Catégorie : Événements

  • Festival Écrivaines à l’Université

    Festival Écrivaines à l'Université (FEU)

    Festival Écrivaines à l’Université (FEU)

    Organisation Stéphanie Genand, Rossana de Angelis, Claire Gracieux.

    Université Paris-Est Créteil (UPEC)

    La première édition du Festival Écrivaines à l’Université (FEU) les 26-28 mars à l’Université Paris-Est Créteil (UPEC). Ce festival, qui a vocation à durer, interroge la place des femmes qui écrivent dans la société française et francophone, et cherche à les rendre visibles.

    Une seconde édition est prévue pour les 25-27 mars 2025 sur le thème du « territoire ».

    https://www.festivalecrivainesuniversite.fr/

  • Webinaire Poemata (mars 2024) « La Parole du poème »

    Rencontre avec Michèle Monte autour de son livre : La Parole du poème. Approche énonciative de la poésie de langue française (1900-2020), Paris, Classiques Garnier, coll. investigations stylistiques, 2022. Rencontre animée par Pascale Roux
    https://poemata.hypotheses.org/19524

    L’énonciation poétique est une parole adressée à un lecteur et les formes que cette parole va prendre vont orienter l’interprétation. C’est à partir de cette conviction que sont envisagées dans ce livre les relations de temps et de personnes qui structurent le poème, et le dialogisme qui le traverse par le biais des discours représentés et des conflits de points de vue qui y sont mis en scène. Se dessine ainsi un éthos de l’énonciateur textuel qui appelle l’adhésion du lecteur et sa participation au monde du texte. Le parcours méthodique suivi dans l’ouvrage est illustré par l’étude de nombreux poèmes en langue française écrits entre 1900 et 2020 et offre ainsi un aperçu de la langue poétique contemporaine dans toute sa diversité.

    Michèle Monte est professeure émérite de linguistique française à l’Université de Toulon. Elle travaille dans une perspective pragmatique et herméneutique sur la production et la réception de la poésie française contemporaine et s’intéresse actuellement à la métaphore et à la poésie narrative. Outre de nombreux articles et chapitres d’ouvrage sur divers poètes, elle a publié en 2022 aux Classiques Garnier La Parole du poème. Approche énonciative de la poésie de langue française (1900-2020). Elle est aussi l’autrice de travaux portant sur la sémantique de morphèmes grammaticaux (néanmoins, toutefois, si, juste, on dirait) ainsi que sur l’énonciation et l’argumentation dans les discours politiques et médiatiques. Elle a par ailleurs coordonné cinq ouvrages de la collection « Var et Poésie » : La revue Sud, Aragon et la Méditerranée, Jean Malrieu, André Salmon et Germain Nouveau. Ils sont consultables en ligne sur le site du laboratoire Babel de l’Université de Toulon.

    Pascale Roux est professeure de langue française et stylistique à l’Université Lumière Lyon 2. Ses recherches portent sur les textes entre les langues (littérature francophone, hétérolingue et traduite) marqués par les contacts interlinguistiques, et particulièrement sur la poésie, dans une approche interdisciplinaire (stylistique outillée, analyse du discours, traductologie). L’inédit de son habilitation à diriger des recherches (Éthos et style chez les traducteurs de poésie : Approche comparative sur un corpus de traductions de Keats, Leopardi et Heine), dont Michèle Monte a été la garante, paraîtra chez Garnier.

  • Colloque « Un désir éperdu de langue » La langue de Marie-Hélène Lafon

    Affiche du Colloque "Un désir éperdu de langue" La langue de Marie-Hélène Lafon

    23 & 24 mai 2024

    Colloque organisé par Emily Lombardero, Cécile Narjoux et Sandrine VAUDREY-LUIGI
    En présence de Marie-Hélène Lafon (24 mai)

    Université Paris Cité
    Grands Moulins
    Salle Pierre Albouy (695)

    Programme

    Jeudi 23 mai

    9h Accueil des participantes & participants

    9h30 Estelle MOUTON-ROVIRA (Université Bordeaux-Montaigne) – «Marie-Hélène Lafon et Flaubert : perspectives critiques, littéraires et stylistiques »

    10h Laurent SUSINI (Université Lumière Lyon 2) – « « Si encombré d’images rugueuses » : de la composition par « blocs erratiques » dans L’Annonce de Marie-Hélène Lafon »

    10h30 Anne-Marie PAILLET (ENS de Paris) – « La fluidité dans L’Annonce »

    11h30 Alexandre FERRATON (Université Sorbonne nouvelle) – « Marie-Hélène Lafon : une langue-paysage « La langue c’est le pays que j’habite » »

    12h Florian PRÉCLAIRE (THALIM) – « Le corps retrouvé de langue »

    14h Catherine RANNOUX (Université de Poitiers) – « « on » dans l’écriture de Marie-Hélène Lafon »

    14h30 Agnès FONTVIEILLE (Université Lumière Lyon 2) – « (ne pas) faire des histoires »

    15h30 Emily LOMBARDERO (Université Paris Cité) – « Histoires de fils et de pères : les noms relationnels dans les récits de Marie-Hélène Lafon »

    16h Cécile LATEULE (cinéaste) – « Dansons tant qu’on n’est pas morts »

    Vendredi 24 mai

    9h Dominique RABATÉ (Université Paris Cité) – « La temporalité dans les récits de Marie-Hélène Lafon »

    9h30 David GALAND (Sorbonne Paris Nord) – « Le temps des “possibles abolis” : usages du conditionnel passé chez Marie-Hélène Lafon »

    10h Chloé BRENDLÉ (docteure de Paris Cité) – « “Embrasser les temps”, conjurer la fin : de la variation des temps verbaux dans l’œuvre de Marie-Hélène Lafon, en particulier Les Derniers Indiens (2008) et Nos Vies (2017) »

    11h Sandrine VAUDREY-LUIGI (Université de Bourgogne) – « Ce que nous dit le point-virgule de la langue de Marie-Hélène Lafon »

    14h Stella PINOT (Université Aix-Marseille), « Traces d’oralité. La langue parlée de Marie-Hélène Lafon »

    14h30 Cécile NARJOUX (Université Paris Cité) – « Non-coïncidences du dire dans Les Pays et Les Sources »

    15h30 Bérengère MORICHEAU-AIRAUD (Université de Pau) – « La traversée des discours représentés dans Les Pays »

    16h Claire STOLZ (Sorbonne Université) – « Discours rapportés et représentation des régionalismes cantalous chez Marie-Hélène Lafon »

    Informations pratiques

    Université Paris Cité – Campus des Grands Moulins
    Arrêt Bibliothèque François Mitterrand (RER C ou Métro Ligne 14)

    Esplanade Pierre Vidal-Naquet
    Campus des Grands Moulins
    Bâtiment C
    6ème étage
    Salle Pierre Albouy (695)

  • (In)civilités : langue, discours, société – Poétique et rhétorique au XVIIe s. (Séminaire de Delphine Denis, Sorbonne Université)

    (In)civilités : langue, discours, société
    Poétique et rhétorique au XVIIe siècle
    Séminaire de Delphine Denis (Sorbonne Université)

    avec la collaboration de Carine BARBAFIERI (Valenciennes)
    et Françoise POULET (Bordeaux, IUF) 

    Année universitaire 2023-2024

    Mardi, 16h-18h – Bibliothèque de l’UFR de Langue française (Esc. G, rez-de-chaussée)

    30 janvier — Frédéric Martin (Conservateur en chef des bibliothèques – chercheur associé au CELLF – UMR 8599)

    « Les Rencontres inciviles de Louis de Neufgermain et de Vincent Voiture : poésie hétéroclite, éloges sarcastiques »

    6 février — Guillaume Peureux (Nanterre)

    « Usage satyrique de la langue dans Le Parnasse satyrique (1622) : un discours incivil ? »

    13 février — Tony Gheeraert (Université de Rouen)

    « L’(in)civilité dans les contes de fées de la fin du xviie siècle »

    27 février — Valeria Pompejano (Université Roma Tre, Italie)

    « Incivilité des fous, inconvenance des folles. Du traité de Tommaso Garzoni (1586) au théâtre de Charles Beys (1635 ; 1653) »

    5 mars — Kim Gladu (Université du Québec à Rimouski)

    « D’un usage civil de la poésie galante ou l’incivilité voilée »

    12 mars — Gilles Magniont (Université Bordeaux Montaigne)

    « Genre et civilité, du xviie siècle à aujourd’hui »

    19 mars — Justine Le Floc’h (Université de Kyoto, Japon)

    « Offenses, incivilités et autres marques de mépris : la psychologisation des conflits dans quelques traités du xviie siècle » 

    26 mars — Cécile Tardy (Université de Limoges)

    « Une incivilité voilée dans l’art épistolaire : l’équivoque chez Vincent Voiture » 

    2 avril — Cécile Leduc (Sorbonne Université)

    « Beaufort contre Jarzé au jardin de Renard : analyse comparée de l’anecdote d’une incivilité »

    23 avril — Giovanna Devincenzo (Université de Bari, Italie)

    « Formes de l’(in)civilité dans le théâtre politique d’actualité des années 1590.  Le cas de Simon Belyard » 

    30 avril — Jean-Paul Sermain (Sorbonne nouvelle-Paris-III)

    « In/civilités conjugales de Scudéry à Marivaux et de Catherine Bernard à Perrault »

    7 mai — Laurent Pernot (Strasbourg)

    « Carambolages et faux-semblants dans la rhétorique grecque »

  • L’épistolier-lecteur. Styles de lettres et styles de vies, Séminaire CECJI 2024

    SÉMINAIRE DU CENTRE D’ÉTUDE DES CORRESPONDANCES ET JOURNAUX INTIMES
    CECJI, ÉA 7289
    Responsable : Marianne Charrier-Vozel

    Du 19 janvier 2024 au 15 novembre 2024
    À 14h00

    Lieu : CECJI

    Présentation

    Dans le Manuel épistolaire à l’usage de la jeunessePhilipon La Madelaine voit dans les prétendus oublis des lectures de Mme de Sévigné une qualité qui participe de l’agrément d’une correspondance qui est devenue, au fil des siècles, un modèle du genre : 

    « J’aime mieux cette même Mme de Sévigné qui me dit dans une de ces lettres charmantes : « Je vous rapporterais là-dessus un beau vers du Tasse si je m’en souvenais » ; je l’aime mieux, dis-je, que celui qui, à cette occasion, m’en eût débité deux ou trois stances ». 

