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  • Le sonnet contemporain français (1998–2022)

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    Le sonnet contemporain français (1998–2022)

    de Sandrine Bédouret-Larraburu (Auteur)

    2026

    Editeur Peter Lang
    Collection Études romanes
    Série: Modern French Identities, Volume 151

    Résumé

    Si le sonnet s’impose comme une forme fixe, très réglementée, force est de reconnaître qu’il existe maintenant sous plusieurs formes, plus ou moins fixes et parfois moins que plus, notamment dans le sonnet en prose. Le plan de texte métrique lui servant de définition ne constitue plus une norme. L’auteure a été amenée à réévaluer ce que peut être le sonnet contemporain, à partir d’un arrière-plan culturel très ancré. Elle a émis l’hypothèse que le sonnet constituait un genre défini par des propriétés communes d’ordre thématique, compositionnel et stylistique. L’ouvrage analyse des ensembles de sonnets (une vingtaine de titres de recueils), publiés ces vingt dernières années, pour mettre en évidence une typologie thématique : sonnets amoureux, sonnets tombeaux, sonnets tableaux et sonnets métalinguistiques ; il réfléchit ensuite aux enjeux de la versification, de la syntaxe et de la ponctuation. L’approche stylistique, et plus particulièrement poétique, permet d’interroger la singularité de telles œuvres et leur place dans le champ de la littérature contemporaine.

    Table des matières

    Couverture
    Première page
    Page de droits d’auteur
    Dévouement
    Sommaire
    Liste des illustrations / figures
    Liste des tableaux
    Remerciements
    Introduction : le sonnet : forme fixe ? plan de texte ? généricité ?
    Chapitre I De l’abolition du plan de texte à l’espace-sonnet
    I. Du sonnet classique au sonnet dénaturé
    1) Des formes sonnet
    2) La prosaïsation du vers
    3) Le sonnet dénaturé
    II. Le sonnet espace poétique contemporain
    1) D’une forme reconnaissable à un espace à investir
    2) Deux critères minimaux : la succession de 14 lignes et la sérialité44
    3) Le sonnet au-delà de ses 14 vers
    Chapitre II Le sonnet et ses sous-genres
    I. Le sonnet amoureux
    1) Le « tu » correspondant : une relation à engager
    2) Entretenir la relation
    3) Le rapport au corps et au désir
    4) La temporalité amoureuse dans l’espace sonnet
    II. Le sonnet tableau
    1) Le rapport à l’image
    2) Le sonnet journal
    3) Le sonnet carte postale
    III. Le sonnet hommage : du tombeau à la parodie
    1) Le sonnet tombeau stricto sensu
    1.1 Les tombeaux de Jacques Roubaud
    1.2 Les sonnets tombeaux d’Yves Bonnefoy
    1.3 Tombeaux & taxidermies de Stéphane Crémer
    2) Le sonnet réécriture parodique
    2.1 Renouveler le sonnet en ajoutant des contraintes
    2.2 « Traduire » des sonnets
    2.3 D’ autres types de sonnets : le sonnet irrationnel et le SOLVA
    IV. Du sonnet métapoétique au sonnet métalinguistique
    1) Des arts poétiques
    2) Parler du sonnet
    3) Parler du langage
    Chapitre III Enjeux métriques et syntaxiques des plans de texte183
    I. Tensions entre métrique et syntaxe
    1) Cohésion ou dyscohésion syntaxique dans la cohérence du sonnet185
    2) Effets d’accentuation
    II. Point de vue métrique
    1) Vers, ligne, prose
    1.1 De la prose à la ligne
    1.2 De la ligne au vers libre
    1.3 Le vers mesuré
    2) Rimes et strophes
    2.1 Des strophes construites sur des rimes
    2.2 Variété des plans strophiques
    2.3 Des strophes sans rimes
    III. La ponctuation
    1) Marquer la phrase : la majuscule et le point
    2) Sonnets à ponctuation traditionnelle
    3) Sonnets saturés de ponctuèmes énonciatifs
    3.1 Usage traditionnel
    3.2 Usage innovant
    4) Sonnets sans ponctuation noire
    IV. Modalités d’énonciation
    1) L’expression du lyrisme : la modalité exclamative et impérative
    2) S’interroger, interroger l’autre
    Conclusion
    Bibliographie
    I. Sonnets contemporains
    II. Autres recueils poétiques cités
    III. Articles ou ouvrages sur les auteurs
    IV. Sur le sonnet
    V. Ouvrages de poétique et de linguistique
    VI. Ouvrages généraux
    Index des noms cités
    Index des notions

    Extrait de « Le sonnet contemporain français (1998–2022) »

    Introduction : le sonnet : forme fixe ? plan de texte ? généricité ?

    Parce que la forme est contraignante, l’idée jaillit plus intense. Tout va bien au Sonnet, la bouffonnerie, la galanterie, la passion, la rêverie, la méditation philosophique. Il y a là la beauté du métal et du minéral bien travaillés. (Baudelaire, « Lettre à A. Fraisse du 18 février 18601 »).

    Le Dictionnaire historique d’Alain Rey définit le sonnet comme un emprunt (1537) à l’italien sonnetto (aujourd’hui sonetto), formé à partir de l’ancien provençal sonet « petite chanson » (fin XIIe siècle), lui-même emprunté à l’ancien français sonet (v.1165), dérivé de son, « air de musique d’un chant » (attesté vers 1200). Étymologiquement, le sonnet est donc lié à la musique, c’est une forme de chanson assez libre qui se spécifie en forme fixe. Alain Rey2 rappelle qu’elle contient quatorze vers disposés en deux quatrains sur deux rimes et deux tercets, qu’elle est née au début du XIIe siècle à la cour de Frédéric II de Sicile, retenue par Pétrarque et apparue en France chez Clément Marot, qui en dédie un à la Duchesse de Ferrare (1536), et en même temps chez Mellin de Saint-Gelais et les poètes de l’École Lyonnaise. Elle s’est développée dans toute l’Europe.

    Étienne Souriau dans son Dictionnaire d’Esthétique propose également une entrée au sonnet, qu’il définit comme « poème de quatorze vers, de structure strophique3 ». Il oppose le sonnet français, dit Peletier (ABBA ABBA CCD EDE) et le sonnet anglais (ABAB CDCD EFEF GG ou ABBA CDDC EFFE GG), mais laisse de côté le sonnet italien ou marotique (ABBA ABBA CCD EED). Il introduit ensuite le sonnet libertin, qui « prend des libertés avec la disposition des rimes, surtout dans les tercets » et qui peut plus rarement mêler des vers de longueur différente. Puis, il revient sur une brève histoire du sonnet pour commenter la valeur esthétique de la forme ; il loue ainsi « l’allure large des quatrains » et leur grande unité due aux rimes puis la force du concetto, amené par les tercets « au mouvement vif » :

    Enfin le dernier vers, ou chute, est à la fois clausule donc fermeture pour la forme, et ouverture d’horizons pour la pensée ; il condense l’essentiel du message dans un trait à la fois nouveau et fondamental, il confère rétrospectivement toute sa signification à l’ensemble ; bien frappé, s’il clôt le poème, il en prolonge l’impression, comme résonne un long accord final.

    Souriau associe la valeur esthétique du sonnet à sa forme : forme strophique en quatrains et tercets assise sur des rimes. L’élégance du sonnet et son rythme dépendent donc de cette forme, indépendamment du vers. Il propose alors un petit listing de domaines où il peut s’appliquer et termine sur un exemple de sonnet en monosyllabes4.

    Enfin Michèle Aquien revient sur le sonnet dans son Dictionnaire de poétique5: « certains attribuent l’invention du sonnet sous sa forme fixe aux troubadours », c’est la thèse de Jacques Roubaud ; « d’autres à l’école italienne, et même sicilienne ». Elle définit également le sonnet comme forme fixe de vers longs. La définition choisie est celle du « sonnet français », par opposition au « sonnet italien ». Mais comme le fait remarquer Michèle Aquien, « dès le début, de nombreuses variantes se font jour, en particulier du côté des tercets ». Elle évoque alors les différentes formes utilisées par Baudelaire, qui renouvelle le genre dans la seconde moitié du XIXe siècle et notamment son appropriation du sonnet élisabéthain et justifie ainsi le fait que la forme fixe du sonnet ne puisse se réduire à un enchaînement particulier de rimes, de strophes et de vers :

    Le sonnet a pris quantité de formes différentes : par inversion du système des strophes (sonnet que H. Morier appelle « renversé »), par encadrement des tercets par les quatrains (sonnet dit « polaire »), par alternance des quatrains et des tercets (sonnet dit « alterné »). Il maintient ainsi son pouvoir structurel de manière toujours vivante. Jacques Roubaud lui consacre un ouvrage entier d’anthologie, Soleil du soleil, et invente deux nouvelles formes de sonnets dans son recueil ε (Poésie/Gallimard) :

    • Le sonnet en prose, fondé sur quatre versets, les deux premiers un peu plus longs que les deux derniers […]
    • Le sonnet de sonnets […] (ibid. : 689).

