Étiquette : Colloque

  • La phrase dans l’écrit littéraire et la médiation des savoirs linguistiques

    Colloque international

    « LA PHRASE DANS L’ÉCRIT LITTÉRAIRE ET LA MÉDIATION DES SAVOIRS LINGUISTIQUES »

    28 et 29 mai 2026

    Centre d’Histoire Culturelle des Sociétés Contemporaines (CHCSC EA2448)

    Université Paris-Saclay (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines)
    5 Bd d’Alembert
    78280 Guyancourt

    Salle des thèses

    6e colloque de l’Association Internationale de Stylistique (A.I.S.)

    Porteuse du projet : Sophie Jollin-Bertocchi

    PROGRAMME

    J1 JEUDI 28 MAI

    9h Accueil

    9h30 Allocutions de bienvenue

    11h Pause

    Les savoirs scolaires en question : Modératrice Judith WULF

    11h10 Claire STOLZ (Sorbonne Université) « La notion de phrase chez des écrivains d’aujourd’hui professeurs »

    11h40 Kyriakos FORAKIS (Université nationale et capodistrienne d’Athènes), « Théorie de la phrase et corpus littéraire dans la grammaire scolaire du XIXe siècle : l’exemple de Noël et Chapsal (1823) »

    12h10 Hélène LE LEVIER (Université de Strasbourg), « Enseignement de la langue et enseignement de la littérature »

    Discussion

    13h-14h30 DÉJEUNER

    15h30 Pause

    SESSIONS PARALLÈLES

    1. Stylistique outillée et transdisciplinaire : Modératrice Bérengère MORICHEAU-AIRAUD

    15h40 Julie SORBA (Université de Grenoble) & Olivier KRAIF (Université de Grenoble), « Étude diachronique et générique de la longueur des phrases et de ses corrélations dans un corpus romanesque »                                                         

    16h10 Pascale ROUX (Université Lyon 2) & Ilaria VIDOTTO (Sapienza Université de Rome), « Les IA ont-elles un style ? »                                                     

    16h40 Marie-Albane WATINE (Université Côte d’Azur), « La phrase littéraire comme exercice procédural : que peut apporter la psycholinguistique à une description de la phrase contemporaine ? »

    Discussion

    2. Le tournant moderne de la conception de la phrase littéraire : Modératrice Laélia VÉRON

    15h40 Carlotta CONTRINI (Université de Sienne), « La phrase du discours indirect libre : genèse et représentation de Flaubert à Zola »

    16h10 Emmanuelle KAËS (Université de Tours), « « Défendre sa phrase : Claudel et les discours scientifiques sur la langue »

    Discussion

    17h30 Pause

    17h45-19h15 : AG de l’AIS

    J2 VENDREDI 29 MAI

    9h Accueil

    10h30 Pause

    SESSIONS PARALLÈLES

    1. Prose contemporaine : Modératrice Claire STOLZ                                                                                       

    10h40 Stéphane CHAUDIER et Clémence ROSE (Université de Lille), « « Ponctuations atypiques dans Pour Britney de Louise Chennevière (2024) : une autre représentation de la phrase littéraire ? » 

    11h10 Bérengère MORICHEAU-AIRAUD (Université de Pau), « Phrase et mémoire dans les textes d’Annie Ernaux, de Pierre Bergounioux et de Marie-Hélène Lafon »           

    11h40 Sandrine VAUDREY-LUIGI (Université Bourgogne Europe) « Dire le temps, dire le monde : la phrase kerangalienne »

    12h10 Chama ELAZOUZI (Université de Fès), « Les dynamiques phrastiques chez Maylis de Kerangal : entre imaginaire linguistique, modèles scolaires et expérimentations syntaxiques »

    Discussion

    2. Poésie contemporaine : Modérateur Jérôme HENNEBERT

    10h40 Stéphanie THONNERIEUX (Université Lyon 2), « Une ‘syntaxe nouvelle’ en poésie : la simplicité selon Reverdy »

    11h10 Sandrine BÉDOURET (Université de Pau), « De la phrase au discours : quelle construction sans ponctuation ? »

    11h40 Mathilde LE CAM (Toulouse), « La phrase de René Char »

    Discussion

    13h-14h30 PAUSE DÉJEUNER

    SESSIONS PARALLÈLES

    1. Approches plurielles : traduction, sémiologie, syntaxe : Modérateur Joël JULY                                  

    14h30 Meri LARJAVAARA (Université d’Abo Akademi, Finlande), « Phrases du Nord »

    15h Ioanna KOUKI (Universités de Perpignan et Toulouse) & Eugénie JOUSLIN (Université Paris Cité), « La phrase lesbienne et sa matérialité graphique : de la rupture de Monique Wittig aux réinventions contemporaines de Léna Ghar »

    15h30 Yijin CHOI (Université Sorbonne Nouvelle), « De la phrase à la période discursive : les unités résomptives comprenant le mot chose dans l’écrit littéraire contemporain »

    Discussion

    2. Stylistiques d’auteurs : Modérateur Joël JULY

    14h30 Anne GARRIC (Sorbonne Université), « L’apodose ambiguë : programmation phrastique, système hypothétique et symétrie de la phrase latine dans ‘Le Triangle ambigu’ d’André Pieyre de Mandiargues »

    15h Samia GADHOUMI (Université de Sfax), « La phrase au prisme des boucles réflexives dans les correspondances entre écrivains (Perros, Cioran) »

    15h30 Hoai Anh TRAN (Université nationale de Hanoi), « La phrase entre norme française et réalités socioculturelles rwandaises : tension linguistique et médiation postcoloniale dans Jacaranda de Gaël Faye »

    Discussion

    APPEL À COMMUNICATIONS

    L’appel à communications est publié sur cette page.

    RÉSUMÉS

    Sandrine BÉDOURET : « De la phrase au discours : quelle construction sans ponctuation ? »

    Nous proposons de réfléchir à l’enjeu de la phrase dans un ensemble de poèmes exposés à l’aéroport de Toulouse-Blagnac du 08 octobre 2021 au 30 octobre 2023. « Histoire d’un départ » de l’artiste Joël Andrianomearisoa se présente sous la forme d’une série de tableaux écrits blanc sur noir. Un préambule présente le projet et défie les définitions traditionnelles de la phrase :

    Un voyage, le voyage, des voyages.
    Des écriteaux sur le fil, le fil des mots, traversant les espaces et les frontières imaginaires.
    Un mot défie l’autre, une phrase se confronte avec l’action.
    La situation est un récit qui file dans un temps aujourd’hui.

    La phrase n’est pas considérée comme une succession de signes construite autour d’un prédicat verbal. Si elle est encore identifiable ici par la ponctuation, son unité disparait dans l’ensemble des tableaux exposés. En effet, les textes d’Andrianomearisoa sont très courts : discours et phrase se confondent souvent, là où le poète cherche son phrasé. Ainsi, nous réfléchirons aux enjeux de la phrase par rapport à la ligne et par rapport au discours pour montrer que la mise en forme de ces énoncés remet en cause la construction d’un sens unique. Cette pluralité d’interprétations constitue un enjeu de la poéticité contemporaine.

    Bibliographie

    • BENVENISTE, Émile, Problèmes de linguistique générale, Gallimard, tel, 1966.
    • CHOL, Isabelle, « Un point ce n’est pas tout. La ponctuation dans la poésie contemporaine ». Cahiers de l’association internationale des lettres françaises n°69, mai 2017. https://www.academia.edu/37692180/Un_point_ce_nest_pas_tout_La_ponctuation_dans_la_po%C3%A9sie_contemporaine , Consulté le 05/06/2023.
    • DESSONS, Gérard, « La phrase comme phrasé », La Licorne [En ligne], n° 42 (S. Bikialo, dir.), 1997.
    • DÜRRENMATT, Jacques, « Que fait le blanc ? ». Isabelle Chol, Bénédicte Mathios et Serge Linarès, éd. Livres de poésie jeux d’espace. Paris : Honoré Champion, 2016, 459-470.
    • FAVRIAUD, Michel, « Quelques éléments d’une théorie de la ponctuation blanche ˗ par la poésie contemporaine ». L’Information Grammaticale 102, no 1, 2004 : 18‑23. https://doi.org/10.3406/igram.2004.2559.
    • SEGUIN, Jean-Pierre, L’invention de la phrase au XVIIIe siècle : contribution à l’histoire du sentiment linguistique français, Bibliothèque de l’Information grammaticale, Paris, Éditions Peeters, 1993.

    Stéphane CHAUDIER & Clémence ROSE : « Ponctuations atypiques dans Pour Britney de Louise Chennevière (2024) : une autre représentation de la phrase littéraire ? »

    Dans Pour Britney, Louise Chennevière, partagée entre exaspération et ironie, met en scène des critiques littéraires : les « quatre types », et « cette jeune femme la seule invitée au milieu » d’eux, sont d’accord pour dire que l’écrivaine passe la mesure dans sa dénonciation du patriarcat, « eux qui ne s’écharpaient que sur un point, sur l’usage que je faisais des virgules1 ». Quand on perd de vue l’essentiel, on pinaille sur des questions de pure forme. Mais est-il de pure forme, cet « usage » que l’autrice fait non seulement des virgules, mais aussi des points, les deux signes privilégiés pour manifester un rapport à la ponctuation ostentatoirement contraire aux normes rédactionnelles en vigueur ?
    La communication mettra en évidence les deux « fonctions » majeures portées par l’usage de la virgule et du point dans Pour Britney2 : 1/ désolidariser des éléments réputés soudés : la virgule « sépare » le présentatif ou la préposition de son régime ou disjoint deux formes verbales, périphrase ou temps composé ; le point après le coordonnant isole le second élément coordonné, rejeté dans une phrase suivante). 2/ signaler des ellipses remarquables. Soit :

    (5) Ex. 1 : c’était un personnage fait par et pour, l’imaginaire des vieux messieurs (p. 52).

    (6) Ex. 2 et 2’ : Je ne crois pas qu’une seule phrase vaille la peine qui. (p 10) ; « […] mais des morceaux d’elle-même que je m’efforce aujourd’hui de. » (p. 11)

    Tic, procédé gratuit ? Ornement transgressif « facile » et un peu toc pour afficher une signature, créer un effet de « contemporanéité » ? Nullement. Le « point » de cette étude sera au contraire le suivant : en proposant une représentation atypique des articulations entre ponctuation et syntaxe, l’autrice veut montrer ce que l’expérience de la domination masculine fait à la pratique de la langue littéraire ; en s’interrogeant sur les conditions de possibilité d’un tel stylème (ponctuation atypique ou « para-grammaticale ») à la fois intégré à la langue mais la gauchissant, le lecteur ou la lectrice un tant soit peu féru-e de grammaire et stylistique ne peut que s’interroger sur les conditions politiques qui rendent significative la manifestation de telles articulations propres au discours écrit – et littéraire.

    Yiyin CHOI : « De la phrase à la période discursive : les unités résomptives comprenant le mot « chose » dans l’écrit littéraire contemporain »

    Cette communication examine les unités résomptives comprenant le mot « chose » dans l’écrit littéraire contemporain. Le discours se compose d’unités et sa segmentation repose sur trois paramètres : syntaxique, prosodique et informationnel / pragmatique. Nous distinguons deux types d’unités syntaxiques : l’unité prédicative autonome et l’unité prédicative résomptive illustrée en (1) par « il y a autre chose » :

    (1) Faites ce que vous pouvez. Mais il y a encore autre chose : je ne sais absolument pas si nous restons ici ou si nous partons dans quatre jours. (Sartre)

    Selon Lefeuvre (2025), une unité prédicative autonome est constituée d’un prédicat et assortie d’une modalité d’énonciation (assertion, interrogation, injonction, exclamation). Par ailleurs, une unité prédicative résomptive présente une autonomie syntaxique affaiblie et s’associe à une unité pleinement autonome. Cette dépendance, syntaxique et sémantique, conduit à envisager une unité supérieure participant à la constitution du discours : la « période discursive ».
    Notre objectif est de vérifier si les unités résomptives incluant le mot chose forment, avec une unité prédicative autonome, une période discursive. L’analyse s’appuiera sur un corpus littéraire issu de Frantext contemporain (œuvres de 1980 à aujourd’hui) et visera à décrire le fonctionnement de ces unités du point de vue de leurs contraintes syntaxiques et de leurs rôles discursifs.
    Lefeuvre F. (2025). Les unités prédicatives autonomes averbales. De Gruyter.

