Étiquette : discours

  • Les Discours adressés au(x) pouvoir(s)

    Classiques Garnier, POLEN – Pouvoirs, lettres, normes, n° 37

    Noëlline Castagnez, Laure Depretto, Julien Véronèse (dir.)

    418 pages

    Parution : 22/05/2024

    Lien sur le site de l’éditeur

    Résumé

    La réflexion interdisciplinaire sur les discours adressés aux pouvoirs interroge les pratiques sociales de la requête, de la pétition, de la célébration ou de la critique des autorités, montrant les normes, stratégies et contraintes de tels discours et le rôle joué par les porte-parole et intercesseurs.

    Table des matières

    Noëlline Castagnez, Laure Depretto etJulien Véronèse

    Introduction   7

    PREMIÈRE PARTIE S’ADRESSER AU PRINCE LOUER, BLÂMER, CONSEILLER

    Pierre-Alain Caltot

    « Patrivmque aperitvr vertice sidvs ».

    Mise en scène de la comète de César comme discours adressé
    au Prince dans la poésie latine augustéenne et néronienne   15

    Emilia Ndiaye

    À Memmius ou Lucilius, à Sisebut ou Richard.

    Quelques adresses d’auteurs de traités sur la nature
    à des hommes de pouvoir   35

    Rosa Benoit-Meggenis

    La parrèsia du moine dans l’empire byzantin (viiie-xiiie siècles)   55

    Karol Skrzypczak

    S’adresser au roi en son absence.

    La première Justification du duc de Bourgogne
    et la Proposition de l’abbé de Cerisy (1408)   71 416

    Bernard Ribémont

    Du prince défunt (Philippe le Bon)
    au prince successeur (Charles le Téméraire).

    L’adresse au pouvoir de Guillaume Fillastre,
    chancelier de l’Ordre de la Toison d’Or    91

    Mellie Basset

    Fénelon, conseiller politique du duc de Bourgogne.

    Étude de la correspondance adressée au prince
    durant la guerre de Succession d’Espagne   105

    DEUXIÈME PARTIE SUPPLIQUES, REQUÊTES, PÉTITIONS

    Laure Depretto

    Écrire en disgrâce.

    Bussy-Rabutin s’adresse au roi-lecteur   127

    Jeanne-Marie Jandeaux

    Le discours familial auprès du pouvoir royal
    et de ses représentants dans les dossiers d’enfermement
    pour correction au xviiie siècle   145

    Éric Derennes

    Des femmes interpellent les Chambres
    en faveur de la duchesse de Berry (1832-1833)   163

    Oriol Luján

    Moyens de domination ou d’émancipation ?

    Une analyse comparée des pétitions adressées
    au Parlement en France et en Espagne au xixe siècle   181

    David Bellamy

    Écrire à l’Élysée sous la présidence de René Coty (1954-1959)   197 417

    Grégoire Le Quang

    Toucher le cœur de l’État.

    Les lettres adressées au président de la République
    pendant l’enlèvement d’Aldo Moro (mars-mai 1978)   211

    Claire Hugonnier etGeneviève Bernard Barbeau

    « Votez contre », ou quand un mouvement contestataire
    s’adresse aux pouvoirs étatiques.

    Le cas du collectif Marchons Enfants !   231

    TROISIÈME PARTIE AU NOM DE… REPRÉSENTANTS ET INTERCESSEURS

    Quentin Verreycken

    As moost Cristen prynce whos clemens is to be noted.

    Tempérer la grâce du roi
    en Angleterre et en France (xiiie-xve siècles)   249

    Laurent Bourquin

    Se plaindre au gouverneur.

    Les requêtes présentées au duc de Nevers
    pendant les guerres de la Ligue (1589-1594)   267

    Antoine Ropion

    De la supplique au manifeste public.

    Les adresses au pouvoir des ouvriers en soie lyonnais
    (1744-1793)   283

    Pierre Allorant

    Discours adressés aux préfets.

    Cibles ou médiateurs, de Napoléon à la Libération ?
    (1800-1945)   301 418

    Erwan Pointeau-Lagadec

    Demander ou s’opposer au changement de statut légal
    du cannabis par voie de presse.

    De « L’appel du 18 joint » à « L’appel des 80 parlementaires
    Les Républicains » (1976-2021)   313

    Noëlline Castagnez et Laélia Véron

    Dix « emmurés vivants » de Clairvaux réclament
    à l’État français le rétablissement de la peine de mort.

