in which it is not possible to disambiguate and to opt with certainty for one category rather than another, insofar as syntactic clues are not specific enough or give contradictory results, while the recourse to context is not sufficient to eliminate ambiguity. However, linguists have often been inspired by these unclassifiable phenomena: Jean-Jacques Lecercle’s « theory of the remainder » comes to mind. Based on a biological metaphor, such phenomena can also be described as examples of « hybridism » (Guillaume 2014). P. Le Goffic (1982), for his part, uses the concept of « ambivalence », a term originally used in psychoanalysis to qualify contradictory psychic states. For Catherine Fuchs (1995), ambivalence is a form of transgression that can only occur in discourse, unlike ambiguity, which is specific to language. In « ambivalence » one finds the same Latin root ambo, which means « (the) two at once » (CNRTL), as in « ambiguity », but it seems that the complexity is taken a step further with ‘ambivalence’ involving more heterogeneous phenomena that cannot be reduced to a single meaning. Whether an inevitable side effect of the indeterminacy of language or the result of the speaker’s discursive strategy, « turbid zones » (Le Goffic 1982: 83; our translation) are thus generated, which the interlocutor has to untangle. Faced with an ideal of non-equivocation, ambivalence and ambiguity may represent a danger. The increased risk of misunderstanding invites us to question the ethical dimension of using such duplicitous forms.

    Michel Ballard (1990:153; our translation) argues that « [a]t first glance, […] ambiguity [is] a problem that fascinates linguists, stylisticians or philosophers more than it does translators. » However, a translational approach to ambiguity and/or ambivalence cannot be ruled out. Faced with ambiguity, the translator has to make choices. When ambiguity is intentional, it must be preserved. Conversely, in the case of accidental ambiguity, the meaning must be clarified (Rydning 1998). Today’s increasingly powerful machine translation tools generally succeed in avoiding ambiguity. However, the proofreading and post-editing stages remain indispensable in most cases.

    Without excluding essentially theoretical approaches, this symposium intends to submit the concepts of ambivalence and ambiguity to the test of corpora, in order to evaluate their scope and limits in context. Consequently, the aim will be to apprehend cases of interpretative duality within a variety of oral and written corpora. These may be of various kinds (advertising, literature, political discourse, the press, computer-mediated communication, lexicographic data, etc.) This will enable a wide-ranging, cross-disciplinary exploration of these phenomena. Priority will be given to French, English and Spanish, but other languages and language families may also be considered.

    Proposals may be structured, in an indicative and non-limitative way, around the various topics mentioned in this call, in particular:

    • definitions and effects of ambiguity and ambivalence, the role of polysemy and context; in what cases can the relationship between the value of a morpheme and its context pave the way for an ambivalent interpretation?
    • is referential vagueness necessarily ambiguous? For example, with regard to issues of pinpointing grammatical reference (first-person plural pronoun nous in French – cf. Monte 2022 –, omission of the subject personal pronoun in Spanish, and so on…).
    • what are the possible effects of having a double interpretation of the same utterance, which may involve compatible interpretations that blend with each other, or that prove incompatible despite resisting disambiguation?
    • on the enunciative level, in the field of reported discourse, under what conditions are the complex forms of representing otherness (cf. Authier-Revuz 2020) a source of ambiguity? It is sometimes unclear who is speaking, and attributions to two different enunciative sources are sometimes incompatible, and sometimes ambivalent – the superposition of voices or points of view exhibited by represented utterances thus becoming included in the resources deployed by the primary speaker/enunciator (Germoni and Stolz 2019). And what then becomes of the division between narration, dialogue and reported thoughts in the overall narrative structure?
    • in translation, is it always possible to assess the intentional or accidental nature of ambiguity? What impact(s) can the retention or non-retention of ambiguity and/or ambivalence have? The question of untranslatable cases or translation failures can also be looked into.

    Guidelines for submission and important dates:

    • please send an anonymous submission (one to two pages maximum, including the title, an abstract, a few bibliographical references) before 15th January 2025 in Word and/or pdf format to the following address: ambiguity-tln@sciencesconf.org Please clearly indicate the name and affiliation of the author(s) in the body of the email.
    • reply to authors: no later than 30th March 2025
    • 27th and 28th November 2025: conference at the Université de Toulon, France

    Ambigüedad/ambivalencia (sintáctica, semántica o enunciativa) en lingüística

    La ambigüedad es un concepto provechoso en lingüística, y formaría incluso “parte integrante del modelo”, según A. Culioli ([1973] 1999: 48). Este término, también utilizado en el lenguaje corriente y la vida cotidiana, corresponde a la “intuición fundamental [de que] algo doble se oculta bajo una apariencia de unicidad” (Le Goffic, 1982 : 83 – 84). Si la polisemia de algunos morfemas lexicales o gramaticales suele generar ambigüedad, esta puede situarse asimismo a nivel de la proposición y, por lo tanto, de la frase, cuando una configuración de marcadores se presta a varias interpretaciones: la ambigüedad sintáctica se acompaña entonces de una ambigüedad semántica. Sin embargo, la mayoría de las veces, el recurso a un contexto más riguroso, o el examen más profundo de otras marcas gramaticales o enunciativas presentes en el enunciado permiten eliminar la ambigüedad. De hecho, tales fenómenos implican necesariamente la relación entre las formas lingüísticas y el co(n)texto, que le corresponde al lingüista analizar.