    Carlotta CONTRINI : “La phrase du discours indirect libre: genèse et représentation de Flaubert à Zola”

    Cette communication se propose d’interroger le défi syntaxique que soulève le discours indirect libre (désormais DIL), en examinant la capacité d’une phrase à soutenir simultanément plusieurs instances énonciatives. Prenant appui sur les définitions grammaticales traditionnelles, l’étude adopte une perspective génétique fondée sur l’examen des manuscrits de Madame Bovary de Flaubert et de L’Assommoir de Zola. Par l’analyse des gestes scripturaux – hésitations, pratiques de ponctuation, brouillage des frontières phrastiques –, il s’agit de montrer que la phrase constitue un véritable laboratoire stylistique de la polyphonie. La démarche confronte la poétique du continuum flaubertien à la logique de démarcation propre à Zola, afin d’évaluer dans quelle mesure ces pratiques d’écriture anticipent, mais aussi résistent ou font concurrence aux codifications grammaticales ultérieurement formalisées par Charles Bally.

    Bibliographie

    • AUTHIER-REVUZ Jacqueline (2020), La Représentation du discours autre : principes pour une description, Berlin, De Gruyter, Linguistique française.
    • BALLY Charles (1912), « Le style indirect libre en français moderne », dans Germanisch-Romanische Monatsschrift, IV/10, p. 549-556 et IV/11, p. 597-606.
    • BARTHES Roland, (2002) « Flaubert et la phrase » [1972], Œuvres complètes, Éric Marty (éd.), t. IV, Seuil, Paris, p. 78-85.
    • BRUNET Étienne (2016), « La phrase de Zola », Questions linguistiques, B. Pincemin (éd.), Paris, Champion, p. 3I-3I.22.
    • DORD-CROUSLE Stéphanie (2025), « À l’interface du manuscrit et de l’imprimé : Flaubert et ses copistes », Genesis, 61, p. 139-150.
    • DUCROT Oswald (1984), Le Dire et le dit, Paris, Les Éditions de Minuit.
    • GOLLUT Jean-Daniel & ZUFFEREY Joël (2022), « Syntaxe et énonciation : l’insertion du discours indirect libre dans la phrase », dans Zufferey J. et Mettraux Th. (dirs), La Dis/continuité textuelle, Fabula/Les colloques (disponible en ligne).
    • JAUBERT Anna (2023), La stylisation du discours, Paris, Classiques Garnier, coll. Investigations stylistiques.
    • LE GOFFIC Pierre (2019), Grammaire de la subordination en français, Paris, Ophrys.
    • MAHRER Rudolf (2017), «La plume après le plomb», Genesis, 44, p. 17-38.
    • MAINGUENEAU Dominique (1999), Syntaxe du français, Paris, Hachette.
    • MAINGUENEAU Dominique (2010), Manuel de linguistique pour les textes littéraires, Paris, Armand Colin.
    • MELLET Sylvie & VUILLAUME Marcel (dirs), 2000, Le style indirect libre et ses contextes, Cahiers Chronos, V, Amsterdam, Rodopi.
    • PHILIPPE Gilles (2002), Sujet, verbe, complément. Le moment grammatical de la littérature française (1890-1940), Paris, Gallimard.
    • PHILIPPE Gilles & PIAT Julien (2009), La langue littéraire. Une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert à Claude Simon. Paris, Fayard.
    • PROUST Marcel (1993), « À propos du “style” de Flaubert », La Nouvelle Revue Française, 1er janvier 1920, repris dans Journées de lecture, « Domaine Français », « 10/18 », UGE, p. 114-131.
    • RIEGEL Martin, PELLAT Jean-Christophe & RENE Rioul (2018), Grammaire méthodique du français, éd. 7, Paris, Presses Universitaires de France.
    • SPITZER Leo (1931), Études sur le style. Analyses de textes littéraires français (1918-1931), trad. par J.-J. Briu, Paris, Ophrys, Bibliothèque de Faits de Langues, 1970.
    • WEINRICH Harald (1989), Grammaire textuelle du français, Paris, Didier/Hatier.
    • WILMET Marc (1998), Grammaire critique du français, Bruxelles, Duculot.

    Chama ELAZOUZI : « Les dynamiques phrastiques chez Maylis de Kerangal : entre imaginaire linguistique, modèles scolaires et expérimentations syntaxiques »

    Cette communication propose d’étudier la phrase dans Réparer les vivants et Un monde à portée de main de Maylis de Kerangal comme espace de médiation entre héritages grammaticaux, imaginaires linguistiques et expérimentations stylistiques contemporaines. L’analyse articule une approche externe ; fondée sur les discours de l’autrice, où la phrase est pensée comme souffle, mouvement et architecture, et une approche interne centrée sur les patrons phrastiques caractéristiques : expansions, coordinations à large portée, effets de périodicité et continuité syntaxique. Il s’agira de montrer comment l’écriture de Kerangal réactive des modèles stabilisés par l’école et par la tradition grammaticale tout en les déplaçant vers une esthétique fluide et cinétique, révélatrice de sensibilités phrastiques contemporaines. Cette étude vise à éclairer la circulation des savoirs linguistiques dans la création littéraire et à interroger la cohérence entre représentations théoriques et usages scripturaux. (Kerangal, 2014 ; Kerangal, 2018 ; Siouffi, 2020).

    Kyriakos FORAKIS : « Théorie de la phrase et corpus littéraire dans la grammaire scolaire du XIXe siècle : l’exemple de Noël et Chapsal (1823) »

    Les grammaires (et ouvrages apparentés) dites « des grands écrivains » — ainsi le célèbre Cours théorique et pratique de langue française de Lemare (différentes rééditions de 1807 à 1835) —, qui se multiplient vers le milieu du XIXe siècle (Tritter, 1999 : 236-237), se réclament de ceux-ci dans une tentative pour se démarquer de la grammaire philosophique du siècle précédent, « inventeur » du concept de phrase (Siouffi, 2020 : 185-189 ; Seguin, 1993 : 12-14). Outre la Grammaire nationale des frères Bescherelle (1834), qui en fait partie tout en remportant un énorme succès, se signalent d’autres ouvrages comme celui, innovateur (Chevrel, 1977 : 99), de Noël et Chapsal (1823). Une description d’ordre tout à la fois directif et concis s’y assortit, quoique non assidûment, d’exemples tirés des grands écrivains, surtout des XVIIe et XVIIIe siècles : si, en effet, l’exemple fabriqué l’emporte dans cet ouvrage pour des raisons très vraisemblablement pédagogiques, l’exemple authentique, quasi exclusivement littéraire, n’en est pas moins appelé à illustrer diverses subtilités dans l’analyse.
    Après avoir passé en revue le traitement réservé par Noël et Chapsal à la phrase et, notamment, le degré de conformation de celui-ci aux enseignements de la grammaire du XVIIIe siècle qui en a inauguré la conceptualisation, la présente proposition tentera d’élucider la constitution du corpus littéraire mis au service de la description. Quels faits grammaticaux ou rhétoriques sont-ils illustrés d’exemples littéraires ? À quels auteurs ont-ils été empruntés ? Qu’en est-il de l’éventuel commentaire dont ils font l’objet ?

    Références bibliographiques :

    • Bescherelle aîné, Bescherelle jeune et Litais de Gaux, 1834, Grammaire nationale ou Grammaire de Voltaire, de Racine […], Paris, s.é.
    • Chevrel A., 1977, …et il fallut apprendre à écrire à tous les petits Français. Histoire de la grammaire scolaire, Paris, Payot.
    • Lemare A., 1807, Cours théorique et pratique de langue française, Paris, s.é.
    • Noël F.-J.-M. et Chapsal Ch.-P., 1854 [1823], Nouvelle grammaire française […], 46e éd., Paris, s.é.
    • Saint-Gérand, Jacques-Philippe, in Corpus de textes linguistiques fondamentaux.
    • Seguin J.-P., 1993, L’Invention de la phrase au XVIIIe siècle. Contribution à l’histoire du sentiment linguistique français, Louvain/Paris, Peeters, (Bibliothèque de l’Information grammaticale).
    • Siouffi G. (dir.), 2020, Histoire de la phrase française, des Serments de Strasbourg aux écritures numériques, Arles, Actes Sud / [Paris], Imprimerie Nationale Éditions.
    • Tritter J.-L., 1999, Histoire de la langue française, Paris, Ellipses, (Universités : Lettres).

    Samia GADHOUMI : « La phrase au prisme des boucles réflexives dans les correspondances entre écrivains : Perros, Cioran »

    Nous interrogerons dans notre communication les spécificités de la phrase dans le discours épistolaire en train de se faire, dans les lettres de Georges Perros, poète-noteur, et Cioran écrivain négateur et « penseur privé », dont le style lacunaire, fragmentaire et minimaliste demeure le dénominateur commun. Notre étude sert à dégager, à partir d’une analyse stylistique et génétique, en quoi la pratique de la modalisation autonymique, les techniques de relance et de l’hyperbate, décrivent l’élaboration du « moment grammatical » dans toutes ses réalisations et ses limites dans un discours intime et réflexif à la fois. Nous viserons à montrer que la phrase dans la lettre, conçue comme une zone liminale et marginale, chez l’auteur de Papiers Collés et celui du Précis de décomposition, représente un laboratoire d’expérimentation linguistique et réflexive du sujet épistolier et un lieu où s’élaborent et s’exposent avec acuité le style, la pensée critique et l’identité littéraire en cours d’élaboration de ces écrivains épistoliers.

    Références Bibliographiques :

    • AUTHIER-Revuz, Jacqueline, Ces mots qui ne vont pas de soi. Boucles réflexives et non-coïncidences du dire, Larousse, Paris, 1995.
    • AUTHIER-REVUZ, Jacqueline, « Hétérogénéité montrée et hétérogénéité constitutive : éléments pour une approche de l’autre dans le discours », DRLAV, n° 26, 1982, p. 91-151.
    • CIORAN, Manie épistolaire, Lettres choisies 1930-1991, Editions établies par Nicolas Cavaillès, Gallimard, 2024.
    • DESSONS, Gérard, « La phrase comme phrasé », La Licorne [En ligne], n° 42 Stéphane, Bikialo, (dir), 1997.
    • FONTVIEILLE, Agnés, « linéament d’écriture : les ratures dans la correspondance de peu-lettrés durant la Grande Guerre », Congrès Mondial de Linguistique Française CMLF 2020.
    • GOUX, Jean-Paul, La Fabrique du continu, Seyssel, Champ Vallon, 1999.
    • PERROS, Georges, PAULHAN , Jean, Correspondance 1953-1967, Avant-courrier de Roger Judrin ; dessins de Jean Bazaine, Quimper, Calligrammes, 1982.
    • PERROS, Georges, PARAIN, Brice, Correspondance 1960-1971. Éditée avec un avant-propos, des notes et un index par Pierre et Yaël Pachet, Gallimard, Paris, 1999.
    • PHILIPPE, Gilles, PIAT, Julien, La langue littéraire. Une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert à Claude Simon. Paris, Fayard, 2009.
    • PIAT, Julien, L’expérimentation syntaxique dans l’écriture du Nouveau Roman, Paris, Honoré Champion, 2011.
    • ROSOFF, Sonia, DOQUET, Claire, LEFEBVRE, Julie, OPPERMANN-MARSEAUX, Evelyne, PETILLON-BOUCHERON, Sabine, L’hétérogène à l’œuvre dans la langue et les discours, Hommage à Jacqueline Authier-Revuz, textes réunis par, Lambert-Lucas, Limoges, 2012.
    • STEUCKARDT, Agnès, NIKLAS-SALMINEN, Aïno (dir.), Les marqueurs de Glose, PU de Provence, Aix-Marseille, 2005.
    • OBITZ-LUMBROZO, Bénédicte, VITA, Philippe De (dir.), (Re) lire les correspondances, Classiques Garnier, Rencontres n°669, 2025.

    Anne GARRIC : « L’apodose ambiguë : surcharge hypothétique, imprévisibilité phrastique et résonances de la phrase latine dans ‘Le Triangle ambigu’ d’André Pieyre de Mandiargues »

    En tant qu’unité prédicative, la phrase française instaure une prévisibilité cognitive grâce à sa programmation. La phrase de Mandiargues quant à elle, « révèle [souvent] une dialectique entre énergie et inertie, attente et report3 ».
    L’écriture du « Triangle ambigu » (1968) présente en effet une dynamique de frustration du texte, au service d’un processus de contrefiction expérimentale : une longue succession de phrases conjuguées au conditionnel présent instaure un trouble interprétatif, entre un sens temporel d’ultérieur du passé et une valeur modale d’hypothèse, dans un système phrastique bancal. Dès les premières lignes in medias res, étendues sur près de la moitié du récit, cette économie narrative ambiguë est marquée par la surcharge d’hypothèse propre au conditionnel, couplée à des faits de mise en attente et de surcharge mémorielle4 dans la programmation phrastique, où se dérobe la prévision syntaxique et sémantique.
    Terrain privilégié d’une exploration de l’ambiguïté des usages du conditionnel, de sa polysémie et de ses effets de sens, la phrase mandiarguienne présente enfin quelques résonances avec un état ancien de l’expression de la virtualité telle qu’on la trouve dans la phrase conditionnelle latine.