    S’adresser au pouvoir quand on est détenu   333

    Nolwenn Duclos

    La question prioritaire de constitutionnalité   361

    Michel Offerlé

    Épilogue.

    Pourquoi et comment comprendre celles
    et ceux qui écrivent aux autorités   377

    Remerciements   397

    Index   399

    Résumés   407

  • Comment faire pour dire vrai ? Perspectives pragmatiques

    UGA Éditions, Langues, gestes, paroles

    Sous la direction de Éric Grillo et Michel Dufour

    Date de publication : 29 Février 2024

    Lien vers OpenEdition

    Présentation

    Michel Foucault voyait dans la distinction du vrai et du faux un grand « principe de raréfaction » des discours, participant de leur contrôle et de leur assujettissement en instaurant le grand partage de la raison et de la folie. Mais jusqu’à récemment, pour principe d’exclusion qu’il fût, le vrai ne laissait pas, dans l’ordre de la raison, et sur ses territoires, de jouer encore un rôle fédérateur. Or, il semblerait qu’aujourd’hui, ce pouvoir fédérateur du vrai soit relégué au rang des illu­sions métaphysiques. Des fake news aux « faits alternatifs », des bidonnages médiatiques aux thèses complotistes, tout se donne pour « vrai », comme si le vrai n’était plus qu’une bannière que chacun brandit pour défendre « sa » vérité. D’où une défiance généralisée, envers les médias, les institutions démocratiques, la science même. Alors du vrai faut-il faire table rase ? Ou se résigner à n’y voir qu’une affaire de préférence ? Pas pour les auteurs réunis ici, philosophes, anthropologues, spécialistes des sciences de la communication, qui endossent la posture du théoricien ou celle de l’enquêteur de terrain. Pragmaticiens de formation ou d’obédience, ils s’efforcent, par l’analyse de situations ou d’objets divers et parfois inattendus, de mettre au jour les conditions et contraintes structurelles, conventionnelles, contextuelles, relationnelles, à l’œuvre dans la promotion d’un discours « vrai ».

    Sommaire

    Introduction

    Partie I. — Faire vrai : stratégies, procédures, usages

    Bruno Ambroise I.1. — Quand dire la vérité, c’est faire. Propos austiniens sur l’assertion comme acte de parole

    Marie-Noëlle Doutreix I.2. — Petites faussetés et grandes vérités : approcher le vrai en disant le faux ?

    Marie-France Chambat-Houillon I.3. — Que font les témoignages ordinaires à la sincérité du discours journalistique

    Partie II. — Le « dire vrai » comme faire ensemble

    Éric Grillo II.1. — Dire vrai, une activité conjointe ?

    Jean-Bernard Cheymol II.2. — Les ambiguïtés de l’éthique de la coopération pour dire vrai dans Dr House

    Pierre Diarra II.3. — Elle est très gravement malade… Suggérer sans vouloir cacher la vérité

    Partie III. — Aux frontières du dire vrai

    Dusa Dan III.1. — Sur l’impossibilité de dire le vrai

    Julien Labia III.2. — Du contournement pour dire vrai en temps d’actualité saturée. L’effet indirect, au jour de Louis Feuillade et Pierre Dac

    Michel Dufour III.3. — L’insulter est-ce lui dire ses quatre vérités ?

    Post-scriptum, en guise de conclusion

    Bibliographie générale

    Notices biographiques des contributeurs

  • DES FIGURES AU DISCOURS

    Hommage à Claire Stolz

    Florence Leca Mercier
    Geneviève Salvan
    Anne-Marie Paillet

    Academia
    Collection : Au coeur des textes
    Lien vers la page consacrée à l’ouvrage

    Date de publication : 12 juin 2024
    Broché – format : 13,5 x 21,5 cm – 174 pages

    Présentation

    Cet ouvrage réunit des études stylistiques en hommage à Claire Stolz, Maîtresse de conférences à Sorbonne Université. Il propose des études sur la littérature contemporaine, sur des auteurs et autrices aussi divers que Saint-Exupéry, Genet, Éric Chevillard, Assia Djebar, ou Annie Ernaux. Les spécialistes les plus éminents de l’analyse des discours et de la figuralité (D. Maingueneau, M. Bonhomme) ont apporté leur contribution, et on y trouvera un inédit de l’écrivaine Dominique Barbéris.