    Aun así, hay casos en los que no es posible desambiguar la secuencia y optar con certeza por una categoría en vez de otra, en la medida en que los indicios sintácticos no son suficientemente significativos o dan resultados contradictorios y el contexto no basta para descartar la ambigüedad. Ahora bien, los lingüistas se suelen inspirar en estos fenómenos inclasificables: podemos pensar en la “teoría del resto” de Jean-Jacques Lecercle. Sobre la base de una metáfora biológica, puede tratarse también de ejemplos de fenómenos “híbridos” (cf. Guillaume 2014). Por su parte, P. Le Goffic (1982) acude al concepto de “ambivalencia” originalmente utilizado en las teorías psicoanalíticas para designar estados psíquicos contradictorios. Según Catherine Fuchs (1995), la ambivalencia es una forma de transgresión que solo puede darse en el discurso, a diferencia de la ambigüedad que sería propia de la lengua. Las palabras “ambivalencia” y “ambigüedad” comparten la misma raíz latina ambo que significa “los dos, uno y otro” (RAE). Sin embargo, la primera parece tener un grado mayor de complejidad, ya que abarca fenómenos más heterogéneos y que no se pueden reducir a un único significado. Consecuencia inevitable de la indeterminación de la lengua o producto de la estrategia discursiva del locutor, unas “zonas turbias” (Le Goffic 1982: 83) se van generando y le incumbe al interlocutor desentrañarlas. Frente a un ideal de no equivocidad, tanto la ambivalencia como la ambigüedad pueden representar un peligro. El mayor riesgo de malentendido nos invita a cuestionar la dimensión ética del uso de estas formas dúplices.

    Michel Ballard (1990:153) sostiene que “a primera vista, […] la ambigüedad es un problema que apasiona más a los lingüistas, especialistas de estilística y filósofos que a los traductólogos”. Con todo, no se puede excluir un enfoque traductológico, puesto que ante la ambigüedad, el traductor tiene necesariamente que tomar decisiones. Cuando es intencional, la ambigüedad tiene que mantenerse. Por lo contrario, los casos de ambigüedades fortuitas tienen que resolverse (Rydning 1998). Por otra parte, en la traducción automática, las herramientas actuales cada vez más eficaces consiguen generalmente evitar los casos de ambigüedad. Sin embargo, la etapa de revisión y de postedición sigue siendo indispensable en la mayoría de los casos.

    Sin excluir enfoques esencialmente teóricos, este coloquio pretende someter los conceptos de ambivalencia y de ambigüedad a la prueba de los corpus con el fin de evaluar su alcance y sus límites en contexto. Por lo tanto, se tratará de acercarnos a los casos de dualidad interpretativa en unos corpus de estudio variados, orales o escritos. Estos podrán ser de distinta índole – publicidad, literatura, discurso político, prensa, comunicación mediada por ordenador, datos lexicográficos, etc.–, permitiendo de este modo una exploración amplia y transversal de estos fenómenos. Las lenguas de trabajo serán el español, el francés y el inglés, pero también se podrá aludir a otras lenguas o familias de lenguas.

    Las propuestas podrán articularse, de manera indicativa y no limitativa, en torno a los distintos ejes evocados en esta convocatoria, y en particular:

    • Definiciones y efectos de la ambigüedad y de la ambivalencia, papel de la polisemia y del contexto; ¿en qué casos las relaciones entre el valor de un morfema y el contexto permiten definir condiciones favorables a una interpretación en términos de ambivalencia?
    • ¿La vaguedad referencial es necesariamente ambigua? Por ejemplo, en lo que toca a los problemas de delimitación del referente (pronombre de primera persona del plural en francés –cf. Monte 2022–, omisión del pronombre sujeto en español, etc.).
    • ¿Cuáles son los efectos posibles del desdoblamiento de interpretaciones de un mismo enunciado, que pueden ser compatibles y acabar amalgamándose, o que resultan incompatibles, pero al mismo tiempo imposibles de disociar?
    • En el plano enunciativo, en el ámbito del discurso representado, ¿en qué condiciones las formas complejas de representación del discurso ajeno (Authiez-Revuz 2020) son fuentes de ambigüedad? A veces no se sabe quién habla, y las atribuciones del discurso a dos fuentes enunciativas diferentes son a veces incompatibles, y/o ambivalentes. La superposición de voces o de puntos de vista adoptados por los enunciados representados van formando parte de los recursos del locutor/enunciador primero (Germoni et Stolz 2019). ¿Y qué ocurre con la división entre narración, diálogos y pensamientos en la estructura narrativa global?
    • A la hora de traducir, ¿se puede evaluar siempre el carácter intencionado o fortuito de la ambigüedad? ¿Qué incidencia(s) puede tener la conservación o no de la ambigüedad y/o de la ambivalencia? Se podrá plantear asimismo la cuestión de los casos intraducibles o de los casos de fracaso de la traducción.