    Emmanuelle KAËS : « Défendre sa phrase : Claudel et les discours scientifiques sur la langue »

    Entre 1920 et 1930, en plein « moment grammatical5 », Claudel fait face à des attaques virulentes dirigées contre son style et particulièrement contre sa phrase, qualifiée d’« obscure », « anarchique », « incontinente ». Elles proviennent principalement du camp qui domine la vie intellectuelle de l’entre-deux-guerres : L’Action Française. Contrairement à Queneau ou à Valéry, le recours de Claudel aux savoirs linguistiques va s’inscrire dans un dispositif polémique : il s’agit pour lui de riposter et de se défendre. Dans le péritexte (entretiens, lettres et préfaces) mais aussi dans la trame même de son œuvre, il engage un discours épilinguistique sur la langue, dont nous analyserons les réflexions sur la phrase. Nous souhaiterions, d’une part, mettre en lumière la convergence entre les positions de l’écrivain sur la phrase et certaines options de la linguistique des années vingt, qui se rapproche alors de la psychologie : promotion de l’oral contre le « fétichisme » de l’écrit, approche fonctionnaliste de la faute, primat de l’expressivité (pour Claudel, « la sensibilité a d’autres lois que l’intelligence […], ses nécessités d’expression sont différentes, et par suite sa manière de charger la phrase »). Rappelons qu’en mai 1927, Claudel échange au sujet de la phrase avec Marcel Jousse, élève d’Antoine Meillet ; en 1930, dans « Sur la grammaire », il place son propos sous le patronage des « philologues les plus distingués de la Sorbonne, MM. Ferdinand Brunot, Meillet et Vendryes » et définit la phrase comme « une espèce de geste linguistique, qui se prête à l’analyse, mais ne se laisse pas enfermer dans des cadres artificiels » (id.). Il s’agira, d’autre part, de montrer comment le poète duplique dans le domaine de la langue l’antagonisme qui l’oppose à ses détracteurs dans le champ littéraire. Les critiques qui opposent à sa phrase, prétendument ni française ni classique, « l’intelligence », « l’ordre » et la rationalité de la phrase classique trouvent leurs répondants dans ceux que le poète désigne comme « les gens d’en face » : Lancelot et ses « lansquenets », promoteurs dans la Grammaire de Port-Royal d’un modèle de phrase logique et rationaliste.

    Bibliographie

    • Paul Claudel, « Sur la grammaire », Les Nouvelles littéraires, 3 mai 1930, Œuvres complètes, vol. XVIII, Gallimard, 1961, pp. 274-281.
    • Paul Claudel, « Réflexions et propositions sur le vers français », NRF, 1925.
    • Pierre Lasserre, Les Chapelles Littéraires, Garnier, 1920.
    • Marcel Jousse, Études de psychologie linguistique. Le style oral rythmique et mnémotechnique chez les verbo-moteurs, Beauchesne, 1925.
    • Jérôme Meizoz, L’Âge du roman parlant (1919-1939). Écrivains, critiques, linguistes et pédagogues en débat, préface de Pierre Bourdieu, Genève, Droz, 2001
    • Anamaria Curea, « L’expressivité linguistique, un objet problématique dans la théorie de Charles Bally ». Entre expression et expressivité : l’école linguistique de Genève de 1900 à 1940, ENS Éditions, 2015
    • Gilles Philippe, Sujet, verbe, complément. Le moment grammatical de la littérature française (1890-1940), Paris, Gallimard, 2002.
    • Antoine Gautier, « La notion de phrase en grammaire », L’Information grammaticale, n°150, 2016.
    • Pierre-Yves Testenoire, « Les recherches sur la poésie orale autour d’Antoine Meillet : Jean Paulhan, Marcel Jousse, Milman Parry », Histoire Épistémologie Langage, 44-2, 2023.

    Ioanna KOUKI et et Eugénie JOUSLIN : « La phrase lesbienne et sa matérialité graphique : de la rupture de Monique Wittig aux réinventions contemporaines de Léna Ghar »

    Cette communication analyse la manière dont certaines écritures de thématique lesbienne, L’Opoponax (1964) et Le Corps lesbien (1973) de Monique Wittig, Tumeur ou tutu (2023) de Léna Ghar, transforment la phrase en espace de rupture syntaxique et typographique. Dans L’Opoponax, l’apparente continuité phrastique masque une mise en crise du modèle classique : virgules absentes, respiration haletante, subjectivité neutralisée. Le Corps lesbien radicalise cette déconstruction : phrases en capitales, temporalités éclatées, segments repris plusieurs pages plus loin. La phrase devient unité corporelle, performative, selon l’idée d’une « écriture du corps »6 et d’une résistance aux structures hétéronormées de la grammaire7.
    Ghar reprend et déplace ces innovations : capitalisation, absentéismes typographiques, énumérations et présentatifs syncopés. Cette continuité relève d’une véritable ligne lesbienne8, où la transformation de la phrase agit comme une émancipation du langage.
    On montrera ainsi que, des années 60 à aujourd’hui, la phrase, dans sa structure comme dans sa matérialité, constitue un lieu de transmission et de transformation au sein des écritures de thématique lesbienne.

    Olivier KRAIF & Julie SORBA : « Étude diachronique et générique de la longueur des phrases et de ses corrélations dans un corpus romanesque »

    Nous proposons dans cette communication d’étudier, d’un point de vue quantitatif et qualitatif, la question de la longueur de la phrase dans deux corpus romanesques : le corpus diachrorom, d’une part, regroupant 2500 romans français publiés entre 1820 et 2016 ; le corpus phraseorom d’autre part, constitué de 1123 romans contemporains (pour la période 1950-2016) répartis entre 6 sous-genres romanesques (littérature générale, policier, sentimental, historique, fantaisie, science-fiction, voir Diwersy et al. 2021).
    Sur la plan quantitatif, nous partons d’une définition opératoire et formelle de la phrase, entendue comme séquence délimitée par une ponctuation forte (point, point d’exclamation, point d’interrogation, points de suspensions) suivie par un espace et un mot en majuscule, ou suivie par une marque de paragraphe. Après une présentation détaillée des corpus et des traitements effectués pour leur intégration dans l’outil Lexicoscope (Kraif 2019), nous étudierons comment la longueur des phrases prise globalement a évolué temporellement, à travers 20 décades s’échelonnant de 1820-30 à 2010-20. Nous examinerons les variations entre auteurs, et nous chercherons notamment à corréler ces variations avec d’autres indicateurs textométriques (fréquence de certaines parties du discours ou relations de dépendance, densité lexicale, type / token ratio). Pour affiner notre approche, nous prendrons soin d’isoler les phrases n’appartenant pas au discours direct, le Lexicoscope permettant d’identifier automatiquement les passages dialogués. Nous montrerons qu’une telle approche est indispensable pour étudier les longueurs de phrase de manière fine. Par ailleurs nous examinerons les différences entre les 6 sous-genres littéraires, et nous montrerons par des tests statistiques que les variations observées sont significatives et chercherons à expliquer ces observations par des hypothèses d’ordre stylistique.
    Sur le plan qualitatif, nous proposons d’apporter un éclairage sur l’emploi de la lexie phrase dans le corpus et son évolution, notamment dans le cadre de sa combinatoire lexico-syntaxique en lien avec le marquage de la longueur. Le profil combinatoire indique la présence de plusieurs collocatifs significatifs répondant à cette définition : les adjectifs petit, bref, court, long, grand apportent un premier éclairage tandis que les verbes couper et interrompre manifestent une action sur la longueur de la phrase dans une interaction verbale.

    • Diwersy S., Gonon L., Goossens V., Kraif O., Novakova I., Sorba J. & Vidotto I. (2021). La phraséologie du roman contemporain dans les corpus et les applications de la PhraseoBase. Corpus, vol.22 https://doi.org/10.4000/corpus.6101
    • Kraif O. (2019). Explorer la combinatoire lexico-syntaxique des mots et expressions avec le Lexicoscope. Langue française, 203 : 67-83.

    Meri LARJAVAARA : « Phrases du Nord »

    La phrase traduite en français appartient désormais au français littéraire. Comme toute phrase, elle peut être stylistiquement marquée, tout en conservant des traces de la langue source. Professionnel du langage, expert du style et spécialiste des deux langues, le traducteur fait ses choix au moment de la médiation.
    Rosa Liksom est une auteure finlandaise reconnue pour son écriture crue, brute et laconique. Ses nouvelles de jeunesse ont été traduites en 1990 dans le recueil Noirs paradis (trad. Anne Papart), et sa traduction la plus récente date de 2025 (Le fleuve, trad. Anne Colin du Terrail) : selon Le Monde (02.11.2025), l’histoire y est « racontée sombrement, sans emphase ».
    Dans la version originale, le langage s’écarte souvent du finnois standard, et la phrase de Liksom est orale. Dans les deux traductions mais surtout dans la première, la phrase littéraire adopte une forme singulière. Les phrases se ressemblent, la même structure syntaxique se répète, la subordination et les marques interphrastiques restent rares (cf. lettres des tranchées, Siouffi 2020 : 279). Traduite en français, la phrase orale de Liksom semble se muer en « phrase brève » littéraire (Philippe & Piat 2009 : 194-203).
    Comment, en passant d’une langue à l’autre, la phrase change-t-elle ? Où tracer la limite entre oral et littéraire lorsque les conventions de l’écrit sont délibérément transgressées ? En quoi cela met-il en question la médiation du traducteur ?

    Corpus

    • Liksom, Rosa 1989 : Tyhjän tien paratiisit, WSOY, Juva.
    • Liksom, Rosa 1990 : Noirs paradis, La Découverte, Paris. Traduction en français par Anne Papart.
    • Liksom, Rosa 2021 : Väylä, Like Kustannus, Helsinki.
    • Liksom, Rosa 2025 : Le fleuve, Gallimard, Paris. Traduction en français par Anne Colin du Terrail.

    Bibliographie

    • Philippe, Gilles et Piat, Julien (dir.) 2009 : La langue littéraire : Une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert à Claude Simon, Fayard, Paris.
    • Siouffi, Gilles (dir.) 2020 : Une histoire de la phrase française des Serments de Strasbourg aux écritures numériques, Actes Sud, Arles.

    Mathilde LE CAM : « La phrase de René Char »

    Le XXe siècle, parachève le phénomène de disparition de la période9 au profit de la phrase. Les auteurs l’explorent entre expansion et réduction. Char, héritier du surréalisme10 , entre dans cette lignée d’auteurs qui accordent ainsi une place plus importante à la phrase ou au mot11 . Depuis le Marteau sans maître jusqu’aux Matinaux, la phrase de Char évolue. Ses poèmes sont de plus en plus ponctués. Cette modification de la manière de faire phrase pour Char, visible dans ses brouillons, acte son émancipation du surréalisme et continue d’évoluer dans un corpus postérieur jusqu’à son dernier recueil Eloge d’une soupçonnée.
    La phrase est le lieu, pour Char, où les mots doivent s’équilibrer. La prose et le vers, que le poète manie de manière versatile12 , sont un laboratoire de la phrase qui permet d’accueillir le mot juste13 . La phrase crée une musique particulière qui donne le la au poème. Pour Blanchot, « les “phrases” de René Char, îles de sens, sont, plutôt que coordonnées, posées les unes à côté des autres »14. Si René Char, contrairement à certains de ses contemporains, n’élabore pas à proprement parler une représentation de la phrase dans ses écrits, que pouvons-nous observer de son rapport à la phrase dans la genèse de ses poèmes, ses brouillons, et, de façon indirecte, à travers les quelques segments métalittéraires et métalinguistiques disséminés dans son œuvre ? Cette communication propose une analyse de la phrase charienne en prenant pour appui un échantillon issu des Matinaux ainsi qu’une étude du brouillon « Qu’il Vive ! » et cherchera à voir comment l’architecture de la phrase, forte de tous les éléments qui la constituent, amène le poète à se détacher de la phrase scolaire, telle qu’elle est enseignée au début du XXe siècle. Le travail de la page et de la phrase serait ainsi au service d’une prosodie particulière notamment en usant de procédés de détachement qui chercheraient ainsi à étonner le lecteur.

