Étiquette : Style

  • Styles écologiques à l’épreuve du vivant Vers une écostylistique ?

    Dossier coordonné par Cécile Narjoux et Sophie Milcent-Lawson 

    Argumentaire 

    Depuis une dizaine d’années, les études littéraires ont vu se développer de manière soutenue  les recherches consacrées aux relations entre littérature, écologie et vivant1. Sous les appellations  d’écocritique2, d’écopoétique3, de zoopoétique4 ou encore d’humanités environnementales5, ces  approches ont contribué à renouveler en profondeur les cadres d’analyse, en attirant l’attention sur  la manière dont les textes interrogent les milieux, les interdépendances du vivant6, les catastrophes  naturelles7 et en explorant les formes contemporaines mobilisées pour dire la crise écologique8. Si  ces perspectives ont permis de penser autrement les objets9, les imaginaires et les enjeux éthiques  des textes, elles ont plus marginalement interrogé de manière systématique les formes linguistiques10 et stylistiques11 par lesquelles le vivant – et aujourd’hui le vivant en crise – se  donne à lire. Or la crise écologique ne constitue pas seulement un thème ou un arrière-plan narratif :  elle engage une transformation profonde des modes de représentation et met à l’épreuve les formes  mêmes de la langue, du récit et de l’énonciation

    Ce dossier se donne pour objectif d’explorer, dans une perspective stylistique, ce que la  confrontation au vivant fait à la littérature et au style. Ancrée dans la tradition de la stylistique et de la linguistique du texte, la réflexion proposée accordera une attention fine aux formes du langage – syntaxe, lexique, figures, dispositifs énonciatifs et pragmatiques – envisagées non comme de  simples vecteurs de représentation, mais comme des lieux de médiation sensible entre les  humains et leurs milieux. Elle dialoguera ainsi étroitement avec l’écopoétique (au sens large,  incluant la zoopoétique), tout en affirmant la spécificité d’une approche fondée sur l’analyse  linguistique et stylistique des textes. Deux axes principaux structureront la réflexion :  

    • D’une part, l’attention sera portée à des styles écologiques émergents, envisagés comme  des configurations langagières historiquement et génériquement situées, par lesquelles les textes  donnent forme à des manières spécifiques de dire, de percevoir et d’habiter le monde vivant à  l’anthropocène. Les études sur corpus proposées auront ainsi pour horizon d’esquisser une  cartographie raisonnée des « styles écologiques ». Il s’agira donc de repérer, par-delà la  stylistique d’auteur, des récurrences formelles, des écarts et des tensions, afin d’interroger ce que  l’identification de telles configurations stylistiques permet de penser du rapport entre langage,  formes et vivant – et ce qu’elle laisse éventuellement hors champ. 
    • D’autre part, si le terme d’« écostylistique » n’est pas entièrement inédit et a été employé  de manière ponctuelle dans certains travaux récents, en français comme en anglais12, il n’a toutefois  pas fait l’objet d’une conceptualisation théorique stabilisée. Le présent dossier se donne  précisément pour objectif d’interroger la fécondité heuristique d’une possible écostylistique, en  dialogue – voire en tension – avec l’écopoétique, dédiée aux innovations stylistiques que l’attention  au vivant suscite dans les œuvres littéraires de l’extrême-contemporain13. L’enjeu est de réfléchir à  la manière dont le vivant – dans sa vulnérabilité, sa persistance ou sa disparition – oblige la  stylistique à réinterroger ses catégories, ses gestes analytiques et ses présupposés. En ce sens,  une écostylistique sera ici envisagée comme une hypothèse de travail, problématisante et non  prescriptive, afin d’examiner ce que la crise écologique fait à nos outils d’analyse largement hérités  d’une tradition anthropocentrée. À titre d’exemple, les notions de parole14 , de discours, de  polyphonie15, de flux de conscience16, de prosopopée17 sont-elles adaptées lorsqu’il s’agit d’essayer  de représenter les points de vue du non-humain, par définition non locuteur18 ? Quels autres  moyens stylistiques les textes expérimentent-ils et par quels nouveaux outils d’analyse l’approche  stylistique peut-elle en rendre compte ? 

    Les contributions pourront adopter des approches théoriques, méthodologiques ou analytiques,  en s’appuyant sur des corpus précisément situés, non pour en épuiser l’analyse, mais pour interroger,  à travers eux, les conditions stylistiques de l’expérience du vivant. Une attention particulière sera accordée à la diversité institutionnelle des contributeurs et à la variété des corpus étudiés au  sein des écritures contemporaines du vivant (France, francophonies, espaces transnationaux), ainsi  qu’à la pluralité des outils mobilisés. 

    Les contributions pourront notamment explorer, sans s’y limiter, les axes suivants :

    • reconfigurations de la temporalité narrative face à la crise écologique ; modalisations de l’incertitude, du possible et de la catastrophe ; 
    • tensions syntaxiques et figurales entre débordement, saturation et effacement ;
    • déplacements de la voix et de l’énonciation au-delà du seul sujet humain (prosopopées,  dispositifs de délégation de parole, formes de zoocentrage ou d’écocentrage) ;
    • transformations des régimes de la représentation narrative (élargissement de la notion de  personnage19, narratologies non naturelles, éconarratologie20) ; 
    • émergence de formes langagières nouvelles (néologismes, reconfigurations pronominales,  hybridations discursives, flux de conscience physiologique, énonciations partagées) ;
    • continuités et écarts stylistiques entre textes littéraires et discours environnementaux non  littéraires (scientifiques, politiques, médiatiques21

    Sans opposer ces corpus, il s’agira d’examiner ce que leurs matérialités langagières respectives  permettent de saisir des transformations contemporaines du rapport au vivant sensibles dans la  langue. 

    En plaçant ainsi la stylistique à l’épreuve du vivant, ce dossier entend ouvrir un espace de  réflexion collective, et contribuer à poser les jalons d’un champ en devenir, comme zone de  tension féconde entre analyse linguistique, histoire des formes, réflexion poétique et interrogation  éthique. 

    Cécile Narjoux est professeure de langue française et de stylistique à l’Université Paris Cité  (CERILAC). Ses travaux portent sur la littérature française contemporaine et développent une  approche grammastylistique des formes langagières par lesquelles s’écrivent la crise écologique et  les catastrophes naturelles. Elle est notamment l’autrice de La Grammaire graduelle du français (De  Boeck, 3e éd., 2025) et de L’Expérience du temps dans les récits de fiction contemporains (EUD, 2022),  consacrés aux reconfigurations temporelles et aux tensions stylistiques dans la prose contemporaine.  Elle coanime des séminaires de recherche dédiés aux écritures du vivant et aux formes narratives  et stylistiques de la faille (Lignes de faille), ainsi qu’à la diversité des manières de dire, de faire et de  vivre les relations entre le vivant et ses milieux (La Terre en écritures). Elle travaille actuellement à un  ouvrage consacré aux configurations narratives du désarroi écologique dans les fictions françaises  et francophones du XXIᵉ siècle. 

    Sophie Milcent-Lawson est professeure de stylistique à l’Université de Lorraine (Nancy, LIS).  Spécialiste de zoopoétique, ses travaux portent plus particulièrement sur les tentatives de  représentation d’un point de vue animal en littérature et sur les discours prêtés aux animaux  (Discours animaux, discours sur les animaux, dir., 2025). Elle est également l’autrice de nombreux articles  sur la prose narrative des XXe et XXIe siècles, d’études sur les figures, et de travaux sur les zoofictions et les zoographies, notions qu’elle a contribué à théoriser ainsi que celles de « séquence  zoocentrée », de « on trans-spécifique » de « flux de conscience physiologique », ou encore  d’« uglossies animales » et d’ « imaginaires zoolinguistiques ». Son essai Le Point de vue animal dans les  textes littéraires est à paraître aux éditions Classiques Garnier. Elle travaille également sur les  problématiques de délégation de parole au service des non-humains (Manières de parler pour. Enjeux,  limites et réinvention des dispositifs de porte-parolat, co-dir. avec Charlotte Lacoste, à par. juillet 2027). 