    Envío de propuestas y calendario:

    • las propuestas de comunicación anónimas (máximo de una o dos páginas, incluyendo el título, un resumen y unas referencias bibliográficas) deberán enviarse antes del 15 de enero de 2025 en formato Word y/o en PDF a la siguiente dirección:
      ambiguity-tln@sciencesconf.org
      Por favor, indique claramente el apellido y la institución a la que pertenece el autor (o los autores) en el cuerpo del correo electrónico.
    • respuesta a los autores: antes del 30 de marzo de 2025.
    • 27 y 28 de noviembre de 2025: coloquio en la Universidad de Tolón, Francia

    Bibliographie indicative / Main references / Bibliografía indicativa:

    • AUTHIER-REVUZ, Jacqueline, 2020, La Représentation du Discours Autre, Berlin/Boston : De Gruyter.
    • BALLARD, Michel, 1990, « Ambigüité et traduction ». La traduction plurielle, Michel Ballard (dir.), Villeneuve d’Ascq : Presses universitaires du Septentrion, 153-174. —, 2001, Le nom propre en traduction, Gap : Ophrys.
    • BENÍTEZ SOTO, Victoria, 2002, « Delimitación conceptual del fenómeno pragmático de la ambigüedad », M. Villayandre Llamazares, (coord.), Actas del V Congreso de Lingüística General. vol. 1, pp. 399-408, León : Universidad de León.
    • BRES Jacques, 2003, « Mais oui, il était un joli temps du passé comme les autres, le petit imparfait hypocoristique » Langue française, 138, Temps et co(n)texte, sous la direction de Jacques Bres, 111-125.
    • BRISSET, Frédérique, COUSSY, Audrey, JENN, Ronald & LOISON-CHARLES, Julie (Dirs.), 2019 ? Du jeu dans la langue. Traduire le jeu de mots, Lille : Presses Universitaires du Septentrion.
    • CORMINBOEUF Gilles, 2014 (avec M.-J. Béguelin & L. A. Johnsen) éditeur du numéro thématique de Verbum XXXVI-1, Réanalyses, indétermination catégorielle et flou sémantique, 233 p.
    • Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (CNRTL). https://www.cnrtl.fr/ CULIOLI, Antoine, [1986] 1990, « Stabilité et déformabilité en linguistique. » Pour une linguistique de l’énonciation. Opérations et représentations. Tome I : 127-34. Paris : Ophrys.
    • —, [1973] 1999. « Sur quelques contradictions en linguistique. » Pour une linguistique de l’énonciation. Formalisation et opérations de repérage. Tome II : 43-52. Paris : Ophrys.
    • DE COLA-SEKALI, Martine, 1992, « Subordination temporelle et subordination subjective : quelques paramètres de mise en place des notions relationnelles de temps et de cause avec le connecteur polyvalent since. » Travaux linguistiques du Cerlico 5. Subordination, subordinations. J. Chuquet et D. Roulland, éds. 130-157.
    • DE MATTIA-VIVIES, Monique, 2010, « Du discours rapporté mimétique aux formes intrinsèquement hybrides. » Anglophonia. French Journal of English Linguistics. 14 (28) : p. 151‐180. Toulouse : PU du Mirail.
    • DUBOIS, Jean et al., 1999, Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage. Paris : Larousse-Bordas.
    • DELABATISTA, Dirk, 2008, “Wordplay as a translation problem: A linguistic perspective”, In 1. Teilband: Ein internationales Handbuch zur Übersetzungsforschung, pp. 600–606. De Gruyter Mouton. https://doi.org/10.1515/9783110137088.1.6.600, https://www.degruyter.com/document/doi/10.1515/9783110137088.1.6.600/html
    • ERMAKOVA, Liana & al. 2022, Overview of JOKER@CLEF 2022: Automatic Wordplay and Humour Translation Workshop, In: Barrón-Cedeño, A., et al. Experimental IR Meets Multilinguality, Multimodality, and Interaction. Lecture Notes in Computer Science, vol 13390. Springer, Cham. https://doi.org/10.1007/978-3-031-13643-6_27
    • FUCHS, Catherine, 1995. « Ambiguïté et ambivalence : le discret et le continu. », dans VANDERLYNDEN, Anne-Marie (dir.), 1995, Cahiers du CRIAR, n° 14, « Ambiguïtés/ ambivalences », Actes du colloque de Rouen, 13-14-15 mai 1994, Rouen : Publications de l’Université de Rouen.
    • FUCHS, Catherine, 1996, Les ambigüités du français, Collection l’essentiel français, Paris : Ophrys.
    • FUCHS, Catherine, 1997, « L’interprétation des polysèmes grammaticaux en contexte », G. Kleiber et M. Riegel (éds.) Les formes du sens, Louvain-la-Neuve : Duculot, 127-133.
    • GARDELLE, Laure, 2023, “Lions, flowers and the Romans: exception management with generic and other count plurals.” L. Gardelle, L. Vincent-Durroux et H. Vinckel-Roisin (Eds). Reference: from Conventions to Pragmatics. John Benjamins: 71-87.
    • GARDELLE, Laure et LANDRAGIN, Frédéric, 2023, « Le flou, le vague et la sous- détermination dans la référence. » Appel à soumissions pour un numéro thématique de Lingvisticæ Investigationes.
    • GERMONI Karine & STOLZ Claire (dir.), 2019, Aux marges des discours rapportés. Louvain- la-Neuve : Éd. Académia-L’Harmattan.
    • GOSSELIN, Laurent, 2005, Temporalité et modalité. Louvain-la-Neuve : De Boeck Supérieur.
    • GUILLAUME, Bénédicte, 2014, A Corpus-Based Study of Since-Clauses in Contemporary English. Collection Interlangues sous la direction de Wilfrid Rotgé, Toulouse : Presse Universitaires du Mirail.
    • GUTIÉRREZ ORDÓÑEZ, Salvador, 2002, De pragmática y semántica. Madrid : Arco Libros.
    • KERBRAT-ORECCHIONI Catherine, 2005, « L’ambigüité : définition, typologie. » Les jeux et les ruses de l’ambigüité volontaire dans les textes grecs et latins, Actes de la Table Ronde organisée à la Faculté des Lettres de l’Université Lumière-Lyon 2 (novembre 2000). pp. 13-36, Lyon : Maison de l’Orient et de la Méditerranée Jean Pouilloux.
    • LECOLLE, Michelle, 2019, Les noms collectifs humains en français : enjeux sémantiques, lexicaux et discursifs, Limoges, Lambert Lucas.
    • LE GOFFIC, Pierre, 1982, « Ambigüité et ambivalence en linguistique » Documentation et recherche en linguistique allemande contemporaine, Des bords au centre de la linguistique. pp. 83-105, Vincennes, n°27. htt ps:/ /www.persee.fr/do c/drlav_0754 – 9296_1982_num_27_1_983
    • LE GOFFIC, Pierre, 1987, « Sur l’ambigüité des relatives / interrogatives indirectes en “ce qui”, “ce que” », in C. Fuchs éd. L’ambigüité et la paraphrase. Opérations linguistiques, Processus cognitifs, Traitements automatisés. Centre des publications de l’Université de Caen.
    • LEONARDUZZI, Laëtitia, 2004, La subordonnée interrogative en anglais contemporain, Aix- en-Provence : Publications de l’Université de Provence.
      LÓPEZ-CORTÉS, Natalia, 2020, « El lenguaje será ambiguo o no será: el porqué de la ambigüedad léxica y su estudio desde la evolución del lenguaje », E-AESLA, n° 6, pp. 117- 128.
    • MONTE, Michèle, 2022, « Le nous dans les journaux militants : le cas de La Chronique d’Amnesty International et du Journal d’ATD Quart Monde », dans BOUZEREAU Camille, MAYAFFRE, Damon et MONTAGNE, Véronique (dir.), Le roi disait “nous voulons”. Usages et fonctions du nous dans le discours politique, Cahiers de praxématique 77, en ligne.
    • RABATEL, Alain, 2022, « L’intrication des discours représentés et de la narration dans les romans noirs de Dominique Manotti », Le Français moderne, vol. XC, t. 2, p. 241-265.
    • RASTIER F., CAVAZZA M., ABEILLÉ A., 1994, Sémantique pour l’analyse – De la linguistique à l’informatique, Paris : Masson.
    • RYDNING, Antin F., 1998, « La notion d’ambigüité en traduction » dans Tradterm, 5(1), 11- 40. https://doi.org/10.11606/issn.2317-9511.tradterm.1998.4977373
    • VANDERLYNDEN, Anne-Marie (dir.), 1995, Cahiers du CRIAR, n° 14, « Ambiguïtés/ ambivalences », Actes du colloque de Rouen, 13-14-15 mai 1994, Rouen : Publications de l’Université de Rouen.
    • VICTORRI, Bernard, 1997, « La polysémie : un artefact de la linguistique ? », Revue de Sémantique et Pragmatique, 2, 41-62. halshs-00009273v1
    • WINTER-FROEMEL Esme et DEMEULENAERE Axel, 2018, Jeux de mots. Textes et contextes, Berlin-Boston, De Gruyter, vol. 7 de la collection « The Dynamics of wordplay ».