    Biographie des autrices

    Florence Leca Mercier, maîtresse de conférences à Sorbonne Université, est stylisticienne, spécialiste de Jean Genet.
    Anne-Marie Paillet est maîtresse de conférences à l’École Normale Supérieure de Paris. Ses recherches en stylistique portent essentiellement sur l’ironie et l’humour.
    Geneviève Salvan est professeure à l’Université Côte d’Azur, et spécialiste en analyse du discours.

  • Revue des Sciences Humaines, n° 354 , Imaginaires classiques en littératures contemporaines. Styles, Genres, Discours

    Sous la direction de Claire Badiou-Monferran, Adrienne Petit et Sandrine Vaudrey-Luigi

    Éditeur Presses Universitaires du Septentrion
    Revues de sciences humaines numéro 354

    Disponible en version OpenEdition

    Publication juin 2024
    244 pages

    Présentation

    L’avenir de la langue littéraire serait-il donc classique ? Le présent volume se propose d’explorer la diversité et la recomposition des imaginaires classiques dans la littérature des quatre dernières décennies. Il s’agit d’en apprécier les réappropriations contemporaines en s’intéressant plus particulièrement à la dimension linguistique et rhétorique, c’est-à-dire à « l’écrire classique », selon l’expression de Barthes.

    Table des matières

    Télécharger la version PDF de la table des matières :

    Claire Badiou-Monferran, Adrienne Petit et Sandrine Vaudrey-Luigi
    Introduction 

    I. Imaginaires classiques des styles

    1. Mémoire d’un style d’auteur : les Mémoires de Saint-Simon

    Frédéric Martin-Achard et Agathe Mezzadri-Guedj
    « La langue danse toute seule » : rémanence syntaxique de Saint-Simon chez François Bon

    Juliette Nollez
    L’empreinte saint-simonienne dans L’Historiographe du royaume de Maël Renouard

    2. Entre style d’auteur, style de genre et style de langue : les « contes-de-Perrault »

    Claire Badiou-Monferran et Emily Lombardero
    Conter après Perrault : imaginaire résiduel vs imaginaire rémanent du genre « conte »

    Delphine Reguig
    « La fée, c’est vous » : réécrire le genre, dire le monde dans Mes contes de Perrault de Tahar Ben Jelloun

    Laurent Susini
    Récrire La Barbe bleue : Amélie Nothomb

    II. Imaginaires classiques des genres de discours et des registres

    1. Autour des genres de discours : oraison funèbre, épopée, dialogue des morts

    Sophie Milcent-Lawson
    L’oraison funèbre revisitée. Référence et irrévérence dans Sans l’orang-outan d’Éric Chevillard

    Erik Leborgne
    Le « lugubre sabir d’outre-tombe » des épopées détraquées d’Antoine Volodine

    2. Autour d’un registre : la simplicité

    Stéphanie Bertrand
    Rémanence des enjeux spirituels de la simplicité d’écriture dans une certaine poésie contemporaine

    III. Imaginaires classiques des traditions discursives

    1. Autour de la préciosité

    Laurence Rosier
    Poétique de la riposte : quelques considérations sur les « styles » d’autrices contemporaines

    2. Autour du cartésianisme

    Perrine Beltran et Camille Delattre-Ledig
    L’argumentation anticartésienne à l’époque contemporaine, des essais aux fictions animalistes

    Recension

    Antoine Deslauriers
    Justine Huppe, La littérature embarquée, Éditions Amsterdam

    Nicole Jacques-Lefèvre
    Thibaut Maus de Rolley, Moi Louis Gaufridy, ayant soufflé plus de mille femmes. Une confession de sorcier au xviie siècle, Les Belles Lettres

    Nicole Jacques-Lefèvre
    Jacques Fontaine, Discours des marques des sorciers et de la réelle possession que le diable prend sur le corps des hommes, 1611, Jérôme Millon

    Laure Coppieters
    Kevin Even, La Question environnementale chez Jules Verne. Écrire, prédire, prévenir la catastrophe écologique, Presses universitaires de Lyon

  • Anna Jaubert, La Stylisation du discours, Paris, Classiques Garnier, 2023.