    Modalités de soumission  

    La date limite de réception des propositions d’articles est fixée au 15 juin 2026. Elles doivent être adressées aux coordinatrices du numéro : cecilenarjoux.univpariscite@gmail.com et sophie.lawson@orange.fr 

    Les propositions devront comporter : 

    • Un titre et 4 à 6 mots clés. 
    • Un résumé (entre 3000 et 5000 signes) précisant le cadre théorique et méthodologique,  le corpus d’étude envisagé, ainsi que les principales références bibliographiques.
    • Une notice biobibliographique précisant notamment l’affiliation institutionnelle et la  fonction actuelles. 
    • Le fichier (adressé en format word et PDF) sera nommé de la manière suivante : NOM Prénom-titre-date 

    Les auteur·ices se verront notifié·e·s le 12 juillet 2026. 

    Les articles attendus sont d’un format de 35 à 40 000 signes (espaces, notes et bibliographie incluses) et la version 1 devra être remise au plus tard le 15 octobre 2026, afin de pouvoir être expertisée.

    1. Voir le site https://www.literature.green ; Schoentjes, Pierre, Littérature et écologie. Le mur des abeilles, Paris, Corti, coll. « Les Essais », 2020. ↩︎
    2. Suberchicot, Alain, Littérature et environnement : pour une écocritique comparée, Paris, Champion, 2012 ; Finch-Race Daniel et Posthumus Stéphanie (dir.), French Ecocriticism. From the Early Modern Period to the Twenty-First Century, Frankfurt, Peter Lang, 2017. ↩︎
    3. Schoentjes, Pierre, Ce qui a lieu : essai d’écopoétique, Marseille, Éditions Wild Project, 2015. Marcandier, Christine, L’Écopoétique, Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, coll. « Libre cours », 2024. ↩︎
    4. Simon, Anne et Benhaïm, André (dir.), « Zoopoétique : les animaux dans la littérature de langue française (XXe-XXIe siècles) », Revue des Sciences Humaines, n° 328, octobre-décembre 2017. Simon, Anne, Une bête entre les lignes. Essai de zoopoétique. Marseille, Wildproject., 2021. Voir aussi le Carnet de zopoétique : https://animots.hypotheses.org ↩︎
    5. Blanc, Guillaume, Demeulenaere, Élise et Feuerhahn, Wolf (dir.), Humanités environnementales. Enquêtes et contre-enquêtes, Paris, Éd. de la Sorbonne, 2017. ; disponible en ligne : https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.84270 ; Buekens, Sara, Émergence d’une littérature environnementale : Gary, Gascar, Gracq, Le Clézio, Trassard à la lumière de l’écopoétique, Genève, Droz, 2020. ↩︎
    6. Cornelus, Hannah, Tisser les interdépendances. Écopoétique des liens dans la littérature française contemporaine, Genève, Droz, coll. « Romanica Gandensia », n°54, 2023. ↩︎
    7. Narjoux, Cécile, « “une pluie de pleurs tombant continûment du ciel” : les eaux et les larmes ou le pathétique écologique dans les récits contemporains de catastrophes naturelles », Revue critique de fixxion française contemporaine [En ligne], 31, 2025. URL : http://journals.openedition.org/fixxion/15877 ; DOI : https://doi.org/10.4000/15cih.; Langlet Irène et Huz Aurélie, « Fictions climatiques. Introduction », ReS Futurae, n°21, Fictions climatiques, dir. Irène Langlet et Aurélie Huz, 2023 : https://doi.org/10.4000/resf.12271 ↩︎
    8. Cavallin, Jean-Christophe, et Alain Romestaing (dir.), Écopoétique pour des temps extrêmes, Fabula-LhT, en ligne, n° 27, 2021. https://doi.org/10.58282/lht.2832 ; Barontini, Riccardo, Buekens, Sara et Schoentjes, Pierre (dir.), L’horizon écologique des fictions contemporaines, Genève, Droz, 2022 ; Caracciolo Marco, Contemporary Fiction and Climate Uncertainty. Narrating Unstable Futures, London, New York et Dublin, Bloomsbury Academic, coll. « Environmental Cultures », 2022. ↩︎
    9. Khon, Eduardo (2017), Comment pensent les forêts : vers une anthropologie au-delà de l’humain, Bruxelles, Zones sensibles éditions. ↩︎
    10. Kerbrat-Orecchioni, Catherine, Nous et les autres animaux, Limoges, Lambert-Lucas. 2021. ↩︎
    11. Milcent-Lawson, Sophie,Le Point de vue animal dans les textes littéraires des XXe et XXie siècles, Paris, Classiques Garnier, coll. « Investigations stylistiques », à paraître. ↩︎
    12. Virdis, Daniela Francesca, Ecological Stylistics: Ecostylistic Approaches to Discourses of Nature, the Environment and Sustainability. Palgrave Macmillan, 2022. ↩︎
    13. Voir par exemple Beltran, Perrine, Stylistique du zoocentrage dans les fictions contemporaines de langue française : le rôle de l’analogie, thèse de doctorat, soutenue le 2/12/2024 à Sorbonne Nouvelle, dir. Claire Badiou-Montferran. ↩︎
    14. Goudet, Laura, Paveau, Marie-Anne et Ruchon, Catherine, « Écouter les animaux parler» dans Discours animal. Langages, interactions, représentations :Itinéraires [En ligne], 2020, consulté le 21 février 2026. URL : http://journals.openedition.org/itineraires/8756 ; DOI : https://doi.org/10.4000/itineraires.8756 ; https://journals.openedition.org/itineraires/6587. ↩︎
    15. Voir par ex. Rosier, Laurence, « Du discours rapporté à la dilution énonciative : un paradigme stylistique pour une écriture bestiaire ? À partir de l’exemple d’Un chien à ma table de Claudie Hunzinger », Pratiques, 2023, p. 199-200, https://doi.org/10.4000/pratiques.13704. ↩︎
    16. Milcent-Lawson, Sophie, « Variante physiologique du flux de conscience. Écrire un vécu animal dans la littérature française des XXe et XXIe siècles », dans Éric Baratay (dir.), Ecrire du côté des animaux, Éditions de la Sorbonne, 2023, p. 125-136. ↩︎
    17. Plas, Elisabeth, « ‘(Ainsi parlent les araignées)’ : Les prosopopées sans anthropocentrisme de l’histoire naturelle romantique », Itinéraires. Littérature, textes, cultures, 2, dans le dossier « Discours animal. Langages, interactions, représentations », 2020. DOI : https://doi.org/10.4000/itineraires.8718 ↩︎
    18. Milcent-Lawson, Sophie, « Émergence d’un on trans-spécifique », Pratiques [En ligne], 207-208, 2025, consulté le 22 décembre 2025. URL : http://journals.openedition.org/pratiques/19928 ; DOI : https://doi.org/10.4000/15dim. ↩︎
  • Journées d’étude en présence de l’auteur Philippe Djian « Philippe Djian, polygraphe : Langue, rythme et voix dans une œuvre plurielle »

    Journées d’étude en présence de l’auteur Philippe Djian : « Philippe Djian, polygraphe : Langue, rythme et voix dans une œuvre plurielle »

    AMU, ALLSH, Campus d’Aix-en-Provence, sites Schuman 29 et 3

    Mercredi 8 et jeudi 9 avril 2026

    Porteurs du projet :
    Elodie BURLE, CIELAM, Département des Lettres, ALLSH, AMU
    Joël JULY, CIELAM, Département des Lettres, ALLSH, AMU

    Organisateurs

    • CIELAM,
    • UFR ALLSH,
    • Projet TIGER du master CLIN,
    • INCIAM,
    • CRéaLAME,
    • Association Internationale de Stylistique,
    • Réseau de recherche « Les Ondes du monde »

    Argumentaire

    Depuis la parution de 37°2 le matin (1985), roman qui a immédiatement inscrit Philippe Djian dans le paysage littéraire contemporain, l’écrivain n’a cessé de produire une œuvre prolifique où se suivent et se répondent romans, nouvelles, scénarios, chansons et essais. Cette diversité formelle témoigne d’un rapport singulier à l’écriture : en effet, l’enjeu de cette production artistique repose sur la recherche d’un rythme, d’une voix et d’une musicalité qui justement transcendent les genres.