    Comité d’organisation / Comité scientifique

    Comité organisateur

    Bénédicte Guillaume, Élise Mathurin, Michèle Monte, Vanessa Saint-Martin

    Université de Toulon

    Comité scientifique

    Audrey Coussy (McGill University)

    Barbara Dancygier (University of British Columbia)

    Antin Fougner Rydning (Universitetet i Oslo)

    Laure Gardelle (Université Grenoble-Alpes)

    María Isabel González-Rey (Universidad de Santiago de Compostela)

    Michelle Lecolle (Sorbonne Nouvelle)

    Laëtitia Leonarduzzi (Université d’Aix-Marseille)

    Natalia López-Cortés (Universidad de Zaragoza)

    Blandine Pennec (Université Toulouse II – Jean Jaurès)

    Myriam Ponge (Université Paris 8)

    Fabio Reggatin (Università degli Studi di Udine)

    Corinne Rossari (Université de Neuchâtel)

    Pascale Roux (Université Lumière Lyon 2)

    Mohamed Saki (Université de Bretagne Occidentale)

    Martine Sekali (Université de Nanterre)

    Denis Vigier (Université Lumière Lyon 2)

    Esme Winter-Froemel (Universität Würtzburg)

  • Colloque international « Ambigüité / ambivalence (syntaxique, sémantique ou énonciative) en linguistique »

    Lieu : Université de Toulon
    Date : les 27 et 28 novembre 2025

    Date de levée : 15 janvier 2025

    Site du colloque : https://ambiguity-tln.sciencesconf.org/resource/page/id/1

    Télécharger l’appel à communications (PDF)

    Appel à communications colloque de linguistique organisé à l’Université de Toulon les 27 et 28 novembre 2025.