    Compte-rendu par Sophie Jollin-Bertocchi

    Une trentaine d’années après La Lecture pragmatique (Hachette, 1990), Anna Jaubert prolonge sa réflexion dans un livre au style brillant mettant à l’honneur une notion qui a récemment gagné en visibilité dans le domaine des études littéraires et linguistiques : la stylisation. Mobilisée par un autre stylisticien de la même Université Côte d’Azur, Ilias Yocaris (Style et semiosis littéraire, Garnier, 2016), elle est également au cœur d’une étude plus circonscrite, La Parole stylisée. Étude énonciative du discours indirect libre de Jean-Daniel Gollut et Joël Zufferey (Lambert-Lucas, 2021). Le terme n’est pas pris ici dans son sens propre de schématisation, si ce n’est ponctuellement, mais dans celui de « processus » qui confère une valeur à un discours, pour substituer une vision dynamique à la vision traditionnellement statique du style. L’ouverture théorique d’une vingtaine de pages présente l’idée directrice, « l’appropriation de la langue déclenche le mouvement de la stylisation » (p. 152), la démarche théorique visant à élever le coefficient scientifique de l’analyse stylistique. Soigneusement structuré, l’ouvrage comporte trois parties, une riche bibliographie, un index des noms et un index des notions.

    La première partie (p. 19-74), intitulée « Le cadre d’un processus », présente le point de vue génétique qui préside à la démarche : le style y est abordé « dans la dynamique de sa construction, comme une valeur qui advient au discours par degrés » (p. 17), démarche inspirée par la pensée du linguiste Gustave Guillaume et son concept de « temps opératif ». Pour décrire ce processus d’« appropriation de la langue », c’est-à-dire son actualisation en discours par un sujet en situation, Anna Jaubert reprend son schéma de la « diagonale du style » (2007) qui décrit le parcours entre le pôle universalisant de la langue et le pôle particularisant du discours, déterminant les « états du style ». Dans un second temps, dans la lignée des travaux de Jean-Michel Adam, l’auteure présente l’importance de la « médiation des genres » à partir du constat que « le style se donne comme un ensemble de traits appropriés à un projet communicationnel », inscrits « dans les modèles stabilisés de genres plus ou moins dédiés, avec des formes prévisibles » (p. 46) qui déterminent à la fois des choix énonciatifs et des modes d’organisation. Elle montre que les genres de discours, « profileurs de style » (p. 41), « représentent un point de bascule […] entre la qualification et la requalification des moyens expressifs » (p. 55) en valeurs. La médiation du genre conditionne la stylisation et de ce fait atténue le sentiment d’individuation. Anna Jaubert distingue deux niveaux de conditionnement (p. 62) donnant lieu à deux « formats de généricité » (p. 73) : au premier niveau, les genres premiers qualifient un style approprié au projet communicationnel ; au second niveau, la requalification (ou surqualification, ou stylisation seconde) tient à la dimension esthétique et réflexive des formes qui caractérise les genres littéraires (ou genres seconds), ce que l’auteure illustre à partir d’extraits de théâtre qui transposent le genre de la conversation et reconditionnent ses codes.

    Dans la deuxième partie (p. 75-155), « Des lieux d’émergence », le propos se centre sur deux postes d’analyse, les figures et la phrase, considérés comme « les points sensibles de la stylisation ». Ils permettent d’observer « les variations stylisantes » qui opèrent « la signifiance augmentée » (p. 79). La figuralité fait d’abord l’objet d’une reconception à l’aune de la « problématisation énonciative » (p. 80) : « […] la perception des figures repose sur ce parti pris énonciatif de non-coïncidence entre le dire et le dit. Cette non-coïncidence relève d’une traversée énonciative biaisée qui, perdant en immédiateté, s’allonge, gagne de l’épaisseur opérative, et devient visible pour elle-même » (p. 83). Les concepts qui fondent le point de vue d’Anna Jaubert sont le dialogisme interne des figures et l’énonciation clivée (p. 84). Elle examine ensuite quelques figures (oxymore, euphémisme, litote, hyperbole), évoque l’humour et l’ironie, en soulignant le rôle des figures dans la cohérence textuelle. Dans un second temps, l’auteure s’intéresse à la limite de rendement, à « la maximalisation d’une construction grammaticale » (p. 102), l’apposition, puis à la textualisation des temps dans la narration. Le second volet de la deuxième partie porte sur la phrase, point névralgique du style – comme l’indiquait Georges Molinié dans ses Éléments de stylistique française (P.U.F., 1986) –, et par conséquent sur le statut stylistique de la syntaxe, du point de vue particularisant du style d’auteur. En premier lieu, partant du statut de la phrase dans l’évolution de la conscience linguistique, sont rappelés les rapports historiques entre syntaxe et style. Le propos traite ensuite de l’organisation énonciativo-syntaxique de la phrase littéraire et de ses « modelages subjectivants » : la phrase exclamative au XVIIIe siècle, les parenthèses dans l’œuvre de Proust, la syntaxe distendue d’Albert Cohen. La dernière section propose des analyses de la phrase longue dans les écritures de la post-modernité, à travers les exemples de Claude Simon et Jean Rouaud, montrant que la création littéraire s’appuie sur la problématicité de la notion de phrase en linguistique.