    Ses œuvres sont traduites dans presque toutes les langues et il est salué comme un créateur dont le talent est mondialement reconnu. S’il a reçu le Prix Interallié pour Oh ! en 2012, il est cependant dommage qu’aucune université française n’ait su lui consacrer en propre de colloque scientifique, alors que d’autres pays comme les Etats-Unis ou l’Irlande l’ont déjà fait ou lui ont rendu des hommages appuyés. Les journées qui seront organisées à AMU par le laboratoire du CIELAM les 8 et 9 avril 2026 seront d’autant plus remarquables qu’elles combleront une profonde lacune dans les rencontres universitaires autour de la littérature ultra-contemporaine en France. Les participants auront de plus le privilège d’y écouter l’auteur, de dialoguer avec lui, et pour les plus chanceux, nos étudiants du master « Création littéraire » parcours CLIN, de travailler à ses côtés lors d’une masterclasse. 

    Les romans de Philippe Djian – de Zone érogène (1984) à Dolorès (2025), en passant par Lent dehors (1991), Oh ! (2012) ou Sans compter (2023) (la liste est bien trop longue !) – offrent un terrain privilégié pour interroger l’économie de la phrase djianienne : jeu sur la ponctuation, ellipses, ruptures syntaxiques et sobriété du lexique instaurent un style à la fois épuré et heurté, qui peut restituer la violence et la fragilité des existences ou des relations humaines, leur vacuité. Le cycle sériel de Doggy Bag (2005-2010) expérimente quant à lui des formes d’écriture fragmentée et des récurrences, inspirées des séries télévisées américaines, questionnant ainsi les frontières de la littérature.

    Parallèlement, l’œuvre brève de Djian – nouvelles regroupées notamment dans 50 contre 1 (1981) – condense en quelques pages des tensions narratives et des enjeux stylistiques qui résonnent avec ses textes plus longs, tandis que ses incursions dans la chanson, en collaboration avec le chanteur et musicien suisse Stephan Eicher, déplacent son univers vers une oralité, une tonalité et une musicalité explicites. Enfin, ses réflexions, rassemblées dans l’essai Ardoise (2002) ou débattues dans de nombreuses interviews, livrent un discours réflexif sur l’acte d’écriture, comme de lecture, ses difficultés, ses choix et ses ambitions.

    Ces journées d’étude se proposent d’examiner la cohérence et les écarts au sein de cette œuvre plurielle. On s’intéressera notamment à la manière dont les choix esthétiques et langagiers – fragmentation, oralité, souci du détail, résonance musicale – circulent d’un genre à l’autre, et à la façon dont Djian renouvelle la perception de ce que peut être le « style » dans la création contemporaine. Il s’agira également de réfléchir à l’inscription de cette œuvre dans un horizon intermédial, où littérature, cinéma et musique se croisent et se répondent. Scénariste ou adaptateur de ses propres romans, Djian a contribué à quelques pages mémorables du cinéma français.

    En interrogeant Philippe Djian à travers ses expérimentations stylistiques et génériques, ces journées souhaitent mettre en lumière une œuvre en mouvement, qui dit le monde, donne le ton, « tient la note », observe, et propose.

    Vos projets de communication (en 300 mots avec une courte biobibliographie) sont à envoyer d’ici le 31 janvier 2026 à elodie.burle@univ-amu.fr et joel.july@univ-amu.fr.

    Comité scientifique

    • Nicolas BIANCHI, MCF université de Toulouse- Jean Jaurès
    • Elodie BURLE, MCF AMU
    • Stéphane CHAUDIER, PR Université de Lille
    • Bernard JEANNOT, MCF université de Nancy
    • Joël JULY, MCF AMU 
    • Jean-Marc QUARANTA, MCF HDR AMU
  • Meilleurs voeux 2025

    Chers adhérents, chers sympathisants de l’AIS,

    Le bureau de l’association vous adresse ses meilleurs vœux pour 2025.

    Nous nous réjouissons de recevoir des annonces de publications et d’événements de plus en plus nombreuses, n’hésitez pas à nous écrire si vous voulez nous signaler des manifestations qui nous auraient échappé.

    L’événement de l’année sera l’organisation d’un atelier HAL en ligne, afin d’améliorer l’étiquetage des articles de stylistique déposés sur la plateforme d’archives ouvertes.

    Le prochain colloque de l’AIS est prévu au printemps 2026.

    Bien à vous,

    Sophie Jollin-Bertocchi pour le bureau de l’AIS

    Site de l’AIS https://aisdev.airaud.net/

    Pour adhérer https://aisdev.airaud.net/actions-de-lassociation/adhesion/#comment-739

    Sur les réseaux sociaux @AIStylistique (twitter/X)

  • Poésie contemporaine : questions de style

    POÉSIE CONTEMPORAINE : QUESTIONS DE STYLE
    Gérard Berthomieu

    EditeurAcademia
    Collection Au coeur des textes

    Date de publication : 20 décembre 2024

    352 pages

    Sur le site de l’éditeur

    Présentation

    Ce livre, Poésie contemporaine : questions de style, rassemble toutes les contributions de Gérard Berthomieu à Place de la Sorbonne, revue internationale de poésie contemporaine de cette université, du numéro 1 au numéro 12. Les vingt-trois notices et autres études qu’il a signées portent sur des écrivains de premier plan, mais aussi sur de jeunes, voire tout jeunes poètes, enfin sur toute la gamme intermédiaire… Mais celle de ses intérêts coïncide aussi et surtout avec un large éventail de types d’écriture, tels qu’ils s’inscrivent, peu ou prou, dans les différents courants de la poésie contemporaine. Aussi bien est-ce là une des vertus majeures des travaux que recueille ce livre : ils nous aident, d’incomparable manière, à lire, reconnaître et comprendre ce qui s’écrit aujourd’hui dans le genre si foisonnant et divers de la poésie.

    Bibliographie

    Gérard Berthomieu est agrégé de Lettres modernes, docteur ès Lettres et maître de conférences honoraire de Sorbonne Université. Il est spécialiste de la langue et de la littérature françaises des xxe et xxie siècles avec une approche stylistique des genres romanesque et poétique, centrée sur la sémantique lexicale et la sémantique grammaticale. Il a notamment coédité aux Presses de l’Université Paris Sorbonne, avec Françoise Berlan, La Synonymie, Actes d’un colloque international qui s’est tenu en Sorbonne en 2007. Il a dirigé avec Sophie Milcent-Lawson un colloque international sur l’œuvre de Jean Giono, Le Discours du roman et ses figures, dont les Actes sont parus sous le titre Jean Giono. Une poétique de la figuration (Éditions Classiques Garnie, 2020). Avec Florence Leca-Mercier et Françoise Rullier-Theuret, il a dirigé un colloque sur l’œuvre de Jean Echenoz dont les Actes sont parus sous le titre Jean Echenoz : la fiction, la langue (Honoré Champion, 2022).

  • L’épistolier-lecteur

    Styles de lettres, styles de vies

    L’épistolier-lecteur. Styles de lettres, styles de vies.

