Catégorie : Événements

  • Poésie et langages du vivant (XXe et XXIe siècles), deuxième volet.

    Journée d’étude “Poésie et langages du vivant (XXe et XXIe siècles), deuxième volet

    Date limite de l’appel : 1er février 2024

    Université Rouen Normandie, 27 septembre 2024.

    Mont-Saint-Aignan, UFR Lettres et Sciences Humaines.

    Journée d’étude organisée par :

    • Thomas Augais, (Sorbonne Université/ CELLF),
    • Irène Gayraud (Sorbonne Université / CRLC) et
    • Thierry Roger (Université de Rouen Normandie / CÉRÉdI)

    Cette journée fait suite à une première journée d’étude sur cette question, qui a eu lieu le 2 juin 2023 à Sorbonne Université.

    « Que serait la biologie sans les poètes 1 ? », s’interrogeait Francis Hallé citant Ponge et Valéry. Pourtant ceux-ci ne cessent de rencontrer leurs limites, cherchant de quelle manière la langue poétique pourrait retenir quelque chose de la complexité du vivant. Les travaux actuels de l’écocritique et de l’écopoétique, souvent minés par le simple thématisme ou le pur environnementalisme, doivent alors en venir à une interrogation en profondeur sur le signe. Le travail des poètes a-t-il contribué à faire émerger la conscience qu’anthropos et les vivants non humains partagent la même « sémiosphère » ? David Abram et Paul Shepard ont avancé l’hypothèse d’une « co-évolution des formes naturelles et des langages des hommes 2 », inspirant la zoopoétique, qui explore la manière dont « les syntaxes de nos langues répondent à une grammaire de la vie3 ». Pour Philippe Jousset, « le principe qui préside à l’engrènement du logos sur la physis est d’abord celui d’un prolongement4 ». Une telle vision rencontre celle du poète Lorand Gaspar, pour lequel le langage humain est « organiquement lié au langage de la vie5 ». La voie est ouverte pour une relativisation de l’arbitraire du signe, en particulier à partir des travaux de Dominique Lestel s’efforçant de penser une « métabolisation des formes animales par les langages humains6 ». Notre époque est celle d’une grande déstabilisation du langage. Pour l’écrivain Camille de Toledo, attentif à la biosémiotique, c’est « la notion même de langage qui est en train de se déplacer7 ». Prenant appui sur la pensée des intraduisibles de Barbara Cassin8, il en appelle alors à un « continuum du traduire » capable de répondre à ces secousses sismiques lézardant la table d’écriture, si cette table est notre sol. Le moment est venu de sortir d’un logocentrisme humain condamnant les non humains à n’être que des aloga, afin de prendre la mesure des sèves qui ont nourri ce renouveau contemporain dans la manière d’envisager les rapports entre le langage humain et un monde « muet » dont on ne cesse de découvrir à quel point il est saturé de sons, cris, appels, signaux… Pour Gabriel Vignola, il est urgent de « transformer le regard que nous posons sur la théorie littéraire » pour « problématiser la question du langage, de la représentation et de la littérature différemment, dans une perspective inspirée des modèles de l’écologie telle qu’elle se développe en sciences naturelles9 ».

    Il s’agira dans cette journée d’études, située au carrefour entre écocritique et épistémocritique, de reprendre à nouveaux frais le problème de la « sémiotique du monde naturel10 » abordé en son temps par Greimas, en vue d’ouvrir la recherche sur la poésie à l’écosémiotique, laquelle s’appuie sur la biologie de la signification de Jakob von Uexküll. De quelle manière se pose aujourd’hui la question médiévale du liber naturae, de la « lisibilité du monde11 » ? Ne nous conduit-elle pas à interroger les survivances et les transformations, au sein des sociétés modernes, de l’ontologie « analogiste » théorisée par Philippe Descola12 ?

    Cette seconde journée, qui fait suite à celle organisée à Sorbonne Université le 2 juin 2023, sera donc ouverte à des propositions qui, à partir d’un corpus de poésie – française ou comparatiste – postérieur à 1900 chercheront à articuler les travaux récents de la recherche dans les domaines de la littérature, de la linguistique et des sciences du vivant.


    Quelques pistes de réflexion :