    Dans la continuité de l’ouvrage de Philipon, Bescherelle reprend ce conseil, illustrant cette fois-ci son propos avec l’exemple d’une grande épistolière du siècle suivant, Mme du Deffand qui n’utilise pas de citation afin de plaire à son correspondant, Horace Walpole, dont elle est passionnément amoureuse :  « Je serais bien tentée de vous faire une citation de Quinault, mais vous me gronderiez et je ne me permettrai plus rien qui puisse vous fâcher et jamais, jamais, je ne vous écrirai un mot qui puisse vous forcer à me causer du chagrin par vos réponses. J’aime mieux étouffer toutes mes pensées ».

    À partir de ces deux exemples, nous pourrions hâtivement conclure que les épistolières et les épistoliers de l’Ancien Régime doivent abandonner leurs lectures et leurs auteurs préférés afin de ne pas importuner leur correspondant, suivant la règle que Philipon résume en une formule elliptique qui nous invite à mettre en concurrence deux pratiques, d’un côté la lecture des livres considérée comme une ouverture sur le monde extérieur et de l’autre, l’écriture des lettres communément envisagées comme des ego-documents : « Dans une lettre soyez vous, et non autrui » : la lettre « doit m’ouvrir votre âme, et non votre bibliothèque ». 

    Tandis que de nombreuses études ont envisagé les correspondances comme les archives de la création en s’intéressant notamment aux confidences et commentaires que les écrivains font dans leurs lettres sur leurs œuvres, nous retiendrons exclusivement les lectures d’œuvres que les épistoliers, souvent des auteurs, n’ont pas eux-mêmes écrites et publiées.

    Partant alors du constat de la méfiance affichée des théoriciens du genre épistolaire pour l’insertion de citations dans les lettres, il ne semble pas surprenant, au premier abord, qu’aucune étude, à ce jour n’ait été entièrement consacrée aux interactions entre l’activité d’écriture des lettres familières et l’activité de lecture. Ce manque est d’autant plus regrettable que l’étude du va-et-vient entre la lecture et le dialogue épistolaire offre un angle fort stimulant pour les spécialistes qui s’intéressent au genre épistolaire et à la littérarité de la lettre. 

    Du côté des nombreux chercheurs qui ont consacré des travaux à la pratique de la lecture, à son évolution dans le temps et à la place qu’elle occupe dans notre vie quotidienne et tout au long de notre existence, force est de constater pourtant les références opportunes à de multiples correspondances.

    Parmi ces travaux, l’ouvrage de Marielle Macé, publié en 2011 et intitulé Façons de lire, manières d’être, occupe une place de premier plan. Dans son essai, Marielle Macé fait notamment référence aux lettres de Marcel Proust, de Gustave Flaubert, de Jean-Paul Sartre ou bien de Roland Barthes, suggérant le lien intime qui unit la pratique de la lecture et la pratique de l’écriture épistolaire dans le parcours de vie d’un individu : « Affirmer que l’on ne quitte pas sa vie en lisant, mais que ce qui se passe dans la lecture a un avenir sur cette vie : on y essaie des pensées, des façons de dire et de se rapporter aux autres, des manières de percevoir, on module son propre accès au monde, on tente d’autres liens, d’autres gestes, d’autres rythmes, d’autres communautés… » ; les correspondances ne constituent-elles pas l’espace où se déploient ces « pensées », ces « façons de dire » et d’être au monde ? 

    Grâce au dialogue épistolaire, la solitude du lecteur se brise et la lecture, silencieuse, devient bavarde.  Il s’agira ainsi d’envisager les correspondances familières comme le lieu d’expression privilégiée de « l’aptitude du lecteur », pour reprendre les termes de Marielle Macé « à prolonger un style littéraire dans la vie (à se guider grâce à lui, contre lui ou malgré lui, dans les situations du monde sensible vers lequel la lecture le reconduit forcément) » en explorant le va-et-vient entre la lecture des livres et l’écriture des lettres selon les trois axes qui suivent.

    Nous espérons que la mise en commun des réponses apportées à l’ensemble de ces questions lors des séances du séminaire apportera des éléments décisifs afin de mieux saisir ce qui fonde la littérarité de la lettre que nous proposons d’envisager comme « le texte du lecteur ». 

    Nous prévoyons de publier dans un recueil collectif, à la fin du séminaire, l’ensemble des communications.

    AXE 1 : Pratiques de lecture et écriture des lettres : concurrence et/ou complémentarité ? 

    Dans quelles circonstances l’épistolier évoque-t-il ses lectures ?

    Pouvons-nous observer au cours d’une existence des moments privilégiés consacrés à l’écriture des lettres et à la lecture ?  

    Comment l’épistolier concilie-t-il dans son quotidien le temps consacré à l’écriture des lettres et le temps consacré à la lecture ? Existe-t-il un lien entre le moment de la lecture, l’interruption et la reprise de la lettre ? Ce lien évolue-t-il en fonction des époques, notamment à partir du XVIIIe siècle et de l’affirmation de l’intime dans les correspondances familières ?

    Comment et sous quelles formes discursives (citations, résumés, commentaires, gloses…) l’épistolier évoque-t-il alors ses lectures ? Ces évocations peuvent-elles être considérées comme des discours rapportés concurrents, complémentaires ou intrinsèques au discours épistolaire ? 

    AXE 2 : Ecrire des lettres et lire pour styliser son existence ?

    Quel est le lien entre la composition de la bibliothèque, le choix des genres qui sont lus, les goûts et l’éthos de l’épistolier ? 

    Les lectures sont-elles évoquées pour parler de soi et pour styliser sa vie dans les lettres ?

    Comment s’incarne le concept de lecteur-modèle dans les pratiques de l’épistolier-lecteur et dans l’écriture des lettres ?  

    Le processus d’identification à l’œuvre dans l’activité de lecture participe-t-il de l’écriture de soi dans les lettres ? 

    Observons-nous un mimétisme de style entre les lectures de l’épistolier et les procédés d’écriture qu’il utilise dans ses lettres ?

    En quoi ses lectures invitent-elles l’épistolier à donner du sens à son existence et à celle de son correspondant ? 

    AXE 3 : Lecture et grammaire du rapport à l’autre dans les lettres : pragmatique épistolaire de la lecture 

    Pourquoi les correspondants partagent-ils leurs lectures ? Pour idéaliser le lien qui les unit, pour séduire, pour développer une réflexion morale et/ou esthétique sur le monde, pour convaincre, pour conseiller, pour consoler ? 

    Pouvons-nous observer, selon la nature du lien qui unit les correspondants, une sélection opérée par l’épistolier dans ses lectures ?  En quoi cette sélection est-elle significative de l’évolution du lien qui unit les épistoliers au fil du temps ? 

    Les correspondants lisent-ils les mêmes livres, partagent-ils les mêmes goûts et les mêmes avis ?

    Quelle place est donnée dans le dialogue épistolaire aux livres qui ne sont lus que par un seul des correspondants ? Quelle place est accordée aux livres que les épistoliers ne lisent pas et pourquoi ?

    La lecture d’un livre peut-elle conduire à la suspension, voire à l’interruption définitive de la correspondance ? 

    Programmation

    Vendredi 19 janvier 2024
    14h-15h30 en visioconférence
    Clément FRADIN, Université de Lille
    « Lire sans perdre le fil » : les lectures de Paul Celan au miroir de ses lettres »

    Vendredi 16 février 2024
    14h-15h30 en visioconférence
    Luc FRAISSE, Université de Strasbourg
    « Proust en correspondance avec les écrivains contemporains incarne-t-il sa conception du lecteur modèle ? »
    Vendredi 15 mars 2024
    14h-15h30
    Martine JACQUES, Université de Bourgogne
    « La correspondance de Mme de Graffigny : s’autoriser et s’auctoriser »

    Vendredi 15 juin 2024
    14h-15h30
    Nathalie FERRAND, Item-Ens-Cnrs
    « Rousseau lecteur, au miroir de sa Correspondance »

    Vendredi 27 septembre 2024
    14h-15h30
    Bruno BLANCKEMAN, Université  Sorbonne Nouvelle Paris-3
    « Le « lire-écrire » critique de Marguerite Yourcenar dans sa correspondance »

    Vendredi 11 octobre 2024
    14h-15h30
    Olivier WAGNER, Bibliothèque Nationale de France
    « « Je suis ici avec Byron que j’adore… » La citation et l’actualité littéraires dans la Correspondance amoureuse entre Natalie Clifford Barney et Liane de Pougy »

    Vendredi 15 novembre 2024
    14h-15h30
    Marcos MORAES, Université de São Paulo
    « Mário de Andrade, lecteur de la poésie française : des témoignages en lettres »

  • Séance du séminaire « Approches critiques des récits de transfuge de classe »

    Séance du séminaire « Approches critiques des récits de transfuge de classe » (Karine Abiven et Laélia Véron).

    Jeudi 1er février 2024  : Points de vue littéraire et stylistique sur les « récits de transfuges de classe ». Laure Depretto, Frédéric Martin-Achard.

    Maison de la Recherche de Sorbonne Université (28, rue Serpente, 75006 Paris)

    Egon Schiele, Portrait of a Woman, lithographie, 1910 (Metropolitan Museum of Art, New York)

    Lien vers le descriptif du séminaire : https://www.fabula.org/actualites/113859/pour-une-approche-critique-de-la-notion-de-recit.html

  • La catastrophe en « je ». Violences de masse et pratiques diaristes au XXe siècle

    Du 15 novembre 2023 au 15 mai 2024

    Bâtiment EHESS-Condorcet
    EHESS, 2 cours des humanités 93300 Aubervilliers
    Salle 25-A
    annuel / bimensuel (1re/3e/5e), mercredi 10:30-12:30 / nombre de participant·e·s : 20
    La séance du 15 mai se déroulera de 08 h 30 à 12 h 30, salle 25-A

    https://enseignements.ehess.fr/2023-2024/ue/391

    Intervenantes :

    • Judith Lyon-Caen (référente), directrice d’études, EHESS / Groupe de recherches interdisciplinaires sur l’histoire du littéraire (CRH-GRIHL)
    • Marie Moutier-Bitan, contrat postdoctoral, Claims Conference/Eur’Orbem – Sorbonne Université / Centre d’études des mondes russe, caucasien et centre-européen (CERCEC)
    • Sarah Gruszka, contrat postdoctoral, FMS/Eur’Orbem – Sorbonne Université / Centre d’études des mondes russe, caucasien et centre-européen (CERCEC)

    Introduction

    Ce séminaire d’histoire porte sur les formes du recours à l’écriture à la première personne dans des situations de grande violence historique au XXe siècle : guerres mondiales, génocides, terreur de masse, guerres civiles, pogromes, massacres. Il s’intéresse à l’écriture des populations visées par ces violences, c’est-à-dire au recours à l’écriture comme forme de réponse, de témoignage, de résistance face à la persécution et à la destruction. Le séminaire vise d’abord à établir un inventaire des pratiques, un état des lieux bibliographique et à proposer de premiers outils d’analyse à partir d’études de cas, qui prendront en compte l’extrême variété de ces formes d’écriture. Nous serons particulièrement attentives aux destinées disparates de ces écrits – à leurs « biographies » en quelque sorte –, à la diversité de leurs conditions de transmission et de conservation, à l’histoire éditoriale de certains. En envisageant l’écrit à la première personne non seulement comme une source sur les événements qui l’environnent et qu’il relate, mais comme une forme d’action spécifique dans et face à ces événements, on cherchera à comprendre ce que le recours à l’écriture nous apprend de l’expérience de la violence collective (du déplacement forcé, du camp, du ghetto, de la vie traquée, cachée, de la clandestinité…) ; ce que l’écriture nous apprend de ces expériences – de leurs temporalités, de leurs espaces – quand on observe comment elle advient, comment elle tente de s’y maintenir. On s’intéressera en particulier à des recours brefs, discontinus à l’écriture, de manière à faire entrer dans les corpus de l’écriture personnelle des écrits en général peu considérés du fait de leur inachèvement, de leur maladresse, de leur imperfection formelle.