    Hélène LE LEVIER : « La phrase complexe au lycée en France : un outil pour développer les compétences de lecture interprétative des textes littéraires ? »

    La grammaire scolaire est traditionnellement en France une grammaire de phrase. Pour Chervel (1977), elle s’est en effet construite pour rendre enseignable des règles d’accord qui se négocient à l’intérieur de la phrase. Combettes (2016) souligne que, malgré l’intégration de certaines notions relevant de la grammaire de texte ou de discours, la grammaire de phrase reste prédominante dans les programmes scolaires françaises. Un examen rapide de la Grammaire du français, Terminologie grammaticale (MEN, 2020a) suffit d’ailleurs à le montrer puisque sa structure part de la phrase pour aller vers le lexique en passant par les notions de fonction et de nature des mots. On peut ainsi s’interroger sur les finalités attribuées par le système scolaire français à cette étude de la phrase. Nous avons montré dans une précédente étude que le réinvestissement des notions liées aux propositions subordonnées étudiées en cycle 4 se faisait très majoritairement à travers des activités d’expression (Le Levier et Vassiliadou, 2025). De manière cohérente avec ce constat, un rapide examen des programmes actuels de lycée (MEN, 2020b) permet de se rendre compte que la réintroduction de contenus explicites en grammaire depuis la dernière réforme des programmes a pour principale finalité le développement de compétences d’expression, dans une logique qui assimile connaissances grammaticales et maitrise d’une norme linguistique standard. Néanmoins, ces programmes mentionnent à plusieurs reprises l’intérêt d’investir ces notions dans le travail de la « compréhension » (p. 3), voire de l’« interprétation » (p. 4) des textes, dans un contexte qui donne une place centrale à l’enseignement de la littérature. Or la phrase demeure dans ces programmes de lycée le cadre principal du travail grammatical, en particulier la phrase complexe à laquelle renvoient explicitement trois des points listés par le programme (sur huit en tout). Nous proposons donc d’analyser comment un certain nombre de ressources exploitables par les enseignants (en particulier les ressources d’accompagnement des programmes proposées par l’Éducation nationale, ainsi que des manuels et des éditions scolaires de textes au programme du baccalauréat) exploitent le traitement de la phrase complexe et des questions qui lui sont liées. On se demandera en particulier si les descriptions linguistiques et activités proposées outillent les enseignants pour établir des liens entre connaissances grammaticales et travail de compréhension et d’interprétation des textes. On s’interrogera notamment sur le rôle que peut avoir à cet égard la préparation à la question de grammaire de l’oral du baccalauréat.

    • Chervel, A. (1977). Et il fallut apprendre à écrire à tous les petits Français histoire de la grammaire scolaire. Payot.
    • Combettes, B. (2016). La « grammaire de phrase » dans les textes officiels depuis le Plan de rénovation. Pratiques, (169 170). https://doi.org/10.4000/pratiques.3082
    • Le Levier, H. et Vassiliadou, H. (2025) La notion de subordination dans les textes institutionnels et les manuels scolaires français de la fin du primaire à la fin du secondaire. D. Van Dan Raemdonck; A. Gautier. Retour sur la grammaire scolaire : discours et progression curriculaire, Peter Lang, pp.161-175.
    • Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse (2020a), Grammaire du français. Terminologie grammaticale. https://eduscol.education.fr/document/1872/download
    • Ministère de l’Éducation nationale (2020b). BOEN spécial n° 1 du 22 janvier 2019 et le JORF du 8 octobre 2020. https://eduscol.education.fr/document/5792/download

    Bérengère MORICHEAU-AIRAUD : « Phrase et mémoire dans les textes d’Annie Ernaux, de Pierre Bergounioux et de Marie-Hélène Lafon »

    Annie Ernaux ouvre son discours de réception du prix Nobel en liant la question du commencement de l’écriture à la nécessité de trouver la phrase, « la seule, qui [lui] permettra d’entrer dans l’écriture du livre15 » – pour elle, « J’écrirai pour venger ma race16 ». La phrase est donnée comme à l’origine de sa mise à l’écriture notamment en raison de son lien à la mémoire : sa race est faite du monde d’où elle est issue. La phrase occupe un rôle essentiel dans le rapport au monde quitté, à sa mémoire. Nous nous proposons de voir la manière dont la phrase participe de la mise au jour de ce passé social dans les œuvres d’Annie Ernaux ainsi que de Pierre Bergounioux et de Marie-Hélène Lafon, toutes travaillées de cette question de la mémoire et de son expression. Appréhender le rôle de la phrase dans ces récits de mémoire implique d’aller voir, dans une approche externe, au sein de journaux intimes, ou d’écriture, L’Atelier noir, Chantiers, Carnets de notes, les emplois du mot « phrase », les exemples donnés, le lien établi avec la mémoire, pour pouvoir, ensuite, observer ces mêmes aspects dans leurs œuvres, principalement Les Années, Les Derniers Indiens, La Toussaint, et ainsi être à même d’analyser la manière dont la syntaxe, les tiroirs verbaux, l’énonciation, a fortiori la représentation de discours, au-delà de formules, de petites phrases17 , « font mémoire », dans et par la phrase.

    Iva NOVAKOVA : « Dans la phrase et au-delà : fonctions et périmètres des motifs phraséologiques dans la littérature contemporaine (à partir des corpus du projet PhraseoRom) »

    Cette conférence abordera la problématique de la phrase au sein de différents sous-genres de la littérature contemporaine dans une perspective phraséologique. Après un bref parcours de la notion de phrase à travers les siècles, elle proposera une réflexion conceptuelle et méthodologique sur les fonctions et les périmètres des motifs phraséologiques (Legallois 2012, Longrée & Mellet 2013, Novakova & Siepmann 2020) au sein de la phrase et au-delà – dans la séquence textuelle. En s’appuyant sur une approche guidée par les données (corpus driven), extraites grâce à la méthode « grenobloise » des Arbres Lexico-syntaxiques Récurrents (ALR), la présentation montrera, à travers l’étude de différents cas et d’exemples issus des corpus du projet ANR DFG en SHS Phraséorom que les motifs phraséologiques peuvent jouer un rôle de a) marqueurs génériques (en comparant des sous genres comme les romans policiers, sentimentaux de littérature générale, etc) b) de marqueurs du style d’un auteur (motifs stylistiques d’auteur), c) de marqueurs textuels spécifiques à un roman d’un auteur. L’étude de cette granularité des motifs permettra d’expliciter le lien entre le micro-niveau (celui des récurrences phraséologiques spécifiques) et le macro-niveau (celui du script narratif ou fictionnel) (Novakova et Siepmann 2020 : 10). Enfin, elle comparera, à travers les motifs phraséologiques, le style des auteurs français vs celui des auteurs anglais du XXe s.

    Pascale ROUX et Ilaria VIDOTTO : « Les IA ont-elles un style ? »

    Depuis que les intelligences artificielles génératives sont perçues, dans le grand public, comme une menace ou, au contraire, un outil miraculeux, on entend régulièrement parler du style de l’IA, décrit tantôt comme aisément reconnaissable, tantôt comme impossible à déceler. Nous souhaitons nous confronter à cette question, en formulant des hypothèses à partir d’un petit corpus généré par différentes IA (deux ou trois), comparé au corpus romanesque PhraseoRom, organisé selon différents genres (fantasy, science-fiction, policier, sentimental, historique, littérature « restreinte ») et dont le Lexicoscope permet la fouille. Le corpus généré par IA sera structuré pour être comparable à celui-ci. Notre poste d’observation sera celui de la phrase ; les observables seront déterminés ultérieurement, selon une démarche corpus driven, mais sans doute parmi les suivants : longueur, ponctuation, structure (simple/complexe, parataxe/hypotaxe, verbale/non verbale), ordre des mots, éléments détachés (catégorie, longueur, place, ponctuation, fonction). Nous nous demanderons si l’on observe des différences entre corpus artificiel et corpus humain, en fonction des genres, mais aussi, peut-être, entre les textes générés par différentes IA. Cette étude exploratoire, sur un très petit corpus, vise moins à produire des résultats qu’à ouvrir des pistes de recherche, à proposer une expérimentation et à problématiser stylistiquement la question.

    Bibliographie indicative

    • CLELAND Alexandra A. and PICKERING Martin J., « The use of lexical and syntactic information in language production: Evidence from the priming of noun-phrase structure », Journal of Memory and Language, 49(2):214–230, 2003.
    • DELAHAIE Fiona et RICHARD, Odile (dir.), L’Intelligence artificielle et les arts, Interfaces numériques, vol. 14, n°1, 2025.
    • FÜLÖP Erika, « Écrire-avec l’intelligence artificielle, ou l’esthéthique de la sympoïèse », Nouveaux cahiers de Marge, 8/2024, en ligne : https://publications-prairial.fr/marge/index.php ?id =956
    • GEFEN Alexandre (dir.), Créativités artificielles : la littérature et l’art à l’heure de l’intelligence artificielle, Les Presses du réel, Dijon, 2023.
    • GEFEN Alexandre, « Ce que l’intelligence artificielle change à l’art ». Nouvelle revue d’esthétique 33(1), 2024, p.5 9, en ligne.
    • HERBOLD Steffen, HAUTLI-JANISZ Annette, HEUER Ute, KIKTEVA Zlata, and TRAUTSCH Alexander, « A large-scale comparison of human-written versus ChatGPT-generated essays. Scientific Reports », Nature, 13(18617):1–11, 2023, en ligne : https://www.nature.com/articles/s41598-023-45644-9.
    • KOBAK Dmitry, MÁRQUEZ RITA González, HORVÁT Emöke-Ágnes, and Lause Jan, « Delving into ChatGPT usage in academic writing through excess vocabulary », arXiv, 2406.07016:1–13, 2024, en ligne : https://arxiv.org/pdf/2406.07016v1.
    • LEBRUN Tom (2020). « Pour une typologie des œuvres générées par intelligence artificielle », Balisages, n. 1, 2020, en ligne : https://publications-prairial.fr/balisages/index.php ?id =304.
    • MASOURA, Athina et RAGEUL, Anthony. (dir.), L’ère numérique du style. Proteus, n°20, 2023.
    • MORCEL Morgan, « De l’Inattribuable dans l’art – Du Droit à l’IA : « Ceci est de toi » », L’ère numérique du style (dir. A. Masoura et A. Rageul), Proteus, n°20, 2023, p.66-78, en ligne.
    • PETITJEAN Anne-Marie, « Que devient la créativité littéraire à l’heure de Chatgpt ? Expérimenter l’intelligence artificielle en Master de création littéraire », Des robots dans la classe, Le Français d’aujourd’hui, 2024/3, n° 226, p. 85-100, en ligne : https://shs.cairn.info/revue-le-francais-aujourd-hui-2024-3-page-85
    • PIGNIER Nicole, « L’énonciation à l’épreuve de l’‘‘I.A.’’. Qu’est-ce qu’énoncer veut dire ? », Interfaces Numériques 2, 2022, en ligne : https://doi.org/10.25965/interfaces-numeriques.4897
    • PIQUE Christophe, « Les technologies numériques au cœur du processus créatif – L’émergence d’un hyperstyle », L’ère numérique du style (dir. A. Masoura et A. Rageul), Proteus, n°20, 2023, p.29-36, en ligne.
    • QUARANTA Jean-Marc, « Intelligence artificielle et création littéraire : expériences et perspectives », L’Intelligence artificielle et les arts (dir. F. Delahaie et O. Richard), Interfaces numériques, vol. 14, n°1, 2025, en ligne.

    Claire Stolz : « La notion de phrase chez des écrivains d’aujourd’hui professeurs de lettres : Annie Ernaux et Marie-Hélène Lafon »

    La notion de phrase est avant tout grammaticale et scolaire dans l’imaginaire linguistique contemporain. C’est pourquoi il est intéressant d’étudier sa conception chez deux écrivaines d’aujourd’hui, Annie Ernaux et Marie-Hélène Lafon, qui ont en commun d’avoir été portées et révélées à elles-mêmes par l’école, d’avoir suivi de brillants cursus universitaires pour devenir professeure certifiée de lettres modernes pour l’une, agrégée de grammaire pour l’autre, et à ce titre passeuses de grammaire. Si les écrivains non enseignants se soucient peut-être moins de la correction grammaticale enseignée à l’école, les écrivains professeurs de lettres sont forcément influencés par la réflexion théorique sur les notions grammaticales et linguistiques qu’ils ont dû mener pour leurs études et pour leur pratique professionnelle. Dans ce cadre, la notion de phrase est liée intimement à la question de la ponctuation, qu’elle soit utilisée, supprimée ou détournée, la marque délimitant et définissant la phrase dans les grammaires scolaires étant le point ou une ponctuation semi-forte. Les deux autres grandes problématiques scolaires sont celle de la complétude syntaxique et celle de la phrase littéraire dont le marquage serait la complexité et, conséquemment, la longueur et le rythme, voire le souffle : de ce point de vue, les écrivains d’aujourd’hui sont amenés à se situer peu ou prou par rapport aux maîtres de la phrase longue, Marcel Proust et Claude Simon, mais aussi par rapport à l’héritage scolaire des classiques, c’est-à-dire des auteurs étudiés en classe, au premier rang desquels, concernant le travail de la phrase, se trouve Flaubert. Après un rapide récapitulatif des contenus des programmes scolaires de la deuxième moitié du XXe siècle et de leurs aménagements au XXIe siècle, nous étudierons donc ce que nous disent Annie Ernaux et Marie-Hélène Lafon de cet héritage et de leur « vision » (terme particulièrement adapté pour Lafon) de la phrase et de son élaboration.