    • Les communications chercheront à montrer de quelle manière le bruissement du monde féconde celui de la langue poétique, à partir d’un corpus monographique ou bien en convoquant de multiples poètes. Des études zoopoétiques pourront être envisagées, mais on pourra aussi s’interroger, dans le sillage d’Eduardo Kohn13, sur la pensée des forêts ou celle d’autres vivants non humains.
    • On pourra étudier les échanges entre formes du vivant et formes poétiques, à la lumière des travaux d’Adolf Portmann14, redécouverts par l’esthétique contemporaine, dès lors que « Tout vivant est avant toutes choses une apparence, une forme, une image, une espèce15 ». La notion d’« autoprésentation » animale croise alors celle de mimésis poétique ; « l’apparence inadressée » dialogue, ou non, avec « l’offrande lyrique », et plus largement avec la question de la transitivité en poésie.
    • On s’intéressera particulièrement à des poètes ayant développé une réflexion sur le rapport entre physis et logos, des poètes ayant interrogé la « grammaire du vivant » ou ayant cherché à penser la porosité entre la parole humaine et d’autres formes de langage. On explorera alors le terrain en partie fictif de la « thérolinguistique » chère à Vinciane Despret16. L’adoption d’un tel point de vue anthropologiquement décentré permettra de voir en quoi la parole du poème, contre la syntaxe de la domination, contre la syntaxe du dualisme sujet / objet, peut rencontrer le poème de la fourmi ou du poulpe, écrits dans cette langue « qui n’a pas de centre, une langue traversée ou raversière17 ».
    • On pourra s’intéresser à des cas concrets de dialogue entre des poètes et des biologistes ou des éthologues à propos du langage, et plus largement à la culture scientifique des poètes, lorsque celle-ci naît d’une réflexion sur la « thèse de l’exception humaine18 » dans la sphère langagière.
    • Des communications proposées par des chercheurs en linguistique pourront être précieuses, pour aborder en particulier le rapport entre le langage poétique et le domaine de l’écosémiotique.
    • Les travaux comparatistes pourront se demander si la manière dont les poètes abordent ce rapport entre la parole humaine et d’autres formes de langage est sujette à des variations en fonction des aires culturelles et linguistiques.

    Les propositions de communication doivent être adressées avant le 1er février 2024 à :


    1. Francis Hallé, Éloge de la plante. Pour une nouvelle biologie, Paris, Editions du Seuil, 1999, p. 104. ↩︎
    2. Anne Simon, Une bête entre les lignes, essai de zoopoétique, Marseille, Wildproject, 2021, p. 104. Voir David Abram, Comment la terre s’est tue. Pour une écologie des sens [1997], trad. Didier Demorcy et Isabelle Stengers, Paris, La Découverte, 2013 ; Paul Shepard, Thinking animals: Animals and the Development of Human Intelligence, Athens, University of Georgia Press, 1978. ↩︎
    3. Ibid., p. 105. ↩︎
    4. Philippe Jousset, Anthropologie du style. Propositions, Pessac, Presses universitaires de Bordeaux, 2007, p. 28. ↩︎
    5. Lorand Gaspar, Approche de la parole, Paris, Gallimard, 1978, p. 10. ↩︎
    6. Dominique Lestel, L’Animal singulier, Paris, Seuil, 2004, p. 59. ↩︎
    7. Propos tenus lors du séminaire « Identités plastiques », organisé par Irène Gayraud, Danielle Perrot-Corpet et Judith Sarfati Lanter : « Réécrire la loi. Rencontre avec Camille de Toledo », séance du jeudi 19 mai 2022, Sorbonne Université. ↩︎
    8. Barbara Cassin (dir.), Le Vocabulaire européen des philosophies : Dictionnaire des intraduisibles, Paris, Seuil, 2004. ↩︎
    9. Gabriel Vignola, « Écocritique, écosémiotique et représentation du monde en littérature », Cygne noir, no 5, 2017, URL : http://revuecygnenoir.org/numero/article/vignola-ecocritique-ecosemiotique [consulté le 30 juin 2022]. ↩︎
    10. Algirdas Julien Greimas, « Conditions d’une sémiotique du monde naturel », Langages, 1968, 10, p. 3-35. ↩︎
    11. Hans Blumenberg, La Lisibilité du monde, Paris, Le Cerf, 2007. ↩︎
    12. Philippe Descola, Par-delà nature et culture (2005), Paris, Gallimard, 2015. ↩︎
    13. Eduardo Kohn, Comment pensent les forêts, trad. Grégory Delaplace, Paris, Zones Sensibles, 2013. ↩︎
    14. Adolf Portmann, La Forme animale, Préface de Jacques Dewitte, Paris, La Bibliothèque, 2013. ↩︎
    15. Emanuele Coccia, La Vie sensible, trad. Martin Rueff, Paris, Payot, 2010, p. 10. ↩︎
    16. Voir Autobiographie d’un poulpe, Arles, Actes Sud, 2021. ↩︎
    17. Ibid., p. 88. ↩︎
    18. Jean-Marie Schaeffer, La Fin de l’exception humaine, Paris, Gallimard, 2007. ↩︎
  • Discours et Pratiques de l’écriture écologique : territoires et préservation de l’avenir

    Atelier 13 du Colloque 2024 de l’APFUCC
    Du 15 au 19 juin 2024
    Université McGill
    Montréal, Québec, Canada

    Date limite pour la réception des propositions de communication : 15 janvier 2024

    https://apfucc.net/congres-2024/Lien vers l’appel (PDF)

    Responsables d’atelier

    Rony Devyllers Yala Kouandzi, Université Marien Ngouabi, Congo
    Fabiola Obame, Université Paris 8