    Programme

    15 novembre 2023 : Introduction: définitions et approches du journal personnel en temps de catastrophe (Sarah Gruszka et Judith Lyon-Caen)

    29 novembre 2023 : L’écrit personnel comme source documentaire (Sarah Gruszka et Marie Moutier-Bitan)

    6 décembre 2023 : Observer l’écrit: strates d’écriture et « biographies » de textes (séance collective)

    20 décembre 2023 : Les journaux personnels en temps de pogroms et de violence de masse dans la première moitié du XXe siècle (Thomas Chopard et Cécile Rousselet)

    17 janvier 2024 : Les écrits personnels du Rwanda (Rémi Korman)

    31 janvier 2024 : Les journaux de Hiroshima (Inoue Masatoshi)

    7 février 2024 :  Autour du Journal d’Hélène Berr (dialogue avec Mariette Job, éditrice du Journal)

    6 mars 2024 : Destinées I: Edition (Luba Jurgenson et Loïc Marcou)

    20 mars 2024 : Destinées II: Conservation. Étude de cas : le fonds du Mémorial de la Shoah. (Sarah Gruszka, Marie Moutier-Bitan, Karen Taïeb)

    3 avril 2024 : Restitution des travaux collectifs

    15 mai 2024 : Mini journée d’étude conclusive

  • « Dire je » : du Moyen Âge à nos jours. Séminaire pluridisciplinaire (Lyon & en ligne)

    Les 4 Octobre 2023, 9 Novembre 2023, 12 Décembre 2023, 18 Janvier 2024, 15 Février 2024, 21 Mars 2024, 11 Avril 2024, et le 22 Mai 2024

    À : MSH Lyon St-Etienne, Salle Marc Bloch. 14 avenue Berthelot, 69007 Lyon et ENS de Lyon, 15 parvis René Descartes, 69007 Lyon

    Responsables :
    Vianney Dubuc et Nicolas Mazel

    https://direje.hypotheses.org


    Introduction du séminaire
    Programme
    Bibligraphie indicative


    Introduction du séminaire

    Source

    Cadrage et introduction à l’étude transhistorique et transdisciplinaire du je.

    Au seuil de ce séminaire. Tentons d’exposer quelques enjeux liés au je avant de laisser les 8 séances et les 23 interventions discuter, approfondir et enrichir cet objet.

    Cette courte présentation de la notion sera l’occasion de faire un bref rappel du vocabulaire utilisé en linguistique et en philosophie du langage.

    1. De la grammaire à l’étude générale – Relecture de la définition traditionnelle du je

    • Je pronom

    La grammaire traditionnelle parle de pronom personnel à propos de je comme à propos de tu et de il. Et l’on peut décliner les trois personnes en je-tu-il-nous-vous-ils comme dans l’apprentissage de la conjugaison. Notons au passage que Nous et vous sont des personnes amplifiées (Benveniste) : il s’agit de je et de tu + d’autres (je, tu ou il).

    Mais la linguistique, depuis Benveniste, distingue parmi ces 3 personnes les déictiques je et tu du il, véritable pro-nom car il est placé hors de la situation d’interlocution comme un simple objet du monde. Il y a donc parmi les pronoms les personnes de l’interlocution (je et tu) et les personnes délocutées (il et elle), celle qui ne parlent pas directement.

    • Je dans l’interlocution

    En les nommant personne de l’interlocution, on comprend rapidement que je et tu renvoient en fait à des rôles et non à des personnes concrètes : je est l’énonciateur et tu est le co-énonciateur ; je est le locuteur et tu est l’allocutaire ; je est le destinateur et tu est le destinataire. Je et tu sont donc indissociables.

    • Je déictique

    Parce qu’ils sont rattachés à la situation d’énonciation et qu’ils s’articulent sur elle, on nomme ces deux pronoms : déictiques. La deixis est un processus qui est aussi nommée embrayage énonciatif. G. Kleiber nous dit que ce sont les unités linguistiques « dont le sens implique obligatoirement un renvoi à la situation d’énonciation pour trouver le référent visé ». Ce sont des énoncés qui ne se comprennent qu’en contexte, uniquement par rapport à leur environnement immédiat.

    Il y a donc une spécificité des énoncés déictiques. Essayons d’en donner un exemple.

    En linguistique, on peut traiter un énoncé de deux manières : on peut l’envisager comme étant énoncé-type, comme une simple abstraction, indépendamment de toute énonciation particulière. De ce point de vue, peu importe le nombre d’énonciateurs, si l’on prononce plusieurs fois un énoncé, on aura prononcé le « même » énoncé parce que le sens de ce dernier ne change pas en fonction de l’énonciateur. C’est par exemple, « L’homme est un loup pour l’homme » prononcé par Plaute, puis Erasme, puis repris par Rabelais, et enfin par Hobbes. On peut parler de l’identité de l’énoncé.

    La deuxième approche de l’énoncé est à l’inverse empirique, il s’agit de traiter de l’énoncé-occurrence. L’énoncé est étudié comme le produit d’une situation d’énonciation particulière. On remarque qu’entre l’énonciation de Hobbes et celle du Misanthrope de Molière, la situation est différente mais la maxime « L’homme est un loup pour l’homme », conserve une signification stable. Cette phrase tolère donc les 2 types de lecture comme énoncé-type et comme énoncé-occurrence.

    En revanche, une phrase telle que « L’État c’est moi » ne peut se comprendre qu’à partir de sa situation d’énonciation car elle n’aura pas la même signification en fonction du statut du locuteur qui la prononce : si c’est le roi soleil qui la prononce devant ses sujets ou si c’est un quidam qui la prononce devant son miroir en se brossant les dents. Cet énoncé, ne peut être appréhendé que de manière empirique, que comme énoncé-occurrence.

    Autrement dit, la présence du déictique modifie la manière d’appréhender le sens d’un énoncé. Étudier l’apparition du je ne peut pas se réduire à une étude d’énoncés ordinaires.

    Pour les énoncés déictiques, il n’y a que des énoncés-occurrences.

    Si la linguistique pragmatique préfère parler de pronom déictique, on trouve en philosophie du langage, depuis les travaux de Peirce, le terme de symbole indexical ou d’indexicalité. Jakobson préfère parler de shifters (généralement traduit pas embrayeurs). Ces terminologies ne se recouvrent pas complètement mais désignent toutes trois le je.

    • Quelle est donc la signification de je ?

    On ne peut pas prétendre que je ne possède pas de signifié.

    Il serait inexact de dire que je est complètement vide (comme a tendance à le prétendre Benveniste). Le je n’est pas qu’un simple signifiant. Même si sa référence varie en fonction de la situation d’énonciation, je connaît une valeur sémantique stable quoique minimale : je désigne le destinateur du message. Je est vide référenciellement mais pas sémantiquement. Est le référent de je celui qui dit je dans tel énoncé-occurrence. Benveniste résume bien le processus « est ego celui qui dit ego ». Il y a dans cette logique une circularité ou plutôt une réflexivité.

    À la différence de il qui a besoin d’un antécédent dans le cotexte pour être saisi, je et tu ne ne sont interprétables qu’à partir de la seule situation d’énonciation.

    • Comment saisir ce je ?

    Le jeu est marqué par sa grande instabilité. Ainsi, chercher à le saisir comme un type relèverait donc de la gageure.

    Face à cette impasse, nous comprenons que le je pris comme objet d’étude ne doit pas être typifié parce que dans ce cas, on risque fort de parler d’autre chose que de lui : du sujet parlant, du sujet conscient, du sujet pensant, ou encore de la subjectivité plutôt que de cerner ce qui fait la spécificité de l’expression du je.

    Cette spécificité c’est cette invariable variation.

    Aussi, plus que jamais, la première personne invite à adopter une approche transversale et à multiplier l’étude de ses occurrences pour avoir à la fin de ce séminaire le commencement d’un portrait kaléïdoscopique.

    2. Comment peut-on alors définir le je ? – Tentative de définition

    • Les qualités exceptionnelles du je

    Le je semble parfois doué de capacité extraordinaire, il modifie tout ce qu’il touche, il a une influence sur son environnement contextuel :

    • Il est actualisateur du discours. Pour parler en termes saussuriens, il est l’élément qui permet de passer du système abstrait de la langue à la présence effective de la parole. Je actualise. Il rend présent. Il fait apparaître le discours. Je est déclencheur de la parole.
    • De la même manière, presque de manière magique, et ce procédé va être très employé dans la littérature, le je transforme n’importe qui ou n’importe quoi en locuteur. On peut étudier l’énonciation d’une bouteille sur laquelle serait écrit « je me bois frais ». Tout à son contact devient potentiellement doué de parole. Ce séminaire ne se résumera pas à définir ce qu’est le sujet parlant mais interrogera tout de même les frontières de ce dernier.
    • Le je est donc le point d’articulation entre l’étude de la subjectivité, prise comme la capacité du locuteur à se poser comme sujet, et la personne, expression grammaticale d’un acteur du discours. Le je peut s’exprimer sans être prononcé (nous verrons la question de l’énallage de personne notamment en février). Le rapport de ce pronom à la subjectivité peut être vue comme l’émergence dans l’être d’une propriété fondamentale du langage : celle de se désigner. La personne est le statut linguistique de la subjectivité.
    • Comment comprendre le je dans ce cas ?

    Pronom personnel, embrayeur, symbole indexical, simple rôle, déictique, actualisateur de discours, référent vide, élément réflexif, etc.