    Pierre-Yves TESTENOIRE : « La phrase au-delà de la grammaire, de Bally à Benveniste en passant par Karcevski »

    Dans l’histoire longue du métalangage grammatical, le terme de phrase est relativement récent. Il ne l’intègre véritablement qu’à la fin du XVIIIe au terme d’un processus de « grammaticalisation » bien décrit (Seguin 1993, Raby 2018). La stabilisation de la phrase autour de deux critères principaux –la complétude sémantique et la structure syntaxique – est facilitée par le développement de la grammaire scolaire qui en fait un cadre opportun d’analyse (Chervel 1977). Or, ce statut double de la phrase comme unité sémantique et unité syntaxique pose des problèmes auxquels la linguistique contemporaine n’a cessé de se heurter. L’effort majoritaire des linguistes du XXe siècle – du distributionnalisme au générativisme – a consisté à définir la phrase sur des critères exclusivement syntaxiques. De façon contemporaine, certains linguistes ont développé une acception non syntaxique de la phrase. C’est à ce courant minoritaire que sera consacrée la conférence. On y examinera la conception de la phrase développée par trois linguistes : Charles Bally (1865-1947), Serge Karcevski (1884-1955) et Émile Benveniste (1902-1976). Les trois savants ont en commun d’appréhender la phrase comme une unité discursive et de mobiliser à son sujet le concept d’actualisation.

    Références

    • Chervel Yves. 1977. Et il fallut apprendre à écrire à tous les petits français. Histoire de la grammaire scolaire, Paris, Payot, Paris.
    • Raby Valérie. 2018. Les théories de l’énoncé dans la grammaire générale, Lyon, ENS Editions
    • Séguin Jean-Pierre. 1993. L’invention de la phrase au XVIIIe siècle : contribution à l’histoire du sentiment linguistique français, Paris, Éditions Peeters.

    Stéphanie Thonnerieux : « Une ‘syntaxe nouvelle’ en poésie : la simplicité selon Reverdy »

    Sur fond de disparition de la ponctuation et d’expérimentations spatiales, les années 1910 voient l’émergence d’un désir de simplification syntaxique en poésie, formulé notamment par Apollinaire et Reverdy.
    Il s’agit donc d’étudier les formes grammaticales de cette simplification/simplicité en prenant appui essentiellement sur l’oeuvre de Pierre Reverdy qui se fonde sur une pratique syntaxique repensée. En effet, sa phrase ne s’établit pas sur des critères graphiques et intègre plutôt la spatialisation comme mode de liaison ou de segmentation des unités, ce qui pose différemment la question des limites externes de la phrase (et de ses rapports avec le vers). Mais c’est sur le plan interne, celui de la structure phrastique, que l’idée de simplicité prend toute sa mesure. Les unités syntaxiques, qui s’étendent du mot à la phrase, sont plutôt brèves : de tendance simple (au sens grammatical) puisque la succession des constituants prend le pas sur leur hiérarchisation, elles sont aussi bien verbales que non verbales, mais c’est bien la part de la prédication non verbale qui retient l’attention chez Reverdy, avec des structures récurrentes : phrases averbales locatives et existentielles, avec un emploi notable de relatives en prédication seconde. Elles apparaissent en outre en continuité avec les phrases à présentatifs, également remarquables, en particulier en il y a et c’est.
    Si ces structures, inégalement présentes en poésie depuis quelques décennies, s’imposent alors, le cas de Reverdy retient l’attention dans la mesure où sa poésie les associe et en intensifie l’usage, mais également parce que ses écrits théoriques en explicitent la valeur : Reverdy cherche à exprimer le mouvement de l’émotion suscitée par l’expérience de la réalité, dans les perceptions et ressentis qu’elle engage, assignant à la poésie un rôle de présentation plus que de représentation de cette réalité dont la phrase elle-même saisit le caractère partiel, instable et évanescent.

    Premiers éléments de bibliographie

    • Isabelle Chol, « Cela fait dess(e)in : Pierre Reverdy, poète typographe et calligraphe », dans Jacques Dürrenmatt (dir.), Typographie / Calligraphie, L’Improviste, 2009, p. 191-208.
    • Michel Favriaud, « Les problèmes de ponctuation générale soulevés par la poésie contemporaine », Pratiques, n° 179-180, 2018.
    • Gallet Olivier, « La présentation poétique », Littérature, n° 183, 2016, p. 23-39.
    • Laurent Nicolas, « Les prédications en c’est : une approche systématique », L’Information grammaticale, n° 158, 2018, p. 19-29.
    • Le Goffic Pierre, Grammaire de la phrase française, Paris, Hachette, 1993.
    • Lefeuvre Florence, La Phrase averbale en français, Paris, L’Harmattan, 1999.
    • Monte Michèle, « Noms en emploi prédicatif et nexus dans la poésie de Pierre Reverdy », Verbum, t. XXXVI (2), 2014, p. 421-433.

    Hoai Anh TRAN, « La phrase entre norme française et réalités socioculturelles rwandaises : tension linguistique et médiation postcoloniale dans Jacaranda de Gaël Faye »

    Publié en 2024, Jacaranda de Gaël Faye prolonge la réflexion sur la mémoire et la langue ouverte dans Petit Pays (2016). Le roman met en scène la cohabitation du français, langue héritée de la colonisation belge, et du kinyarwanda, langue de la mémoire collective, à travers deux voix féminines : Venancia, institutrice attachée à la norme, et Stella, jeune femme en quête d’une parole réconciliée. Cette étude analyse la phrase comme lieu de tension entre norme linguistique française et réalités socioculturelles rwandaises, mais aussi comme espace de médiation postcoloniale.
    Mobilisant la sociolinguistique critique (Bourdieu, 1982 ; Balibar, 1985), la stylistique francophone (Philippe, 2021 ; Jollin-Bertocchi, 2006) et la pensée postcoloniale (Fanon, 1952 ; Ngũgĩ wa Thiong’o, 1986), la recherche montre que la syntaxe devient outil d’affirmation identitaire. Chez Venancia, la phrase normative symbolise la soumission grammaticale ; chez Stella, la désobéissance syntaxique fait émerger une langue plurielle et réparatrice.
    Ainsi, Jacaranda illustre une « décolonisation de la syntaxe » où le français, loin de se figer, s’ouvre à l’altérité. La phrase, transformée en lieu de mémoire et de résistance, devient instrument de réconciliation linguistique et culturelle.

    Bibliographie

    • Balibar, R. (1985). « L’institution du français : Essai sur le colinguisme des Carolingiens à la République ». Paris : Presses Universitaires de France.
    • Bourdieu, P. (1982). « Ce que parler veut dire : L’économie des échanges linguistiques ». Paris : Fayard.
    • Fanon, F. (1952). « Peau noire, masques blancs ». Paris : Seuil.
    • Jollin-Bertocchi, S. (2006). « Stylistique et francophonie : hybridité linguistique et créativité textuelle ». Paris : L’Harmattan.
    • Ngũgĩ wa Thiong’o. (1986). « Decolonising the Mind: The Politics of Language in African Literature ». Londres : Heinemann.
    • Philippe, G. (2021). « La langue littéraire : Une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert à Claude Simon ». Paris : Seuil.
    • Seguin, J.-P. (1993). « La langue française et la République ». Paris : CNRS Éditions.
    • Faye, G. (2024). « Jacaranda ». Paris : Grasset.
    • Faye, G. (2016). « Petit Pays ». Paris : Grasset.
    • Mukasonga, S. (2012). « Notre-Dame du Nil ». Paris : Gallimard.
    • Kourouma, A. (2000). « Allah n’est pas obligé ». Paris : Seuil.
    • Calvet, L.-J. (1974). « Linguistique et colonialisme : petit traité de glottophagie ». Paris : Payot.
    • Chardenet, P. (2007). La francophonie et ses normes : enjeux politiques et linguistiques.
    • « Revue française de linguistique appliquée », 12(2), 95–108.
    • Halen, P. (2015). Francophonie, langue et postcolonialité. « Itinéraires », (2015-2).

    Sandrine Vaudrey-Luigi : « Dire le temps, dire le monde : la phrase kerangalienne »

    Longue, très longue, la phrase kerangalienne semble paradoxalement relever d’une forme de fluidité, de mouvements internes de relance qui en assurent la cohésion au niveau local et pérennisent plus globalement sa lisibilité. Véritable signature stylistique, la phrase informe – au sens étymologique du terme – le temps et l’espace et devient le lieu même de l’expérience phénoménologique. De ce fait, si l’analyse de la phrase kerangalienne relève d’observatoires langagiers conventionnels, avec l’ordre des mots, notamment la postposition du sujet, le jeu sur les inserts, les segments en position détachée, le travail sur la ponctuation avec une place de choix accordée au point-virgule, la prégnance de la parataxe ou encore parfois la présence de constituants hétérogènes, ces derniers fondent leur unité dans un ancrage descriptif incarnant la manifestation du réel.

    Bibliographie indicative

    • Bikialo Stéphane & Rault Julien dir., Imaginaires de la ponctuation dans le discours littéraire (fin XIXe – début XXIe siècle), Littératures, n°72, 2015
    • Bonazzi Mathilde, Narjoux Cécile & Serça Isabelle dir., La langue de Maylis de Kerangal, Éditions universitaires de Dijon, 2017
    • Fontvieille-Cordani Agnès & Thonnerieux Stéphanie dir., L’ordre des mots à la lecture des textes, Presses Universitaires de Lyon, 2009.
    • Fuchs Catherine, « La postposition du sujet nominal : paramètres linguistiques et effets stylistiques », Fontvieille-Cordani Agnès & Thonnerieux Stéphanie dir., L’ordre des mots à la lecture des textes, Presses Universitaires de Lyon, 2009, p. 27-44.
      —« Locatif spatial initial et position du sujet nominal : pour une approche topologique de la construction de l’énoncé », Lingvisticæ Investigationes, Volume 29, 2006, p. 61-74.
    • Jeandillou Jean-François & Magné Bernard dir., L’ordre des mots, Semen, n°19, 2005.
    • Legallois Dominique, François Jacques, « Définition et illustration de la notion d’expressivité en linguistique », Relations, Connexions, Dépendances. Hommage au Professeur Claude Guimier, Le Querler Nicole, Neveu Franck & Roussel Emmanuelle, dir., collection « Rivages linguistiques », Presses Universitaires de Rennes, 2012, p. 197-22.
    • Neveu Franck, « Quelle syntaxe pour l’apposition ? Les types d’appariement des appositions frontales et la continuité », Langue française, « Nouvelles recherches sur l’apposition », n°125, 2000, p. 106-124.
    • Serça isabelle, « “La ponctuation est l’anatomie du langage” Maylis de Kerangal », Bikialo Stéphane & Rault Julien, Imaginaires de la ponctuation dans le discours littéraire (fin XIXe – début XXIe siècle), Littératures, n°72, 2015.
      —, « Le sentiment de la phrase : Langue, style, littérature au XXIe siècle : Millet, Kerangal, Michon, Goux, Laurichesse, Mingarelli, Ernaux », Géographie sensible, Littératures, n°89, 2024.