    Avec le soutien du laboratoire Babel (EA 2649) de l’Université de Toulon et de l’Association des Linguistes Anglicistes de l’Enseignement Supérieur (ALAES).

    Ambigüité / ambivalence (syntaxique, sémantique ou énonciative) en linguistique

    L’ambigüité est un concept productif en linguistique, et ferait même « partie intégrante du modèle » selon A. Culioli ([1973] 1999 : 48). Ce terme, utilisé aussi dans le langage courant et la vie quotidienne, correspond à une « intuition fondamentale [selon laquelle] quelque chose de double se dissimule sous une apparence d’unicité » (Le Goffic, 1982 : 83 – 84). Si la polysémie de certains morphèmes lexicaux ou grammaticaux engendre facilement l’ambigüité (« le secrétaire est dans le bureau », exemple emprunté à Dubois et al. 1999 : 31), cette dernière peut également se situer au niveau de la proposition et, partant, de la phrase, lorsqu’un agencement de marqueurs se prête à plusieurs interprétations : l’ambigüité syntaxique se double dès lors d’une ambigüité sémantique.

    Néanmoins, la plupart du temps, le recours à un contexte plus fourni, ou bien l’examen plus approfondi d’autres marques grammaticales ou énonciatives présentes dans l’énoncé permettent de lever l’ambigüité. En effet, de tels phénomènes engagent crucialement le rapport entre les formes linguistiques et le co(n)texte, qu’il revient au linguiste d’analyser.

    Il existe toutefois des cas dans lesquels il n’est pas possible de désambigüiser, et d’opter

    avec certitude pour une catégorie plutôt qu’une autre, dans la mesure où les indices syntaxiques ne sont pas assez parlants ou donnent des résultats contradictoires, tandis que le recours au contexte n’est pas suffisant pour éliminer l’ambigüité. Or, les linguistes ont souvent été inspirés par ces phénomènes inclassables : on pense à la « théorie du reste » de Jean-Jacques Lecercle. Il peut aussi être question, en se fondant sur une métaphore biologique, d’exemples de phénomènes « hybrides » (cf. Guillaume 2014). P. Le Goffic (1982) a pour sa part recours au concept d’« ambivalence », terme à l’origine utilisé en psychanalyse pour qualifier des états psychiques contradictoires. Pour Catherine Fuchs (1995), l’ambivalence est une forme de transgression ne pouvant se produire qu’en discours, à la différence de l’ambigüité, qui serait propre à la langue. On retrouve dans « ambivalence » la même racine latine ambo signifiant « (les) deux à la fois » (CNRTL) que dans « ambigüité », mais il semble toutefois que l’on va plus loin dans la complexité, avec des phénomènes plus hétérogènes et non réductibles à une seule signification. Dérive inévitable de l’indétermination de la langue ou produit de la stratégie discursive du locuteur, des « zones troubles » (Le Goffic 1982 : 83) sont ainsi générées, qu’il incombe à l’interlocuteur de démêler. Face à un idéal de non-équivocité, l’ambivalence comme l’ambigüité peuvent ainsi représenter un danger. Le risque accru de malentendus nous invite alors à nous questionner sur la dimension éthique de l’utilisation de ces formes duplices.

    Michel Ballard (1990 :153) avance « [qu’]à première vue, […] l’ambigüité [es]t un problème qui passionne davantage les linguistes, les stylisticiens ou les philosophes que les traductologues. » Une approche traductologique de l’ambigüité et/ou de l’ambivalence n’est pourtant pas à exclure. Face à l’ambigüité, il est nécessaire pour le traducteur de faire des choix. Lorsqu’elle est intentionnelle, l’ambigüité doit être conservée. À l’inverse, les cas d’ambigüités fortuites se doivent d’être levés (Rydning 1998). Par ailleurs, en traduction automatique, les outils actuels, de plus en plus performants, réussissent généralement à éviter les cas d’ambigüité. Cependant, l’étape de relecture et de post-édition reste le plus souvent indispensable.

    Sans exclure des approches essentiellement théoriques, ce colloque entend soumettre les concepts d’ambivalence et d’ambigüité à l’épreuve des corpus afin d’en évaluer la portée et les limites en contexte. Par conséquent, il s’agira d’appréhender les cas de dualité interprétative au sein de corpus d’étude variés, oraux ou écrits. Ceux-ci pourront être de nature diverse – publicité, littérature, discours politique, presse, communication médiée par ordinateur, données lexicographiques, etc. –, permettant ainsi une exploration étendue et transversale de ces phénomènes. Les langues à privilégier seront le français, l’anglais et l’espagnol, mais d’autres langues et d’autres familles de langues que celles-ci peuvent également être convoquées.