    Après cette avalanche d’étiquettes, essayons de poser ce qui nous apparaît, pour le cadre de ce séminaire, comme étant les quatre éléments fondamentaux du je et qui seront discutés, remis en cause ou confirmés tout au long du séminaire.

    Nous ouvrirons l’étude du je dans ce séminaire en disant :

    • Je est un lieu.
    • Je est un événement.
    • Je est un phénomène.
    • Je est un fait social.
    • Je est un lieu. Je exprime avant tout, une présence. Quand je dis je, je dis aussi je parle d’ici. C’est cette place du je et cet ici qu’il implique qu’il faut chercher à situer. Nous prendrons chaque expression du je comme une coordonnée.
    • Je est un événement. Dire je revient à faire apparaître à un moment précis et unique, un présent qui est toujours lié à son contexte, à son actualité et à son histoire. Quand je dis je, je dis aussi je parle à cet instant. C’est aussi de cette temporalité du je et de ce maintenant de l’énonciation dont il faudra rendre compte. Nous prendrons chaque expression du je comme faisant date.
    • Je est un phénomène. Le je se donne comme une intuition, une donnée empirique, une évidence sensible. Quand je dis je, je dis aussi je sens que je suis et que je sens. C’est cette expérience vécue et cette source de la conscience qu’il faut interroger en cherchant à la mettre en tension avec ce qui, dans le je, est construit, acquis et déterminé. C’est cette tension entre la nature et les illusions de la subjectivité qu’il faudra enfin chercher à interroger. Nous prendrons chaque expression du je comme une expérience et aussi comme la tentative de construction d’un sujet.
    • Je est un fait social. Pas de je sans le tu. Pas de je hors de l’interlocution. On pourrait dire, pas de je sans échange. Quand je dis je, je dis aussi je m’adresse à toi, je me positionne par rapport aux autres. Notons que je et tu sont réversibles. Tout je est un tu potentiel. Il faut donc étudier ce rapport du singulier au collectif dans les rapports de symétrie et de dissymétrie. Pour qu’un je apparaisse, je n’ai besoin que de prendre la parole alors que pour qu’un tu apparaisse, il faut qu’un je le construise comme tu. Nous prendrons chaque expression du je comme la co-construction d’un univers de référence et comme une des parties d’un échange.

    Ces quatre axes cherchent à localiser ce je. D’autres seraient évidemment possibles, d’autres seront sûrement posés dans ce séminaire. Nous ne cherchons pas l’exhaustivité. Nous proposons d’ouvrir un examen anatomique des multiples parties qui forment le je.

    Une géographie, une histoire, une anthropologie, une sociologie du je seront proposées à partir des méthodes de la littérature, de la philosophie, de la linguistiques et des arts. Ce sont toutes les sciences humaines qui sont mobilisées pour explorer ce je.

    De cette notion initialement linguistique n’oublions pas que d’autres formes d’expression sont à explorer, l’intervention de Vincent Baudart sur le cinéma permettra, par exemple, d’en explorer les effets visuels et extra-linguistiques.

    A ces quatre axes ajoutons enfin trois derniers points de tension qui vont revenir en filigrane de la plupart des interventions.

    L’expression du je, tant dans ce qu’elle est que dans les effets qu’elle vise à produire, est soumise à la tension entre les trois pôles :

    • le même,
    • le soi-même
    • et l’autre.

    Quand je dis je, j’interroge les processus d’identification, de singularisation et le rapport que j’ai au collectif.

    Autrement dit, le je se retrouvera sans cesse articuler entre des processus

    • d’identité,
    • d’ipséité
    • et d’altérité.

    Le je est donc une invariable variation.

    Nous espérons que cette brève introduction aura pu rappeler certaines notions de grammaire ou certaines conceptions du pronom. Nous espérons qu’elle aura pu problématiser cette notion qui paraît si évidente et si omniprésente qu’elle se trouve souvent évincée. Nous espérons aussi que cette présentation suscitera des questions et aussi des remarques et des contestations.

    Nous sommes bien conscients que la seule phrase « Est ego qui dit ego » est tout à fait contestable du point de vue d’une vaste partie de la philosophie du sujet et que le Cogito cartésien n’en est qu’une occurrence de réfutation possible. La discussion est ouverte et elle se tient jusqu’au mois de mai !

    Vous êtes toutes et tous les bienvenus à prendre part à ces débats. Si vous souhaitez creuser ces questions en parallèle du séminaire, nous vous reportons au cours de de F. Récanati au Collège de France intitulé « La première personne » (https://www.college-de-france.fr/fr/agenda/cours/la-premiere-personne) et à notre bibliographie indicative.

    Programme annuel

    MSH Lyon St-Etienne et ENS de Lyon
    (14 avenue Berthelot et 15 parvis René Descartes, 69007 Lyon)

    Séance 1 : Dire je aujourd’hui

    04 octobre 2023 – 14h-16h
    MSH Lyon St-Etienne, salle Marc Bloch

    – Mots d’introduction et présentation du séminaire par Vianney DUBUC (ENS de Lyon) et Nicolas MAZEL (Université Lumière Lyon 2)
    – Eva CHAUSSINAND (ENS de Lyon) et Madeleine MARTINEU (Université Grenoble Alpes) : « Florence Aubenas, Emmanuel Carrère : dire je chez deux écrivain·es-journalistes contemporains, un marqueur de subjectivité ? »

    Séance 2 : Dire je : étudier un phénomène

    09 novembre 2023 – 14h-17h
    ENS de Lyon, salle D2 034

    – Julien ADOUE (Université Paris-Est Créteil) : « La mise en scène de soi en philosophie : le cas paradoxal de Spinoza »
    – Misel JABIN (ENS de Lyon) : « Recherches contemporaines sur le soi et ses limites à partir de l’Alcibiade de Platon »
    – Nassif FARHAT (ENS de Lyon) : « Je dis : Je, ou l’absence de tout auteur »

    Séance 3 : Dire je : poser la question de l’autorité au féminin

    12 décembre 2023 – 14h-16h
    MSH Lyon St-Etienne, salle Marc Bloch

    – Léa BURGAT-CHARVILLON (ENS de Lyon) : «  »Je ne me mesleray point d’en parler ny en médecin, ny en philosophe » : usages et autorité(s) de la première personne dans les conversations de Madeleine de Scudéry »
    – Jeanne MOUSNIER-LOMPRE (Université Grenoble Alpes) : « Je de pouvoir dans les miroirs aux princesses, traités pédagogiques de la fin du Moyen Âge »

    Séance 4 : Dire je : mettre en scène le savoir au XVIe siècle

    18 janvier 2024 – 14h-16h
    ENS de Lyon, salle D8 006

    – Anthony LE BERRE (Aix-Marseille Université) : « La subjectivation du savoir dans la poésie scientifique du XVIe siècle »
    – Mayeul DELPEUCH (Aix-Marseille Université) : « La priamèle de Montaigne ou l’art de la distinction par le bas »

    Séance 5 : Dire ou ne pas dire je

    15 février 2024 – 14h-16h
    ENS de Lyon, salle D2 034

    – Hannah LAMBRECHTS (Université Jean Moulin Lyon 3) : « Parler de soi sans dire je : étude des énallages de personne et de la disjonction du pronom dans les tragédies de Racine »
    – Zoé PERRIER (Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3) : « Dire je en (tant que) critique : la subjectivité comme stratégie de distinction »

    Séance 6 : Dire je : poser la question du genre 

    21 mars 2024 – 14h-16h
    ENS de Lyon, salle D8 001

     – Adèle PLASSIER-ANGOUJARD (Université de Tours) : « De l’intime au collectif, émergence d’un je « intermédiaire », féminin et contemporain »
    – Romain VIELFAURE (Université Paris Nanterre) : « Sujets du désir, sujets du féminisme : le renouvellement de la question du sujet dans les études de genre »

    Séance 7 : Dire je : s’inscrire dans une langue et se construire dans un espace

    11 avril 2024 – 14h-17h
    ENS de Lyon, salle D8 001

    – Lou BOUHAMIDI (ENS de Lyon) : « « Moi je suis asile  » : Enjeux de la co-énonciation à la première personne dans les récits pour la demande d’asile en France »
    – Clémence JAIME (Université Jean Moulin Lyon 3) : « Le récit autobiographique d’apprentissage au service de la légitimité didactique : étude des paratextes de quelques méthodes de langue portugaises, espagnoles et françaises des XVIe et XVIIe siècles »
    – Chenyang ZHAO (Université Paris Sorbonne Nouvelle – Paris 3) : « Le je singulier et le je collectif – construction du sujet acteur-scripteur dans le cas des slogans muraux parisiens »

    Séance 8 : Journée d’études finale

    22 mai 2024 – 10h-18h
    ENS de Lyon – D2 034     

    Dire je : penser le commentaire
    Amalia DESBREST (ENS de Lyon) : « Quand le commentaire laisse la place au je … Étude des marginalia de la première traduction complète et glosée en castillan des Héroïdes d’Ovide »

    Dire je : penser les enjeux de l’adresse
     – Julie BEVANT (Université de Genève) : «  »Dame, je vous demande… » : plaisir de la formule et je de rôle dans les demandes d’amour tardo-médiévales »
    – Pierre KATZAROV (Université Bordeaux Montaigne) : « La deuxième personne dans quelques romans de Mohsin Hamid : co-création et renouvellement du je »

    Dire je : penser les enjeux de l’identité narrative
    – Alexandre GASCOIN (ENS de Lyon) : L’identité narrative
    – Vincent BAUDART (Université de Lille) : « Jouer le je » ou la mise en image contradictoire des identités

    Dire je : repenser le sujet
    Alexandre IAGODKINE (Université Bordeaux Montaigne) :« Parler pour un sujet sans parole : le défi de la zoopoétique »
    – Benjamin BUSQUET (Université Côte d’Azur) : « Qui dit je en phénoménologie ? »


    Il sera également possible d’assister aux séances en ligne. Nous invitons l’ensemble des intéressé.es à écrire conjointement aux adresses suivantes : vianney.dubuc@ens-lyon.fr et nicolas.mazel@univ-lyon2.fr

    Bibliographie indicative

    BENVENISTE, E., Problèmes de linguistique générale, Paris, Gallimard, Chap. XVIII et XX, 1966.

    GOUVARD, J.-M., La Pragmatique. Outils pour l’analyse littéraire, Paris, Armand Collin, 1998.

    KERBRAT-ORECCHIONI, C., L’Énonciation, de la subjectivité dans le langage, Paris, Armand Collin, 1980.