    Le parcours se termine par une ample troisième partie (p. 157-252) qui confronte de manière convaincante trois notions connexes à celle de style : l’idiolecte, l’ethos et la littérarité. L’idiolecte et le style « ont en commun la référence à une singularité langagière » (p. 186), leur différence réside dans le fait que l’idiolecte est spontané et non réflexif, tandis que le style est travaillé et adapté à un projet, et enrichi d’une valeur esthétique (p. 187). Seconde notion examinée, l’ethos discursif – dans la lignée des travaux de Ruth Amossy – renvoie à l’incorporation du locuteur. L’ethos de l’orateur, qui est l’image projetée par le discours pour gagner la faveur de l’auditoire, s’appuie sur un style à la fois « classant et particularisant » (p. 191), c’est-à-dire marqueur d’une condition sociale et révélateur d’une personnalité. Les deux notions ont en commun de participer « en profondeur à la relativisation de la singularité » (p. 218), mais l’ethos semble davantage déterminé par un ancrage socio-culturel et historique. En dernier lieu, ce sont les liens entre style et littérarité, autour de la notion de décalage pragmatique, qui sont examinés. Le style littéraire apparaît « comme le stade le plus accompli de la stylisation » (p. 221). Anna Jaubert s’interroge de manière toujours plus approfondie sur les facteurs de sa littérarisation, du « déclenchement de sa requalification formelle, source de la stylisation indéfectiblement attachée à cette migration de statut » (p. 222). Par-delà les époques, les genres et les formes multiples, elle recherche « des caractéristiques constantes » de la littérarité, proposant de nouveaux « stylèmes de littérarité générale » (Georges Molinié). Selon Anna Jaubert, au plus haut niveau de généralité, les deux caractéristiques sont « un élargissement de notre rapport au sens, et une visée esthétique » (p. 222) : « Le premier ajoute à la qualité sémantique du discours une qualité sémiotique, la seconde est comptable de son artistisation, et les deux se fondent dans une perception globale de la valeur style » (p. 223). Le parcours est jalonné d’une réflexion sur la continuité entre le discours ordinaire et le discours littéraire, et sur la distinction, très clairement démontrée, entre les belles-lettres – la littérarité d’ancien régime – et la littérature : « Alors que les belles-lettres cultivent une pratique exemplaire de la langue commune, sa norme haute, la littérature pour sa part cultive une langue pétrie de spécificités […] » (p. 236). La littérarité obéit en effet à une « logique de l’ostension » (p. 250) manifestée par des surmarquages stylistiques : « La stylisation revêt alors son sens concret d’épuration des formes réelles, de choix qui révèle leur essence et leur confère une représentation typifiante » (p. 251). Le décalage pragmatique dans la visée du discours tient au fait que « la stylisation […] tire la requalification des formes sollicitées de leur surqualification » (p. 251). Il y aurait donc une « hiérarchie entre style et littérarité » : « le style précède la littérarité et la constitue » (p. 251).

    La conclusion générale prône une « conception unifiée du style » (p. 253) comme parcours dynamique au terme duquel la stylisation la plus accomplie est celle où s’impose l’effet esthétique. L’un des points forts du livre est de proposer de nombreux exemples – issus en partie des précédents travaux de l’auteure et de ceux des spécialistes du domaine –, empruntés à des genres et à des époques diverses, de l’âge classique à la période contemporaine. De plus, conformément à la « perspective continuiste » (p. 50) adoptée, entre les genres de discours ordinaire et les genres littéraires, l’étude comporte des incursions du côté du discours ordinaire, du discours politique, de la bande dessinée, du cinéma et des humoristes. Mettant la théorie au cœur de la pratique, cet ouvrage quelquefois dense offre de nombreuses reformulations qui permettent de comprendre et de suivre aisément le propos. Des mises au point linguistiques (par exemple les valeurs des temps verbaux p. 104-105) et de subtiles analyses textuelles rendent ce livre tout à fait indiqué tant pour les spécialistes du style et de la stylistique que pour les étudiants avancés.