    Marie-Albane WATINE : « La phrase littéraire comme exercice procédural : que peut apporter la psycholinguistique à une description de la phrase contemporaine ? »

    De nombreux écrivains contemporains évoquent le rapport de leur phrase au temps, de Claude Simon qui dit chercher une phrase qui exprime la simultanéité des perceptions à Maylis de Kerangal qui dit prendre en compte avant tout la vitesse de la phrase, et travailler à la ralentir ou l’accélérer (Gautier et Watine 2020, Vaudrey-Luigi 2023). Loin de la spatialisation qu’implique l’analyse syntaxique (Le Goffic et Fuchs 2011) ou plus largement structurale (Baroni 2007), cet imaginaire de la phrase (Wulf à paraître) appelle à des modèles d’analyse propres à intégrer la dimension temporelle de l’acte de lecture – on pense notamment à l’article programmatique de Laurent Jenny de 1991, qui décrit la phrase comme un champ formel tendu entre mémorisation et anticipation, « où se jouent les apories de la temporalité humaine » – mais l’article n’aura pas de suite applicative, faute d’outils théoriques adaptés à une telle description.
    Aujourd’hui, outre les modèles de la macrosyntaxe qui se penchent sur des questions de projection et d’attente (Béguelin et Corminboeuf), c’est l’apport récent des sciences cognitives, et en particulier de la psycholinguistique de la lecture (Gibson 2000, Ferreira & Qiu 2021, Futrell et al. 2021) qui nous semble propre à fournir, au prix de certaines adaptations, les outils descriptifs appropriés pour une description de la phrase en tant qu’elle est aussi exercice procédural, se déroulant séquentiellement dans le temps (Gautier et Watine 2021). Ces approches, en modélisant les phénomènes de prédiction et de mémorisation, permettent de décrire autrement la phrase longue, et notamment de distinguer différents types de complexité, qui engagent à leur tour la définition de types d’unités de lecture, non congruentes avec celles de la syntaxe.
    Nous nous proposons de montrer comment, dans deux textes contemporains dont on soulignera les proximités et les différences en termes d’imaginaire de la phrase (Le Tramway de Claude Simon et Rosie Carpe de Marie NDiaye), ces unités de lecture définies par la prévision et la mémorisation peuvent participer aux phénomènes de représentation du temps, mais aussi accompagner différents types de texte (description, narration…) et instruire différents types de représentations cognitives.

    Bibliographie

    • Baroni, Raphaël (2007), La Tension narrative, Paris, Seuil, coll. « Poétique », 2007.
    • Béguelin Marie-José, Corminboeuf Gilles (2016), « Phénomènes d’attente et de projection : Présentation », Langue française n° 192, p. 5-14.
    • Ferreira, Fernanda, & Qiu, Zhuang (2021), “Predicting syntactic structure”, Brain Research, 1770.
    • Richard Futrell, Roger P. Levy, Edward Gibson (2020), “Dependency locality as an explanatory principle for word order”, Language, Volume 96-2, pp. 371-412.
    • Gautier Antoine et Watine Marie-Albane (2020), « Entre pratiques standardisée et innovations : XX et XXIe siècles », G. Siouffi (dir.), Une histoire de la phrase française. Des Serments de Strasbourg aux écritures numériques, Paris, Actes Sud.
    • Gautier Antoine et Watine Marie-Albane (2021), « Une approche psycholinguistique des figures de construction : Présentation », L’information grammaticale, 169, pp.3-13.
    • Jenny, Laurent (1989), « La phrase et l’expérience du temps », Poétique n°79, p. 277-286.
    • Le Goffic Pierre, Fuchs Catherine (2011), « L’hyperbate est-elle toujours à droite ? » in A-M. Paillet & C. Stolz, L’hyperbate aux frontières de la phrase, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, p. 89-102.
    • Vaudrey-Luigi Sandrine (2023), « Ordre des mots et expérimentations linguistiques dans la prose de Maylis de Kerangal », intervention au laboratoire BCL (UMR 7320), Université Côte d’Azur/CNRS, 22 juin 2023.
    • Wulf, Judith (à paraitre), Style et imaginaires de la langue, Actes du 5e colloque de l’AIS, Université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis, 2022.

    Ilias YOCARIS : « Une restructuration de la phrase traditionnelle : style et syntaxe dans l’œuvre de Claude Simon »

    À rebours des stéréotypes véhiculés par une critique journalistique tapageusement rétrograde (cf. p. ex. Rinaldi 1985), encore assez répandus de nos jours, la syntaxe simonienne ne vise pas à détruire ou à défigurer la phrase traditionnelle : si elle a une dimension manifestement très transgressive, du fait que Simon entend se démarquer des formes narratives et phrastiques « classiques », il s’agit en fait non pas de déstructurer mais de restructurer celles-ci, afin de faire découvrir au lecteur « un ordre jusque-là inouï » (Zemmour 2008 : 340) essentiellement axé sur l’indétermination sous toutes ses formes. En effet, les dispositifs syntaxiques extrêmement sophistiqués mis en place dans les romans simoniens visent à créer (cf. Yocaris 2008) une somme d’objets verbaux non réductibles à une segmentation du type cartésien en représentations « claires et distinctes » : ceux-ci sont homomorphes aux constituants de base d’un monde dépourvu de toute transcendance, intégralement gouverné par le hasard et caractérisé à ce titre par une incertitude ontologique et épistémique intrinsèque (cf. p. ex. Yocaris 2006 : 217-219). Dès lors, sans disparaître tout à fait, la « phrase » traditionnelle se voit supplantée par des dispositifs articulés autour de « clauses » et de « périodes » berrendonneriennes (cf. Berrendonner & Reichler-Béguelin 1989, Berrendonner 1990, 2002), au sein desquels elle devient un cas limite. La complexe interpénétration d’une syntaxe (plus ou moins) classique et d’une syntaxe clausale/périodique engendre comme nous allons le montrer quatre traits fonctionnels majeurs :

    • (i) Hybridation et articulation transgressive (emploi déviant des connecteurs syntaxiques, connexions syntaxiques adventives, variabilité de la règle grammaticale).
    • (ii) Décentrement et dé-hiérarchisation (effacement ponctuel des verbes conjugués et des marqueurs d’embrayage, autonomisation d’éléments syntaxiquement régis, transformation de certains subordonnants en connecteurs d’énoncés autonomes).
    • (iii) Dépassement de la linéarité discursive (syntagmatisation du paradigmatique, réticulations clausales, décliticisations, constructions louches).
    • (iv) Ambiguïté (segmentations floues, hiérarchisations syntaxiques réversibles, emploi ambigu des formes en -ANT, anamorphoses syntaxico-énonciatives).

    Références bibliographiques

    • Badiou-Monferran, Claire (2020) : « Complexité syntaxique : les deux régimes, classique et moderne, du diasystème simonien », in Watine, Yocaris & Zemmour dirs 2020 : 295-307.
    • Berrendonner, Alain & Reichler-Béguelin, Marie-José (1989) : « Décalages : les niveaux de l’analyse linguistique », Langue française, 81, p. 99-125.
    • Berrendonner, Alain (1990) : « Pour une macro-syntaxe », Travaux de linguistique, 21, p. 25-36.
      ― (2002) : « Les deux syntaxes », Verbum, 24 (1-2), p. 23-36.
    • Berthomieu, Gérard (1997-1998) : Cours d’agrégation sur La Route des Flandres, inédit.
    • Blanche-Benveniste, Claire & Jeanjean, Colette (1987) : Le Français parlé : transcription et édition, Paris, Didier, coll. « Publications du trésor général des langues et parlers français ».
    • Caglioti, Giuseppe (1995) : « Perception of Ambiguous Figures : a Qualitative Model Based on Synergetics and Quantum Mechanics », in Kruse & Stadler dirs. 1995 : 463-478.
    • Deleuze, Gilles (1968) : Différence et répétition, Paris, PUF, coll. « Épiméthée ».
    • Deleuze, Gilles (1969) : Logique du sens, Paris, Minuit, coll. « Critique ».
    • Deleuze, Gilles & Guattari, Félix (1980) : Mille plateaux, Paris, Minuit, coll. « Critique ».
    • Evans, Michael (1988) : Claude Simon and the Transgressions of Modern Art, New York, St. Martin’s Press.
    • Grize, Jean-Blaise (1996) : Logique naturelle et communications, Paris, PUF, coll. « Psychologie sociale ».
    • Grize, Jean-Blaise (1997) : Logique et langage, Paris/Gap, Ophrys, coll. « L’homme dans la langue ».
    • Kruse, Peter & Stadler, Michael (1995) : « The Function of Meaning in Cognitive Order Formation », in Kruse & Stadler dirs 1995 : 5-22.
    • Kruse, Peter & Stadler, Michael dirs (1995) : Ambiguity in Mind and Nature : Multistable Cognitive Phenomena, Berlin/New York, Springer, coll. « Springer Series in Syngergetics ».
    • Labov, William (1976) : Sociolinguistique, trad. de l’américain par Alain Kihm, Paris, Minuit, coll. « Le Sens commun ».
    • Lanceraux, Dominique (1973) : « Modalités de la narration dans La Route des Flandres », Poétique, 14, p. 235-249.
    • Meizoz, Jérôme (2001) : L’Âge du roman parlant (1919-1939) : écrivains, critiques, linguistes et pédagogues en débat, Genève, Droz.
    • Neveu, Franck (1998) : « Macrosyntaxe. Le problème des niveaux de l’analyse syntaxique dans La Route des Flandres », L’Information grammaticale, 76, p. 38-41.
    • Philippe, Gilles (2009) : « La langue littéraire, le phénomène et la pensée », in Gilles Philippe & Julien Piat dirs, La Langue littéraire. Une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert à Claude Simon, Paris, Fayard, p. 91-119.
    • Rannoux, Catherine (1997) : L’Écriture du labyrinthe : Claude Simon, La Route des Flandres, Orléans, Paradigme, coll. « Références ».
    • Ricardou, Jean & van Rossum-Guyon, Françoise dirs (1972) : Nouveau Roman : hier, aujourd’hui, t. II, Pratiques, Paris, Union Générale d’Éditeurs, coll. « 10/18 ».
    • Rinaldi, Angelo (1985) : « L’affaire Claude Simon », L’Express, 25-31 octobre 1985, p. 148-149.
    • Rouayrenc, Catherine (1999) : « La Route des Flandres de Claude Simon : voyage au bout (et au-delà) de la parenthèse », Champs du signe, 9, p. 293-307.
    • Simon, Claude (1957) : « Claude Simon. Instantané », entretien avec Gérard d’Aubarède, Les Nouvelles Littéraires, 1567, 7 novembre 1957, p. 7.
      • (1960a) : « Avec « La Route des Flandres » Claude Simon affirme sa manière », entretien avec Claude Sarraute, Le Monde, 8 octobre 1960, p. 9.
      • (1960b) : « Entretien avec Claude Simon », entretien avec Madeleine Chapsal, L’Express, 491, 10 novembre 1960, p. 30-31.
      • (1962) : « Entretien. Claude Simon parle », entretien avec Madeleine Chapsal, L’Express, 564, 5 avril 1962, p. 32-33.
      • (1972) : « La fiction mot à mot », in Ricardou & van Rossum-Guyon dirs 1972 : 73-97 (suivi d’une discussion, p. 99-116).
      • (1977) : « Un homme traversé par le travail », entretien avec Alain Poirson et Jean-Paul Goux, La Nouvelle Critique, 105, p. 32-44.
      • (1979) : « Entretien avec Jo Van Apeldoorn et Charles Grivel, 17 avril 1979, de Claude Simon », in Charles Grivel dir., Écriture de la religion : écriture du roman. Textes réunis par Charles Grivel. Mélanges d’histoire de la littérature et de critique offerts à Joseph Tans, Groningen/Lille, Centre Culturel Français de Groningen/Presses Universitaires de Lille, p. 87-107.
      • (1986) : « Claude Simon », in Lois Oppenheim dir., Three Decades of the French New Novel, Urbana, University of Illinois Press, p. 71-86.
      • (2006) : Œuvres, tome I, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade ».
      • (2012) : « L’absente de tous bouquets » [conférence inédite de 1982], in Quatre conférences, Paris, Minuit, p. 39-71.
      • (2013) : Œuvres, tome II, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade ».
    • Vallespir, Mathilde (2020) : « Complexité perceptive chez Claude Simon : instabilité référentielle et multistabilité dans La Chevelure de Bérénice », in Watine, Yocaris & Zemmour dirs 2020 : 112-131.
    • Vaudrey-Luigi, Sandrine (2020) : « Complexité et belle langue dans L’Herbe de Claude Simon », in Watine, Yocaris & Zemmour dirs 2020 : 309-321.
    • Watine, Marie-Albane (2014) : « Prévisibilité phrastique et style parlé chez Céline », in Laure Himy, Jean-François Castille & Laurence Bougault dirs, Le Style découpeur de réel. Faits de langue, effets de style, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, p. 303-313.
    • Watine, Marie-Albane, Yocaris, Ilias & Zemmour, David dirs (2020) : Claude Simon, une expérience de la complexité, Paris, Classiques Garnier, coll. « Rencontres ».
    • Yocaris, Ilias (2002) : L’Impossible totalité. Une étude de la complexité dans l’œuvre de Claude Simon, Toronto, Paratexte.
      • (2006) : « Une poétique de l’indétermination : style et syntaxe dans La Route des Flandres », Poétique, 146, p. 217-235.
      • (2008) : « Style et référence : le concept goodmanien d’exemplification », Poétique, 154, p. 225-248.
      • (2016) : Style et semiosis littéraire, Paris, Garnier, coll. « Investigations stylistiques ».
      • (2021) : « L’impact des figures de construction phrastiques dans La Route des Flandres », in Marie-Albane Watine & Antoine Gautier dirs, Psycholinguistique et figures de construction, L’Information grammaticale, 169, p. 30-38.
      • (2024) : « Le raidillon aux aubépines : multistabilité et objets contextuels dans La Bataille de Pharsale », in Jean-Yves Laurichesse dir., Claude Simon 9. Le Rire de Claude Simon, Paris, Classiques Garnier, coll. « La Revue des Lettres Modernes », p. 175-237.
    • Yocaris, Ilias & Zemmour, David (2010) : « Vers une écriture rhizomatique : style et syntaxe dans La Bataille de Pharsale », Semiotica, 181, p. 283-312.
      • (2013) : « Qu’est-ce qu’une fiction cubiste ? La « construction textuelle du point de vue » dans L’Herbe et La Route des Flandres », Semiotica, 195, p. 1-44.
    • Zemmour, David (1998) : « Le participe présent dans La Route des Flandres : écriture du souvenir et quête de l’instant », L’Information Grammaticale, 76, p. 42-45.
      • (2008) : Une syntaxe du sensible : Claude Simon et l’écriture de la perception, Paris, Presses Universitaires de Paris-Sorbonne, coll. « Travaux de stylistique et de linguistique françaises / Bibliothèque des styles ».
    1. Louise Chennevière, Pour Britney, P.O.L., 2024, p. 33. ↩︎
    2. Clémence Rose a plus particulièrement travaillé sur Pour Britney et Stéphane Chaudier sur Mausolée (le second roman de Louise Chennevière, paru en 2021). Dans les podcasts de la librairie « Ombres Blanches » (Toulouse) Louise Chennevière analyse l’évolution de sa pratique ; selon elle, la ponctuation de Comme la chienne serait plus assertive à cause des deux points ; dans Pour Britney, les virgules traduisent le rythme et la fragilité de la pensée ; l’autrice ferait ainsi ressentir la peur et le désir de ne pas perdre le fil de ses idées. ↩︎
    3. Caecilia Ternisien, « Approche de la phrase de Mandiargues dans “Mil neuf cent trente-trois” », Poétique, n° 172, novembre 2012, Seuil, p. 457. ↩︎
    4. Voir Marie-Albane Watine, « De la sous-programmation à la multi-programmation. Deux modèles de la phrase gionienne », dans Jean Giono. Une poétique de la figuration, Gérard Berthomieu et Sophie Milcent-Lawson (dir.), Classiques Garnier, 2020, p. 295. ↩︎
    5. Voir Gilles Philippe, Sujet, verbe, complément. Le moment grammatical de la littérature française 1890-1940, Gallimard, 2002, p. 10 ↩︎
    6. Hélène Cixous, « Le rire de la Méduse », L’Arc, no 61, 1975, pp. 39-54. ↩︎
    7. Monique Wittig, La pensée straight, Nouvelles Questions Féministes & Questions Féministes, t. 7, février 1980. ↩︎
    8. A. Turbiau, A. Lachkar, C. Islert, M. Berthier, A. Antolin, Écrire à l’encre violette, Littératures lesbiennes en France de 1900 à nos jours, Paris, Le Cavalier bleu, 2025. ↩︎
    9. (dir) Gilles Siouffi Histoire de la phrase française,  Arles, Actes Sud, 2020 , p.297 ↩︎
    10. Olivier Belin, René Char et le surréalisme, Paris, Classique Garnier,  2011 ↩︎
    11. (dir) Gilles Siouffi Histoire de la phrase française, p.294 ↩︎
    12. Leclair, Danièle, Là où brûle la poésie, Lonrai, Aden « Le cercle des poètes disparus », 2007, p.255. ↩︎
    13. France Huser, Les rendez-vous de l’Isle-sur-la-Sorgue, Paris, arléa, 2026 p.57–58. ↩︎
    14. Maurice Blanchot, L’Entretien infini, Paris, Gallimard, 1969, p. 453. ↩︎
    15. « Par où commencer ? Cette question, je me la suis posée des dizaines de fois devant la page blanche. Comme s’il me fallait trouver la phrase, la seule, qui me permettra d’entrer dans l’écriture du livre et lèvera d’un seul coup tous les doutes. […] Cette phrase, je n’ai pas besoin de la chercher loin. […] Elle a été écrite il y a soixante ans dans mon journal intime. J’écrirai pour venger ma race. Elle faisait écho au cri de Rimbaud : “Je suis de race inférieure de toute éternité.” », Annie Ernaux, « Conférence Nobel », NobelPrize.org, URL : https://www.nobelprize.org/prizes/literature/2022/ernaux/201000-nobel-lecture-french/ [consulté le 1er décembre 2025] ↩︎
    16. « Quand j’ai commencé de vouloir écrire, à vingt ans, j’espérais, certes, comme on dit ”faire œuvre d’art” […], mais ce n’est pas ce que j’ai noté spontanément, naïvement – c’est-à-dire naturellement – sur une page de cahier. C’est : “J’écrirai pour venger ma race” (la substitution de “race” à “classe” n’étant pas un hasard, une étourderie). », Annie Ernaux, « Littérature et politique », dans Écrire la vie, Paris, « Quarto », [1re éd. 1989] 2008, p. 549-551, p. 550. ↩︎
    17. Benoît Monginot, « Nous n’avons que des formules et elles ne sont pas à nous : devenir (des) formules dans Les Années d’Annie Ernaux », dans Fabula-LhT, n° 30, « La Littérature en formules », dir. Olivier Belin, Anne-Claire Bello et Luciana Radut-Gaghi, 2023. DOI : https://doi.org/10.58282/lht.3823. [consulté le 1er décembre 2025] ↩︎
  • La phrase dans l’écrit littéraire et la médiation des savoirs linguistiques – Appel à communications 