    Séminaire du Centre d’Étude des Correspondances et Journaux Intimes, CECJI, ÉA 7289

    Année 2025

    Responsable : Marianne Charrier-Vozel

    Contact pour la visioconférence : marianne.charrier@univ-rennes.fr

    Programme

    Vendredi 17 janvier 2025

    Vendredi 14 février 2025

    14h-15h30 en visioconférence
    Jürgen SIESS, Université de Caen
    « Rilke épistolier. L’image du lecteur »

    Vendredi 21 mars 2025

    14h-15h30
    Geneviève HAROCHE-BOUZINAC, Université d’Orléans
    « Usages de la lecture dans les lettres de Madame de Sévigné »

    Vendredi 13 juin 2025

    14h-15h30
    Antonia ZAGAMÉ, Université de Poitiers
    « La recherche du bel endroit, un habitus de lecteur de Diderot dans la correspondance à Sophie Volland »

    Vendredi 26 septembre 2025

    14h-15h30
    Suzanne DUVAL, Université  Gustave Eiffel
    « La bibliothèque des épistoliers médecins du XVIIe siècle est-elle ancienne ou moderne? L’exemple de Samuel Sorbière et de Guy Patin »

    Vendredi 10 octobre 2025

    14h-15h30
    Bruno BLANCKEMAN, Université  Sorbonne Nouvelle Paris-3
    « Le « lire-écrire » critique de Marguerite Yourcenar dans sa correspondance »

    Vendredi 14 novembre 2025

    14h-15h30
    Gwenaëlle SIFFERLEN, Université de Bourgogne
    « De Victor Hugo à Juliette Drouet : lire, copire*, écrire »

    Informations pratiques 

    Organisé par Centre des correspondances et journaux intimes des XIX et XXe siècles – CECJI (EA7289)

    Séminaire du 17 janvier 2025 au 15 novembre 2025

    Faculté des Lettres et Sciences Humaines
    20, rue Duquesne
    Brest

    Les séances peuvent être suivies en visioconférence sur inscription, contact : marianne.charrier@univ-rennes.fr.

  • Gilles Philippe, Une certaine gêne à l’égard du style

    Gilles Philippe, Une certaine gêne à l’égard du style, Bruxelles, Les Impressions Nouvelles, 2024, 246 p.

    […]Poursuivant le chemin entamé il y a une vingtaine d’années entre stylistique et critique littéraire, et marqué par une demie douzaine d’ouvrages, G. Philippe, professeur ordinaire à l’Université de Lausanne, continue de décliner son approche transversale du style littéraire moderne et de ses imaginaires. Défenseur d’une stylistique historique désauteuriste, il a notamment publié Sujet, verbe, complément. Le moment grammatical de la littérature française (1890-1940) (2002), puis Le rêve d’un style parfait (2013) et plus récemment Pourquoi le style change-t-il ? (2021), qui porte sur les évolutions stylistiques collectives. Le présent volume développe une thématique, ou plus exactement une problématique rarement abordée par la critique : les tensions théoriques et pratiques autour du style. Cela revient, du moins en partie, à réexaminer le changement stylistique non plus en diachronie mais en synchronie, tout en s’appuyant sur l’évolution générale des pratiques rédactionnelles, que G. Philippe connaît très bien depuis La langue littéraire. Une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert à Claude Simon (2009), l’ouvrage collectif qu’il a codirigé avec J. Piat. Sa réflexion s’inspire ouvertement de la critique déconstructionniste des années 1980 : « ce que nous percevons comme un style, dans sa possible originalité et dans son idéale unité, n’est rien d’autre que le résultat d’options contradictoires et la sédimentation de tensions rédactionnelles » (p. 6). Fondé sur des enquêtes minutieuses portant à la fois sur les œuvres littéraires, les écrits théoriques et la réception critique d’une série d’écrivains, l’essai vise à dégager une typologie et des tendances générales. Il est constitué de sept chapitres équilibrés, portant chacun sur un auteur majeur et/ou mineur du XXe siècle suivant l’ordre chronologique, d’une section consacrée aux sources et aux remerciements, et enfin d’un index des noms propres.

    L’introduction (« Malaises de Bergotte » p. 5-18) expose que « chaque projet esthétique » est « confronté à des injonctions contradictoires et les gère à sa façon » (p. 7). Il existe « trois grandes options » : privilégier une injonction, tenter un compromis entre les injonctions contradictoires ou chercher « une solution tierce […] au risque que cette solution n’engendre une nouvelle tension » (p. 7). Pour expliquer la suspension du « principe de cohérence » (p. 8), G. Philippe rappelle le principe présenté dans son précédent livre, consacré au changement stylistique, à savoir que « [c]haque génération doit […] conjuguer les impératifs et habitudes stylistiques encore vivaces des décennies qui ont précédé et les valeurs et pratiques qui sont en train de s’imposer » (p. 13). L’objectif est triple : typologique – « tensions dans la doctrine elle-même, tensions entre la doctrine professée et la pratique effective, tensions entre les formes rédactionnelles mises en œuvre dans un même texte » (p. 18) –, historique – les tensions repérées sont-elles révélatrices d’une tension plus générale ? – et surtout ontologique puisqu’il s’agit de « faire valoir […] que la tension stylistique est le mode d’existence naturel des œuvres littéraires » (p. 18).

    Le parcours d’écrivains qui permet de dégager les différentes modalités des tensions stylistiques dans la théorie et/ou dans la pratique commence par « La double postulation stylistique de Ramuz » (p. 19-46). Dans la pensée, il existe une tension entre les deux principales revendications rédactionnelles de l’auteur « qui sont le ton de l’oral spontané et « un parler local opposable au parler “de Paris” » (p. 19). Dans la pratique, une langue populaire et locale coexiste avec des tours qui font « écho à l’impressionnisme littéraire “artiste” de la fin du XIXe siècle » (p. 34), comme en témoignent la « marqueterie des temps de la conjugaison » (p. 37) ainsi que l’usage du point de vue et du discours rapporté. L’esthétique « continuiste » du XIXe siècle et l’esthétique « discontinuiste » qui émerge dans le premier tiers du XXe siècle coexistent chez Ramuz, complexité que la tradition critique avait simplifiée « pour sauver la cohérence » (p. 49).

    « La demi-démesure de Bernanos » fait l’objet du chapitre II (p. 47-77). G. Philippe, qui a préfacé l’édition des œuvres romanesques complètes de cet auteur dans la collection « Bibliothèque de la Pléiade » (Gallimard), observe une double série de tensions :

    (la référence répétée à l’enfance dans une œuvre dont la prose récuse tout « esprit d’enfance » ; la convocation d’une langue esthétisée jusqu’à la décadence dans une œuvre qui fait le procès de la littérature) pour mettre au jour une autre série de tensions : le recours à la démesure expressionniste comme solution à un problème proprement stylistique, la conscience que cette démesure n’est qu’un autre piège tendu par la littérature […] et le choix bien périlleux de ce qu’il convient alors d’appeler une demi-démesure comme compromis entre des forces contradictoires. (p. 49)

    En s’appuyant sur les imaginaires du temps, l’auteur de l’essai rapproche le langage de l’enfance d’« une littérature dont le style ne soit pas ou du moins pas trop littéraire » (p. 50), mettant en évidence l’ambiguïté du discours scolaire sur le rapport entre langue et littérature, au moment où Bernanos était scolarisé : le culte des grands auteurs coexiste avec « la méfiance envers l’écriture littéraire » (p. 57). Loin du langage de l’enfance, « [a]vec l’éloquence, le lyrisme est la deuxième pente naturelle de Bernanos » (p. 63), mais sa prose romanesque est surtout « expressionniste » (p. 65). Partagé en somme entre la fascination pour la belle langue et « l’idéal de l’enfance et de la sainteté », Bernanos est un exemple « un peu facile d’un principe […] qui veut que les pratiques rédactionnelles soient constamment traversées de tensions voire d’injonctions contradictoires que l’écriture a parfois pour but de neutraliser, parfois même de masquer » (p. 77).