    Nous verrons un peu plus loin que Rimbaud proposait déjà un sonnet en prose. Enfin, Michèle Aquien termine sur la définition du sonnet irrationnel de Jacques Bens, « poème à forme fixe, de quatorze vers (d’où le substantif sonnet), dont la structure s’appuie sur le nombre π », illustrée par un exemple6.

    Si le sonnet de Pétrarque s’impose comme une forme fixe, très réglementée, force est de reconnaître que le sonnet existe sous plusieurs formes, plus ou moins fixes et parfois moins que plus, notamment dans le sonnet en prose. Nous sommes donc amenés à réévaluer ce que peut être le sonnet contemporain, à partir d’un arrière-plan culturel très ancré, puisque le sonnet reste perçu comme représentation du sonnet de Pétrarque : « Tous les sonnets sont des sonnets de Pétrarque7 », écrit notamment Jacques Roubaud.

    Pour André Gendre8 :

    Le sonnet se présente comme une forme fixe ou plutôt semi-fixe, que modèlent trois variables selon trois niveaux :

    1. Le niveau strophique, essentiellement articulé autour des rimes et du rythme ;
    2. Le niveau syntaxique, c’est-à-dire la disposition ;
    3. Le niveau sémantique, qui dépend des deux premiers, mais possède également son autonomie.

    Le niveau strophique pose les problèmes de la définition même du sonnet. Les rimes délimitent trois strophes, c’est-à-dire trois systèmes clos.

    Là encore, André Gendre définit le sonnet comme une forme fixe ou plutôt comme forme semi-fixe. Il attache la définition du sonnet à ce système de rimes. Pourtant André Gendre fait lui-même remarquer que « dans les premières années du sonnet français, on trouve, sous le nom d’épigrammes et même de rondeaux, maintes pièces de quatorze vers, formées de deux quatrains et de deux tercets, alors que d’autres pièces sont appelées “sonnet” qui ne ressemblent en rien à ce que nous nous représentons comme tel » (p. 2). Gendre montre bien que le sonnet tel qu’il le définit correspond à une représentation du sonnet. Jean-Michel Adam s’appuie sur la notion de plan de texte : « ils correspondent à ce que la rhétorique rangeait dans la dispositio. Un plan de texte peut être conventionnel, c’est-à-dire fixé par l’état historique d’un genre ou d’un sous-genre de discours. Il peut être occasionnel, inattendu, décalé par rapport à un genre ou à un sous-genre de discours »9. Un peu plus loin, il définit parmi les plans de texte fixes « les plans oratoires, les plans canoniques de la dissertation, les articles de dictionnaire, la structure en actes du théâtre classique, les structures du sonnet italien et du sonnet élisabéthain » (p. 206). Cette définition du plan de texte sied aux linguistes qui réduisent le sonnet à une forme. Ainsi Michèle Monte choisit de considérer le sonnet comme plan de texte :

    Il y a, me semble-t-il, tout intérêt à envisager le sonnet strictement comme un plan de texte : cela incite le linguiste à examiner avec attention les relations qui s’établissent entre ses différentes strophes. […] Il est ensuite possible de confronter ce plan compositionnel aux modèles génériques qui travaillent le recueil de poèmes et d’évaluer la tension ou au contraire la convergence entre les attendus des genres et les normes internes déployées par le type de sonnet choisi. Dans ce rapport aux genres, le sonnet va alors jouer comme parangon de la poéticité : il n’est pas un genre en tant que tel mais un signe de la poésie10.

    Nous souhaiterions interroger précisément cette question du genre et nous demander pourquoi le sonnet ne pourrait pas être un genre. En effet, un premier argument consiste à s’intéresser aux formes poétiques dans la mesure où la poésie ne peut plus être considérée comme un genre. « La poésie, comme activité d’un poème, est un des universaux du langage. Anthropologiquement. C’est une définition qui échappe au signe. Elle fait du poème une éthique en acte, en acte de langage. Inséparablement du fait que le poème est ce qu’un corps fait au langage11 » (ibid.). L’enjeu pour nous consiste à lire des poèmes du début du XXIe siècle, à réfléchir à leur valeur, à s’interroger sur l’horizon d’attente de lecture que le sonnet peut créer et les perspectives de réinvention du poème qu’il peut susciter : « Et dans la mesure où ce sont les poèmes qui font la poésie, et pas la poésie qui fait des poèmes, il y a un poème quand il y a ce qu’on peut appeler une pensée poétique, c’est-à-dire ce qui transforme la poésie ». Et quelques lignes plus loin, Henri Meschonnic rajoute « la pensée poétique advient, imprévisiblement, quand et seulement quand une forme de vie transforme une forme de langage et quand une forme de langage transforme une forme de vie, les deux inséparablement. Ce qui n’est pas, n’est plus une définition formelle12 ». Il faut donc envisager le sonnet à la fois dans une réflexion qui s’écarte d’une prise en compte formelle mais qui tienne compte de ses caractéristiques poétiques. Le sonnet n’est pas qu’une forme, il est aussi acte de langage qui mérite d’être étudié dans l’historicité du poème et dans son action transsubjective.

    Pour dépasser la définition formelle consacrée par l’ensemble des dictionnaires, nous pouvons nous inspirer de la proposition intéressante élaborée par Dominique Moncond’huy dans l’ouvrage qu’il a dirigé sur le sonnet contemporain. Il voit dans le sonnet un espace13 et ne manque pas de rappeler que les théoriciens du sonnet des écrivains du XVIe siècle à Gendre, en passant par Banville, n’ont construit qu’une approche essentiellement « prosodique et métrique, donc, aux dépens de toute appréhension du sonnet comme forme et manière d’occuper l’espace de la feuille ».

    Dominique Moncond’huy s’appuie sur une analogie qui parcourt la pensée poétique du XXe et du XXIe siècles et qui compare le sonnet à une maison.

    De ce fait, il y a une sorte de contradiction entre la perception métaphorique du sonnet (un mouvement vers le haut) et le mode de lecture du poème dans la page (vers le bas). Et cette contradiction finit par constituer un trait caractéristique du sonnet car s’il est vrai que tout poème, en Occident, se lit du haut vers le bas, seul le sonnet est perçu et pensé comme une forme qui produit une montée – le dirait-on d’une autre forme poétique14 ?

    Il montre ensuite comment l’espace du sonnet est avant tout un espace mental : « Gageons donc qu’un sonnettiste voit le sonnet qu’il compose, qu’il a composé ; qu’il est capable, mentalement, de s’installer dans l’espace qu’il a offert au sonnet en train de s’écrire ou déjà écrit, qu’il est capable de revisiter cette “chambre” du sonnet, cette “chambre” que constitue chaque sonnet » (p. 15). Le sonnet se présente alors comme un tableau, ce qui lui donne une cohérence thématique où le cadre a son importance car « il définit un espace à remplir, à occuper, un lieu à s’approprier par le verbe après qu’il l’a été par le regard ou par l’appréhension mentale. » (p. 17). Cet espace est défini ainsi chez Jacques Roubaud :

    Quand j’ai mis lumière en sonnet je me sens bien,

    Paisible, enveloppé d’oiseaux et d’un rectangle

    Compact. – Proportions ? – Quatorze sur douze15.

    Le sonnet est cette nostalgie d’une forme fixe qui ne l’est plus : c’est devenu un espace fini que le poète veut remplir d’infini, et c’est un nouveau paradoxe afférent au sonnet. Ceci nous permet d’en revenir à la question du genre.

    Pour qu’un sens soit prêté à un texte, il faut qu’il soit en quelque sorte projeté sur « l’arrière-plan d’un schème discursif préexistant »16, qu’il trouve une place « dans les institutions de l’action symbolique, qui ont pour condition et conditionnement en même temps une culture donnée » (ibid. : 426). Nous retiendrons cette définition : « Le concept de discours […] est défini par les traits suivants : uns stabilisation publique et normative, et la possibilité d’un statut institutionnel » (ibid. : 425). C’est dans les genres de discours que nous localiserons cette « stabilisation publique et normative »17. Pour Tzvetan Todorov, « le choix opéré par une société parmi toutes les codifications possibles du discours détermine ce qu’on appellera son système de genres./ Les genres littéraires, en effet, ne sont rien d’autre qu’un tel choix, rendu conventionnel par une société. Par exemple, le sonnet est un type de discours qui se caractérise par des contraintes supplémentaires sur le mètre et les rimes18 » définition qui pourtant rejoint celle d’une forme.