    Les propositions pourront s’articuler, de manière indicative et non limitative, autour des divers axes évoqués dans cet appel, notamment :

    • définitions et effets de l’ambigüité et de l’ambivalence, rôle de la polysémie et du contexte ; dans quels cas les relations entre valeur d’un morphème et contexte permettent- elles de définir les conditions favorables à une interprétation en termes d’ambivalence ?
    • le vague référentiel est-il nécessairement ambigu ? par exemple, en ce qui concerne les problèmes de délimitation du référent (pronom de première personne du pluriel en français – cf. Monte 2022 -, omission du pronom personnel sujet en espagnol…).
    • quels sont les effets possibles du dédoublement d’interprétations d’un même énoncé, pouvant être compatibles et finissant par s’amalgamer, ou bien se révélant incompatibles, mais dans le même temps impossibles à départager ?
    • sur le plan énonciatif, dans le champ du discours représenté, à quelles conditions les formes complexes de représentation du discours autre (Authiez-Revuz 2020) sont-elles source d’ambigüité ? L’on ne sait dans certains cas qui parle, et les attributions à deux sources énonciatives différentes sont parfois incompatibles, et parfois ambivalentes – la superposition des voix ou points de vue portés par les énoncés représentés faisant alors partie des ressources déployées par le locuteur/énonciateur premier (Germoni et Stolz 2019). Et que devient alors, dans la structure narrative globale, la répartition entre narration, dialogues et pensées ?
    • en traduction, est-il toujours possible d’évaluer le caractère intentionnel ou fortuit de l’ambigüité ? Quelle(s) incidence(s) la conservation ou non de l’ambigüité et/ou de l’ambivalence peuvent-elles avoir ? La question de cas intraduisibles ou d’échecs de traduction pourra également être étudiée.

    Modalités de soumission et calendrier :

    • proposition de communication anonyme (une à deux pages maximum, comportant le titre de la communication, un résumé, quelques références bibliographiques) à envoyer avant le 15 janvier 2025 en format Word et / ou pdf à l’adresse suivante :
      ambiguity-tln@sciencesconf.org
      Merci d’indiquer clairement le nom et l’affiliation de l’auteur ou des auteurs dans le corps du courriel.
    • réponse aux auteurs : au plus tard le 30 mars 2025
    • 27 et 28 novembre 2025 : colloque à l’Université de Toulon

    Comité d’organisation / Comité scientifique

    Comité organisateur

    Bénédicte Guillaume, Élise Mathurin, Michèle Monte, Vanessa Saint-Martin
    Université de Toulon

    Comité scientifique

    • Audrey Coussy (McGill University)
    • Barbara Dancygier (University of British Columbia)
    • Antin Fougner Rydning (Universitetet i Oslo)
    • Laure Gardelle (Université Grenoble-Alpes)
    • María Isabel González-Rey (Universidad de Santiago de Compostela)
    • Michelle Lecolle (Sorbonne Nouvelle)
    • Laëtitia Leonarduzzi (Université d’Aix-Marseille)
    • Natalia López-Cortés (Universidad de Zaragoza)
    • Blandine Pennec (Université Toulouse II – Jean Jaurès)
    • Myriam Ponge (Université Paris 8)
    • Fabio Reggatin (Università degli Studi di Udine)
    • Corinne Rossari (Université de Neuchâtel)
    • Pascale Roux (Université Lumière Lyon 2)
    • Mohamed Saki (Université de Bretagne Occidentale)
    • Martine Sekali (Université de Nanterre)
    • Denis Vigier (Université Lumière Lyon 2)
    • Esme Winter-Froemel (Universität Würtzburg)
  • Technologies d’écriture de l’empathie

    Date de tombée (deadline) : 31 Décembre 2024
    À : Konstanz

    Responsable :
    Gesine Hindemith, Mailyn Lübke, Selina Seibel
    Url de référence :
    https://www.romanistiktag.de/xxxix-romanistiktag/sektionen/sektion-20/

    Section transversale (linguistique et littérature) lors de la 39e journée de la romanistique
    « Constance et changement. Romanistique et nouvelles technologies » en septembre 2025
    Technologies d’écriture de l’empathie

    Dr Gesine Hindemith (Université de Stuttgart),

    Dr Mailyn Lübke (Université d’Osnabrück),

    Selina Seibel (Université de Stuttgart)

    La réalité de la vie d’aujourd’hui est celle d’une cohabitation numérique et humaine, dans laquelle les échanges passent souvent par les technologies d’écriture (Internet, terminaux mobiles, services de messagerie). Le paradigme de la communication médiatisée par ordinateur modifie les relations interpersonnelles, dont le fondement empathique ne se déroule plus seulement en face-à-face, mais doit être renégociée par le biais des technologies d’écriture numériques. La section comprend l’empathie comme une condition préalable aux processus du langage qui génèrent et représentent des prestations de compréhension et d’empathie. L’empathie recèle donc un potentiel de compréhension de texte. Pour l’ère numérique, l’empathie doit être repensée ‹ dans la tentative de combler l’espace intermédiaire entre les individus par des techniques médiatiques ou, à l’inverse, de ne créer la différence entre eux que par une mise en relation médiatique › (Breger/Breithaupt 2010 : 7). Comment l’empathie peut-elle se ressentir dans les technologies d’écriture ? D’autant plus que la question se pose à nouveau lorsque les IA deviennent des interacteurs capables de représenter l’empathie et de la rendre ainsi recevable (Misselhorn 2021). Les structures de la formation linguistique / langagière de l’empathie peuvent ainsi être étudiées. La section a pour but d’aborder pour la première fois les paramètres modifiés de la communication par les technologies d’écriture pour la cohabitation humaine et numérique, d’un point de vue linguistique et littéraire.