    Le chapitre III, « Légères tensions, petits tiraillements » (p. 79-109), s’intéresse à Simenon puis à l’écrivaine suisse Catherine Colomb en guise de contrepoint, pour illustrer la thèse qu’ « il n’est probablement aucun texte qui ne présente des tiraillements entre des options stylistiques disponibles ou souhaitées » (p. 79). Simenon fait partie des écrivains au « statut littéraire mal assuré », pour lesquels « la question du style est toujours parasitée par celle de la légitimité » (p. 79). G. Philippe entend montrer qu’il offre pourtant bien « un style d’auteur, répondant aux exigences que la modernité pose aux œuvres pour vérifier la nature proprement littéraire de leur écriture » (p. 79), à savoir l’originalité et la cohérence. Il s’appuie sur quelques-uns des récits de la « période Fayard » – dont les bornes chronologiques auraient pu être indiquées –, au cours de laquelle Simenon a publié sous son nom de naissance. En vertu du principe que « les tensions stylistiques peuvent être en partie ramenées à la confluence de deux courants contraires à un moment donné de l’histoire littéraire » (80), les œuvres de Simenon participent à la fois des pratiques rédactionnelles « du roman impersonnel, subjectiviste voire impressionniste, héritées du second XIXe siècle », et de la « sensibilité expressionniste » (p. 80). L’effacement du narrateur « permet d’adopter la perspective d’une conscience désignée à la troisième personne » (p. 81-82).
    Pour traiter de l’impressionnisme stylistique de Simenon, G. Philippe rappelle au préalable

    que bien des pratiques rédactionnelles sont contraintes par la volonté d’écrire différemment d’encombrants prédécesseurs, mais il s’avère que l’angoisse la plus fréquemment exprimée par les écrivains concerne paradoxalement la possible influence de leur style « spontané » sur l’écriture à laquelle il [sic] souhaite aboutir […]. (p. 83)

    L’impressionnisme stylistique s’appuie sur un « travail sur la grammaire et surtout sur le verbe » (p. 86) : « l’emploi fréquent de l’imparfait dans des séries de verbes qui appellent plutôt le passé simple », « le recours massif à l’animisme grammatical » (ibid.), avec des tours regroupés sous l’étiquette « phénoménisme » (« le réel n’y est plus donné pour lui-même, mais en tant qu’il fait ou peut faire l’objet d’une perception, le phénomène étant alors présenté indépendamment de sa cause ou de son origine » (p. 87)). Bernanos évite les traits « les plus voyants » de l’écriture « artiste », notamment l’inversion emblématique « qui consiste à substantiver l’épithète de sorte qu’elle devienne la tête du groupe nominal, le référent se voyant rejeté en seconde position et la qualité l’emportant sur l’objet » (p. 88).
    La tendance à l’expressionnisme, quant à elle, repose en premier lieu sur la présentation d’un monde et donc d’un vocabulaire dégradé, faisant l’objet d’une « insistance pessimiste » incarnée par une « intensification lexicale ou grammaticale » (p. 91). Plus mesuré encore que son impressionnisme, l’expressionnisme de Bernanos « se heurte à sa volonté de contenir les métaphores et à la répugnance de toute son époque pour les adjectifs » (p. 92). En second lieu, l’expressionnisme s’incarne dans « la présence d’un regard et d’une voix, ou au moins d’un ton, en rupture avec la narration impersonnelle qui est la condition d’être des textes impressionnistes » (p. 93) : la focalisation interne et le discours indirect libre en sont caractéristiques. Mais dans le même temps les romans de Simenon sont parcourus de questions et d’exclamations attribuables à un narrateur car « Simenon ne veut pas faire trop “littéraire”, et sa prose est […] plus proche de celles des romanciers de la veine populiste » (p. 96). Deux traits de modernité sont la phrase sans verbe et la parataxe (suppression des connecteurs).
    À l’instar de Ramuz, Simenon semble donc avoir « voulu céder à la fois à deux tentations contradictoires » (p. 98) : une tentation continuiste (impressionnisme) et une tentation discontinuiste (expressionnisme). Ces tensions se seraient stabilisées et sédimentées par la suite pour former le style de Simenon.

    Le chapitre se clôt sur une section consacrée aux romans de Catherine Colomb parus à partir de 1934, dont la « prose […] réputée difficile et à fort rendement esthétique » (p. 99) présente des « tiraillements rédactionnels » comparables mais en dérogeant par le lyrisme au modèle hérité. L’ « idéologie du style » occulte ces tensions ou tente là encore de les interpréter à tout prix dans un projet esthétique cohérent (p. 109).

    C’est la théorie de Valéry qui fait l’objet du chapitre IV (111-141), lequel s’appuie sur le Cours de poétique de l’écrivain tel que publié par William Marx en 2023. Le principe cardinal de Valéry est que « l’écrivain a vocation à explorer les potentialités de la langue […] » (p. 112), mais aussi, de manière conformiste, le style comme « signature idiolectale » (p. 113). La contradiction est forte, puisque « l’apologie spontanée de l’originalité se teinte souvent d’un soupçon de méfiance envers toute idolâtrie de la nouveauté » (p. 114). « Cette tension entre une conception (disons, néoromantique) purement singularisante du style et le maintien (disons, néoclassique) d’un idéal désingularisé » (p. 114) serait en fait « une simple question de niveaux. La phrase avec ses composants lexicaux, ses tours grammaticaux, ses figures, sera le lieu de l’innovation et de la singularisation ; le texte, en revanche, sera le lieu où se maintient une règle qui s’impose à tous, celle de la continuité » (p. 115). La continuité recherchée est « finalement moins textuelle qu’énonciative », elle est assurée par le maintien de la « voix », c’est-à-dire « par l’omniprésence du je » (p. 120), ce qui permet de « dénouer la tension » entre une double exigence, le singulier et le collectif, l’un et l’autre étant « également nécessaires à la création d’un effet de voix » (p. 120).

    À l’issue de ce parcours des écrits de Valéry sur plusieurs décennies, G. Philippe se tourne vers le cours du Collège de France, qui ouvre une perspective différente, où les tensions stylistiques semblent encore plus vives :

    La poétique prônée par Valéry se veut sinon collective du moins générale et même impersonnelle ; il s’agit de mettre au jour les conditions d’apparition et les modalités de fonctionnement des œuvres sans les ramener à des séries de cas particuliers. On comprend dès lors que la notion du style n’y trouve pas aisément sa place, puisqu’elle désigne pour Valéry la signature rédactionnelle d’un écrivain singulier. (p. 125)

    À la gêne de Valéry face au style s’ajoute sa gêne vis à vis de la stylistique. Il est néanmoins possible « de reconstituer dans le cours les premiers éléments d’une stylistique valéryenne, ou du moins quelques options en vue de la description proprement stylistique des textes. […] le privilège donné à la dimension sonore des faits de langue sur leur dimension lexicale et le faible intérêt accordé aux faits grammaticaux » (p. 133). De plus « la syntaxe n’est jamais considérée pour elle-même par Valéry, mais seulement comme lieu d’appariement des items lexicaux » (p. 134), en d’autres termes « les règles d’agencement des mots dans la phrase relèvent d’une contrainte préétablie comparable aux règles de l’alexandrin classique » (p. 135). Dans ces conditions, « la seule catégorie grammaticale qui intéresse vraiment Valéry [est] l’épithète » (p. 135), parce qu’elle rapproche les termes : « il n’est pas nécessaire d’avoir un lexique étendu et des termes rares pour obtenir le meilleur rendement sémantique : il suffit de jouer sur les acceptions et de travailler les rapprochements […] » (p. 136). G. Philippe aborde pour finir les réflexions de Valéry sur les rapports entre prose et poésie d’une part, et ceux que l’écrivain entretient avec les « bizarreries langagières » (p. 139) d’autre part.

    Le chapitre V, « Bariolages et bigarrures : Camus, 1942 » (p. 143-171), revient sur un roman fort étudié, L’Étranger, à partir d’une remarque de Barthes en 1944 : « le style de son livre repose sur une donnée contradictoire ». Dans un premier temps il décrit la « marqueterie stylistique » du texte, constituée notamment de contradictions énonciatives, qu’il illustre en relevant un certain nombre d’hésitations, « sur l’accord du subjonctif après un verbe recteur à l’imparfait » ou « dans la construction de l’infinitif » (p. 145). C’est l’emploi du discours indirect libre principalement qui a suscité « le sentiment d’un étrange changement de ton à la toute fin du récit » (147), mais c’est aussi l’hésitation « entre volonté d’éviter et volonté d’organiser la textualisation des énoncés » (p. 148), qui passe par l’alternance de phrases simplement juxtaposées et de phrases liées par des connecteurs. Enfin l’instabilité stylistique repose sur l’hésitation entre la simplicité narrative et des « tours ou des images dont la recherche détonne » (p. 152). Mais selon les critiques, « [à] chaque fois […] le lieu de la contradiction se déplace : il est dans le style de l’auteur pour Sartre, dans le ton du récit pour Blanchot, entre le projet de l’œuvre et ses modalités rédactionnelles pour Barthes, entre le personnage du roman et les mots qu’on lui prête pour Nathalie Sarraute (…) » (p. 155). Si l’on compare le texte de 1942 avec les « légères modifications » que Camus lui a apportées « au fil des premières réimpressions » (p. 157), le principe selon lequel « le retravail post-éditorial est généralement guidé par la première réception publique de l’œuvre » (p. 157) semble avoir été respecté. Si ces modifications ne présentent pas de « systématicité », elles sont « congruentes » (p. 158). Elles obéissent à une « visée principalement stylistique, à deux exceptions près […] » (p. 158), qui consiste en l’évitement des « répétitions de mots en contexte étroit, soit par suppression, soit par substitution » (p. 159), la correction des « maladresses lexicales » et les « ajustements grammaticaux » (plus rarement) (p. 160). Le bilan est que « [r]ien de tout ceci ne suffit à modifier radicalement la couleur stylistique de L’Étranger, mais tout nous éloigne de la tonalité légèrement “parlée” que le roman semblait contractualiser en ses lignes initiales » (p. 161). Malgré tout, Camus semble avoir conservé « un certain malaise quant au style qu’il avait utilisé » (p. 162). En résumé, les injonctions contradictoires du style de L’Étranger sont