    Néanmoins, il nous semble que le statut de « sonnet » confère « cette stabilisation publique et normative » aux textes du corpus étudié. En ce sens, il nous parait bien constituer un genre. Michèle Monte repart de la définition donnée par Jean-Michel Adam : « “types relativement stables d’énoncés” possédant des propriétés communes d’ordre thématique, compositionnel et stylistique parce qu’ils s’inscrivent dans le même domaine de l’activité humaine dont ils “reflètent les conditions spécifiques et les finalités” » (1984 : 265, d’après Adam, 2011)19 ». Nous proposons donc de réfléchir à ces propriétés communes à partir des grands ordres définis : l’ordre thématique, compositionnel et stylistique.

    Ainsi comme Jean-Michel Adam, comme Michèle Monte, nous réfléchirons davantage en termes de généricité, résultat d’un « dialogue continu, souvent conflictuel, entre les instances énonciative, éditoriale et lectoriale. […] Il s’agit d’aborder le problème du genre moins comme l’examen des caractéristiques d’une catégorie de textes que comme la prise en compte et la mise en évidence d’un processus dynamique de travail sur les orientations génériques des énoncés20 ». Nous nous appuierons sur les 6 propositions élaborées par Jean-Michel Adam :

    1. Tout texte participe d’un ou plusieurs genres.
    2. Les genres sont aussi divers que les pratiques discursives : ainsi « les systèmes de genres et les genres évoluent et disparaissent avec les formations socio-discursives auxquelles ils étaient associés » (p. 15).
    3. Les genres sont des pratiques normées, cognitivement et socialement indispensables.
    4. Les genres sont des catégories dynamiques en variation : « dans le mouvement de l’évolution historique inéluctable d’un genre, “l’aspiration à un renouvellement” (Tomachevski, 1965) touche généralement les procédés canoniques, traditionnels, stéréotypés, en allant même jusqu’à les faire passer parfois du groupe des procédés obligatoires dans celui des procédés interdits » (p. 18). Il nous intéresse ici de voir comment le sonnet contemporain se construit comme genre indépendamment de la forme canonique qui a prévalu dans sa définition jusqu’à la fin du XXe siècle.
    5. Les genres n’existent qu’au sein d’un système de genres : « Les genres sont des catégories définissables par des tendances ou des gradients de typicalité par des faisceaux de régularités et des phénomènes de dominante » (p. 18). Cette remarque nous conduira à penser le sonnet comme poème ; alors que le genre « poésie » ne semble plus pouvoir être défini précisément.
    6. La généricité engage tous les niveaux textuels et transtextuels et les affecte. En ce qui concerne le sonnet, cette proposition nous parait particulièrement pertinente au niveau transtextuel, que ce soit au plan péritextuel (les titres notamment qui renvoient directement au genre ou à une intertextualité, comme Sonnets de la Mort de Bernard Noël) comme au plan textuel, où l’unité du poème doit dire quelque chose du sonnet.

    Ainsi nous proposons de réfléchir à la généricité du sonnet, comme poème. Cette entrée nous permettra d’aborder des problématiques et des considérations qui concernent la poésie contemporaine.

  • Poésie contemporaine : questions de style

    POÉSIE CONTEMPORAINE : QUESTIONS DE STYLE
    Gérard Berthomieu

    EditeurAcademia
    Collection Au coeur des textes

    Date de publication : 20 décembre 2024

    352 pages

    Sur le site de l’éditeur

    Présentation

    Ce livre, Poésie contemporaine : questions de style, rassemble toutes les contributions de Gérard Berthomieu à Place de la Sorbonne, revue internationale de poésie contemporaine de cette université, du numéro 1 au numéro 12. Les vingt-trois notices et autres études qu’il a signées portent sur des écrivains de premier plan, mais aussi sur de jeunes, voire tout jeunes poètes, enfin sur toute la gamme intermédiaire… Mais celle de ses intérêts coïncide aussi et surtout avec un large éventail de types d’écriture, tels qu’ils s’inscrivent, peu ou prou, dans les différents courants de la poésie contemporaine. Aussi bien est-ce là une des vertus majeures des travaux que recueille ce livre : ils nous aident, d’incomparable manière, à lire, reconnaître et comprendre ce qui s’écrit aujourd’hui dans le genre si foisonnant et divers de la poésie.

    Bibliographie

    Gérard Berthomieu est agrégé de Lettres modernes, docteur ès Lettres et maître de conférences honoraire de Sorbonne Université. Il est spécialiste de la langue et de la littérature françaises des xxe et xxie siècles avec une approche stylistique des genres romanesque et poétique, centrée sur la sémantique lexicale et la sémantique grammaticale. Il a notamment coédité aux Presses de l’Université Paris Sorbonne, avec Françoise Berlan, La Synonymie, Actes d’un colloque international qui s’est tenu en Sorbonne en 2007. Il a dirigé avec Sophie Milcent-Lawson un colloque international sur l’œuvre de Jean Giono, Le Discours du roman et ses figures, dont les Actes sont parus sous le titre Jean Giono. Une poétique de la figuration (Éditions Classiques Garnie, 2020). Avec Florence Leca-Mercier et Françoise Rullier-Theuret, il a dirigé un colloque sur l’œuvre de Jean Echenoz dont les Actes sont parus sous le titre Jean Echenoz : la fiction, la langue (Honoré Champion, 2022).

  • Continents manuscrits, n˚ 23, « Senghor : genèse, héritage, actualité »

    Continents manuscrits, n˚ 23, « Senghor : genèse, héritage, actualité »
    direction Edoardo Cagnan et Claire Riffard
    2024
    Accès libre sur : https://journals.openedition.org/coma/11359

    Continents manuscrits, n˚ 23, « Senghor : genèse, héritage, actualité » (dir. Edoardo Cagnan et Claire Riffard), 2024

    Qu’il s’agisse de l’encenser ou de le discréditer, Léopold Sédar Senghor (1906-2001) reste l’un des auteurs francophones les plus étudiés. Un groupe de recherche international, rattaché à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et à l’Institut des textes et manuscrits modernes (ENS/CNRS) à Paris, a été créé pour donner une nouvelle impulsion aux études senghoriennes. Il s’agit de partir des archives pour renouveler les approches : brouillons poétiques, carnets, correspondances, versions préoriginales… Mais constituer et consulter les archives de Senghor ne signifie pas ériger un mausolée de papier à la gloire du poète-président : il s’agit plutôt de remonter la source pour outiller le regard critique du chercheur.

    Le numéro 23 de Continents manuscrits, « Senghor : genèse, héritage, actualité », est un jalon important des travaux du groupe de recherche. La section « Genèse » rassemble onze articles, issus des communications présentées lors de la journée d’étude Léopold Sédar Senghor : genèse d’une œuvre, qui s’est déroulée à la BnF-Richelieu le 27 juin 2024. Intitulée « Héritage », la deuxième section propose cinq entretiens : le premier reprend un entretien de Senghor portant sur la poésie et la francophonie, réalisé par Serge Bourjea et paru dans Notre librairie en 1985, tandis que dans les quatre autres entretiens des personnalités contemporaines (J.-G. Bosio, Sylvie Kandé, Nimrod et Elgas) partagent des souvenirs et rendent compte de leur rapport à l’œuvre de Senghor. Enfin, dans la section « Actualité », des spécialistes rendent compte d’ouvrages parus depuis 2020 sur la vie et l’œuvre poétique et politique de Senghor.