    Argumentaire

    La littérature témoigne de la réalité, du vécu des humains. Elle participe de leurs différents combats idéologiques, face aux grandes crises de l’Histoire, notamment politiques, économiques, socioculturelles, environnementales, car comme le souligne R. Barthes (1953,  p.15) « L’écriture est un acte de solidarité historique […] le rapport entre la création et la société […] la forme saisie dans son intention humaine et liée ainsi aux grandes crises de l’Histoire». À l’heure où l’humanité se trouve confrontée à des périls environnementaux, « La volonté d’agir très concrètement en faveur d’un environnement menacé s’exprime chaque jour avec plus de force » (P. Schoentjes, 2020, p.141). Aussi, les écrivains et écrivaines, soucieux et soucieuses de nos avenirs, produisent des ouvrages écologiques, pour alerter, informer et fédérer les consciences autour du combat écologique, pour le salut de tous et toutes. C’est le cas de Alice Ferney (Le Règne du Vivant, 2014), Henri Djombo (Le cri de la forêt, 2015) et Lionnel Daudet (Très haute tension, 2018). En effet face aux différents changements naturels relevés et à la déferlante des catastrophes qui s’abattent sur le monde du fait de tremblements de terre, de tsunami, de changements climatiques, de sécheresse, d’inondations spectaculaires inédites, de pollution, de risques d’extinction des espèces animales, etc.-, ils et elles n’hésitent pas à thématiser les menaces qui pèsent sur la planète.

    Pour Hubert Zapf, la façon dont est abordée l’écologie dans les environnements littéraires ouvre la voie à la diversité. Dans Literature as Cultural Ecology (2016), il fait état du versant écologique de la littérature qui, dans un registre culturel, se révèle être le lieu d’émergence d’un renouveau culturel parce qu’elle est, en même temps, l’espace où se déconstruisent les déséquilibres culturels et où ils se régénèrent. Pour comprendre cet état de fait, il faut noter que d’une part, la littérature offre un éclairage aux cultures mises à l’écart pour des motifs historiques et politiques ; d’autre part, elle donne vie à l’imagination culturelle, dans toute sa diversité et sa complexité, par le biais du langage. De la sorte, ce qui est livré dans le texte littéraire, c’est donc une manière de repenser un avenir commun en tenant compte des écologies culturelles dans leurs différentes formes.

    De ce fait, en s’appuyant sur l’idée que la trajectoire culturelle d’un groupe est liée à la terre, il est nécessaire que la prise de conscience écologique passe d’abord par les cultures locales pour espérer influer sur les cultures globales, étant donné que chaque culture et chaque peuple cultivent un rapport différent à la nature. L’apport de la culture est de façonner le citoyen écologique en instillant (à nouveau) le goût de la nature en chaque homme et en explorant les pistes pouvant mener à une meilleure cohabitation avec l’environnement naturel. Plus précisément, l’enjeu est de réfléchir aux moyens proposés par les œuvres littéraires pour préserver les espaces de vie de demain et de définir les termes d’une politique de la réconciliation de l’environnement naturel où la culture serait au service de la nature. Dès lors, les caractéristiques intrinsèques aux écologies locales doivent être dynamisées étant donné qu’elles rendent compte, elles aussi, d’une politique écologique et d’une conception universalisante de l’écologie. Dans cette optique, la prise en compte des cultures des communautés noires et autochtones sera privilégiée, car ces cultures ouvrent une perspective vers un autre point de vue, à savoir, celui du regard que portent ces minorités sur la nature.

    L’objet du présent atelier est de rendre compte des discours écologiques mis en circulation dans les textes littéraires en lien avec les questions de territoire et de préservation des espaces et des cultures, ainsi que des différentes modalités de leur expression.

    A titre indicatif, les différentes communications pourraient s’inscrire dans les axes de réflexion ci-après :

    • Le rapport de l’humain à l’environnement
    • La représentation de l’environnement
    • L’expression de l’écologie 
    • Écologie et monde de demain
    • Écologie et décolonisation
    • Écologie et diversité
    • Écologie et universalisme
    • Écologie et culture

    Modalités de participation

    Date limite pour l’envoi des propositions (titre, résumé de 250-300 mots, adresse, affiliation et notice bio-bibliographique de 150 mots) à obamefabilola@gmail.com et à ronydevyllers@gmail.com avant le 15 janvier 2024

    Le colloque annuel 2024 de l’APFUCC sera en personne. Il se tiendra dans le cadre du Congrès  annuel de la Fédération des sciences humaines du Canada et la Fédération n’offre pas de soutien pour des interventions en ligne cette année.

    Les personnes ayant soumis une proposition de communication recevront un message des  personnes responsables de l’atelier avant le 30 janvier 2024 les informant de leur décision. L’adhésion à l’APFUCC est requise pour participer au colloque. Il faut également régler les frais de participation au Congrès des Sciences humaines ainsi que les frais de conférence de l’APFUCC. De plus amples informations vous seront envoyées à ce sujet. Vous ne pouvez soumettre qu’une seule proposition de communication, présentée en français (la langue officielle de l’APFUCC), pour le colloque 2024.