    KLEIBER, G., « Déictiques, embrayeurs, « token-reflexives », symboles indexicaux, etc. : comment les définir ? », L’Information grammaticale, n°30, p.3-22, juin 1986.

    KLEIBER, G., « Anaphore-deixis : où en sommes-nous ? », L’Information grammaticale, n°51, p.3-18,octobre 1991.

    MAINGUENEAU, D., L’Énonciation en linguistique française, Paris Hachette, 1994.

    MAINGUENEAU, D., Linguistique pour le texte littéraire, Paris, Nathan, 2003

    RABATEL, A., La Construction du point de vue, Lausanne, Delachaux et Niestlé, 1998.

    RIVARA, R., La langue du récit. Introduction à la narratologie énonciative, Paris, L’Harmattan, 2000.

  • Écrire en français langue autre au XXIe siècle

    Appel à communications pour un colloque international

    Colloque international

    « Écrire en français langue autre au XXIe siècle »

    25-26 avril 2024

    Sorbonne Université Abu Dhabi

    Date limite : 16 février 2024.

    Organisé par :

    • Alexis Collet,
    • Karine Germoni,
    • Álvaro Luna-Dubois,
    • Célia Ouali,
    • Leila Sammou,
    • Mona Wehbe

    Dans le sillage des travaux et réflexions séminaux consacrés depuis une trentaine d’années à l’hétérolinguisme, au plurilinguisme, et tout récemment encore à la francophonie translingue littéraire (Ausoni, Anokhina, Allard et De Balsi), ce colloque, qui se tiendra à Sorbonne Université Abu Dhabi, vise à interroger, dans toute sa diversité, sa complexité, et ses enjeux, tant esthétiques que linguistiques et politiques, l’écriture littéraire en français langue autre au XXIe siècle. Outre les communications scientifiques, ce colloque proposera également des rencontres avec des écrivains.

    Deux précisions s’imposent d’emblée, l’une terminologique, l’autre périodique.

                1. L’appellatif « Français langue autre » est ici à envisager comme une catégorie générique rassemblant pour l’essentiel, mais pas seulement, le Français langue étrangère, le Français langue seconde ou d’enseignement1. Cette étiquette peut certes apparaître inexacte – après tout, l’hétérogénéité est constitutive de la langue maternelle pour le scripteur lambda et, a fortiori pour l’écrivain qui forge, inouïe, sa propre langue2 –, voire fourre-tout, ne serait-ce qu’au regard de toutes les variations diatopiques dont « les » français font l’objet, dans l’Hexagone et dans le monde. Son choix vise d’abord à fédérer dans un même corpus d’étude les écrivains « translingues » faisant littérature dans un français appris en l’absence d’une communauté linguistique d’origine partiellement ou totalement francophone, et les auteurs francophones pour qui le français est langue seconde ou langue de scolarisation, autrement dit une « alterlangue » (Caroline Hervé-Montel, 2012). Plus largement, son choix vise aussi et surtout à n’exclure de l’enquête aucune trajectoire d’écriture en français qui par sa « singularité » bi/plurilinguistique accentuerait la porosité des catégories didactiques et littéraires prédéfinies, défierait leurs limites et, ce faisant, confirmerait l’importance d’une « francophonie individuelle » (Dominique Combe, 1995) qui déjoue les représentations habituelles de la francophonie littéraire.  L’épithète « autre » a ainsi la vertu de souligner que le français langue d’écriture s’inscrit toujours ici dans un rapport (dont la nature reste à définir), au moins latent, à une ou plusieurs autres langues – (autre) langue première, (autre) langue de vie ou d’écriture, voire de traduction/d’auto-traduction, qui aiguise par la comparaison la conscience linguistique de l’auteur pour le doter d’une « surconscience linguistique » (Gauvin, 1996) – et, de facto, autres cultures.

                À titre d’exemple, on pourra ainsi choisir de se pencher sur l’œuvre : du poète de l’entre-deux Tom Riesen qui, « né entre deux langues », le luxembourgeois et le serbe, a choisi le français pour s’exprimer, la seule langue, « la langue de personne », que son père et sa mère avaient en commun ; du « décalé » Akira Mizubayashi qui se sent toujours « hors de place », étranger en français, comme en japonais, sa langue d’origine, à l’instar de la poétesse Ryoko Sekiguchi  qui a écrit en français sur le Liban3 et dont « l’écriture en français laisse percer l’ombre du japonais qui y passe »4 et inversement ; de l’exilé Eugène Green, écrivain américain devenu français à 29 ans, qui, arrivé en France à 22 ans n’avait du français que quelques notions scolaires ; du romancier Miguel Bonnefoy, qui a grandi au Venezuela et au Portugal où il a suivi sa scolarité au sein des Lycées français, qui explore dans son œuvre la question de la filiation et de l’héritage, tout comme la romancière Jakuta Alikavazovic qui est née, vit et travaille en France mais qui parle couramment l’anglais et dont le bosnien est la langue maternelle ; de la poétesse Elke de Rijcke qui « dispose de deux langues natales », l’une écrite (le français), l’autre orale (le néerlandais), et dont le « rapport à la langue est devenu hybride, de sorte que les termes de langue natale, maternelle et étrangère le sont devenus tout autant »5, à l’instar de Rebecca Gisler, qui expérimente une scission croisée au sein de son rapport à la langue natale, partagée entre l’allemand (langue d’écriture première) et le français, langue familiale et orale. 

                2. Quoique de prime abord arbitraire – plus encore dans le cas d’auteurs, tels Assia Djebar, An Antane Kapesh, Eduardo Manet, Vassilis Alexakis, Tahar Ben Jelloun, Amin Maalouf, Dany Laferrière dont l’œuvre appartient aussi au XXe siècle –, le choix de l’année 2000 comme terminus a quo de la période étudiée se justifie néanmoins par des phénomènes contrastés apparus parallèlement dans les années 2000. D’un côté, les positions de prestige conquises dans la Francophonie par les auteurs issus des anciennes colonies, la consécration institutionnelle des « écrivains francophones venus d’ailleurs » (Porra, 2011) par les prix littéraires français6, la contestation de la bipartition « littérature française »/ « littérature francophone » au profit des catégories fédératrices « littératures d’expression française » ou « littératures de langue française », la revendication d’une « littérature-monde » en français par nombre d’écrivains dont Fatou Diome et Alain Mabanckou, la transculturation du champ littéraire français de plus en plus prégnante. De l’autre, la moindre motivation à l’exil vers la France des écrivains latino-américains et centre-européens, la perte de vitesse du français en Afrique au profit de l’anglais voire du chinois7, la tentative de revalorisation des langues nationales africaines (le wolof), le déclin relatif ou mutation du rayonnement culturel de la France à l’étranger8, le recul, y compris en territoire francophone, du paradigme monolingue qui ne correspond plus à la réalité d’un nombre croissant de locuteurs urbains, davantage concernés, dans un monde globalisé, par le paradigme multilingue où des agrégats de la langue « maternelle » (familiaux, émotionnels, linguistiques, socio-culturels, identitaires, etc.) se répartissent sur plusieurs langues9.

     De fait, si les écrivains « migrants de langue française » (Mathis-Moser et Metz-Baumgartner, 2012) ou « Conrad français » constellent l’histoire de la littérature de langue française depuis longue date et plus particulièrement depuis les années 1950 – que l’on songe aux exemples fameux de Beckett, Cioran, Ionesco, Arrabal, Panaït Istrati… et, plus près de nous, Milan Kundera, Nancy Huston, François Cheng ou Wei-Wei –, il convient de se demander ce que faire littérature en français langue autre aujourd’hui veut dire. Quelles valeurs poétiques, sociologiques et idéologiques conférer à ce geste commun qui, « à la croisée des langues » (Gauvin, 2009), de l’intime et du collectif, défie les territoires, les nationalités et jusqu’aux frontières de la Francophonie elle-même ? À défaut de dépasser le caractère irréductible des singularités, peut-on trouver, afin d’esquisser une cartographie, des dénominateurs communs voire des constantes transversales, dans les pratiques, les discours et les imaginaires linguistiques qui le fondent ou l’accompagnent ?

    Pour répondre à ces questions, trois axes de réflexion principaux pourront être envisagés et croisés, nullement exhaustifs, dans le cadre de contributions théoriques ou d’études de cas qui, usant de méthodologies variées, seront attentives à des considérations formelles et au travail de la langue :

    1. Pour/quoi écrire en français langue autre ? 

    – L’adoption du français est-elle revendiquée (Pia Petersen), subie (Agota Kristof), considérée « par défaut » (Danny Laferrière) ou « lingua franca » (Johansson et Dervin, 2009), présentée comme aléatoire (Pedro Kadivar) ou comme le fruit de requêtes éditoriales (Fabio Scotto) ? S’agit-il dans le cas de la diglossie arabe ou haïtienne d’une « chance mais non pas d’un choix »10 ?

    – Où et comment ce « choix » est-il exprimé ? Dans des textes critiques, théoriques, affirmant une posture et un ethos, ou fait-il l’objet de considérations métalinguistiques ou d’un paratexte ?

    – Pour quelles raisons la langue française est-elle librement « épousée » ? Pour ses « vertus propres » (Salah Stétié), « les possibilités vertigineuses de [s]a syntaxe » (Jan Baetens), ou ses vertus fantasmées (« plasticité particulière » selon Pia Petersen) ? Pour le sentiment de « refuge » (Rithy Panh) qu’elle procure ? Pour son rayonnement, pour l’amour des grands auteurs français (Jonathan Littell, Mahmud Nasimi) ou la passion de la culture française ? De quelles valeurs est-elle idéologiquement porteuse et de quelles représentations est-elle le vecteur dans la culture et l’imaginaire personnels de l’auteur, mais aussi dans sa culture et son pays d’origine ?

    – En quoi la langue française permet-elle aux écrivains qui l’ont adoptée de trouver leur voie/voix, d’y (re)construire leur identité d’individu et d’auteur genré (Parlement des écrivaines francophones11), d’« inventer [s]on existence » (Carlo Iansiti), de se soustraire aux « connotations » (Flora Bonfanti) ou aux rigidités de sa langue d’origine (Anna Moï) ?

    – Ou bien le français n’est-il qu’un moyen d’expérimentation au même titre que d’autres langues, le but ultime étant pour l’auteur dont la seule véritable patrie est l’écriture de forger sa langue, « sa poésie natale » (Souad Labbize), « la langue des anges » (Nimrod) ? 

    – Le passage au français est-il exclusif et définitif (Eugène Green) ? Le français est-il au contraire une langue d’accueil que l’on finit par quitter (Radu Bata), secondaire (Fabio Scotto) ou encore, à la faveur d’un nomadisme interlinguistique, d’une langue d’écriture parmi d’autres (Maria Raluca Hanea) ?