    Sommaire du numéro

    Edoardo Cagnan et Claire Riffard, « Genèse, héritage et actualité de Senghor : Présentation du dossier » (texte intégral)

    Genèse

    Guillaume Delaunay, « Comme les lamantins, les archivistes remontent à la source » (texte intégral)

    Susanne Gehrmann, « La genèse des traductions allemandes de Senghor au prisme des archives berlinoises » (texte intégral)

    Élise Nottet-Chedeville, « De quelques poèmes soi-disant perdus : naissance du rhapsode senghorien » (texte intégral)

    Serge Meitinger, « Le “Cahier de Verson” dans la genèse des Chants pour Naëtt puis des “Chants pour Signare” » (texte intégral)

    Mamadou Ba et Claire Riffard, « Étude génétique d’“Élégie pour la reine de Saba” : “striquant et modulant le cantique de joie” » (texte intégral)

    Alioune Diaw, « “Épitaphe” de Senghor : genèse et significations d’un poème inédit » (texte intégral)

    Edoardo Cagnan, « L’emploi rythmique des connecteurs : entre expressivité et positionnement » (texte intégral)

    Dominique Combe, « L’universalisme de Senghor : Négritude et “Civilisation de l’Universel” » (texte intégral)

    Guy Dugas, « Négritude, Négrité, Judéité, Lusitanité : correspondances croisées de Senghor avec Albert Memmi et Armand Guibert » (texte intégral)

    Giuseppe Sofo, « Une étude génétique des traductions allemandes de Senghor au prisme des archives berlinoises » (texte intégral)

    Serge Bourjea, « Glissant/Senghor : “Consentir à l’autre” : critique de la “voie africaine” de l’universel chez L. S. Senghor » (texte intégral)

    Héritage

    Léopold Sédar Senghor et Serge Bourjea, « Poésie et francophonie : entretien avec Léopold Sédar Senghor » (texte intégral)

    Jean-Gérard Bosio, Coline Desportes et Claire Riffard, « Senghor et les “glacis intérieurs” : entretien avec Jean-Gérard Bosio » (texte intégral)

    Sylvie Kandé et Violaine François, « Constituer l’archive dont il fallait me débarrasser : entretien avec Sylvie Kandé » (texte intégral)

    Nimrod et Claire Riffard, « Le poème sera toujours la genèse du monde : entretien avec Nimrod » (texte intégral)

    Elgas et Elara Bertho, « Une ombre qui veille : entretien avec Elgas » (texte intégral)

    Actualité

    Mouhamadou Moustapha Sow, « Jean-Pierre Langellier, Léopold Sédar Senghor, Paris, Perrin, 2021, 444 p. » (texte intégral)

    Edoardo Cagnan, « Elara Bertho, Senghor, Paris, PUF, coll. “Biographies”, 2023, 170 p. » (texte intégral)

    Maëlle Gélin, « Sébastien Heiniger, Décolonisation, fédéralisme et poésie chez Léopold Sédar Senghor, Paris, Classiques Garnier, coll. “Études de littérature des xxᵉ et xxiᵉ siècles”, 2022, 458 p. » (texte intégral)

    Mamadou Ba, « Augustin Ndione, La Poésie de L. S. Senghor et le lexique biblique : analyse lexicologique et sémantique appliquée aux “Élégies majeures”, Paris, L’Harmattan, 2022, 148 p. » (texte intégral)

    Denis Assane Diouf, « Waly Latsouck Faye, Comprendre Senghor, Éthiopiques : une thèse poétique de la négritude, Dakar, L’Harmattan Sénégal, t. 2, 2020, 481 p. » (texte intégral)

    Laura Gauthier Blasi, « Études littéraires africaines, nᵒ 56, ”Relire Senghor”, dir. Elara Bertho et Étienne Smith, 2023 » (texte intégral)

    Céline Labrune Badiane, « Florian Bobin, Cette si longue quête. Vie et mort d’Omar Blondin Diop, Dakar, Jimsaan, coll. ”Récits”, 2024, 286 p. » (texte intégral)

    Ana Carolina Coppola, « Senghor et les arts : réinventer l’universel : Exposition au musée du quai Branly, Paris, du 7 février au 19 novembre 2023 » (texte intégral)

  • « Je rends chaque coup dans la langue de Césaire ». Le texte de rap, entre poésie et récit francophones

    Date de tombée (deadline) : 20 Décembre 2024
    À : Sorbonne Université – Paris

    Responsable : Sorbonne Univ., Univ. de Bourgogne, Univ. Libre de Bruxelles
    Florian Alix – Virginie Brinker – Marion Coste – Romuald Fonkoua – Laurence Rosier

    « Je rends chaque coup dans la langue de Césaire »
    Le texte de rap, entre poésie et récit francophones

    Colloque international

    Sorbonne Université / Université de Bourgogne / Université Libre de Bruxelles

    « On me tue chaque jour dans la langue de Molière
    Je rends chaque coup dans la langue de Césaire »
    Kery James, « Le poète noir »

    Le rap est un genre musical dans lequel le texte, qui est la responsabilité du MC, est d’une importance cruciale. Très fréquemment, dans les interviews, les rappeur·euses mettent en avant leur activité d’écriture comme partie essentielle de leur art. Nous voudrions par ce colloque rendre compte des phénomènes de continuité qui peuvent exister avec les autres genres poétiques et les genres narratifs des littératures francophones, tout en nous montrant sensibles aux spécificités de l’expression rap. 

    Afin d’éviter des approches textualistes qui réduiraient le rap à ses paroles[1], nous souhaitons que la dimension performée et musicale du texte soit prise en compte.  Il nous semble en effet essentiel d’inclure dans toute réflexion sur ce genre cette dimension intermédiale[2]/transmédiale[3], et de faire porter l’analyse à la fois sur le texte, la musique, l’image et les conditions de la performance, voire l’influence des circuits de distribution et de leurs acteurs et actrices[4]. Cette hybridité médiatique du rap est d’autant plus cruciale qu’elle peut amener à le voir comme une « contre-littérature[5] », telle que Bernard Mouralis a établi le terme pour de tout autres corpus. C’est une pratique qui se fait en opposition à la littérature, parce que le rap intègre d’autres procédés d’expression et parce qu’il s’est construit sur une « illégitimité paradoxale »[6] ; mais il ne cesse d’entretenir une relation avec la littérature, soit explicitement en la citant, soit implicitement en adoptant des stratégies d’écriture qui peuvent y faire écho, soit en affirmant ostensiblement ses distances avec une certaine littérature présentée comme canonique. 

    Interroger cette relation à la littérature francophone et confronter le rap aux outils d’analyse des études francophones nous semblent ainsi à même de révéler des éléments de continuité et de rupture susceptibles d’enrichir la compréhension des spécificités d’écriture de ce genre, tout en l’inscrivant dans une histoire de la pensée qui ne s’est jamais réduite à l’objet livre. Par exemple, se pencher sur la textualité du rap demande de considérer une hybridité formelle à l’aune d’une histoire culturelle marquée du sceau du politique, toutes choses que les études francophones ont développées au fil de leur évolution. Il ne s’agit donc pas de considérer le rap comme relevant des littératures africaines, caribéennes ou maghrébines, mais d’éprouver l’analyse de la textualité du rap à l’aune de méthodologies francophones, et de voir en retour ce que cette intégration du rap apporte à ces méthodologies. 

    Plusieurs axes peuvent être envisagés : 

    1)     Le texte de rap, entre récit, poésie et arts de la scène. La forme courte du texte de rap ainsi que sa réalisation orale invitent de prime abord à classer le rap dans le genre poétique, ce qui a pour intérêt de souligner la façon dont les textes de rap travaillent les rythmes des mots et leurs potentialités évocatrices. La trap par exemple propose souvent des textes sans continuité thématique évidente, dans lesquels la rupture syntaxique et thématique met en valeur la capacité d’évocation des termes[7]. Nous espérons des communications qui porteront sur les spécificités poétiques des textes de rap. Pourtant, force est de constater que les textes de rap construisent aussi des récits. Ainsi, la réflexion pourrait concerner la pratique du storytelling dans des albums (JVLIVS de SCH, L’Etrange histoire de Mr. Anderson de Laylow, Lipopette Bar d’Oxmo Puccino, pour ne citer que quelques exemples) ou des morceaux (J’pète les plombs de Disiz, Petit Frère d’IAM, la série des « Enfants du destin » de Médine), pour étudier la façon dont ces formes construisent le récit. Sans chercher à catégoriser les textes de rap, il s’agira de se montrer sensible aux dimensions poétiques et narratives des textes et à leur entremêlement. L’importance des performances scéniques invite aussi à penser l’influence des arts de la scène sur l’écriture, qui pourrait faire l’objet de communication. L’influence de l’évolution des pratiques d’écoute et des supports de diffusion, de la radio aux CD au streaming, sur les pratiques du texte pourrait aussi faire l’objet de communications. On pourrait également réfléchir à divers emprunts à l’esthétique rap, que l’on peut trouver dans des romans, des pièces de théâtre, des arts séquentiels… 

    2)     Le texte de rap comme pratique intermédiale. Dans la continuité des travaux sur la place de l’oralité dans les poésies francophones, il pourra s’agir d’étudier la façon dont le texte performé de rap joue de cette oralisation pour produire des formes textuelles nouvelles. On pourra ainsi s’intéresser à des morceaux dans lesquels le texte tient a priori une place minime, se réduisant à l’évocation disparate de thèmes et faisant la part belle aux répétitions, pour voir comment l’intérêt du texte peut tenir dans son oralisation et dans sa mise en musique, voire dans sa possible dramatisation[8]. On appréciera particulièrement les communications inscrivant ces pratiques de l’oralité dans la continuité d’autres pratiques poétiques francophones, ou en opposition avec elles. 