    Bibliographie indicative

    Barthes Roland, Le degré zéro de l’écriture, Paris, Seuil, 1972.
    Daudet Lionnel, Très haute tension, Paris, Stock, 2018
    Djombo Henri, Le cri de la forêt, Paris et Brazzaville, LC Éditions et Éditions Hemar, 2015.
    Ferney Alice, Le règne du Vivant, Paris, Actes Sud, 2014.
    Peytavin Jean Louis, « Avant-propos : les discours de l’écologie », Discours de l’écologie in Quaderni, 1992, n°17, p.65-66.
    Schoentjes Pierre , Ce qui a lieu, essai d’écopoetique, Wildproject, 2015.
    Littérature et écologie, Editions Corti, coll., Les Essais, 2020.
    Zaph Hubert, Literature as Cultural Ecology. SustainableTexts. London : Bloomsbury Publishing, 2016.

  • Styles du roman policier

    18 et 19 janvier 2024

    Salle Pierre Albouy, Grands Moulins

    Colloque organisé par V. Berthelier, D. Rabaté et M. Vervel

    https://u-paris.fr/cerilac/colloque-styles-du-recit-policier/

    Programme

    Jeudi 18 janvier : Du style de genre au style d’auteur               

    MATINÉE : Le style, une entrée pour penser le genre policier ?

    Dominique Rabaté : Ouverture du colloque – du style du polar

    Natacha Levet : Du polar amerloque au roman de langue verte : enjeux génériques du style « roman noir »

    Laetitia Gonon : Quête d’invariants stylistiques du roman policier. L’exemple du moment de « frisson ».

    APRÈS-MIDI : Polar et style d’auteur                    

    Nicolas Le Flahec : Le style, « source de joie » » chez Manchette

    Gilles Magniont : Donald Westlake, ou l’art de minorer

    Pierre-Olivier Toulza : Un millefeuille sonore : la bande-son des films policiers de Jean-Pierre Melville, entre stylisation et mélancolie générique

    Arnaud Huftier : La récriture au principe d’une réinvention formelle : l’exemple de Steeman

    Vendredi 19 janvier : Questions de légitimitation, enjeux idéologiques                     

    MATINÉE : Rapports au style d’un « mauvais genre »

    Benoît Tadié : Le style de Black Mask

    Gérald Peloux : De la « fausse réputation » d’Edogawa Ranpo : quand un écrivain s’inquiète de l’influence de son style

    Stéphane Pouyaud : Parodier le « style » policier – Bello, Robbe-Grillet, Chevillard, Echenoz

    APRÈS-MIDI : Style et politique du polar              

    Marc Vervel : Meckert/Amila : schize du style, style de la schize

    Vincent Berthelier : La référence célinienne dans le roman noir d’après-guerre

    Lucie Amir : L’énonciation dans le polar français contemporain

  • Lecture sur le fil par Cécile Narjoux : Corps flottants, de Jane Sautière

    Ce vendredi 22 décembre, dans le cadre de Lectures sur le fil, nous écouterons : Cécile Narjoux sur Corps flottants, de Jane Sautière (2022).

    Quand ? vendredi de 14h à 15h30.
    Où ? 
    – En présentiel (Bibliothèque de l’UFR de langue française, sur réservation)
    – Et/ou par zoom : https://u-paris.zoom.us/j/88243619565?pwd=ci9oNVErOFZ1OGxFalU1RjlUZ0Mydz09 (ID de réunion: 882 4361 9565 ; Code secret: 01092023)

    Retransmission : en podcast par le Service culturel de la Sorbonne, il est possible de s’abonner : https://shows.acast.com/lectures-sur-le-fil/

    Versions écrites des communications consultables sur Fabula : https://www.fabula.org/colloques/sommaire7308.php

    Le prochain rendez-vous est le 26 janvier 2024 : nous écouterons Claire Stolz, sur Une façon d’aimer de Dominique Barbéris (2023), en présence de l’autrice.

    Florence Leca-Mercier et Cécile Narjoux 

  • De quelles voix sommes-nous fait.es ? Oralités et discours rapportés Histoire, formes et pratiques

    9e COLLOQUE INTERNATIONAL ET INTERDISCIPLINAIRE CI-DIT à Wroclaw (Pologne)

    30 septembre – 2 octobre 2024

    organisé par

    L’Institut d’Études romanes de l’Université de Wrocław, Pologne

    en coopération avec

    l’Université de Varsovie, le Centre des Recherches interdisciplinaires Université de Wrocław & Université Adam Mickiewicz et l’Université de Lviv

    Appel à communication (PDF) sur le site ci-dit.com.

    Date limite d’envoi de propositions : le 31 décembre 2023 simultanément aux adresses : joanna.jakubowska@uwr.edu.pl et elzbieta.biardzka@uwr.edu.pl.

    Argumentaire

    Remettre l’oralité et les formes du discours rapporté au centre de nos préoccupations, pourquoi ce choix ? Après des colloques Ci-dit consacrés notamment aux genres numériques (davantage dans leur dimension scripturale) et aux supports matériels graphiques, il nous a semblé important de réinterroger les imaginaires et les formes des oralités contemporaines en rapport avec la circulation et l’impact des discours. Paroles, audio, voix, expressivité, accent, tonalité, musique, intonation, éloquence, sociolecte, idiolecte, grossièreté, verve, bagou : comment toutes ces formes se « rapportent»-elles, dans quels contextes ? Comment contribuent-elles aux dimensions visuelle et sonore du discours rapporté ?