  • (In)civilités : langue, discours, société – Poétique et rhétorique au XVIIe s. (Séminaire de Delphine Denis, Sorbonne Université)

    (In)civilités : langue, discours, société
    Poétique et rhétorique au XVIIe siècle
    Séminaire de Delphine Denis (Sorbonne Université)

    avec la collaboration de Carine BARBAFIERI (Valenciennes)
    et Françoise POULET (Bordeaux, IUF) 

    Année universitaire 2023-2024

    Mardi, 16h-18h – Bibliothèque de l’UFR de Langue française (Esc. G, rez-de-chaussée)

    30 janvier — Frédéric Martin (Conservateur en chef des bibliothèques – chercheur associé au CELLF – UMR 8599)

    « Les Rencontres inciviles de Louis de Neufgermain et de Vincent Voiture : poésie hétéroclite, éloges sarcastiques »

    6 février — Guillaume Peureux (Nanterre)

    « Usage satyrique de la langue dans Le Parnasse satyrique (1622) : un discours incivil ? »

    13 février — Tony Gheeraert (Université de Rouen)

    « L’(in)civilité dans les contes de fées de la fin du xviie siècle »

    27 février — Valeria Pompejano (Université Roma Tre, Italie)

    « Incivilité des fous, inconvenance des folles. Du traité de Tommaso Garzoni (1586) au théâtre de Charles Beys (1635 ; 1653) »

    5 mars — Kim Gladu (Université du Québec à Rimouski)

    « D’un usage civil de la poésie galante ou l’incivilité voilée »

    12 mars — Gilles Magniont (Université Bordeaux Montaigne)

    « Genre et civilité, du xviie siècle à aujourd’hui »

    19 mars — Justine Le Floc’h (Université de Kyoto, Japon)

    « Offenses, incivilités et autres marques de mépris : la psychologisation des conflits dans quelques traités du xviie siècle » 

    26 mars — Cécile Tardy (Université de Limoges)

    « Une incivilité voilée dans l’art épistolaire : l’équivoque chez Vincent Voiture » 

    2 avril — Cécile Leduc (Sorbonne Université)

    « Beaufort contre Jarzé au jardin de Renard : analyse comparée de l’anecdote d’une incivilité »

    23 avril — Giovanna Devincenzo (Université de Bari, Italie)

    « Formes de l’(in)civilité dans le théâtre politique d’actualité des années 1590.  Le cas de Simon Belyard » 

    30 avril — Jean-Paul Sermain (Sorbonne nouvelle-Paris-III)

    « In/civilités conjugales de Scudéry à Marivaux et de Catherine Bernard à Perrault »

    7 mai — Laurent Pernot (Strasbourg)

    « Carambolages et faux-semblants dans la rhétorique grecque »

  • De quelles voix sommes-nous fait.es ? Oralités et discours rapportés Histoire, formes et pratiques

    9e COLLOQUE INTERNATIONAL ET INTERDISCIPLINAIRE CI-DIT à Wroclaw (Pologne)

    30 septembre – 2 octobre 2024

    organisé par

    L’Institut d’Études romanes de l’Université de Wrocław, Pologne

    en coopération avec

    l’Université de Varsovie, le Centre des Recherches interdisciplinaires Université de Wrocław & Université Adam Mickiewicz et l’Université de Lviv

    Appel à communication (PDF) sur le site ci-dit.com.

    Date limite d’envoi de propositions : le 31 décembre 2023 simultanément aux adresses : joanna.jakubowska@uwr.edu.pl et elzbieta.biardzka@uwr.edu.pl.

    Argumentaire

    Remettre l’oralité et les formes du discours rapporté au centre de nos préoccupations, pourquoi ce choix ? Après des colloques Ci-dit consacrés notamment aux genres numériques (davantage dans leur dimension scripturale) et aux supports matériels graphiques, il nous a semblé important de réinterroger les imaginaires et les formes des oralités contemporaines en rapport avec la circulation et l’impact des discours. Paroles, audio, voix, expressivité, accent, tonalité, musique, intonation, éloquence, sociolecte, idiolecte, grossièreté, verve, bagou : comment toutes ces formes se « rapportent»-elles, dans quels contextes ? Comment contribuent-elles aux dimensions visuelle et sonore du discours rapporté ?