    3)     Les références du texte de rap. L’inscription du rap dans les poétiques francophones tient aussi aux choix des références : les travaux de Virginie Brinker ont d’ores et déjà montré la façon dont certains rappeurs et rappeuses citent les penseurs des études francophones[9], et Bettina Ghio a révélé la place de la culture littéraire scolaire dans les textes de rap[10]. Reste à étudier la façon dont le texte de rap construit des systèmes de références piochant dans divers domaines des cultures populaires, films, séries, sports, pour construire des identités francophones ouvertes à des influences mondialisées. Il ne s’agit sans doute pas uniquement de chercher une légitimité littéraire qui se ferait par clins d’œil – geste susceptible de reconduire une hiérarchisation des genres que nous souhaitons éviter – que de déplacer les références en les reconfigurant. On pourrait ainsi interroger la place des mémoires afro-descendantes et des cultures afro-américaines par l’étude des références choisies par les rappeurs et rappeuses et lire ce phénomène comme l’ouverture d’un « cosmopolitisme vernaculaire[11] », selon l’expression de Homi K. Bhabha. Dans les textes de rap, on fait allusion à des poètes français en même temps qu’à Frantz Fanon, le tout sur des musiques influencées par exemple par la rumba congolaise. S’ajoutent à ce mélange des références à des productions audiovisuelles diverses, des films de Scorsese aux séries Netflix, pour étudier les passages transmédiaux auxquels se prête le rap.

    4)     Texte de rap et persona. Dans la continuité de l’étude de la dimension narrative des textes de rap, on pourrait interroger la façon dont le corps du ou de la MC est travaillé et mis en scène pour produire du récit. Il semble ainsi évident que les rappeuses et/ou les rappeur·ses queer, minoritaires dans le rap comme dans de nombreux genres musicaux, se saisissent des opportunités et des limites imposées par leur genre pour construire des persona spécifiques. De même, les différentes performances de la masculinité[12] s’inscrivent dans la création de persona variées. Et la diversification des esthétiques liées à la pratique du rap conduit aujourd’hui à une pluralité de manières d’être une rappeuse, de Casey à Shay, en passant par Chilla. On pourrait établir le même constat sur la façon dont la race, pensée comme une construction sociale, influe sur les persona produites par les artistes. De plus, ils ou elles en jouent en fonction de positionnements esthétiques, qui dépendent des sous-genres dans lesquels chacun·e cherche à s’illustrer. Ces sous-genres impliquent des thématiques et un ton spécifique et variera ainsi la persona de qui choisit la voix du rap conscient, de la trap, du troll rap, etc. Il faudrait se rendre sensible aux stratégies de l’excès, du second degré, de la farce[13], de la figure du trickster, qui appellent à une réception interprétative des morceaux. Une réflexion sur les dynamiques genrées et racialisées à l’œuvre dans l’invention esthétique de persona sera particulièrement appréciée. 


    Comité d’organisation

    • Florian Alix, CELLF/CIEF – Sorbonne Université
    • Virginie Brinker, CPTC – Université de Bourgogne
    • Marion Coste, CELLF/CIEF – Sorbonne Université
    • Romuald Fonkoua, CELLF/CIEF – Sorbonne Université
    • Laurence Rosier – Université Libre de Bruxelles

    Comité scientifique

    • Florian Alix, CELLF/CIEF – Sorbonne Université
    • Francesca Aiuti –Université degli Studi Roma tre
    • Virginie Brinker, CPTC – Université de Bourgogne
    • Marion Coste, CELLF/CIEF – Sorbonne Université
    • Romuald Fonkoua, CELLF/CIEF – Sorbonne Université
    • Anaïs Goudmand, CELLF – Sorbonne Université
    • Magali Nachtergael, Plurielles – Université Bordeaux Montaigne 
    • Laurence Rosier – Université Libre de Bruxelles
    • Serigne Seye –Université Cheikh Anta Diop
    • Cyril Vettorato, Cerilac – Université Paris Cité 

    Calendrier

    Date limite de soumission des propositions : 20 décembre 2024. 

    Les propositions, d’une limite de 300 mots, seront accompagnées d’une brève notice bio-bibliographique. Elles seront envoyées à l’adresse suivante : rapsucolloque@gmail.com

    Retour sur les propositions : début avril 2025. 

    Date du colloque : 20-21-22 novembre 2025.

    — 
    [1] Emmanuelle Carinos et Karim Hammou, « Approches du rap en français comme forme poétique », in Stéphane Hirschi, Corinne Legoy, Serge Linarès, Alexandra Saemmer et Alain Vaillant (dir.), La poésie délivrée, Nanterre, Presses universitaires de Paris Nanterre, 2017, p. 269-284.
    [2] Karim Hammou, Une histoire du rap en France, Paris, La Découverte, 2012 ; Magali Nachtergael, Poet against the machine : une histoire technopolitique de la littérature, Marseille, Le Mot et le reste, 2020 ; Irina Rajewsky, « Le terme d’intermédialité en ébullition : 25 ans de débat », in Caroline Fischer (éd.), Intermédialités, Paris, SFLGC, 2015. 
    [3] Rémi Besson, « Prolégomènes pour une définition de l’intermédialité à l’époque contemporaine », 2014, HAL, https://univ-tlse2.hal.science/hal-01012325v2, consulté le 28 juin 2024. 
    [4] Keivan Djavadzadeh, Hot, cool and vicious : genre, race et sexualité dans le rap états-unien, Paris, Les Prairies ordinaires, 2021. 
    [5] Bernard Mouralis, Les Contre-littératures, Paris, Hermann, coll. « Fictions pensantes », 2011 [1975].
    [6] Karim Hammou, Une Histoire du rap en France, op.cit., p. 12. Voir aussi : Séverin Guillard et Marie Sonnette, « Légitimité et authenticité du hip-hop : rapports sociaux, espaces et temporalités de musiques en recomposition », Volume !, 17 :2, 2020 :2, p. 7-23.
    [7] Juliette Hubert, Esthétique de la rupture comme engagement, du corps au lyrisme, dans le rap et la pop urbaine depuis les années 2000, thèse en préparation, sous la direction de Stéphane Hirschi et Serge Lacasse, Université Polytechnique Hauts de France et Université Laval. 
    [8] Voir Cyril Vettorato, Un monde où l’on clashe : la joute verbale d’insulte dans la poétique de rue, Paris, Éditions des Archives contemporaines, 2018. 
    [9] Virginie Brinker, « Héritages de Césaire, Fanon et Glissant : enjeux politiques et identitaires des références », in Emmanuelle Carinos et Karim Hammou (dir.), Approches formelles des musiques hip-hop, Presses universitaires de Provence, coll. Chants Sons, 2020 ; « Rap français, vers une poéthique cosmopolite », in Guillaume Bridet, Virginie Brinker, Sarah Burnautzki et Xavier Garnier (dir.), Dynamiques actuelles des littératures africaines : panafricanisme, cosmopolitisme, afropolitanisme, Paris, Karthala, 2018, p. 259-270 ; « Actualité de la pensée de Fanon dans le rap de Casey », Mouvements, n° 96, 2018, p. 36-42.
    [10] Bettina Ghio, Sans faute de frappe : rap et littérature, Marseille, Le Mot et le reste, 2016. 
    [11] Homi K. Bhabha, Les Lieux de la culture, trad. Françoise Bouillot, Payot & Rivages, coll. « Petite biblio Payot », 2019 [1994], p. 17-22. 
    [12] Marion Dalibert, « Les masculinités ethnoracialisées des rappeur.euse.s dans la presse », Mouvements, n° 96, 2018, p. 22-28. 
    [13] Voir Cyril Vettorato, Un monde où l’on clashe : la joute verbale d’insulte dans la poétique de rue, op.cit.