    Une poésie déclamée lors d’une investiture présidentielle, des slogans politiques inédits scandés et dansés, des registres sociaux qualifiés de « populaires, populistes, vulgaires, triviaux » utilisés comme des appels d’oralité dans la parole politique comme dans les chansons ou les romans des transfuges sociaux, le « lyrisme gueulard » et dialogique de Virginie Despentes comme contre-discours contestataire ? (Rosier à paraître)…, l’oralécrit (Garcea & Bazzanella 2002) dans le cyberespace, autant de formes de circulation de discours s’appuyant sur des représentations de l’oralité construites historiquement. De même pour un domaine déjà balisé par les travaux de Ci-dit (notamment Marnette 1998, 2005, Verbum 28.1/2006, Faits de Langue 19/2002, etc.), la parole médiévale, selon l’expression consacrée de Bernard Cerquiglini (1981) tout comme l’orature de Paul Zumthor (1975) ont puisé aux sources d’une conception de l’oralité comme performance et mise en rapport de voix. Beaucoup de ces textes étaient en effet chantés : aujourd’hui la chanson exploite-t-elle encore la voie des voix, des mises en scène vocales et du discours d’autrui ? On sait par ailleurs que l’image de l’oralité rapportée s’ancre dans une parole représentée comme marquée socialement et formellement « populaire » (lexique, syntaxe) provoquant un effet de rupture face à la langue classique des convenances, même si les représentations des parlers des classes dominantes existent notamment chez les humoristes (Paveau 2008, Rosier et Paveau 2008).

    Comment la littérature contemporaine en langue française problématise-t-elle la « retranscription fictionnelle » d’une parole populaire authentique, sans trahir ? Et que fait-elle des autres oralités ? Comment les dirigeant.es politiques tout comme les militant.es pensent-ils l’oralisation et l’incarnation de leurs discours politiques dans l’univers francophone ? Du côté de la traduction et de l’interprétation, les débats sur les personnes adéquates pour « porter » la voix (au sens de la traduire) relèvent de cette problématique plus générale de la figure du ou de la porte-parole : qui a la légitimité de « rapporter » un discours collectif au nom de qui, de quelles voix (dominés, subalternes, sans-voix, autres espèces…) ? Du côté de l’interprétation juridique, comment le DR traduit-il oralement un échange multilingue, dans le cadre des audiences et des procès mais aussi des négociations de contrat (y compris lors des mariages mixtes) ?

    Pour baliser nos questionnements nous lancerons quatre pistes qui animeront les discussions de ce colloque :

    1. Oralités, DR et discours politique

    On questionnera les façons de rapporter la parole des migrant.es, des sans-voix, des militant.es, les manières de l’intégration de paroles de guerre et de paix dans différents récits. On s’intéressera au discours comique et autres détournements de la parole politique, notre attention portera également sur les nouveaux styles parlés et représentations iconiques de la parole politique dans les discours numériques.

    2. Oralités, DR et traduction

    Les voix, disparaissent-elles, se reconfigurent-elles ou s’augmentent-elles dans la traduction ? Nous nous intéressons aux voix accueillies dans le discours littéraire, mais aussi dans d’autres discours (journalistique, juridique, numérique, de scolarisation, légendes urbaines…).

    3. Oralités, DR et genres discursifs

    Les genres de discours, dans leur diversité, peuvent être abordés et caractérisés par la place qu’ils font et la forme qu’ils donnent à la représentation de l’oral. Comment les voix retentissent-elles dans différents genres de discours, y compris la chanson,comment contribuent-elles au marquage du genre discursif dans lequel elles fonctionnent? Se distinguent-elles par leur place «statutaire» dans le genre de discours qui « tient lieu » d’un autre discours (compte-rendu de réunion, procès-verbal, minute de procès, live tweet de procès) ?

    4. Oralités, DR et pratiques diachroniques

    L’axe diachronique restera, comme d’habitude, dans les préoccupations du groupe Ci- dit : l’évolution des formes et des pratiques de la citation sera encore une fois au cœur de nos réflexions dans différents genres discursifs, avec notamment la chanson et les pratiques/praxis/formes de discours rapportés. Nous irons de la chanson de geste et poésie lyrique médiévales à l’inter-discours « mis en voix » dans la chanson contemporaine, nous suivrons le parcours de la « vive voix ».

    Calendrier

    Date limite d’envoi de propositions : le 31 décembre 2023 simultanément aux adresses : joanna.jakubowska@uwr.edu.pl    elzbieta.biardzka@uwr.edu.pl

    Les propositions de communication (entre 200 et 300 mots), doivent indiquer clairement la problématique abordée, faire état des principaux résultats qui seront exposés dans la présentation, et être accompagnées d’une bibliographie sélective. Nous prévoyons des communications de 20 minutes suivies de 10 minutes de discussion. Notification : le 29 février 2024

    Programme provisoire : fin mars 2024

    Les droits d’entrée 180 euro/750 PLN : pour les doctorants 90 euro/350 PLN. Les droits couvriront les frais d’organisation (location de la salle d’inauguration, service informatique, matériel de bureau, les pauses-café) et les frais de publication (textes publiés sous condition de relecture positive en double aveugle).  Règlements de droits d’entrée : le 30 avril 2024 au plus tard.