    la radicalité lyrique du style « spontané » de l’écrivain et l’exigence classique toujours revendiquée ; la nécessité de compenser, par des concessions à la langue romanesque stabilisée, la sécheresse d’une modernité emblématisée par les techniques dites alors « américaines » ; l’exigence d’un réalisme langagier appelé par la personnalité du narrateur et la volonté de fournir un texte qui reste littéraire, etc. (p.169)

    Si « [t]ous les textes présentent […], à un degré plus ou moins grand, des traces de polychronie stylistique […] » (p. 170), les premiers lecteurs ont été gênés par l’absence de cohérence du roman de Camus : « décalage entre ce que nous savons du narrateur et ce que nous voyons de sa langue, […] décalage entre diverses portions du texte, […] tension permanente entre deux modèles rédactionnels » (p. 170). Cette incohérence peut être jugée ininterprétable (c’est « la part d’échec » inévitable de toute œuvre littéraire) ou interprétable. Quoi qu’il en soit, « L’Étranger a vocation à demeurer un cas d’école, puisque la tension stylistique est le régime d’existence normal des textes littéraires » (p. 171).

    Le chapitre VI « Penser à hue, écrire à dia : Sartre, 1952 » (p. 173-203) est dédié à l’écrivain qui aurait été l’initiateur de la recherche des tensions rédactionnelles, peut-être pour « nier son propre malaise » (p. 173). G. Philippe met une nouvelle fois en évidence les trois types de tension possibles : « tension dans la pensée du style, tension entre la pensée et la pratique stylistique effective, tension entre les formes rédactionnelles au sein d’un même texte » (p. 174). « À la dichotomie poésie / prose va peu à peu se substituer une autre opposition, à l’intérieur même de la prose et dans l’œuvre elle-même » (p. 176) : les écrits « en style » et les écrits « sans style » (textes politiques et philosophiques). En plus du couplage qualité des appariements lexicaux / qualité des agencements syntaxiques, pour Sartre, dans les années 1960-1970, « la prose ne sera ainsi pleinement littéraire et le style pleinement style que si une autre exigence est respectée, une sorte de souci formulaire […] » (p. 188). Dans un second temps, l’auteur de l’essai évoque La Reine Albermarle (1951-1952), un livre inachevé dont les fragments qui nous sont parvenus « suivent une série de protocoles rédactionnels parfois bien différents » (p. 192). La contradiction réside dans le fait que Sartre a condamné la prose poétique dans ses écrits théoriques alors qu’il la pratiquait régulièrement et la trouvait pertinente. Sartre voyait dans la « surperception » « le fondement de l’expérience esthétique » (p. 197), et « dans l’image le mode privilégié d’expression littéraire de la surperception » (p. 199). Cela peut expliquer, dans La Reine Albermarle, « l’omniprésence de la métaphore, cet emblème même de la poétisation de la prose » (p. 199). Ce texte montre que « notre quotidien est fait de sensations fines et que, pour en rendre compte, il y a une nécessité expressive voire phénoménologique à recourir à une prose poétisée » (p. 202-203).

    Le dernier chapitre, « Le style pris à son propre piège » (p. 205-232), aborde une « nouvelle configuration » avec une écrivaine « au sommet du canon littéraire », Duras (dont G. Philippe a dirigé l’édition des œuvres complètes dans la « Bibliothèque de la Pléiade »), puis, en contrepoint, le cas plus spectaculaire de l’écrivain suisse Yves Velan. Dans les deux cas, « l’écrivain a rencontré un problème rédactionnel et cherché une solution stylistique qu’il a dûment mise en œuvre, mais cette solution s’est avérée un piège, au point qu’elle a soit créé un nouveau problème, soit accentué le problème précédent » (p. 205). Dans les années 1970, « Duras devient une écrivaine de la voix » (p. 205), tandis que Velan « veut lutter contre l’uniformisation des discours et des formes » (p. 205). G. Philippe enquête alors sur les occurrences du mot voix dans les romans de Duras d’un point de vue quantitatif, mais aussi qualitatif en étudiant les épithètes qui lui sont accolées. Le premier résultat est que « la densité du terme n’a rien de spectaculaire : 0,74 occurrence pour 1000 mots » (p. 206). Mais ce taux global masque des disparités, quantitatives et qualitatives, nettes entre les œuvres : « La densité d’apparition du mot ne permet donc nullement de proposer ou de confirmer une périodisation de l’œuvre de Duras ou de sa sensibilité à ce thème » (p. 207). « Inversement, des taux très différents peuvent masquer des fonctionnements assez proches (…) » (p. 208). Entre les deux conceptions de la voix (faculté des êtres humains à émettre des sons articulés ou « ce qui caractérise, par son timbre et ses intonations, une personne comme singularité sonore » p. 210), Duras semble avoir hésité […] » (p. 211). La « légère » tendance qui se dégage est que l’écrivaine a considéré « de plus en plus la voix […] dans sa matérialité sonore » (p. 211). Cependant l’instabilité de la voix est « une facette d’une instabilité plus générale » (p. 212), de la

    double postulation entre d’une part une fascination pour l’expérience la plus personnelle et la surexpression des sentiments les plus forts, et d’autre part – par simple impossibilité d’atteindre cette plénitude de la présence au monde et à soi – une tentation du neutre, de l’évanescence, de la sous-expressivité. (p. 212)

    G. Philippe rappelle l’importance de la catégorie de la voix pour la littérature narrative de la seconde moitié du XXe siècle, par opposition avec la catégorie de l’oral (pratiques langagières populaires, souci lexical, argot) qui a marqué la littérature de la fin du XIXe siècle et du premier tiers du XXe siècle, emblématisée par Céline. La période « vocale » se caractérise par le souci de l’oral commun (vs populaire) pour « faire entendre une voix derrière le texte » (p. 213), qui se donne lui-même comme un discours spontané non planifié, désigné par Duras elle-même par les expressions « écriture courante » et « écriture de l’urgence ». Les procédés langagiers en sont les ajouts au-delà du point final, les retours reformulatifs ou correctifs, la sous- ou surponctuation, les hésitations, l’incomplétude et l’assouplissement de la contrainte grammaticale. G. Philippe conclut de manière prudente et nuancée « qu’importe l’instabilité de la présence et des emplois du mot voix dans les récits, le style de Duras se serait peu à peu “vocalisé” » […] » (p. 215) tardivement, dans les années 1980, mais non de manière radicale. Il formule à partir de « ce décalage chronologique […] une première hypothèse : il y a peut-être quelque chose qui gêne Duras dans la voix, et cette chose, c’est peut-être le corps » (p. 216). En d’autres termes, Duras ne veut pas « la personnalité ou l’émotion » qui se reflètent dans la voix (p. 219). Ce chapitre illustre bien les apories de la recherche fondée sur la méthode quantitative, et de manière plus générale la difficulté de tout expliquer dans une œuvre littéraire, et de démontrer une hypothèse, en somme, les limites d’une démarche scientifique appliquée aux textes littéraires.