  • Une certaine gêne à l’égard du style

    Présentation

    C’est le style, pense-t-on, qui assure l’unité d’une œuvre. Et l’on imagine aussi que les écrivains travaillent avec une idée plus ou moins claire de la façon dont leurs textes doivent être rédigés, si bien qu’il s’agirait simplement pour eux de faire coïncider leur idéal et leur prose. Or, les choses sont plus compliquées…

    Quand on y regarde de près, les pratiques rédactionnelles des écrivains vont à hue et à dia et elles peinent à trouver leur pleine cohérence. On en connaît quelques exemples célèbres : avec bien des premiers lecteurs de Céline, le jeune Claude Lévi-Strauss s’est demandé si c’était bien la même personne qui avait rédigé le début et la fin de certains paragraphes de Voyage au bout de la nuit. Quant aux premières lectures importantes de L’Étranger, toutes se sont étonnées d’une évidente contradiction stylistique dans le roman d’Albert Camus.

    Le présent ouvrage se propose dès lors d’interroger les formes stylistiques à partir de leurs tensions et les discours sur le style à partir de leurs failles. Prenant ses premiers appuis sur une dizaine de cas en apparence fort singuliers (Bernanos, Camus, Duras, Ramuz, Sartre, Simenon, Valéry…), il suggère un principe de lecture et esquisse une typologie des contradictions. Mais il avance aussi deux idées : la première veut que toute la prose du xxe siècle ait connu une certaine gêne à l’égard du style ; la seconde veut que la tension stylistique soit finalement le mode d’existence naturelle des œuvres littéraires.

  • Éthos et style chez les traducteurs de poésie Keats, Leopardi et Heine en français

    Présentation

    À partir d’un corpus de 40 traductions de « L’Infini » (Leopardi), 41 de « La Loreley » (Heine) et 17 de « Bright star » (Keats), du XIXe au XXIe siècles, l’ouvrage propose les bases d’une méthode stylistique pour étudier l’éthos et le style chez les traducteurs de poésie, appuyée sur la statistique.

  • Rhétorique de la requête (XVIe-XVIIe siècles)

    Classiques Garnier, Rencontres, n° 607

    Ellen Delvallée, Cécile Lignereux (dir.)

    283 pages

    31/01/2024

    Lien vers le site de l’éditeur

    Résumé

    L’ouvrage étudie comment les protocoles rhétoriques de la requête, définis et illustrés par les traités de rhétorique et les manuels d’art épistolaire, font l’objet de toutes sortes de variations (sélection, dosage, redistribution) dans les genres adressés des xvie et xviie siècles.

    Table des matières

    Table des matières

    Francis Goyet

    Préface   7

    Ellen Delvallée et Cécile Lignereux

    Introduction   19

    Première partie La requête dans le genre épistolaire

    Cécile Tardy

    Pratiques de la lettre de demande.

    Le florilège de François de Fenne
    (Secrétaire à la mode réformé, 1684)   41

    Adeline Desbois-Ientile

    Lemaire de Belges épistolier.

    L’art de la demande   59

    Agnès Cousson

    Demander, prier, conjurer.

    La petitio dans les lettres de Racine   77

    Laure Depretto

    « Au service de Sa Majesté ».

    Les lettres au roi de Bussy-Rabutin,
    entre demande de grâce et offre de service   95 282

    Deuxième partie La requête en poésie

    François Rouget

    Une espèce discursive de la rhétorique de la requête.

    La réclamation en vers au xvie siècle   115

    Pauline Dorio

    La requête dans les Epistres morales et familieres
    de Jean Bouchet   139

    Robert J. Hudson

    « De style trop mince ».

    L’humilité hyperbolique de la requête
    dans les épîtres lorraines de Clément Marot   157

    Pascale Mounier

    Les requêtes répétées dans les Cent rondeaulx / Et cinq avec.

    Enjeux de la reformulation en série discursive   177

    Véronique Adam

    Le discours de la requête dans l’anthologie poétique
    du premier xviie (1597-1627).

    Compilation hétérogène ou pratique unifiée ?   197 283

    Troisième partie La requête au théâtre

    Christine Noille

    Le traitement de la petitio dans l’intrigue dramatique   215

    Christiane Deloince-Louette

    Astyanax ou la paix.

    La requête tragique d’Ulysse à Andromaque
    dans La Troade de Garnier (1579)   235

    Lauriane Maisonneuve

    La petitio au théâtre.

    Un patron rhétorique
    pour les tragédies du xviie siècle ?   253

    Bibliographie des traités de rhétorique
    et manuels épistolographiques   271

    Index des auteurs de traités de rhétorique
    et de manuels d’art épistolaire   275

    Résumés   277

  • La Langue à l’épreuve. La poésie française entre Malherbe et Boileau

    Tübingen, Narr Francke Attempto Verlag, coll. « Biblio 17« , 2024

    Guillaume Peureux et Delphine Reguig (dir.)

    Lien vers le site de l’éditeur

    Résumé

    Ce livre est une histoire de la poésie en France au XVIIe siècle vue à travers la question des rapports entretenus par les poètes avec la réforme malherbienne, généralement présentée comme uniformément répandue dans les pratiques d’écriture. Les contributions réunies montrent la complexité et la richesse de ces rapports, des divergences et des rapprochements inattendus entre poètes, la profondeur des réflexions menées par les auteurs et autrices, en fonction de leurs convictions philosophiques ou linguistiques, des influences qu’ils subissaient, des contextes politiques et idéologiques qui étaient les leurs. Trois grandes lignes se dégagent de l’ensemble des contributions : la prise en compte des écarts entre le purisme malherbien et la nécessité d’adapter son écriture aux codes d’une forme ou d’un genre ; le déploiement de discours sur l’autonomisation de la langue poétique ; des expérimentations linguistiques qui traduisent une résistance frontale à toute forme d’uniformisation poétique.

    Sommaire

    Le grand laboratoire

    1. Langue et genres poétiques

    Bernd RENNER
    « Ainsi les actions aux langues sont sugettes » : langue et satire chez Mathurin Régnier.

    Antoine SIMON
    « Un stile simple et bas » : dépouillement de la langue dans les Satyres françoises de Jean Vauquelin de La Fresnaye.

    Sophie TONOLO
    En mots et en images, en vers et en phrase : la langue française à l’épreuve de l’épître en vers, de Saint-Amant à Boileau.

    Emily LOMBARDERO
    « Vieux langage » contre « beau langage » : le conte en vers de La Fontaine à Voltaire.

    Lucien WAGNER
    « Une diction toute héroïque » : politique de la langue dans le poème héroïque français des années 1650.

    2. Poésie et usage en tension

    Melaine FOLLIARD
    « Inventer quelque nouveau langage » : les pointes de Théophile de Viau ou la tentation d’une langue neuve en 1620.

    Antoine BOUVET
    Éloquence et modernité de la langue poétique dans la pointe de sonnet au XVIIe siècle.

    Claire FOURQUET-GRACIEUX
    Des « mots farouches pour la poésie » ? Corneille et le lexique français.

    Karine ABIVEN et Gilles COUFFIGNAL
    En quête de variations linguistiques dans les mazarinades burlesques : quels usages de la langue dans la poésie de grande diffusion ?

    Giovanna BENCIVENGA
    Le Conseiller des poètes à l’épreuve. Gilles Ménage entre poésie, héritage italien et observations sur la langue française.

    Sophie HACHE
    Poésie et langue française dans La Rhétorique de Bernard Lamy : entre déception et aspiration.

    3. Inventions linguistiques et poétiques

    Vincent ADAMS–AUMÉRÉGIE
    Comment lire un fragment ? Sacrilège auctorial et perfection linguistique dans les Poésies de Malherbe (1630).

    Stéphane MACÉ
    « Fait pour vaincre la mort et pour étonner l’œil » : à propos de l’enrichissement de la métaphore chez quelques poètes du premier dix-septième siècle.

    Charlotte DÉTREZ
    « Plus j’enrichis ma langue, et moins je deviens riche » : langage poétique et construction de carrière.

    Claudine NÉDELEC
    « Écrire d’une façon, que personne n’oserait parler » : les poètes burlesques et la langue.

    Philippe CHOMÉTY
    La langue poétique comme « anagrammatisation généralisée » au XVIIe siècle : quelques hypothèses et éléments de réflexion.

    Yves Le PESTIPON
    « Cerdis Zerom deronty toulpinye » : audaces de Papillon avec la langue.

  • Am slam gram ! – Cahiers de Littérature Orale

    Cahiers de Littérature Orale

    Lien vers l’appel à contributions

    « Am stram grammatical et collé gram
    Tous les mots de la langue s’empilent l’un l’autre et me montent au cerveau »
    Ivy, « Dire », 2008

    Date de tombée : 15 avril 2024.