    Comité Scientifique

    • Jacqueline Authier-Revuz, Université de la Sorbonne Nouvelle – Paris III
    • Hélène Barthelmebs-Raguin, Université du Luxembourg
    • Elżbieta Biardzka, Université de Wrocław
    • Marion Colas-Blaise, Université du Luxembourg
    • Claire Doquet, Université de Bordeaux
    • Anna Dutka-Mańkowska, Université de Varsovie
    • Béatrice Fracchiolla, Université de Lorraine 
    • Joël July, Aix-Marseille Université
    • Greta Komur-Thilloy, Université de Haute-Alsace 
    • Juan Manuel López-Muñoz, Université de Cadix 
    • Mairi McLaughlin, Université de Californie, Berkeley
    • Dominique Maingueneau, Université Paris-Sorbonne
    • Sophie Marnette, Université d’Oxford 
    • Patricia von Münchow, Université Paris Cité
    • Aleksandra Nowakowska, Université Paul-Valéry – Montpellier 3
    • Natalia Paprocka, Université de Wrocław
    • Alain Rabatel, Université de Lyon 2, 
    • Laurence Rosier, Université Libre de Bruxelles 
    • Justine Simon, Université de Franche-Comté
    • Elżbieta Skibińska, Université de Wrocław 
    • Kristiina Taivalkoski-Shilov, University of Turku

    Comité d’organisation 

    • Juan Manuel López-Muñoz, Université de Cadix 
    • Sophie Marnette, Université d’Oxford 
    • Laurence Rosier, Université Libre de Bruxelles 
    • Elżbieta Biardzka, Université de Wrocław
    • Piotr Chruszczewski, Université de Wrocław
    • Joanna Godlewicz-Adamiec, Université de Varsovie 
    • Joanna Jakubowska, Université de Wrocław Hanna Kost, Université de Lviv    
    • Patrycja Paskart, Université de Wrocław
    • Maja Pawłowska, Université de Wrocław
    • Agata Rębkowska-Kieseler, Université de Wrocław
    • Hela Saidani, Alliance Française de Tunis                                                                
    • Karolina Wojtczak, doctorante, Université de Wrocław
  • Appel à communication « Penser le style des littératures écrites et dessinées : pratiques de la greffe »

    Sorbonne Université, Paris —  le 31 mai 2024

    Propositions de communication à envoyer d’ici le 15 février 2024.

    Organisé par Clara Cini, Arianna Bocca-Pignoni, Norbert Danysz

    Source : https://www.fabula.org/actualites/117119/penser-le-style-des-litteratures-ecrites-et-dessinees-pratiques-de-la-greffe.html

    Résumé

    L’objet de cette journée d’étude consacrée à la stylistique sera d’examiner l’œuvre littéraire et bédéique en tant que corps textuel ou graphique composite, se construisant par ajouts d’éléments plus ou moins extérieurs, greffes ponctuelles ou structurelles, exhibées comme telles ou fondues à même le texte ou le dessin. Nous nous intéresserons tout particulièrement au phénomène de citation, selon une acception élargie.

    https://calenda.org/1112298
  • Appel à communication : « Male gaze, female gaze, feminist gaze, queer gaze: quel(s) style(s) pour les études de genre. XVIIIe-XXIe siècles »

    19 janvier 2024

    Organisé par Azélie Fayolle et Clément Dessy

    Source : https://www.fabula.org/actualites/116653/male-gaze-female-gaze-feminist-gaze-queer-gaze-quel-s.html

    Résumé

    Nouveau venu dans le vocabulaire des études de style, le concept de gaze connaît une actualité probablement favorisée par l’élargissement du cadre stylistique qu’il propose. Comme la manière, il est issu des études visuelles (cinématographiques plutôt que picturales), mais le regard qui le traduit charrie dans son sillage la vision du monde ou Weltanschauung qui inclut une portée épistémologique, voire politique ou philosophique – tout en favorisant des approches macroscopiques. Ce colloque propose d’ouvrir les questionnements et les méthodes de poétique et de stylistique au prisme du genre (sans oublier qu’il puisse croiser d’autres oppressions). Le gaze, comme le genre (littéraire), convoque un imaginaire du genre, dans un imaginaire genré des styles ; il permet de voir comment le texte fabrique son public des théorisations jusqu’aux réappropriations, construisant des généalogies comme des filiations et des communautés.

    source : fabula

    Modalités de contribution

    Le colloque aura lieu à l’Université libre de Bruxelles les 20 et 21 juin 2024. Il est soutenu par le laboratoire Philixte et le réseau STRIGES (Structure de recherche interdisciplinaire sur le genre, l’égalité et la sexualité) de l’ULB. Les propositions de communication (environ 500 mots) sont à envoyer à :

    avant le 19 janvier 2024. Les questions épistémologiques et les études de cas développant une perspective théorique seront privilégiées. Un avis sera communiqué aux auteur·rice·s avant le 9 février 2024.