    De son côté, Velan veut lutter contre l’uniformisation en « empruntant à des protocoles rédactionnels peu compatibles » (p. 227), littéraires et non littéraires, mais il se trouve en échec (« désémantisation ») du fait qu’on ne peut pas échapper aux modèles. Cette section permet à G. Philippe de revenir rapidement sur les concepts d’intertextualité, de polyphonie et de postmodernité.

    En conclusion, le livre s’achève sur le constat que la tension « semble avoir traversé tout le siècle, dans la recherche d’un style qui soit à la fois littéraire et non littéraire » (236), et même le style avant-gardiste a cherché à s’inscrire dans la continuité de ce qu’il voulait détruire (p. 237).

    D’un plume alerte, l’essai théorique et critique de G. Philippe se présente à la fois comme une enquête presque policière et une réflexion subtile et nuancée, presque toujours clairement exposée, et solidement étayée à la fois sur une abondante documentation et sur une étude scrupuleuse des corpus.

    Sophie JOLLIN-BERTOCCH
    CHCSC (Centre d’Histoire Culturelle des Sociétés Contemporaines)
    Université Paris-Saclay, UVSQ

  • La Reconstruction

    https://lareconstruction.fr/
    Séminaire-Atelier de lecture 2024-2025

    Lia Kurts-Wöste
    (Université Bordeaux-Montaigne)

    Aspects de la sémiotique des cultures
    Le mardi 12 novembre 2024, 18h-19h15
    En ligne, lien accessible à tous :

    Lia Kurts-Wöste sera présentée par Astrid Guillaume (Sorbonne Université), Directrice fondatrice des Cahiers de sémiotique des cultures et de la collection Sémiotique aux Classiques Garnier.  

    Lia Kurts-Wöste est Maîtresse de Conférences (HDR) à l’Université Bordeaux-Montaigne et membre de l’UR « Plurielles » 24142. Elle développe des travaux en sémiotique des cultures et élabore des éléments de synthèse articulant sémiolinguistique, sémiotique comparée, stylistique et herméneutique, notamment à partir de corpus poétiques modernes et de corpus musicaux. Derniers ouvrages parus : Mondes et poésie. Au cœur des sciences du langage et de la culture (PUBordeaux, 2023); Acte et tact herméneutiques (Champion, 2022) ; avec Astrid Guillaume, Faire sens, faire science (ISTE, 2020) (Making sense, making science (ISTE-Wiley, 2021) ; avec Sophie Jollin-Bertocchi, Anne-Marie Paillet et Claire Stolz, La simplicité. Manifestations et enjeux culturels du simple en art (Champion, 2017).

    Pour recevoir les informations sur les séances du séminaire La Reconstruction :
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    Pour visionner les séances précédentes et accéder aux documents de support :
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    Pour s’abonner à la page Linkedin de LaReconstruction  : 
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  • Le poème en 1924. Aux marges du surréalisme

    Études littéraires, vol. 53, 1 / 2023
    sous la direction de Arnaud Bernadet

    https://www.etudes-litteraires.ulaval.ca
    Le poème en 1924. Aux marges du surréalisme

    Si l’année 1924 est reconnue comme un moment charnière dans la poésie d’expression française, notamment à cause de la publication du Manifeste du surréalisme d’André Breton, elle marque également l’essor de plusieurs auteurs laissés en marge de l’histoire littéraire, restés dans l’ombre du courant surréaliste.
    Ce numéro d’Études littéraires tient donc à revisiter cette année, à redonner à ces écrivains, qui ne sont pas pour autant « d’arrière-garde » ou « antimodernes », leur juste place et à rendre compte du formidable foisonnement de l’époque. Car la modernité du poème qui occupe cette période est effectivement plurielle : elle peut autant user de la révolution que se cantonner à l’évolution. Elle ne se limite pas non plus au centre parisien, et peut également trouver naissance dans la migration et le voyage.
    Au sein même du groupe surréaliste, les visions sont multiples – le groupe refusera d’ailleurs de figurer dans l’Anthologie de la nouvelle poésie française, elle-même dirigée par des surréalistes –, laissant Antonin Artaud « aux confins de l’avant-garde ». Ce dernier n’est pas le seul à préférer les marges aux théories surréalistes : Tristan Tzara répliquera au Manifeste de 1924 par la publication des Sept manifestes dada et Blaise Cendrars refusera de limiter la poésie à une « école exclusive ».
    Ce sont donc les œuvres et les visions, de Cendrars, Tzara et Artaud, en plus de celles de Marcel Thiry, Saint-John Perse, Marcel Mauss, Alfredo Gangotena et Jules Supervielle – tous ayant eu un rôle à jouer dans la modernité de la poésie – qui sont au centre de ce numéro qui montre la richesse véritable de l’année 1924.

    Sommaire

    Arnaud Bernadet
    Voix oubliées, voix décentrées. Lire le poème en 1924 7

    ÉTUDES

    Anne Reverseau
    Anthologie de la nouvelle poésie française de Kra. Défense et illustration de la diversité formelle de la modernité 25

    Alexander Dickow
    Un reliquaire : les Sept Manifestes dada de 1924 41

    Olivier Penot-Lacassagne
    Aux confins du surréalisme, Antonin Artaud… 61

    Claude Leroy
    Spirale de 1924 chez Blaise Cendrars 75

    Bertrand Degott
    Toi qui pâlis au nom de Vancouver de Marcel Thiry: trop pâli pour être moderne ? trop dépoli pour ne pas l’être ? 91

    Nelson Charest
    Pour fêter un contre-don : Mauss et Saint-John Perse 109

    Émilien Sermier
    Le vers au grand large. De Gangotena à Supervielle 123

    Sophie Fischbach
    Poésie et profondeurs : « Toucher violemment le fond des choses ». Les « Poèmes de Guanamiru » (Gravitations) de Jules Supervielle 139

    ANALYSES

    Fatima Zohra Rghioui, Cassandre Heyraud et Camilo Balaguera Fonctions de l’énonciation poétique dans Mahmoud ou la montée des eaux (2021) d’Antoine Wauters 159

    Ismaïl El Jabri, Marie Schaeverbeke et Joana Thanasi
    Voix et énonciation dans Le Musée des contradictions d’Antoine Wauters 175

    Desiré Calanni Rindina
    Modernisme et crise de la représentation dans Aveux non avenus 189

    Claude Tuduri
    L’art de l’amitié chez Montaigne : une pratique poétique, sociale
    et utopique de l’écriture 211

    Notices sur les collaborateurs et collaboratrices

    Résumés / Abstracts

    Feuilleter la présentation

  • Séminaire 2024-2025 « Politiques du style »

    Séminaire 2024-2025 « Politiques du style »

    Un vendredi par mois, de septembre à mars, 16h-18h

    Université Paris Cité et Sorbonne université

    Page du séminaire

    © Hugh Kepets, West 11th St. I Blue Rail

    Argumentaire

    Considérant que, dans l’histoire littéraire, des rapprochements spontanés sont faits entre des styles, individuels ou collectifs, et des positions politiques, le séminaire de recherche « Politiques du style » a décidé d’interroger les interactions entre ces deux domaines, et d’identifier leurs modalités.

    Pour ce faire, nous invitons des chercheurs dont les publications éclairent les rapports entre politique et style sous un angle nouveau ; certaines séances sont en outre consacrées à des travaux inédits, qui constituent autant de prises de recul théorique et méthodologique sur les disciplines littéraires et stylistiques.

    Le séminaire s’intéresse à ce que l’on pourrait appeler l’environnement politique des styles littéraires. Ce premier mode de rapprochement découle d’une simple juxtaposition : qu’un écrivain soit libéral, réactionnaire, féministe ou raciste, il aura toujours un style, susceptible d’être caractérisé en termes politiques par un simple effet de contiguïté. Au prix d’un saut logique, le style des auteurs libertaires deviendrait ainsi le style libertaire. L’environnement politique inclut également les « imaginaires stylistiques », ces discours qui circulent sur le style, et qui sont régulièrement traversés d’enjeux et de représentations politiques. La vocation des stylisticien·ne·s est entre autres d’éprouver la congruence des discours et des pratiques, en portant une attention particulière à la source des jugements stylistiques (les critiques, les savant·e·s, le grand public, l’auteur lui-même).