    Les formes de communication générées par le numérique ont récemment fait leur entrée dans la littérature romanesque contemporaine. On peut citer les romans par e-mail d’auteurs comme Virginie Despentes (Cher connard 2022) et Eric-Emmanuel Schmitt (L’elixir d’amour 2015). Les technologies d’écriture numérique sont reprises comme formes narratives constitutives ou paratextes (Éliette Abécassis : Instagrammable 2021, Milica Marinkovic : Piacere, Amelia 2016, José Luis Palma : El amor en los tiempos del chat 2013). Les plateformes de médias sociaux conduisent à un élargissement de la pratique de publication littéraire dans le domaine numérique, par exemple sur le compte Instagram Amour solitaires de Morgane Ortin, qui y littérarise des conversations en ligne. Les auteurs utilisent de plus en plus souvent l’IA dans les processus d’écriture et les premiers textes littéraires entièrement rédigés par l’IA voient le jour (Antonio Addati et IA, Memorie di un I.A. 2023). 

    Le lien entre la technique et la communication peut être observé comme une constante diachronique. Dans la perspective de l’histoire de la littérature et de la langue, il est possible de comparer les technologies d’écriture numérique avec des formes historiques (roman épistolaire du 18e siècle, formes de dialogue dans les œuvres de fiction à partir de la Renaissance). On observe ici le déplacement et l’hybridation de l’oralité et de la littéralité. A partir de la situation numérique-humaine, les questions relatives au rapport entre oralité et écriture, entre corps et technologie d’écriture, à la présence et à l’absence, à la création ou à la simulation d’empathie se posent à nouveau en termes de constance et de changement des paramètres.

    Les phénomènes de la communication numérique sont maintenant pris en compte dans le domaine linguistique (en particulier la pragmatique). Ainsi, les corpus de conversations en ligne ou les fils de discussion des médias sociaux sont de plus en plus étudiés du point de vue de leurs phénomènes et fonctions linguistiques (cf. Dürscheid/Frick 2016) et peuvent donc également être examinés du point de vue d’éventuels marqueurs d’empathie. Dans la perspective de la linguistique pragmatique et interactionnelle, on peut prendre en compte des corpus diachroniques et numériques qui contiennent du matériel sur la description et la ou les fonctions des pratiques d’écriture pour la production de représentations d’empathie textualisées de manière analogique et numérique. Ces dernières peuvent être réalisées par exemple par des objets sonores, des stratégies d’intensification et d’atténuation, des références déictiques, des processus de réparation et des auto-révélations.

    Dans le cadre de l’ « emotional turn » au tournant du millénaire, l’empathie est devenue un concept discuté, même s’il n’a pas encore été clairement défini, dans différentes disciplines (sciences cognitives, neuropsychologie, philosophie, didactique, etc.) Les premières connaissances sur la description des représentations de l’empathie d’un point de vue linguistique se réfèrent principalement à l’analyse de données allemandes (Pfänder/Gülich 2013 ; Kupetz 2015, 2020 ; Jacob/Konerding/Liebert 2020 ; Bauer 2024). Des approches visant à développer l’empathie pour la recherche narratologique existent dans les études anglophones et germanophones (Keen 2010 ; Anz 2007).

    La communication sera également abordée sous l’angle de la littérature et de la linguistique, par exemple en ce qui concerne la structuration temporelle, psychologique et séquentielle en séquences d’événements (Watzlawick 2007), en analysant la compréhension intersubjective des actions linguistiques au sein d’une conversation. Les technologies d’écriture ont une influence directe sur le déroulement d’une telle communication et influencent le choix des techniques d’émotionnalisation.

    Le projet de section part de l’hypothèse que les processus de formation de l’empathie sont structurés de manière narrative et séquentielle. L’objectif de la section transversale est d’étudier via diverses perspectives les constantes et les changements de la communication médiatico-technologique sous le signe de l’empathie. Les littératures et les langues de la Romania constituent un domaine d’étude qui offre des points de comparaison historiques, socioculturels et linguistiques : des technologies d’écriture analogiques à la communication en ligne de l’âge numérique. La section est ouverte à toutes les langues et littératures romanes.

    Questions possibles

    •     Quelles sont les fonctions des technologies d’écriture dans les processus de création d’empathie en littérature et dans la communication médiatisée par ordinateur ?

    •     Quelles méthodes peuvent être développées pour analyser les marqueurs d’empathie d’un point de vue linguistique et littéraire ?

    •     Quelles structures conceptuelles-orales et quelles pratiques socioculturelles peuvent être analysées dans les représentations écrites de l’empathie ?

    •     Comment peut-on, par le biais d’une comparaison entre l’histoire de la littérature et celle de la langue, tirer des conclusions sur les changements actuels de la communication dans la cohabitation entre l’homme et le numérique ? 