  • Séminaire « Approches critiques des récits de transfuge de classe »

    Maison de la Recherche de Sorbonne Université (28, rue Serpente, 75006 Paris)

    Lien vers le descriptif du séminaire : https://www.fabula.org/actualites/113859/pour-une-approche-critique-de-la-notion-de-recit.html

    Egon Schiele, Portrait of a Woman, lithographie, 1910 (Metropolitan Museum of Art, New York)

    Séances du séminaire

    Séances ouvertes à toutes et tous sur inscription, en hybride, à Sorbonne Université, de novembre 2023 à mai 2024, à la Maison de la Recherche de Sorbonne Université (28, rue Serpente, 75006 Paris).

    Les séances auront lieu le jeudi ou le mercredi, de 16h à 18h30 environ :

    –          Jeudi 23 novembre 2023 : Introduction. Définitions et cartographie du concept de « transfuge ». Emmanuel Beaubatie, Karine Abiven, Laélia Véron

    –          Jeudi 07 décembre 2023, salle D040  :  « Anachronismes contrôlés » : (pré)histoire  du « récit de transfuge de classe ». Avatars anciens depuis Marivaux et Rousseau en passant par Vallès, Péguy et Poulaille.

    Jérôme Meizoz parlera de la posture des auteurs transfuges de classe, à la lumière deses analyses surRousseau, Vallès, Péguy et Poulaille.

    Jean-Christophe Igalens : « « Je n’ai jamais oublié cette scène là ». Du mépris dans le Paysan parvenu de Marivaux(au prisme des théories de la reconnaissance d’Axel Honneth) »

    Jean-Louis Jeannelle et Fanette Mathiot parleront de la figure de l’autodidacte : «Universités populaires et récits d’acculturation :  la tentative pour « aller au peuple »» 

    –          Mercredi 10 janvier 2024  : approches du « récit de transfuge de classe » en sociologie de la littérature. Isabelle Charpentier, David Vrydaghs, Paola Boué.

    –         Jeudi 1er février 2024  : Points de vue littéraire et stylistique sur les « récits de transfuges de classe ». Laure Depretto, Frédéric Martin-Achard.

    –         Jeudi 14 mars : Les « récits de transfuges de classe », le champ éditorial et le champ journalistique français. Avec Lionel Ruffel, Nassira El Moaddem.

    –        Jeudi 16 mai :  « Récits de transfuges de classe » et sociologie des mobilités sociales. Avec Annabelle Allouch, Cédric Hugrée.

    –         Jeudi 23 Mai : « Récits de transfuges de classe » internationaux et multilingues. Transfuges et translingues. Avec Sara de Balsi.

  • Journée d’études « Identifier les régularités stylistiques dans le discours littéraire »

    Journée d’études (30 novembre-1er décembre 2023)

    Journée d’étude « Identifier les régularités stylistiques dans le discours littéraire ».

    Organisé par Dominique Longrée, Iva Novakova, Antoine Silvestre de Sacy

    https://www.fabula.org/actualites/116701/identifier-les-regularites-stylistiques-dans-le-discours-litteraire.html

    Programme

    Jeudi 30 novembre 2023

    Maison de la Recherche, 5 Rue des Irlandais, Paris

    9h30-10h Accueil

    10h00      Ouverture de la journée 

    10h10      -10h50 V. MAGRI, L. VANNI (BCL, UCA) Repérer automatiquement les registres et les genres littéraires

    10h50      -11h30 C. DENOYELLE (Litt&Arts, UGA), J. SORBA (LIDILEM, UGA) Le repérage de la singularité avec les outils de la linguistique de corpus

    11h30      -12h10 Y. WANG, A. TUTIN (LIDILEM, UGA) Les phrases préfabriquées à fonction expressive dans les dialogues de romans contemporains     

    12h15-14h                Pause midi

    14h-14h40 D. MAYAFFRE, L. VANNI (BCL, UCA) Les motifs entre axe syntagmatique et axe paradigmatique. Régularités dans la prose présidentielle française

    14h40-15h20 O. KRAIF, I. NOVAKOVA, J. SORBA (LIDILEM, UGA) Motif phraséologique vs motif textuel : réflexion conceptuelle et méthodologique sur corpus littéraire contemporain

    15h20-16h J. KIATPHOTHA (LIDILEM, UGA) Motifs phraséologiques autour du nom « sourire » dans la littérature sentimentale contemporaine française et thaïe : approche contrastive

    16h00-16h30 Pause café   

    16h30-17h D. LEGALLOIS (LATTICE, Sorbonne Nouvelle), A. SILVESTRE de SACY (THALIM & LATTICE, Sorbonne Nouvelle) Stylistique des textes avec la librairie MotiveR 

    17h00-17h30 B. BOHET (THALIM, Sorbonne Nouvelle) Litteroscope, présentation d’un outil de classification des textes

    Vendredi 1er décembre 2023,

    Délégation générale Wallonie-Bruxelles, 274, boulevard Saint-Germain – 75007 Paris

    09h30-10h10 F. BEGHINI (U. de Padoue, Italie) A la recherche des motifs dans L’Identité de Milan Kundera 

    10h10-10h50 J. BARRÉ (LATTICE, ENS-PSL), P. CABRERA RAMIREZ (ENS-PSL) Spécificités stylistiques des prix littéraires. Une étude quantitative dans la littérature française du XXe s. 