    Mais le séminaire entend surtout saisir la dimension politique des manières d’écrire elles-mêmes. Il a vocation à accueillir diverses approches. Certaines sont d’ordre sociologique : le style est toujours style en langue, il est symptomatique d’un ancrage de classe ; il est aussi une prise de position dans le champ littéraire, distinguant un·e écrivain·e de ses confrères et consœurs. D’autres empruntent à la pragmatique : le style est une mise en forme du discours qui a une visée (argumentative ou affective) ; en sélectionnant des allocutaires, il dessine une communauté politique. Quelques approches, enfin, soulèvent des enjeux cognitifs ou psychologiques : le style, quoique en apparence extérieur aux rapports sociaux, est un lieu de « résolution symbolique » (Jameson) des contradictions et des conflits (de classe, mais aussi de désir) ; en tant que mise en forme langagière d’une vision du monde, d’un découpage particulier du réel, un style engage un rapport au temps, à l’espace, à la rationalité, à autrui, etc., et en tant que telle invite à élaborer une phénoménologie stylistique (elle-même amenée à aborder les enjeux politiques à travers sa grille conceptuelle propre, selon qu’on s’appuie sur une phénoménologie heideggerienne, sartrienne, levinassienne, etc.).

    Enfin, les productions littéraires sont conjointement langagières (que ce soit sous une forme discursive ou narrative) et idéologiques. Ainsi, une période historique donnée produit des nœuds idéologiques (ou « idéologèmes ») qui se cristallisent dans certaines formes littéraires. Analyser les pratiques stylistiques sur un mode historique doit permettre d’articuler l’interprétation littéraire à une périodisation des rapports sociaux et économiques.

    Calendrier

    27 septembre (Maison de la Recherche de Sorbonne université, salle D421) : 

    Mobilités sociales, distinction et identités collectives, avec Morgane Cadieu (On Both Sides of the Tracks : Social Mobility in Contemporary French Literature, The University of Chicago Press, 2024) et Joachim Mileschi (Usage, création et diffusion de sigles dans le rap francophone (1990-2020), en cours)

    29 novembre (Maison de la Recherche de Sorbonne université, salle D421) : 

    Genres et contre-cultures, avec Marie-Jeanne Zenetti et Matthieu Rémy (« Dernières nouvelles du style situationniste »)

    Janvier (à confirmer) : Entretien de Benoît Auclerc avec Nathalie Quintane

    21 mars (Grands Moulins, salle 679C) : 

    Les nouvelles formes de l’engagement, avec Justine Huppe (La littérature embarquée, Amsterdam, 2023) et Sylvie Servoise (La littérature engagée, Que sais-je, 2023 ; Démocratie et roman, Hermann, 2022)

    Informations pratiques

    Université Paris Cité : Esplanade Vidal-Naquet, Aile C, 6e étage, Paris 13

    Sorbonne université : Maison de la recherche, 28 rue Serpente, Paris 06

  • Le style en (icono)texte : littérature et bande dessinée

    Le style en (icono)texte : littérature et bande dessinée

    16h-18h, Maison de la Recherche
    28, rue Serpente 75006 Paris

    Comité d’organisation :
    Arianna Bocca-Pignoni,  arianna.bocca[a]etu.sorbonne-universite.fr
    Clara Cini,  clara.cini[a]sorbonne-universite.fr
    Norbert Danysz,  norbert.danysz[a]univ-lyon2.fr

    Présentation

    À la suite de la journée d’étude “Penser le style des littératures écrites et dessinées : pratiques de la greffe”, qui s’est tenue à Sorbonne Université le 31 mai 2024, ce séminaire vise à poursuivre les discussions autour de l’objet style en prolongeant le dialogue esquissé entre littérature et bande dessinée. 

    Pensé en littérature comme un écart avec la norme, ou comme une illustration de celle-ci, comme l’expression d’une singularité auctoriale ou comme le reflet d’une allégeance à un courant littéraire, à un genre, voire comme le témoignage de la langue d’une époque, le concept de style s’avère aussi malléable qu’épineux pour la recherche. Prise au croisement de diverses « mystiques » selon François Rastier, à la fois inévitable, et malaisée d’approche, la notion a donné lieu à de nombreuses réflexions depuis l’œuvre fondatrice de Charles Bally instituant en France la discipline de la stylistique. En vertu de sa nature protéiforme, on reconnaît toutefois à la notion de style son adaptabilité puisqu’elle s’emploie aisément pour caractériser tous les domaines et les formes d’expressions, au-delà du seul champ littéraire. 

    Aussi, interroger le style en bande dessinée c’est se heurter aux spécificités du médium : l’hybridité iconotextuelle qui le définit et la réalité souvent collective de sa production. Dans la lignée des approches logocentrées de la bande dessinée, les études liées au style de ce médium se sont originellement concentrées sur ses récits et ses discours. Progressivement, l’intérêt croissant porté à l’esthétique de la bande dessinée a conduit à mener des études stylistiques de ses images, en tentant de dégager des filiations artistiques dans ce qui est considéré non plus seulement comme un médium mais bien comme un neuvième art. Réévaluer la dimension picturale de la bande dessinée amène à s’interroger sur la qualité des images valant pour elles-mêmes, au-delà de leur rôle seulement narratif, en mettant au centre de la préoccupation esthétique la notion de graphiation. Cependant, ces travaux n’en restent pas moins sporadiques et les récentes études font, en tentant de le combler, le constat d’un manque critique important.

    Ce séminaire prend donc le parti de mettre en regard des approches variées, opposées ou complémentaires du style. Tout en s’abstenant de considérer le médium de la bande dessinée comme un simple genre dérivé de la littérature, il s’agira d’envisager, en parallèle ou dans un même geste, des productions pouvant relever de ces deux champs contigus : le roman, la nouvelle, le poème, la micro-fiction, aussi bien que les genres de l’autobiographie au sens large, dans l’album, la planche, le strip voire le cartoon.

    Chaque séance sera l’occasion d’exposer, de confronter ou de réconcilier des approches diverses de la notion de style, notion plastique qui s’avère d’autant plus malléable dès lors qu’on l’applique tour à tour à des corpus textuels ou iconotextuels. Il s’agira ainsi de faire dialoguer deux chercheur·euses spécialistes, l’un·e de littérature écrite, l’autre de bande dessinée, au fil de six rencontres. 

    Programme

    Vendredi 11 octobre 2024 | 16h-18h (salle D223)
    Représentations médiévales et constructions stylistiques
    Anna Denis (Université Paris-Est Créteil)
    Astrée Ruciak (Sorbonne Université)

    Vendredi 6 décembre 2024 | 16h-18h (salle D223)
    Style des auteurs, style des œuvres ?
    Stéphane Bikialo (Université de Poitiers)
    David Pinho Barros (Université de Porto)

    Vendredi 24 janvier 2025 | 16h-18h (D513, Salle 18)
    Principes, survivances et modernités
    Anthony Rageul (Université de Reims Champagne-Ardenne)
    Bernard Vouilloux (Sorbonne Université)

    Vendredi 28 février 2025 | 16h-18h (salle D223)
    Mémoires et trajectoires
    Benoît Crucifix (KU Leuven et Royal Library of Belgium)
    Laélia Véron (Université d’Orléans)

    Vendredi 25 avril 2025 | 16h-18h (salle D223)
    Variations graphiques et textuelles
    Clara Cini (Sorbonne Université)
    Philippe Marion (UCLouvain)

    Vendredi 6 juin 2025 | 16h-18h (salle D223)
    Expressivité de l’(icono)texte
    Éric Bordas (ENS de Lyon)
    Jacques Dürrenmatt (Sorbonne Université)

    Informations pratiques

    Lieu

    Maison de la Recherche de Sorbonne Université
    28 rue Serpente
    75005 Paris

    Inscription obligatoire aux adresses suivantes :

    • arianna.bocca[a]etu.sorbonne-universite.fr
    • clara.cini[a]sorbonne-universite.fr
    • norbert.danysz[a]univ-lyon2.fr