    Une poésie déclamée lors d’une investiture présidentielle, des slogans politiques inédits scandés et dansés, des registres sociaux qualifiés de « populaires, populistes, vulgaires, triviaux » utilisés comme des appels d’oralité dans la parole politique comme dans les chansons ou les romans des transfuges sociaux, le « lyrisme gueulard » et dialogique de Virginie Despentes comme contre-discours contestataire ? (Rosier à paraître)…, l’oralécrit (Garcea & Bazzanella 2002) dans le cyberespace, autant de formes de circulation de discours s’appuyant sur des représentations de l’oralité construites historiquement. De même pour un domaine déjà balisé par les travaux de Ci-dit (notamment Marnette 1998, 2005, Verbum 28.1/2006, Faits de Langue 19/2002, etc.), la parole médiévale, selon l’expression consacrée de Bernard Cerquiglini (1981) tout comme l’orature de Paul Zumthor (1975) ont puisé aux sources d’une conception de l’oralité comme performance et mise en rapport de voix. Beaucoup de ces textes étaient en effet chantés : aujourd’hui la chanson exploite-t-elle encore la voie des voix, des mises en scène vocales et du discours d’autrui ? On sait par ailleurs que l’image de l’oralité rapportée s’ancre dans une parole représentée comme marquée socialement et formellement « populaire » (lexique, syntaxe) provoquant un effet de rupture face à la langue classique des convenances, même si les représentations des parlers des classes dominantes existent notamment chez les humoristes (Paveau 2008, Rosier et Paveau 2008).

    Comment la littérature contemporaine en langue française problématise-t-elle la « retranscription fictionnelle » d’une parole populaire authentique, sans trahir ? Et que fait-elle des autres oralités ? Comment les dirigeant.es politiques tout comme les militant.es pensent-ils l’oralisation et l’incarnation de leurs discours politiques dans l’univers francophone ? Du côté de la traduction et de l’interprétation, les débats sur les personnes adéquates pour « porter » la voix (au sens de la traduire) relèvent de cette problématique plus générale de la figure du ou de la porte-parole : qui a la légitimité de « rapporter » un discours collectif au nom de qui, de quelles voix (dominés, subalternes, sans-voix, autres espèces…) ? Du côté de l’interprétation juridique, comment le DR traduit-il oralement un échange multilingue, dans le cadre des audiences et des procès mais aussi des négociations de contrat (y compris lors des mariages mixtes) ?

    Pour baliser nos questionnements nous lancerons quatre pistes qui animeront les discussions de ce colloque :

    1. Oralités, DR et discours politique

    On questionnera les façons de rapporter la parole des migrant.es, des sans-voix, des militant.es, les manières de l’intégration de paroles de guerre et de paix dans différents récits. On s’intéressera au discours comique et autres détournements de la parole politique, notre attention portera également sur les nouveaux styles parlés et représentations iconiques de la parole politique dans les discours numériques.

    2. Oralités, DR et traduction

    Les voix, disparaissent-elles, se reconfigurent-elles ou s’augmentent-elles dans la traduction ? Nous nous intéressons aux voix accueillies dans le discours littéraire, mais aussi dans d’autres discours (journalistique, juridique, numérique, de scolarisation, légendes urbaines…).

    3. Oralités, DR et genres discursifs

    Les genres de discours, dans leur diversité, peuvent être abordés et caractérisés par la place qu’ils font et la forme qu’ils donnent à la représentation de l’oral. Comment les voix retentissent-elles dans différents genres de discours, y compris la chanson,comment contribuent-elles au marquage du genre discursif dans lequel elles fonctionnent? Se distinguent-elles par leur place «statutaire» dans le genre de discours qui « tient lieu » d’un autre discours (compte-rendu de réunion, procès-verbal, minute de procès, live tweet de procès) ?

    4. Oralités, DR et pratiques diachroniques

    L’axe diachronique restera, comme d’habitude, dans les préoccupations du groupe Ci- dit : l’évolution des formes et des pratiques de la citation sera encore une fois au cœur de nos réflexions dans différents genres discursifs, avec notamment la chanson et les pratiques/praxis/formes de discours rapportés. Nous irons de la chanson de geste et poésie lyrique médiévales à l’inter-discours « mis en voix » dans la chanson contemporaine, nous suivrons le parcours de la « vive voix ».

    Calendrier

    Date limite d’envoi de propositions : le 31 décembre 2023 simultanément aux adresses : joanna.jakubowska@uwr.edu.pl    elzbieta.biardzka@uwr.edu.pl

    Les propositions de communication (entre 200 et 300 mots), doivent indiquer clairement la problématique abordée, faire état des principaux résultats qui seront exposés dans la présentation, et être accompagnées d’une bibliographie sélective. Nous prévoyons des communications de 20 minutes suivies de 10 minutes de discussion. Notification : le 29 février 2024

    Programme provisoire : fin mars 2024

    Les droits d’entrée 180 euro/750 PLN : pour les doctorants 90 euro/350 PLN. Les droits couvriront les frais d’organisation (location de la salle d’inauguration, service informatique, matériel de bureau, les pauses-café) et les frais de publication (textes publiés sous condition de relecture positive en double aveugle).  Règlements de droits d’entrée : le 30 avril 2024 au plus tard.