    10h50-11h30 D. LONGREE (LASLA, U. de Liège), L. VANNI (BCL, UCA) Motifs textuels et intertextualité : le Deep Learning, un instrument heuristique confronté à l’exemple ovidien.

    11h30-11h45 Pause 

    11h45-12h45 Table ronde et clôture des journées

    13 h Déjeuner.

  • Politiques du style

    ©Philip Guston, Floor, 1976

    Séminaire organisé par Christelle Reggiani (Sorbonne Université), Vincent Berthelier et Jacques-David Ebguy (Université Paris Cité).

    Renseignements : https://u-paris.fr/cerilac/seminaire-2023-2024-politiques-du-style/

    ©Philip Guston, Floor, 1976

    Prochaine séance

    26 janvier : Le style de Marx, avec Éric Vuillard (prix Goncourt), Alain Lhomme & Vincent Berthelier (à confirmer)

    Programme 2023-2024

    13 octobre : Oliver Gloag (Oublier Camus)

    24 novembre : Jean-Jacques Lecercle (Système et style) & Hugo Dumoulin

    26 janvier : Le style de Marx, avec Éric Vuillard (prix Goncourt), Alain Lhomme & Vincent Berthelier (à confirmer)

    16 février : Élodie Pinel (Pour en finir avec la passion) & Azélie Fayolle (Des femmes et du style)

    22 mars : Le « point de vue », genre et narratologie, avec Sylvie Patron & Marie-Jeanne Zenetti

    5 avril : Tel Quel et Change, théories et pratiques linguistiques, avec Margaux Coquelle-Roehm & Juliette Drigny

    17 mai : Style anti-intellectuel, style paranoïaque, avec Chloé Chaudet & Sarah Al-Matary (à confirmer)

    Argumentaire

    Considérant que, dans l’histoire littéraire, des rapprochements spontanés sont faits entre des styles, individuels ou collectifs, et des positions politiques, le séminaire de recherche « Politiques du style » a décidé d’interroger les interactions entre ces deux domaines, et d’identifier leurs modalités.

    Pour ce faire, nous invitons des chercheurs dont les publications éclairent les rapports entre politique et style sous un angle nouveau ; certaines séances sont en outre consacrées à des travaux inédits, qui constituent autant de prises de recul théorique et méthodologique sur les disciplines littéraires et stylistiques.

    Le séminaire s’intéresse à ce que l’on pourrait appeler l’environnement politique des styles littéraires. Ce premier mode de rapprochement découle d’une simple juxtaposition : qu’un écrivain soit libéral, réactionnaire, féministe ou raciste, il aura toujours un style, susceptible d’être caractérisé en termes politiques par un simple effet de contiguïté. Au prix d’un saut logique, le style des auteurs libertaires deviendrait ainsi le style libertaire. L’environnement politique inclut également les « imaginaires stylistiques », ces discours qui circulent sur le style, et qui sont régulièrement traversés d’enjeux et de représentations politiques. La vocation des stylisticien·ne·s est entre autres d’éprouver la congruence des discours et des pratiques, en portant une attention particulière à la source des jugements stylistiques (les critiques, les savant·e·s, le grand public, l’auteur lui-même).

    Mais le séminaire entend surtout saisir la dimension politique des manières d’écrire elles-mêmes. Il a vocation à accueillir diverses approches. Certaines sont d’ordre sociologique : le style est toujours style en langue, il est symptomatique d’un ancrage de classe ; il est aussi une prise de position dans le champ littéraire, distinguant un·e écrivain·e de ses confrères et consœurs. D’autres empruntent à la pragmatique : le style est une mise en forme du discours qui a une visée (argumentative ou affective) ; en sélectionnant des allocutaires, il dessine une communauté politique. Quelques approches, enfin, soulèvent des enjeux cognitifs ou psychologiques : le style, quoique en apparence extérieur aux rapports sociaux, est un lieu de « résolution symbolique » (Jameson) des contradictions et des conflits (de classe, mais aussi de désir) ; en tant que mise en forme langagière d’une vision du monde, d’un découpage particulier du réel, un style engage un rapport au temps, à l’espace, à la rationalité, à autrui, etc., et en tant que telle invite à élaborer une phénoménologie stylistique (elle-même amenée à aborder les enjeux politiques à travers sa grille conceptuelle propre, selon qu’on s’appuie sur une phénoménologie heideggerienne, sartrienne, levinassienne, etc.).

    Enfin, les productions littéraires sont conjointement langagières (que ce soit sous une forme discursive ou narrative) et idéologiques. Ainsi, une période historique donnée produit des nœuds idéologiques (ou « idéologèmes ») qui se cristallisent dans certaines formes littéraires. Analyser les pratiques stylistiques sur un mode historique doit permettre d’articuler l’interprétation littéraire à une périodisation des rapports sociaux et économiques.

    https://u-paris.fr/cerilac/seminaire-2023-2024-politiques-du-style/