    •     Quel rôle jouent l’IA et les formes de communication générées par le numérique dans la production littéraire actuelle ? Comment les représentations de l’empathie s’y reflètent-elles ? Comment peut-on appréhender cela d’un point de vue narratologique ?

    •     Quelle est l’influence de l’ère numérique sur le langage dans une perspective littéraire et linguistique ? Quelles conséquences méthodologiques en découlent pour les pratiques d’analyse des deux disciplines ?


    Nous sommes heureux de recevoir des propositions de présentation pour notre section ! Pour cela, envoyez un exposé par e-mail à : 

    schreibtechnologien2025@outlook.de

     L’exposé doit contenir votre/vos nom(s) et affiliation(s) ainsi que le titre de votre communication et il peut comporter au maximum 4000 caractères, espaces et données bibliographiques et autres compris. La date limite de soumission d’un exposé est fixée au 31 décembre 2024. L’acceptation définitive interviendra au plus tard le 31 janvier 2025. 


    Bibliographie sélective

    Anz, Thomas: „Kulturtechniken der Emotionalisierung. Beobachtungen, Reflexionen und Vorschläge zur literaturwissenschaftlichen Gefühlsforschung“. In: Eibl, Karl; Mellmann, Katja; Zyrner, Rüdiger (Hg.): Im Rücken der Kulturen. Paderborn 2007.

    Bauer, Nathalie: „Empathiedarstellungen und Normalisierung – Metapositionierungen mit ‚natürlich‘ und ‚klar‘ in onkologischen Aufklärungsgesprächen“. In: Bauer, Nathalie; Günthner, Susanne; Schopf, Juliane: Die kommunikative Konstruktion von Normalitäten in der Medizin: Gesprächsanalytische Perspektiven. Berlin/Boston 2024, 131-156.

    Breger, Claudia; Breithaupt, Fritz: Empathie und Erzählung. Freiburg 2010.

    Bustos Tovar, Jesús José de: „Lengua común y lengua del personaje en la transición del siglo XV al XVI“. In: Vian Herrero, Ana; Baranda Leturio, Consolación: El personaje literario y su lengua en el siglo XVI. Madrid 2006, 13-40.

    Drescher, Martina: Sprachliche Affektivität. Darstellung emotionaler Beteiligung am Beispiel von Gesprächen aus dem Französischen. Tübingen 2003.

    Dürscheid, Christa; Frick, Karina: Schreiben digital. Wie das Internet unsere Alltagskommunikation verändert. Stuttgart 2016.

    Gnach, Aleksandra; Weber, Wibke; Engebretsen, Martin; Perrin, Daniel: Digital Communication and Media Linguistics. Cambridge 2023.

    Heßler Martina (Hg.): Technikemotionen. Paderborn 2020.

    Jacob, Katharina; Konerding, Klaus-Peter; Liebert, Wolf-Andreas (Hg.): Sprache und Empathie. Berlin/Boston 2020.

    Keen, Suzanne: Empathy and the Novel. New York 2007.

    Koch, Peter; Oesterreicher, Wulf: „Sprache der Nähe – Sprache der Distanz. Mündlichkeit und Schriftlichkeit im Spannungsfeld von Sprachtheorie und Sprachgeschichte“. In: Deutschmann, Olaf et al. (Hg.): Romanistisches Jahrbuch. Berlin/New York 1985, 15-43.

    Koschorke, Albrecht: Körperströme und Schriftverkehr. Mediologie des 18. Jahrhunderts. München 2003.

    Kupetz, Maxi: Empathie im Gespräch. Eine interaktionslinguistische Perspektive. Tübingen 2015.

    —    : „Sprachliche, interaktionale und kulturelle Aspekte von Empathie in sozialer Interaktion“, in: Jacob, Katharina; Konerding, Klaus-Peter; Liebert, Wolf-Andreas (Hg.) Sprache und Empathie. Berlin/Boston 2020, 141–173.

    Malinowska, Anna; Gratzke, Michael: The Materiality of Love. Essays on Affection and Cultural Practice. London 2018.

    Misselhorn, Catrin: Künstliche Intelligenz und Empathie. Von Leben mit Emotionserkennung, Sexrobotern & Co. Stuttgart 2021.

    Nabi, Robin L.; Myrick, Jessica Gall (Hg.): Emotions in the Digital World. Exploring affective experience and expression in online interactions. New York 2023.

    Ortner, Heike: Text und Emotion. Theorie, Methode und Anwendungsbeispiele emotionslinguistischer Textanalyse. Tübingen 2014.

    Pfänder, Stefan; Gülich, Elisabeth: „Zur interaktiven Konstitution von Empathie im Gesprächsverlauf. Ein Beitrag aus Sicht der linguistischen Gesprächsforschung“. In: Breyer, Thiemo (Hg.): Grenzen der Empathie. Philosophische, psychologische und anthropologische Perspektiven. München 2013, 433–457.

    Stauf, Renate; Simonis, Annette; Paulus, Jörg (Hg.): Der Liebesbrief. Schriftkultur und Medienwechsel vom 18. Jahrhundert bis zur Gegenwart. Berlin/New York 2008.

    Watzlawick, Paul: Menschliche Kommunikation. Formen, Störungen, Paradoxien. 11. Auflage. Bern 2007.