    Colloque international

    « LA PHRASE DANS L’ÉCRIT LITTÉRAIRE ET LA MÉDIATION DES SAVOIRS LINGUISTIQUES »

    28 et 29 mai 2026

    Centre d’Histoire Culturelle des Sociétés Contemporaines (CHCSC EA2448)

    Université Paris-Saclay (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines)
    5 Bd d’Alembert
    78280 Guyancourt

    6e colloque de l’Association Internationale de Stylistique (A.I.S.)

    Porteuse du projet : Sophie Jollin-Bertocchi

    APPEL À COMMUNICATIONS

    Dans le cadre du rapprochement des savoirs scientifiques et des études littéraires qui se développe depuis quelques années, se pose la question du rôle de la littérature dans la création, la diffusion et l’appropriation des connaissances linguistiques. Ce colloque entend se centrer sur un poste d’analyse aussi sensible dans le champ des sciences du langage que dans celui des études littéraires, la phrase.

    Au XVIIe siècle, le mot phrase est peu employé et signifie « expression », « locution », « tour de phrase ». Sur le terrain grammatical, il est en concurrence avec la proposition logique de Port-Royal et la période rhétorique – et il le restera jusqu’au XXe siècle. Le discours scolaire a joué un rôle important dans l’acclimatation d’une nouvelle idée de la phrase : celle-ci n’est plus seulement un assemblage de mots mais une unité cohérente du discours ; elle devient confusément une unité prédicative. La phrase se situe au carrefour de la grammaire, de la logique et de l’esthétique – notamment littéraire –, ce qui fait d’elle l’objet d’un dialogue interdisciplinaire entre sciences du langage (syntaxe, linguistique textuelle, stylistique), histoire des idées linguistiques et études littéraires.

    Jean-Pierre Seguin (1993) a retracé la naissance de la notion de phrase française moderne au XVIIIe siècle. À partir du discours des grammairiens de cette époque, Seguin a suivi la gestation de la notion et montré comment s’est opéré son passage progressif du lexique à la grammaire, de l’oral à l’écrit, et de l’objet empirique relevant d’une évidence commune au modèle de production syntaxique. C’est Domergue qui a dissipé les hésitations terminologiques et signé l’acte de naissance de la phrase française conçue comme un ensemble hiérarchisé de propositions, comportant un sujet et un verbe, constituant une unité de sens close par la ponctuation à l’écrit, et une unité d’intonation à l’oral Ce trajet aboutit à une triple institutionnalisation de la phrase, conçue comme métonyme de la langue : mythique, scolaire et terminologique.

    Le XIXe siècle, à travers la grammaire scolaire, a poursuivi la grammaticalisation de la phrase dans sa double dimension morpho-syntaxique (nature et fonction) avant que la linguistique moderne, au XXe siècle, ne s’attache à la théoriser dans le domaine de la syntaxe. L’effervescence théorique autour de la phrase, dans l’espace francophone, de Meillet à Le Goffic, en passant par Tesnière, et dans l’espace anglophone, de Harris à Chomsky, s’est efforcée de modéliser la diversité des phrases. À partir des années 1970, la notion a pu être rejetée en raison des apories de sa définition linguistique, mises en évidence par les travaux sur l’oral (Blanche-Benveniste notamment en France), au profit d’une vision macrosyntaxique (Berrendonner) qui a développé les notions de « clause » et de « période » (au sens linguistique moderne).

    Notion à la fois savante, dont le contenu n’est pas stabilisé, et profane –  tout le monde en a plus ou moins une idée grâce à l’enseignement scolaire –, la phrase reste aujourd’hui au cœur de l’enseignement de la grammaire française, comme du style littéraire (Molinié 1986). Elle est centrale dans la médiation des savoirs lexicaux, grammaticaux et littéraires à l’École : depuis le XIXe siècle et l’instauration de l’enseignement public, on n’a cessé de travailler sur la pédagogie de la phrase comme unité syntaxique maximale et unité typographique, forme privilégiée de l’exemplification. Les exemples qui illustrent les manuels de langue et de littérature ont largement puisé dans les corpus littéraires, lesquels ont été institués comme lieux de médiation des savoirs grammaticaux.

    Les écrivains français se sont quelquefois exprimés dans des écrits théoriques ou personnels (Flaubert en est un exemple célèbre), ou dans des entretiens (notamment certains écrivains contemporains, comme Pierre Michon ou Maylis de Kerangal), sur leur vision, leur conception, leur imaginaire de la phrase[1]. La phrase singulière des écrivains a fait l’objet d’une série de monographies, dont on peut citer en exemples, parmi d’autres, les études de Milly sur Proust (1975), de Veyrenc sur Gide (1976), de Piat (2011) sur le Nouveau Roman, ou de Zemmour (2008) sur Simon. Mais à ce jour un seul colloque a été dédié à cette question (Bourkhis et Benjelloun 2008). L’approche génétique du style par ailleurs peut être révélatrice de la sensibilité à la phrase, ce qui est particulièrement frappant chez un écrivain comme Flaubert qui arrête, au moment de l’édition, une phrase à laquelle le manuscrit et ses ratures donnaient des dynamiques très différentes. Dans la mesure où la phrase est une représentation langagière à la fois culturelle et singulière, les formes du texte littéraire sont un vecteur majeur des modèles syntaxiques collectifs (Balibar 1974, Jollin-Bertocchi 2021), par exemple celui de la « belle langue ». Depuis quelques décennies, une histoire des sensibilités stylistiques collectives a commencé à s’écrire (Philippe 2002 ; Philippe & Piat 2009) en prenant appui sur l’approche auteuriste pour la décloisonner, la mettre en perspective et l’historiciser. Ainsi l’opposition entre la phrase simple et la phrase complexe, qui est l’un des piliers de l’enseignement de la grammaire, est-elle apparue tout aussi structurante dans l’approche littéraire.

    Ces éléments soulèvent quelques questions :      

    D’un point de vue épistémologique, comment appréhender la réflexivité de l’enquête ? Dans quelle mesure est-il possible de mettre en évidence la circulation des savoirs grammaticaux et des théories linguistiques à travers les œuvres littéraires, dès lors que ces savoirs portent sur le matériau verbal même du corpus ? Cela présuppose de postuler une porosité entre les deux (voire trois) domaines, la grammaire, la linguistique et la littérature. Comment évaluer l’effet des configurations socio-culturelles sur la médiation des savoirs linguistiques par la littérature ?

    En matière de savoirs sur la phrase, y a-t-il rupture ou continuité entre les représentations de la phrase par les grammairiens et les linguistes, et l’image qu’en dessinent les écrivains à partir de leur usage singulier ? Les usages littéraires de la phrase sont-ils eux-mêmes cohérents avec les représentations théoriques formulées par les écrivains ? Comment les savoirs grammaticaux sont-ils ancrés dans la pratique scripturale ?

    Telles sont les questions qui serviront d’axe problématique au sixième colloque de l’AIS qui, après Rennes en 2008 (« Stylistiques ? »), Caen en 2011 (« Le style, découpeur de réel »), Lyon en 2015 (« Méthodes stylistiques. Unités et paliers de pertinence textuelle »), Aix-en-Provence en 2018 (« Poétique des énoncés inconvenants et paradoxaux ») et Paris 8 Vincennes – Saint-Denis en 2022 (« Style et imaginaires de la langue »), se tiendra à l’Université Paris-Saclay (Université de Versailles St-Quentin-en-Yvelines) les 28 et 29 mai 2026.