    Résumé

    Les Cahiers de Littérature Orale, revue française de référence dans ce champ de recherche, lance un appel à contributions pour un numéro portant sur le slam, qui vise à explorer les évolutions de ce genre. Il s’agit de dessiner les diverses formes que le slam adopte à travers le monde, s’ancrant dans des espaces culturels et s’hybridant avec des traditions orales qui lui préexistent. Dans la perspective de ce volume, nous encourageons une approche internationale et interdisciplinaire croisant les voix de chercheurs·ses en anthropologie, stylistique, linguistique et sociolinguistique, ethnomusicologie et cantologie, littérature, arts et histoire.

    Argumentaire

    Si « ce que slamer veut dire » a pu être exploré ces dernières années, dans le champ des études de performances, de l’anthropologie et de la cantologie, le slam a engendré un retour en force – la force du Dire – de l’oralité poétique dans nos sociétés contemporaines. Avec une bonne quarantaine d’années de recul depuis la naissance du concept de slamming à Chicago dans les années 1980 et dans la lignée de travaux princeps sur ce phénomène (Gregory, 2008 ; Sommers-Willet, 2009 ; Johnson, 2010 ; Willrich, 2010 ; Vorger, dès 2011), le propos de ce numéro des Cahiers de littérature orale vise à explorer les évolutions de ce genre. Il s’agit de dessiner les diverses formes que le slam adopte à travers le monde, s’ancrant dans des espaces culturels et s’hybridant avec des traditions orales qui lui préexistent.

    Des recherches mettent en lumière la façon dont cet art de la confluence fait écho à des traditions orales aussi variées que la cantoria au Brésil (Sousa & Kunz, 2021), le zajal au Liban (Félix, 2009), le kabary malgache (Wells, 2018), le fonnkèr à La Réunion (Glâtre, 2022), les griots en Afrique de l’ouest (Bertho & Bornand, 2020), les Nuits de la poésie au Québec (Brissette & Straw, 2015 ; Fraisse, 2013 ; Paré, 2015), sans oublier la tradition des Hydropathes et des Cabarets en France (Bobillot & Vorger, 2015). Nous aimerions que ce numéro poursuive cette exploration en mettant en lumière ces agencements dans des territoires variés.

    Tout d’abord, s’agissant de ses modalités de performance (Bauman, 1975), nous souhaitons interroger la manière dont le slam s’est affirmé et singularisé. Dans quelle mesure adopte-t-il la forme tournoi ou s’en distancie-t-il pour prendre la forme de scènes ouvertes au sein desquelles chacun·e a voix au chapitre, dans la francophonie et ailleurs ? Quels espaces investit-il ? Nous attacherons un intérêt tout particulier aux tentatives d’historicisation du slam, depuis ses origines jusqu’à ses dispositifs actuels à travers le monde.

    Nous attendons également des réflexions sur la musicalité du slam. En quoi renouvelle-t-il les traditions de poésie orale en remontant jusqu’à la comptine « Am slam gram » dont la figure nodale (l’anadiplose) est fréquemment réinvestie dans le slam et la chanson ? Quelle place prend le rythme (Simon, 2020), dans la performance orale mais aussi dès la genèse ? L’improvisation intervient-elle dans le processus créatif et l’oralisation ? Que se passe-t-il lors de la mise en musique sur scène, voire lorsqu’il donne lieu à une production discographique ?

    Quid des ateliers auxquels il donne lieu ? Comment articulent-ils littératie et oralité (Gendron, 2019) ? Quels objectifs autorisent-ils ? Quels apprentissages favorisent-ils (Émery-Bruneau & Brunel, 2016 ; Géas et al., 2021) ? En quoi peuvent-ils représenter un espace propice à l’éclosion d’une créativité plurilingue et multimodale ? Le slam participe-t-il d’une logique du care (Lempen, 2016), et d’une herméneutique interculturelle (Williamson, 2015) ? Les comptes-rendus d’expériences d’ateliers pourront ainsi faire sens, de même que les entretiens qui apporteront un éclairage nouveau sur ces arts de la parole.

    Enfin, des éclairages sur la dimension politique de l’invention du slam seraient bienvenus. Comment le slam peut-il, selon sa vocation initiale, donner voix aux sans-voix, en se faisant art de la résistance (Scott, 2019) ? Les minorités culturelles s’approprient-elles ce genre (Johnson, 2010 ; Noël, 2014 ; Puzon, 2021 ; Le Lay, 2022) ou au contraire s’en défient-elles ? Est-ce un outil privilégié pour rendre publique la parole des femmes (Vorger, 2019 ; De Bruijn & Udenhoijsen, 2021) ? Quelles passerelles le slam génère-il entre arts académiques et populaires ?

    Dans la perspective de ce volume, nous encourageons une approche internationale et interdisciplinaire croisant les voix de chercheurs·ses en anthropologie, stylistique, linguistique et sociolinguistique, ethnomusicologie et cantologie, littérature, arts et histoire.

    Calendrier et procédures

    Les articles pourront être rédigés en français ou en anglais. Les propositions (comportant un titre et un texte de 2 000 à 3 500 signes maximum, éléments bibliographiques compris) accompagnées d’une brève notice bio-bibliographique sont à adresser à : camille.vorger@unil.ch et à philippe.glatre@univ-montp3.fr avant le 15 avril 2024.

    Une réponse sera signifiée aux auteurs·rices de proposition avant le 15 juin 2024.

    Les articles devront parvenir sous une version aboutie avant le 15 octobre 2024 ; ils feront l’objet d’une évaluation externe par deux relecteurs, selon la procédure habituelle de la revue: https://journals.openedition.org/clo/2533. Ils devront respecter les normes établies par les Presses de l’Inalco, consultables à partir de la page « Note aux auteurs » de la revue : https://journals.openedition.org/clo/851.

    La parution du numéro Am slam gram! est prévue pour 2026 (n° 99).

    Processus de sélection

    Chaque article reçu par la rédaction est examiné d’abord par la ou les personnes qui coordonnent le numéro, puis envoyé conjointement en lecture anonymisée à un membre du comité de rédaction et à un expert extérieur, ou à deux experts extérieurs, choisis en fonction de leur spécialité.

    Coordinateurs

    • Camille Vorger, Maîtresse d’enseignement et de recherche, Université de Lausanne – CEL.
    • Philippe Glâtre, ATER, Université Paul Valéry Montpellier 3 – LIRDEF.

    Comité de rédaction

    • Ioanna Andreesco, Paris
    • Nicole Belmont, EHESS – LAS, Paris
    • Elara Bertho, CNRS – LAM, Pessac
    • Kathie Birat, université de Lorraine – IDEA
    • Sandra Bornand, CNRS – Llacan
    • Manon Brouillet, université de Picardie Jules-Verne
    • Josiane Bru, EHESS – LISST – CAS, Toulouse
    • Zoé Carle, université Paris 8 Vincennes Saint-Denis – Fablitt
    • Agnès Clerc‑Renaud, université de Guyane – LEEISA – ETHNYC
    • Alice Fromonteil, Aix-Marseille Université – CREDO
    • Micheline Lebarbier, CNRS – LACITO
    • Cécile Leguy, université Sorbonne Nouvelle – LACITO
    • Sophie Ménard, université de Montréal
    • Katell Morand, université Paris Nanterre – LESC – Centre de recherche en ethnomusicologie
    • Jean-Marie Privat, université de Lorraine – Centre de recherche sur les médiations – Praxitexte

    Orientations bibliographiques

    Bauman Richard, 1975, « Verbal Art as Performance », American Anthropologist, 1975, vol. 77, n° 2, p. 290‑311. https://www.jstor.org/stable/674535

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    Source

    « Am slam gram ! », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 06 février 2024, https://doi.org/10.58079/vrey

  • Poésie et langages du vivant (XXe et XXIe siècles), deuxième volet.

    Journée d’étude “Poésie et langages du vivant (XXe et XXIe siècles), deuxième volet

    Date limite de l’appel : 1er février 2024

    Université Rouen Normandie, 27 septembre 2024.

    Mont-Saint-Aignan, UFR Lettres et Sciences Humaines.

    Journée d’étude organisée par :

    • Thomas Augais, (Sorbonne Université/ CELLF),
    • Irène Gayraud (Sorbonne Université / CRLC) et
    • Thierry Roger (Université de Rouen Normandie / CÉRÉdI)

    Cette journée fait suite à une première journée d’étude sur cette question, qui a eu lieu le 2 juin 2023 à Sorbonne Université.