    2. Le(s) français au miroir des langues et cultures autres

    Quels que soient les postures et les contextes, l’écriture en français – et quelle que soit la variation diatopique de ce français – ne peut s’envisager qu’en rapport, en creux ou en relief, à l’autre langue ou aux autres langues d’écriture possibles. 

    – Si persiste/ insiste toujours dans la langue étrangère une part irréductible de langue maternelle, ou « co-maternelle » dans une perspective post-monolingue, quelles sont les traces et empreintes laissées par ce que Monique de Mattia-Vivies (2018) nomme la « langue mat-rangère12 » ? Ces traces sont-elles patentes dans la syntaxe, le lexique, ou sont-elles gommées, seulement visibles dans les avant-textes pour le chercheur en génétique textuelle ?

    – En quoi les autres langues servent-elles de crible critique à la langue française, ses règles, son « conservatisme » et la « vigilance permanente autour du français […] très intimidante pour un étranger » (Jody Pou)? Comment celles et ceux qui écrivent en français langue autre poussent-ils « jusqu’à ses limites » (Yasmina Khadra) cette langue qui « par certains aspects […] est comme un État dans l’État » (Eugène Green) ?

    – Sur quel mode formel la langue et la culture premières informent-elles le français : le métissage (Raphaël Confiant) ? l’hybridation ? la transmutation « de l’hérédité de sang dans la langue d’accueil » (Assia Djebar) ? l’archaïsation ? la transduction ? Par quels détours et truchements étrangéisent-elles et « transculturent »-elles le français langue d’écriture? Comment l’« intranquillisent »-elles13 en y faisant émerger quantité d’autres langues ?

    – Inversement, comment le français, devenu langue « quasi-maternelle », altère-t-il en retour la pratique de l’autre ou des autres langues d’écriture, dans le cas de l’autotraduction notamment ? À moins que l’influence du français ne soit ancienne dans l’écriture d’un auteur, avant même qu’elle ne l’adopte – on pourra ainsi songer à l’exemple d’Atiq Rahimi14.

    – La présence diffuse ou omniprésente des langues et cultures autres interroge la réception : quel est le lecteur idéal des œuvres écrites en français langue autre qui sollicitent des compétences linguistiques plurielles, culturelles et historiques que le lecteur occurrent ne possède que rarement ? Lire une de ces œuvres sans connaître la langue maternelle de l’auteur, n’est-ce pas comme lire une œuvre en traduction, sans accès direct à la langue originale ?

    3. Des genres et des formes : que fait le changement de langue à la création littéraire ?

    – En quoi le passage au français comme langue d’écriture est-il source et catalyseur de créativité et donne-t-il naissance à des formes et des styles plus expérimentaux ? On pourra questionner la nature hybride du roman graphique, tel qu’il est produit par Zineb Benjelloun, qui tisse l’arabe au français, ou encore par Zeina Abirached qui écrit en français mais « pense [s]es histoires dans toutes [s]es langues, le français, l’arabe et le dessin »15.

    – Selon quelles configurations les œuvres plurilingues où le français s’articule ou se mêle à d’autres langues relèvent-elles d’une innovation formelle ? « Les œuvres écrites entre les langues ne se contentent pas de mélanger ou d’alterner des langues, par la tension de l’entre-deux, elles figurent à la fois la présence et le manque, la proximité et la divergence » (Cros et Godard, 2022). Comment, dès lors, s’incarne dans la chair des textes ce qui apparaît comme une poétique des contraires ou du tiraillement ?

    – Pourquoi, dans certains cas, l’écriture en français est-elle spécialisée, réservée à certains genres ? On mentionnera ainsi le cas de Simonetta Greggio, de Fouad Laroui et de Mercedes Deambrosis qui usent du français pour leurs romans, mais respectivement de l’italien, du néerlandais et de l’espagnol pour leur poésie.

    – Comment le déplacement linguistique, presque toujours corollaire d’un déplacement physique16, se traduit-il sur le plan de l’écriture ? Favorise-t-il la création de personnages cosmopolites ainsi que la thématisation du bi/plurilinguisme et de la double/multiple appartenance culturelle ?


    Modalités de participation 

    Assorties d’une courte biobibliographie, les propositions de communication (400 mots environ et avec un titre provisoire) sont à envoyer jusqu’au 16 février 2024 à : karine.germoni@sorbonne.ae


    Calendrier 

    Jusqu’au 16 février 2024 : réception des propositions

    23 février 2024 : envoi des notifications d’acceptation

    25 et 26 avril 2024 : tenue du colloque


    Comité scientifique

    • Karl Akiki (Université Saint Joseph/Académie Internationale de la Francophonie Scientifique -AUF)
    • Olga Anokhina (CNRS-ITEM)
    • Alain Ausoni (Université de Lausanne)
    • Lourdes Carriedo (Universidad Complutense de Madrid)
    • Sara De Balsi (Université de Cergy-Pontoise)
    • Romuald Fonkoua (Sorbonne Université)
    • Lise Gauvin (Université de Montréal)
    • Karine Germoni (Sorbonne Université/Sorbonne Université Abu Dhabi)
    • Anne Godard (Sorbonne Nouvelle)
    • Angeliki Kordoni (Sorbonne Université Abu Dhabi)
    • Álvaro Luna-Dubois (New York University Abu Dhabi)
    • Véronique Porra (Johannes Gutenberg-Universität)

    Comité d’organisation

    • Alexis Collet (Sorbonne Université Abu Dhabi)
    • Karine Germoni (Sorbonne Université/Sorbonne Université Abu Dhabi)
    • Álvaro Luna-Dubois (New York University Abu Dhabi)
    • Célia Ouali (Sorbonne Université Abu Dhabi)
    • Leila Sammou (Sorbonne Université Abu Dhabi)
    • Mona Wehbe (Sorbonne Université Abu Dhabi)

     


    Format de l’événement

    Événement comodal (sur site et en ligne)

    Informations utiles

    Il n’y a pas de frais d’inscription. Le transport et l’hébergement sont à la charge des participants. Les déjeuners seront pris en charge par les universités organisatrices Sorbonne Université, Sorbonne Université Abu Dhabi et New York University Abu Dhabi.


    Bibliographie indicative

    Allard, Cécilia et De Balsi, Sara, Le choix d’écrire en français. Études sur la francophonie translingue, Amiens, Encrage, 2016.

    Anokhina, Olga et Sciarrino, Emilio, Entre les langues. Genesis, 46 (18), Paris, PUPS, 2018.

    Anokhina, Olga, Multilinguisme et créativité littéraire, Louvain-La-Neuve, L’Harmattan/Academia, « Au cœur des textes », n°20, 2012.

    Anokhina, Olga, Ausoni, Alain (dir.), Vivre entre les langues, écrire en français, Paris, EAC, 2019.

    Ausoni, Alain, Mémoires d’outre-langue. L’écriture translingue de soi, Slatkine Érudition, 2018.

    Ausoni, Alain (dir.), La Francophonie translingue, Interfrancophonies, n°9, 2018.

    Ben Saad, Nizar, « Écrire dans la langue de l’Autre : risques et enjeux », Revue de littérature comparée 2008/3 (n°327), p.289-298.

    Cassin, Barbara, Plus d’une langue, Paris, Bayard, 2012.

    Bruera, Franca (dir.), Écrivains en transit. Translinguisme littéraire et identités culturelles. Scrittori in transito. Translinguismo letterario e identità culturali, CosMo, 2017, n°11.

    Chirila, Ileana Daniela, La République réinventée : les littératures transculturelles dans la France contemporaine, thèse de Doctorat, Duke University, 2012,

    Combe, Dominique, Poétiques francophones, Paris, Hachette, 1995.

    Combe Dominique, Littératures francophones. Questions, débats et polémiques, Paris, PUF, 2019 [2010].

    Cros, Isabelle et Godard, Anne (dir.) (2022), Écrire entre les langues. Littérature, traduction, enseignement, Éditions des archives contemporaines. France. https://doi.org/10.17184/eac.9782813004642  

    De Balsi, Sara, Agota Kristof : écrivaine translingue, Paris, Presses Universitaires de Vincennes, 2019.

    De Balsi, Sara, La francophonie translingue. Éléments pour une poétique, Rennes, PUR, 2024 (à paraître).

    De Mattia-Viviès, Monique, « Entrer dans la langue ou dans les langues : de la langue maternelle à la langue “mat-rangère” », E-rea [En ligne], 16.1 | 2018, mis en ligne le 15 décembre 2018. https://doi.org/10.4000/erea.6502

    Delbart, Anne Rosine, Les Exilés du langage : un siècle d’écrivains français venus d’ailleurs (1919-2000), Limoges, Pulim, « Francophonies », 2005.

    De Rijcke, Elke, « Mes langues natales : écrire entre deux langues », Poezibao, Disputaison « Quitter sa langue, écrire en français », série B, n°17, https://www.poesibao.fr/quitter-sa-langue-natale-ecrire-en-francais-17-elke-de-rijcke-2/ (25 janvier 2023).

    Derrida, Jacques, Le monolinguisme de l’autre ou la prothèse d’origine, Paris, Galilée, 1996.

    Duhan, Alice, « L’Écriture en langue étrangère comme pratique et comme poétique : le cas de deux écrivains « francographes », Nancy Huston et Andreï Makine », Nottingham French Studies, Volume 56 Issue 2, p. 212-226.

    Fonkoua, Romuald et Pierre Halen, Pierre (dir.), Les Champs littéraires africains, Paris, Karthala, 2001.

    Gauvin, Lise, « Glissements de langues et poétiques romanesques : Poulin, Ducharme, Chamoiseau », dans Gauvin, Lise (dir.), L’Écrivain et ses langues, 1996, n°101, p. 5-24.

    Gauvin, Lise, Les Langues du roman : du plurilinguisme comme stratégie textuelle, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 1999.

    Gauvin, Lise (dir.), L’écrivain francophone à la croisée des langues. Entretiens. Paris, Karthala,

    « Lettres du Sud », 2009.

    Gauvin, Lise, Des littératures de l’intranquillité, Paris, Karthala, « Lettres du Sud », 2023.

    Hervé-Montel, Caroline, Renaissance littéraire et conscience nationale. Les premiers romans en francais au Liban et en Egypte (1908-1933), Paris, Geuthner, 2012.

    Godard, Anne, La Littérature dans l’enseignement du FLE, Paris, Didier, 2015.

    Ivantcheva-Merjanska, Irene, Écrire dans la langue de l’autre : Assia Djebar et Julia Kristeva, 2015.