    Comité Scientifique

    • Jacqueline Authier-Revuz, Université de la Sorbonne Nouvelle – Paris III
    • Hélène Barthelmebs-Raguin, Université du Luxembourg
    • Elżbieta Biardzka, Université de Wrocław
    • Marion Colas-Blaise, Université du Luxembourg
    • Claire Doquet, Université de Bordeaux
    • Anna Dutka-Mańkowska, Université de Varsovie
    • Béatrice Fracchiolla, Université de Lorraine 
    • Joël July, Aix-Marseille Université
    • Greta Komur-Thilloy, Université de Haute-Alsace 
    • Juan Manuel López-Muñoz, Université de Cadix 
    • Mairi McLaughlin, Université de Californie, Berkeley
    • Dominique Maingueneau, Université Paris-Sorbonne
    • Sophie Marnette, Université d’Oxford 
    • Patricia von Münchow, Université Paris Cité
    • Aleksandra Nowakowska, Université Paul-Valéry – Montpellier 3
    • Natalia Paprocka, Université de Wrocław
    • Alain Rabatel, Université de Lyon 2, 
    • Laurence Rosier, Université Libre de Bruxelles 
    • Justine Simon, Université de Franche-Comté
    • Elżbieta Skibińska, Université de Wrocław 
    • Kristiina Taivalkoski-Shilov, University of Turku

    Comité d’organisation 

    • Juan Manuel López-Muñoz, Université de Cadix 
    • Sophie Marnette, Université d’Oxford 
    • Laurence Rosier, Université Libre de Bruxelles 
    • Elżbieta Biardzka, Université de Wrocław
    • Piotr Chruszczewski, Université de Wrocław
    • Joanna Godlewicz-Adamiec, Université de Varsovie 
    • Joanna Jakubowska, Université de Wrocław Hanna Kost, Université de Lviv    
    • Patrycja Paskart, Université de Wrocław
    • Maja Pawłowska, Université de Wrocław
    • Agata Rębkowska-Kieseler, Université de Wrocław
    • Hela Saidani, Alliance Française de Tunis                                                                
    • Karolina Wojtczak, doctorante, Université de Wrocław
  • Alain Rabatel, La confrontation des points de vue dans la dynamique figurale des discours

    Énonciation et interprétation

    Plutôt que d’appréhender les figures dans le cadre typologique classique des traités de rhétorique, le présent ouvrage propose une approche nouvelle de la figuration fondée sur une conception positive, textuelle, des notions d’écart et de saillance. Partant de la confrontation dialogique des points de vue pour mettre l’accent sur les objets-de-discours et les effets-de-figure qui appellent de la part de chacun une interprétation connivente de la figuration, l’auteur en décrit les fonctions représentationnelles iconiques et cognitives d’où découlent d’autres fonctions encore, symboliques et argumentatives.
    L’ouvrage revisite des figures de pensée (ironie, humour, hyperbole) et des figures de mots (lapsus, contrepèteries, à-peu-près, syllepses et antanaclases, antimétaboles, paradoxes, répétitions, créations néologiques) avant de s’ouvrir à des inédits de la problématique figurale tels que formules, reformulations et exemplifications en chaîne dont il dégage le rôle dans l’organisation des textes et des figures d’auteur (notions d’idiolecte, de style, d’éthos).
    Outre les textes médiatiques, satiriques, parodiques, poétiques et religieux où les figures abondent, le corpus comprend de nombreux genres moins connus sous cet angle tels que lapsus de courriels, devinettes, listes, litanies, etc.

    Spécialiste reconnu d’analyse du discours, Alain Rabatel est professeur de sciences du langage à l’Université Lyon 1 – Inspé, membre du laboratoire Icar. Ses travaux se signalent par leurs apports théoriques (théories du point de vue, de l’argumentation indirecte, de l’effacement énonciatif, des postures énonciatives) et par l’importance accordée aux effets pragmatiques et interprétatifs. Il fait ici le bilan des travaux qu’il a consacrés à la problématique de la figuration depuis une douzaine d’années.