    « Que serait la biologie sans les poètes 1 ? », s’interrogeait Francis Hallé citant Ponge et Valéry. Pourtant ceux-ci ne cessent de rencontrer leurs limites, cherchant de quelle manière la langue poétique pourrait retenir quelque chose de la complexité du vivant. Les travaux actuels de l’écocritique et de l’écopoétique, souvent minés par le simple thématisme ou le pur environnementalisme, doivent alors en venir à une interrogation en profondeur sur le signe. Le travail des poètes a-t-il contribué à faire émerger la conscience qu’anthropos et les vivants non humains partagent la même « sémiosphère » ? David Abram et Paul Shepard ont avancé l’hypothèse d’une « co-évolution des formes naturelles et des langages des hommes 2 », inspirant la zoopoétique, qui explore la manière dont « les syntaxes de nos langues répondent à une grammaire de la vie3 ». Pour Philippe Jousset, « le principe qui préside à l’engrènement du logos sur la physis est d’abord celui d’un prolongement4 ». Une telle vision rencontre celle du poète Lorand Gaspar, pour lequel le langage humain est « organiquement lié au langage de la vie5 ». La voie est ouverte pour une relativisation de l’arbitraire du signe, en particulier à partir des travaux de Dominique Lestel s’efforçant de penser une « métabolisation des formes animales par les langages humains6 ». Notre époque est celle d’une grande déstabilisation du langage. Pour l’écrivain Camille de Toledo, attentif à la biosémiotique, c’est « la notion même de langage qui est en train de se déplacer7 ». Prenant appui sur la pensée des intraduisibles de Barbara Cassin8, il en appelle alors à un « continuum du traduire » capable de répondre à ces secousses sismiques lézardant la table d’écriture, si cette table est notre sol. Le moment est venu de sortir d’un logocentrisme humain condamnant les non humains à n’être que des aloga, afin de prendre la mesure des sèves qui ont nourri ce renouveau contemporain dans la manière d’envisager les rapports entre le langage humain et un monde « muet » dont on ne cesse de découvrir à quel point il est saturé de sons, cris, appels, signaux… Pour Gabriel Vignola, il est urgent de « transformer le regard que nous posons sur la théorie littéraire » pour « problématiser la question du langage, de la représentation et de la littérature différemment, dans une perspective inspirée des modèles de l’écologie telle qu’elle se développe en sciences naturelles9 ».

    Il s’agira dans cette journée d’études, située au carrefour entre écocritique et épistémocritique, de reprendre à nouveaux frais le problème de la « sémiotique du monde naturel10 » abordé en son temps par Greimas, en vue d’ouvrir la recherche sur la poésie à l’écosémiotique, laquelle s’appuie sur la biologie de la signification de Jakob von Uexküll. De quelle manière se pose aujourd’hui la question médiévale du liber naturae, de la « lisibilité du monde11 » ? Ne nous conduit-elle pas à interroger les survivances et les transformations, au sein des sociétés modernes, de l’ontologie « analogiste » théorisée par Philippe Descola12 ?

    Cette seconde journée, qui fait suite à celle organisée à Sorbonne Université le 2 juin 2023, sera donc ouverte à des propositions qui, à partir d’un corpus de poésie – française ou comparatiste – postérieur à 1900 chercheront à articuler les travaux récents de la recherche dans les domaines de la littérature, de la linguistique et des sciences du vivant.


    Quelques pistes de réflexion :

    • Les communications chercheront à montrer de quelle manière le bruissement du monde féconde celui de la langue poétique, à partir d’un corpus monographique ou bien en convoquant de multiples poètes. Des études zoopoétiques pourront être envisagées, mais on pourra aussi s’interroger, dans le sillage d’Eduardo Kohn13, sur la pensée des forêts ou celle d’autres vivants non humains.
    • On pourra étudier les échanges entre formes du vivant et formes poétiques, à la lumière des travaux d’Adolf Portmann14, redécouverts par l’esthétique contemporaine, dès lors que « Tout vivant est avant toutes choses une apparence, une forme, une image, une espèce15 ». La notion d’« autoprésentation » animale croise alors celle de mimésis poétique ; « l’apparence inadressée » dialogue, ou non, avec « l’offrande lyrique », et plus largement avec la question de la transitivité en poésie.
    • On s’intéressera particulièrement à des poètes ayant développé une réflexion sur le rapport entre physis et logos, des poètes ayant interrogé la « grammaire du vivant » ou ayant cherché à penser la porosité entre la parole humaine et d’autres formes de langage. On explorera alors le terrain en partie fictif de la « thérolinguistique » chère à Vinciane Despret16. L’adoption d’un tel point de vue anthropologiquement décentré permettra de voir en quoi la parole du poème, contre la syntaxe de la domination, contre la syntaxe du dualisme sujet / objet, peut rencontrer le poème de la fourmi ou du poulpe, écrits dans cette langue « qui n’a pas de centre, une langue traversée ou raversière17 ».
    • On pourra s’intéresser à des cas concrets de dialogue entre des poètes et des biologistes ou des éthologues à propos du langage, et plus largement à la culture scientifique des poètes, lorsque celle-ci naît d’une réflexion sur la « thèse de l’exception humaine18 » dans la sphère langagière.
    • Des communications proposées par des chercheurs en linguistique pourront être précieuses, pour aborder en particulier le rapport entre le langage poétique et le domaine de l’écosémiotique.
    • Les travaux comparatistes pourront se demander si la manière dont les poètes abordent ce rapport entre la parole humaine et d’autres formes de langage est sujette à des variations en fonction des aires culturelles et linguistiques.

    Les propositions de communication doivent être adressées avant le 1er février 2024 à :


    1. Francis Hallé, Éloge de la plante. Pour une nouvelle biologie, Paris, Editions du Seuil, 1999, p. 104. ↩︎
    2. Anne Simon, Une bête entre les lignes, essai de zoopoétique, Marseille, Wildproject, 2021, p. 104. Voir David Abram, Comment la terre s’est tue. Pour une écologie des sens [1997], trad. Didier Demorcy et Isabelle Stengers, Paris, La Découverte, 2013 ; Paul Shepard, Thinking animals: Animals and the Development of Human Intelligence, Athens, University of Georgia Press, 1978. ↩︎
    3. Ibid., p. 105. ↩︎
    4. Philippe Jousset, Anthropologie du style. Propositions, Pessac, Presses universitaires de Bordeaux, 2007, p. 28. ↩︎
    5. Lorand Gaspar, Approche de la parole, Paris, Gallimard, 1978, p. 10. ↩︎
    6. Dominique Lestel, L’Animal singulier, Paris, Seuil, 2004, p. 59. ↩︎
    7. Propos tenus lors du séminaire « Identités plastiques », organisé par Irène Gayraud, Danielle Perrot-Corpet et Judith Sarfati Lanter : « Réécrire la loi. Rencontre avec Camille de Toledo », séance du jeudi 19 mai 2022, Sorbonne Université. ↩︎
    8. Barbara Cassin (dir.), Le Vocabulaire européen des philosophies : Dictionnaire des intraduisibles, Paris, Seuil, 2004. ↩︎
    9. Gabriel Vignola, « Écocritique, écosémiotique et représentation du monde en littérature », Cygne noir, no 5, 2017, URL : http://revuecygnenoir.org/numero/article/vignola-ecocritique-ecosemiotique [consulté le 30 juin 2022]. ↩︎
    10. Algirdas Julien Greimas, « Conditions d’une sémiotique du monde naturel », Langages, 1968, 10, p. 3-35. ↩︎
    11. Hans Blumenberg, La Lisibilité du monde, Paris, Le Cerf, 2007. ↩︎
    12. Philippe Descola, Par-delà nature et culture (2005), Paris, Gallimard, 2015. ↩︎
    13. Eduardo Kohn, Comment pensent les forêts, trad. Grégory Delaplace, Paris, Zones Sensibles, 2013. ↩︎
    14. Adolf Portmann, La Forme animale, Préface de Jacques Dewitte, Paris, La Bibliothèque, 2013. ↩︎
    15. Emanuele Coccia, La Vie sensible, trad. Martin Rueff, Paris, Payot, 2010, p. 10. ↩︎
    16. Voir Autobiographie d’un poulpe, Arles, Actes Sud, 2021. ↩︎
    17. Ibid., p. 88. ↩︎
    18. Jean-Marie Schaeffer, La Fin de l’exception humaine, Paris, Gallimard, 2007. ↩︎