    Johansson, Marjut et Dervin, Fred, « Cercles francophones et français lingua franca : pour une francophonie liquide » International Journal of Francophone Studies, n° 2/3, 2009, p. 385-404.

    Jouanny, Robert, Singularités francophones ou choisir d’écrire en français, Paris, PUF, « Écritures francophones », 2000.

    Kellman, Steven G., The Translingual Imagination, Londres, University of Nebraska Press, 2000.

    Emmanuel Khérad, « Écrire dans une autre langue ; Entretien avec Simonetta Greggio, Pedro Kadivar, Fouad Laroui ». https://www.sgdl.org/sgdl-accueil/presse/presse-acte-des-forums/lalangue-francaise-pour-territoire/3105-ecrire-dans-une-autre-langue

    Laroui, Fouad, Le Drame linguistique marocain, Zellige Éditions, 2011.

    Marchand, Aline, et Pascale Roux (dir.), « Entre deux langues : l’écrivain-traducteur et le bilinguisme aux XXe et XXIe siècles », Recherches & travaux, 2019, n°95.

    Mathis-Moser, Ursula et Mertz-Baumgartner, Birgit (dir.). Passages et ancrages. Dictionnaire des écrivains migrants de langue française, Paris, Champion, 2012.

    Porra, Véronique, Langue française, langue d’adoption. Une littérature « invitée » entre création, stratégies et contraintes (1946-2000), Hildesheim, Georg Olms Verlag, 2011.

    Solon, Pascale, « “Quand j’écris en arabe, je sens comme un poids sur ma main”.  L’écriture d’Amin Maalouf entre l’arabe et le français », dans Robert Dion, Hans-Jürgen Lüsebrink et János Riesz (dir.), Écrire en langue étrangère.  Interférences de langues et de cultures dans le monde francophone, Québec/Francfort, Nota bene/IKO-Verlag, 2002, p. 65-86.

    Stétié, Salah, Le français, l’autre langue, Arles, Actes Sud, « L’impensé », 2001.

    Suchet, Myriam, L’Imaginaire hétérolingue, Paris, Classiques Garnier, 2014.

    Wismann, Heinz, Penser entre les langues, Paris, Albin Michel, 2012.

    Yildiz, Yasedin, Beyond the Mother Tongue : The Postmonolingual Condition, New York, Fordham University Press, 2012.


    1. La notion de « langue seconde » fait référence à une langue généralement reconnue officiellement et utilisée dans une zone géographique particulière, notamment dans les domaines de l’administration, du commerce et de l’enseignement (supérieur), tandis que « langue étrangère » renvoie à une langue qui n’est pas couramment utilisée dans cette zone spécifique. La notion de « français langue de scolarisation » (FLSco) s’est développée, depuis la fin des années 1980, tant pour les enfants migrant en France que pour les écoles françaises de l’étranger et pour l’enseignement des disciplines dites « non linguistiques ». ↩︎
    2. « L’“Autre” par excellence, c’est d’abord la langue elle-même », dit justement Ryoko Sekiguchi. On connaît encore cette fameuse citation de Proust : « Écrire, c’est toujours écrire dans une langue étrangère », ou celle de Sartre : « On parle une langue, on en écrit une autre ». ↩︎
    3. 961 heures à Beyrouth (et 321 plats qui les accompagnent), Paris, P.O.L, 2011. ↩︎
    4. Ryoko Sekiguchi, « Écrire double » https://remue.net/Ecrire-double-Ryoko-Sekiguchi ↩︎
    5. Elke de Rijcke, « Mes langues natales : écrire entre deux langues », Poezibao, Disputaison « Quitter sa langue, écrire en français », série B, n°17, https://www.poesibao.fr/quitter-sa-langue-natale-ecrire-en-francais-17-elke-de-rijcke-2/ (25 janvier 2023). ↩︎
    6. François Cheng est membre de l’Académie française depuis 2002. En 2008, le Goncourt est attribué à l’afghan Atiq Rahimi, tandis que le Renaudot va au guinéen Tierno Monembo (originaire de Guinée) et le prix Théophile Gautier de l’Académie française est remis à Seymus Dagtekin (né dans la partie turque du Kurdistan). 2008 est l’année où Tahar Ben Jelloun entre à l’Académie Goncourt. ↩︎
    7. L’exemple du Rwanda et du Burkina Faso est à ce titre édifiant. ↩︎
    8. « Culture française. Déclin ou mutation ? », Le Monde, 21 décembre 2007 ; Donald Morrison et Antoine Compagnon, Que reste-t-il de la culture française ? suivi de Le Souci de la grandeur, Paris, Denoël, 2008. ↩︎
    9. Voir Yasedin Yildiz, Beyond the Mother Tongue : The Postmonolingual Condition (2012), paraphrasé par l’écrivaine bruxelloise Elke de Rijcke, art. cité. ↩︎
    10. Le Drame linguistique marocain de Fouad Laroui (Zellige, 2011) concerne en réalité l’ensemble du Maghreb : « [G]énéralement on écrit dans sa langue maternelle, ce qui est le cas de 99% des auteurs. Mais les Maghrébins ne peuvent pas écrire dans leur langue maternelle car c’est une langue qui ne s’écrit pas. Personne n’écrit en dialecte. Alors vient le choix : est-ce qu’ils vont écrire en arable classique ? Très belle langue, certes, mais impossible à manier. […] Quelle est la solution ? C’est le français, pour ceux qui sont allés à l’école française, ceux pour qui le français est quasiment une langue maternelle. […] Cette analyse concerne la diglossie arabe. Techniquement la diglossie existe aussi en Haïti. […] Pour l’amour de dieu, si j’ose dire, n’utilisons plus jamais le mot « choisir » en ce qui concerne les écrivains du Maghreb qui s’expriment en français. Le français, je ne dirais pas que c’est un pis-aller, c’est une chance pour eux parce qu’ils peuvent s’exprimer avec le français mais ça n’a jamais été un choix et ce n’est pas un choix. » C’est une difficulté du même ordre que vivent les écrivains libanais, tels qu’Amin Maalouf, ainsi que le rappelle Pascale Solon (2002). ↩︎
    11. Ce collectif de 130 écrivaines venant des quatre coins du monde, a pour objectif, depuis 2018, de rendre visible l’apport des femmes en littérature, de constituer une force et un espace de parole au féminin, en français, cette « langue en partage, que nous métissons », commente Faouzia Zouari la présidente du collectif, « avec nos souffles singuliers mais qui reste notre véhicule de valeurs, de rêves et de combats », « “Les femmes qui écrivent sont-elles dangereuses ?” se demandera le Parlement des écrivaines francophones à Beyrouth ». Entretien avec Faouzia Zouari. Propos recueillis par Georgia Makhlouf, le 20 octobre 2022. https://www.lorientlejour.com/article/1315121/-35.html. ↩︎
    12. « Pourquoi ne pas parler une langue mat-rangère, tout à la fois in/hors matrie, sans pour autant dénaturerla langue étrangère mais en laissant s’y déposer un résidu, qui garde la trace de son rapport à lalangue, permettant ainsi, pour un locuteur donné, l’investissement corporel de la langue étrangère, qui aurait ainsi plus de chance de sonner juste ? » ↩︎
    13. En référence au titre de l’ouvrage récent de Lise Gauvin, Des littératures de l’intranquillité, Paris, Karthala, « Lettres du Sud », 2023, dont la thèse est qu’en situation de minorité face au français de France, les littératures francophones font émerger quantité d’autres langues en elles – créole, malinké ou encore l’anglais. ↩︎
    14. « [M]ême quand j’écrivais en persan, mon écriture dérangeait mes compatriotes. Non seulement sur le plan thématique contre la société phallocrate, les dogmes religieux, la frustration sexuelle… mais aussi sur le plan stylistique : j’appliquais dans ma langue maternelle la rhétorique de la langue française. Ensuite, quand je me suis mis à écrire en français, c’était l’inverse, j’appliquais et j’applique toujours la rhétorique de ma langue maternelle dans cette belle langue d’adoption. Cela donne, il me semble, une troisième langue, une langue presque étrangère. », « Rencontre avec Atiq Rahimi », mise en écrit par Carole Leymarie, Kristèle Nonnet-Pavois, Champ lacanien, 2019/2, n°23, p.141-147. ↩︎
    15. Baptiste Roger-Lacan, « Beyrouth nous reconnaîtra-t-elle ? Une conversation avec Zeina Abirached », Le Grand Continent, 29 novembre 2020. https://legrandcontinent.eu/fr/2020/11/29/zeina-abirached/ ↩︎
    16. Dans les faits, la France et le Québec demeurent les deux pôles du monde francophone qui attirent le plus les « migrations littéraires ». ↩︎
  • Penser le style des littératures écrites et dessinées: pratiques de la greffe

    Appel à communication pour une journée d’étude

    , Lettres Sorbonne Université

    Penser le style des littératures écrites et dessinées : pratiques de la greffe

    Sorbonne Université, Paris —  le 31 mai 2024

    Propositions de communication à envoyer d’ici le 15 février 2024

    UR Sens Texte Informatique Histoire

    Pensé en littérature comme un écart avec la norme (Philippe 2021, p. 55), ou comme une illustration de celle-ci, comme l’expression d’une singularité auctoriale (Barthes 1953, p. 13-14) ou comme le reflet d’une allégeance à un courant littéraire (style surréaliste), à un genre (Letourneux 2017, p. 15), voire comme le témoignage de la langue d’une époque (un style Troisième République), le concept de style en littérature s’avère aussi malléable qu’épineux pour la recherche. Prise au croisement de diverses « mystiques » (Rastier 1994, p. 268), à la fois inévitable, et malaisée d’approche, la notion a donné lieu à de nombreuses réflexions depuis l’œuvre fondatrice de Charles Bally (1909) instituant en France la discipline de la stylistique. En vertu de sa nature protéiforme, on reconnaît toutefois à la notion de style son adaptabilité puisqu’elle s’emploie aisément pour caractériser tous les domaines et les formes d’expressions, au-delà du seul champ littéraire. 

    Ainsi, interroger le style en bande dessinée c’est se heurter aux spécificités du médium : l’hybridité iconotextuelle qui le définit et la réalité souvent collective de sa production. Dans la lignée des approches logocentrées de la bande dessinée, les études liées au style de ce médium se sont originellement concentrées sur ses récits et ses discours (Fresnault-Deruelle 1977). Progressivement, l’intérêt croissant porté à l’esthétique de la bande dessinée a conduit à mener des études stylistiques de ses images, en tentant de dégager des filiations artistiques (Lecigne & Tamine 1983) dans ce qui est considéré non plus seulement comme un médium mais bien comme un neuvième art. Réévaluer la dimension picturale de la bande dessinée amène à s’interroger sur la qualité des images valant pour elles-mêmes, au-delà de leur rôle seulement narratif, en mettant au centre de la préoccupation esthétique la notion de graphiation (Marion 1993 ; Andrieu de Levis 2019). Cependant, ces travaux n’en restent pas moins sporadiques et les récentes études font, en tentant de le combler, le constat d’un manque critique important (Forceville, El Refaie & Meesters 2014, p. 485 ; Berthou & Dürrenmatt 2019, p. 7).

    L’originalité de cette journée d’étude réside dès lors dans le choix d’un corpus protéiforme, en s’intéressant aussi bien aux littératures écrites qu’aux « littératures dessinées » (Morgan 2003). Tout en s’abstenant de considérer le médium de la bande dessinée comme un simple genre, il s’agira d’envisager, en parallèle ou dans un même geste, des productions pouvant relever de ces deux champs contigus : le roman, la nouvelle, le poème, la micro-fiction, aussi bien que les genres de l’autobiographie au sens large, dans l’album, la planche, le strip voire le cartoon

    Plus spécifiquement, l’objet de cette rencontre sera d’examiner l’œuvre littéraire et bédéique en tant que corps textuel ou graphique composite, se construisant par ajouts d’éléments plus ou moins extérieurs, greffes ponctuelles ou structurelles, exhibées comme telles ou fondues à même le texte ou le dessin. Nous nous intéresserons tout particulièrement au phénomène de citation, selon une acception élargie. En effet, nous incluons dans cette notion non seulement la citation dite « littéraire », soit l’incorporation la plus traditionnelle d’un fragment textuel au sein d’un texte d’accueil, mais aussi toute expression apparaissant comme autre à l’intérieur d’un (icono)texte, par l’insertion d’un « discours autre » (direct, indirect, libre ou non) ou d’un énoncé graphique différent (par le trait, la mise en page, etc.). Dans cette perspective, le copié-collé textuel mis au jour dans certaines œuvres littéraires peut faire écho, dans la bande dessinée, à l’insertion de composantes ne relevant pas de la main de l’artiste, à des éléments redessinés, et plus largement à l’introduction d’ »images autres ». Les communications permettront dès lors d’évaluer ce qui fonde une spécificité stylistique dans l’insertion du discours autre (Authier-Revuz, 2020) dans les littératures écrites ou dessinées, mais aussi ce qui peut réunir les deux médiums envisagés dans une dynamique commune, notamment par leur tendance à cultiver un réseau de références nommé tantôt intertextualité, tantôt intericonicité.

    Dans l’optique d’interroger conjointement ces deux champs, nous faisons le choix de placer cette journée d’étude dans le sillage des ouvrages majeurs de sémiostylistique publiés ces dernières décennies, notamment les écrits parus sous l’égide de Georges Molinié (Molinié & Cahné 1994), mais aussi des travaux plus récents de Gilles Philippe qui exposent la dimension évolutive du style (Philippe 2021), essentielle à notre sens pour appréhender à nouveaux frais les frontières de ce concept. Nous fondons enfin notre compréhension du style sur les analyses développées dans la synthèse d’Éric Bordas en 2008 dans « Style ». Un mot et des discours, et sur le principe d’une définition, qu’il sera bien entendu nécessaire de critiquer : « De toute évidence, le style, c’est la variante […] et, génétiquement, l’ »écriture », comme processus de transformation, de transmutation, commence avec la rature. L’idée d’un style naît avec la possibilité d’un choix […] » (p. 57-58) Ainsi, compris comme une donnée évolutive ou comme une variation, le style semble résister à toute entreprise d’homogénéité et nous invite à le considérer sous l’angle du mélange et de la dissemblance. C’est en gardant à l’esprit ce principe fondamental de « choix » que nous souhaitons réfléchir aux différents moyens stylistiques par lesquels un auteur ou une autrice se confronte, s’accorde, s’empare de la parole d’autrui, la joint à la sienne, comme élément hétérogène explicite, assumé, affiché ou au contraire, camouflé, lissé, voire plagié. 

    Tous travaux concernant ces modalités d’incorporation de texte ou d’image autre seront donc les bienvenus. Les propositions de communication pourront s’inscrire dans les axes de réflexion suivants (dont la liste est, à l’évidence, non exhaustive) : 

    • L’emprunt et l’imitation. Réécritures partielles de certains motifs : L’évènement reprenant le point central des Armoires vides, à savoir l’avortement clandestin chez Annie Ernaux. Réécritures totales : Le Voyage sans fin de Monique Wittig reprenant la diégèse et les personnages principaux du Don Quichotte de Cervantes ; Hippolyte de Garnier, puis Phèdre de Racine reprenant la tragédie de Sénèque ; Une Tempête d’Aimé Césaire dans le sillage de La Tempête de William Shakespeare
    • Le jeu littéraire, la parodie et le pastiche. Exercices de styles graphiques ou textuels : Variations de Blutch ; Exercices de style de Raymond Queneau. Pastiche de tableaux ou autres images dans une bande dessinée : Moderne Olympia de Catherine Meurisse.
    • Les réutilisations d’une matière existante. Par le collage littéraire : Berlin Alexanderplatz d’Alfred Döblin ; La Carte et le Territoire de Michel Houellebecq. Par le re-dessin : Le Grand Récit de Jens Harder ; Les Damnés de la Commune de Raphaël Meyssan.
    • La citation ou le style d’autrui comme fondements d’un style. À l’échelle d’une carrière : Jean-Patrick Manchette se coulant dans le moule de Dashiell Hammett ; Joost Swarte empruntant la ligne de Hergé. À l’échelle de l’œuvre : la reprise du style épique dans La Franciade de Ronsard. À l’échelle du fragment d’œuvre : le travail des exergues dans Médée de Christa Wolf.
    • La juxtaposition, voire la confrontation des styles. Autocitation : Livre des trois Vertus de Christine de Pizan ; Indélébiles de Luz. Écriture à plusieurs mains : Seyvoz de Joy Sorman et Maylis de Kerangal ; Révolution de Florent Grouazel et Younn Locard. Insertion de dessins d’enfants : Blast de Manu Larcenet ; Chronographie de Dominique Goblet et Nikita Fossoul ; Mon enfant peut en faire autant de Jochen Gerner et Pavel Gerner. Évolutions d’un “style d’auteur” : Jean Giraud entre Blueberry et Le Monde d’Edena ; He Youzhi entre Mes années de jeunesse et La Lumière blanche.
    • Les modalités d’insertion du discours direct. Par des usages particuliers de la ponctuation dans un texte pouvant perturber l’ordre classique : Journal du dehors d’Annie Ernaux. Par un traitement particulier du phylactère en bande dessinée : Pelléas & Mélisande de Nicole Claveloux ; Formose de Li-chin Lin.

    Les propositions de communication, d’une page maximum, accompagnées d’une brève bio-bibliographie, sont à envoyer avant le 15 février 2024 aux trois adresses suivantes : 

    Une réponse sera envoyée après délibération à la fin février 2024. La journée d’étude aura lieu le 31 mai 2024 à Sorbonne Université (Paris), et sera suivie d’une table ronde.


    Comité d’organisation : 

    Bibliographie indicative 

    Andrieu de Levis, Jean-Charles, De la ligne claire à la ligne « pas claire ». Émancipations esthétiques de la bande dessinée en France et aux États-Unis à l’orée des années 70, thèse sous la dir. de Dürrenmatt, Jacques, Paris, Sorbonne Université, 2019.

    Authier-Revuz, Jacqueline, La Représentation du discours autre. Principes pour une description, Berlin, De Gruyter, 2020. Disponible en ligne : https://www.degruyter.com/document/doi/10.1515/9783110641226/html 

    Bally, Charles, Traité de stylistique française, Heidelberg, Carl Winter’s Universitätsbuchhandlung,  1921 [1909]. Disponible en ligne : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k166222b.

    Barthes, Roland, Le degré zéro de l’écriture, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points », 2014 [1953]. 

    Berthou, Benoît et Dürrenmatt, Jacques (dir.), Style(s) de (la) bande dessinée, Paris, Classiques Garnier, coll. « Perspectives comparatistes », 2019.

    Bordas, Éric et Molinié, Georges (dir.), Style, langue et société, Paris, Honoré Champion, coll. « Colloques, congrès et conférences Sciences du Langage », 2015.

    Bordas, Éric, « Style »  : un mot et des discours, Paris, Éditions Kimé, coll. « Détours littéraires », 2008.

    Compagnon, Antoine, La Seconde main ou le travail de citation, Paris, Points, coll. « Essais », 2016 [1979].

    Dürrenmatt, Jacques, Bande dessinée et littérature, Paris, Classiques Garnier, coll. « Études de littérature des XXe et XXIe siècles », 2013.

    Forceville, Charles,  El Refaie, Elisabeth et Meesters, Gert, « Stylistics and comics », dans Burke, Michael (dir.), The Routledge Handbook of Stylistics, Londres/New York, Routledge, 2014, p. 485-499.

    Fresnault-Deruelle, Pierre, Récits et Discours par la Bande. Essais sur les Comics, Paris, Hachette, coll. « Hachette Essais », 1977.

    Genette, Gérard, Palimpsestes, la littérature au second degré, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Poétique », 1982.

    Herschberg Pierrot, Anne, Le style en mouvement, Paris, Belin, coll. « Belin Sup Lettres », 2005.

    Jollin-Bertocchi, Sophie et Linarès, Serge, Changer de style – Écritures évolutives aux XXe et XXIe siècles, Leiden, Brill Rodopi, coll. « Faux titre », 2019.

    Lecigne, Bruno et Tamine, Jean-Pierre, Fac-similé. Essai paratactique sur le Nouveau Réalisme de la Bande Dessinée, Paris, Futuropolis, 1983. 

    Letourneux, Matthieu, Fictions à la chaîne : littératures sérielles et culture médiatique, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Poétique », 2017.

    Marion, Philippe, Traces en cases. Travail graphique, figuration narrative et participation du lecteur : essai sur la bande dessinée, Louvain-la-Neuve, Academia, 1993.

    Molinié, Georges et Cahné, Pierre (dir.), Qu’est-ce que le style  ? Actes du colloque international, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Linguistique nouvelle », 1994.

    Philippe, Gilles, Pourquoi le style change-t-il  ?, Bruxelles, Les Impressions Nouvelles, coll. « Réflexions faites », 2021. 

    Rastier, François, « Le problème du style pour la sémantique du texte », dans Molinié, Georges et Cahné Pierre (dir.), Qu’est-ce que le style ? Actes du colloque international, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Linguistique nouvelle », 1994.