    AXES D’ÉTUDE

    Ces questions pourront être abordées à la fois comme support théorique et comme terrain d’expérimentation pratique, selon différentes perspectives. Les communications porteront sur des corpus français et francophones, ou dans d’autres langues, et s’inscriront dans les disciplines mobilisables pour l’étude des patrons syntaxiques : stylistique d’auteur, stylistique génétique, stylistique historique, syntaxe, linguistique textuelle, critique littéraire, histoire culturelle, histoire des idées linguistiques, analyse du discours, approches comparatives interlinguistiques… Elles pourront aborder l’un ou l’autre des axes suivants :

    1. 1. Les prises de position dans le débat scientifique : les mentions explicites ou les traces, les échos des théories et des savoirs linguistiques dans les textes (voir par exemple Queneau et Aragon) ; la manière dont l’exercice de la phrase répond ou non aux théories syntaxiques.
    2. 2. Phrase et enseignement scolaire : les corpus d’exemples littéraires dans les grammaires ; la place de l’étude de la phrase dans les manuels de stylistique ; le rôle de l’école dans la formation des écrivains, la manière dont ceux-ci ont intégré ou rejeté les modèles phrastiques dans leur pratique d’écriture.
    3. 3. L’approche externe des représentations de la phrase par les écrivains : les conceptions théoriques et les représentations subjectives de la phrase littéraire telles qu’elles sont exprimées dans leurs écrits théoriques, critiques ou personnels (journaux, correspondances, entretiens) ; en particulier les comparaisons et les métaphores à travers lesquelles elles se manifestent, à rapprocher des métaphores mobilisées dans le discours scientifique.
    4. 4. L’approche interne des représentations de la phrase, dans les œuvres : les patrons syntaxiques (tradition vs innovation) de la langue littéraire singulière (d’un auteur) ou collective (d’un genre, d’une époque, d’un courant littéraire), et leur circulation entre les œuvres et les périodes. Quelques pistes en particulier, parmi d’autres possibles, sont à explorer :
      • Certains textes accordent-ils un traitement particulier à la phrase dans sa matérialité typographique ?
      • La phraséologie : cooccurrences et collocations du mot phrase.La petite phrase, type d’expression très en vogue à l’époque contemporaine, dont la naissance a partie liée avec le slogan à l’époque de la Révolution française, puis avec la phrase simplifiée pour les besoins de l’enseignement, constitue un phénomène culturel au XIXe siècle, représenté dans la littérature, qui reste à documenter.
      • De quelle manière l’évolution technologique, et en particulier le développement des nouvelles technologies numériques, influence-t-il le format et la structure de la phrase (Siouffi 2020) dans l’écrit littéraire contemporain[2] ?

    MODALITÉS ET CALENDRIER DE SOUMISSION DES PROPOSITIONS DE COMMUNICATIONS

    Envoi des propositions en français : Résumé de 1500 signes espaces compris, incluant des références bibliographiques, aux adresses suivantes :

    Date limite pour la soumission des propositions : 1er décembre 2025.

    Communication des résultats : 15 janvier 2026.

    Comité scientifique : Pauline Bruley (Université d’Angers), Sophie Bertocchi-Jollin (Université Paris-Saclay, UVSQ), Florence Lefeuvre (Université Sorbonne Nouvelle), Jérôme Hennebert (Université de Lille), Joël July (Aix-Marseille Université), Annie Kuyumcuyan (Université de Strasbourg), Sophie Lawson (Université de Lorraine, Nancy), Michèle Monte (Université de Toulon), Bérengère Moricheau-Airaud (Université de Pau), Élise Pavy-Guilbert (Université Bordeaux-Montaigne), Gilles Philippe (Université de Lausanne), Pascale Roux (Université Lumière Lyon 2) Gilles Siouffi (Sorbonne Université), Pierre-Yves Testenoire (Sorbonne Université), Laélia Véron (Université d’Orléans), Judith Wulf (Université Saint-Denis Paris 8), Ilias Yocaris (Université Côte d’Azur).

    BIBLIOGRAPHIE

    BALIBAR, Renée, Les français fictifs : le rapport des styles littéraires au français national, Paris, Hachette, 1974.

    BOURKHIS, Ridha & BENJELLOUN, Mohammed (2008), La phrase littéraire, Paris, L’Harmattan.

    DESSONS, Gérard, « La phrase comme phrasé », La Licorne [En ligne], n° 42 (S. Bikialo, dir.), 1997.

    GOUX, Jean-Paul, La Fabrique du continu, Seyssel, Champ Vallon, 1999.

    HACHE, Sophie, La période oratoire (1550-1750). Une esthétique du discours, Paris, Classiques Garnier, 2024.

    JEY, Martine, BRULEY, Pauline & KAËS Emmanuelle (2017), L’écrivain et son école, Paris, Hermann.

    JOLLIN-BERTOCCHI, Sophie (2021), « La référence scolaire : de la figuration littéraire aux modèles langagiers, l’exemple de Giono », Pratiques [En ligne], 191-192, mis en ligne le 15 décembre 2021, consulté le 11 février 2025.

    MASSOL, Jean-François (2004), De l’institution scolaire de la littérature française (1870-1925), Grenoble, ELLUG.

    MILLY, Jean (1975), La Phrase de Proust : des phrases de Bergotte aux phrases de Vinteuil, Paris, Champion.

    MOLINIÉ, Georges (1986), Éléments de stylistique française, Paris, PUF.

    PHILIPPE, Gilles (2002), Sujet, verbe, complément. Le moment grammatical de la littérature française (1890-1940), Paris, Gallimard.

    PHILIPPE, Gilles & PIAT, Julien (2009), La langue littéraire. Une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert à Claude Simon. Paris, Fayard.

    PIAT, Julien (2011), L’expérimentation syntaxique dans l’écriture du Nouveau Roman, Paris, Honoré Champion.

    SEGUIN, Jean-Pierre (1993), L’invention de la phrase au XVIIIe siècle : contribution à l’histoire du sentiment linguistique français, Bibliothèque de l’Information grammaticale, Paris, Éditions Peeters.

    SIOUFFI, Gilles (2020), Une histoire de la phrase française des Serments de Strasbourg aux écritures numériques, Arles, Actes Sud.

    SMADJA, Stéphanie (2013), La « Nouvelle prose française ». Étude sur la prose narrative au début des années vingt, Bordeaux, Presses Universitaires de Bordeaux, coll. « Poétique et stylistique ».

    SZULMAJSTER-CELNIKIER, Anne (2017), « Quand le poète se fait linguiste : À propos de Blanche ou l’oubli de Louis Aragon », La Linguistique vol. 53, fasc. 1, p. 149-161.

    VEYRENC, Marie-Thérèse (1976), Genèse d’un style. La phrase d’André Gide dans Les Nourritures terrestres, Paris, Nizet.

    WULF Judith (2024), « Aux sources de la stylistique. Les récits du français au XIXe siècle », Romantisme 203, p. 41-51.

    WULF, Judith (2025), Style et imaginaires de la langue, Actes du 5e colloque de l’AIS, Université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis, 2022, à paraître.

    ZEMMOUR, David (2008), Une syntaxe du sensible. Claude Simon et l’écriture de la perception, Paris, PUPS.


    [1] Plus largement, l’imaginaire linguistique a d’ailleurs fait l’objet du 5e colloque de l’AIS, « Style et imaginaires de la langue », qui s’est tenu à l’Université Paris 8 Saint-Denis en 2022 (Wulf et al. 2026, à paraître).

    [2] À l’époque contemporaine, la phrase s’invite aussi hors le livre, comme en témoignent les arts plastiques conceptuels (Christian Boltanski, Lawrence Weiner).

  • Appel à Contribution – Colloque « Rythmes du monde dans la poésie de Pierre Dhainaut »

    Appel à contribution

    Colloque en langue et littérature françaises XXe et XXIe siècles

    Rythmes du monde dans la poésie de Pierre Dhainaut.

    Sous la direction de Jérôme Hennebert (ALITHILA / THALIM)

    Sabine Dewulf et Sabine Zuberek-Kotlarczik

    (Université de Lille, laboratoire)

    (17-18 octobre 2025)

    17 octobre 2025, bâtiment F, « Maison de la recherche ».

    18 octobre 2025, Bibliothèque municipale de Lille Jean Levy.

    Pierre Dhainaut, né à Lille en 1935, est une des grandes voix poétiques contemporaines. De nombreux dossiers sur le poète sont déjà parus dans différentes revues. Deux monographies, l’une de Jean Attali, l’autre de Sabine Dewulf, constituent une remarquable introduction à son œuvre. Robert Sabatier fut l’un des premiers à saluer le lyrisme de Pierre Dhainaut : « Avec Dhainaut, les mots nous paraissent plus purs et plus lumineux, les paysages de la nature et de la vie faisant un beau mariage avec le chant profond » (Robert Sabatier, Histoire de la poésie française, La Poésie du XXe siècle, tome 3 « Métamorphoses et et modernité, Paris, Albin Michel, 1988, p. 617). Le colloque organisé par l’Université de Lille sera la seconde manifestation scientifique d’envergure sur l’œuvre de Pierre Dhainaut, à la suite du colloque Pierre Dhainaut, la passion du précaire organisé par l’Université de la Sorbonne en 2007.

    Lire un poème de Pierre Dhainaut est une heureuse tentative de respiration pour contrer l’asphyxie du monde contemporain. Gérard Farasse, dans la notice qu’il a consacrée au poète flamand, le reformule en ces termes :

    Plutôt qu’inspiration, sa poésie est respiration, accord et contagion des souffles, échange entre un dehors et un dedans. Elle est recherche d’un équilibre toujours à retrouver entre soi et le monde, soi et les autres, soi et la langue. […] Le poème ne résonne qu’à condition de devenir l’espace de la réconciliation. (Michel Jarrety dir., Dictionnaire de poésie de Baudelaire à nos jours Paris, PUF, 2001, p. 203)

    Si la poésie moderne et contemporaine prétend accéder à une certaine vérité de l’être, celle de Pierre Dhainaut révèle sensiblement une relation autre et authentique au monde une « réconciliation » ‒ loin du rythme effréné de nos vies actives.

    Au fil de promenades à travers les paysages du Nord, les montagnes de la Grande Chartreuse ou les terres de l’Aubrac, la poésie de Pierre Dhainaut sert de viatique au lecteur pour s’intérioriser et s’interroger. Cette œuvre lyrique, initiée dans la mouvance du surréalisme puis rapidement ancrée dans « l’acte et le lieu » de l’existence (Yves Bonnefoy), est traversée par la puissance d’un souffle mesuré. L’air, souvent thématisé par le poète, y circule en effet entre des séquences de vers blanchies pour que le lecteur respire, s’apaise, et se sente mieux vivre.

    Plus encore, cette œuvre poétique, dans la lignée de celles qui ont marqué la fin du XXe siècle, soulève un questionnement fondamental : celui de l’essence même de ce que nous appelons le monde réel. En effet, la langue de Pierre Dhainaut délivre les grandes forces qui animent celui-ci (la naissance et la mort, la matière et l’esprit, le mouvement et l’immobilité, le passage et la continuité…) de leurs contradictions apparentes pour manifester le mystère de leur complémentarité. Ne nous méprenons pas : ses poèmes ne se contentent pas de célébrer le monde ; le souffle qui les parcourt témoigne d’une possibilité d’être au monde d’une manière radicalement neuve. Notre rapport à l’univers s’en trouve bousculé et notre raison, battue en brèche.

    L’objectif du colloque Rythmes du monde dans la poésie de Pierre Dhainaut vise non seulement à partager la joie d’écrire d’un poète majeur de notre époque, mais surtout à interroger la multiplicité de ses rythmes, en lien avec la radicalité de sa vision du monde. Sur quelles cadences cette poésie accomplit-elle la présence au monde ? Comment les choix rythmiques du poète, avec ou sans le souvenir du mètre, favorisent-ils la connaissance poétique ? Le rythme, qu’il soit accentuel, métrique ou typographique, est-il un facteur d’équilibration ? Introduit-il au contraire un désordre mélodique et / ou visuel nécessaire à l’expression des difficultés d’être du sujet lyrique ? Rend-il plus solennel le rapport à soi et au monde ? La diversité formelle des poèmes de Pierre Dhainaut nous invite en conséquence à reconsidérer les différents rythmes à l’œuvre.

    Le rythme est un mouvement organisateur de l’écriture au secours du sens du poème, conformément à son étymologie : du latin rythmus, via le grec ruthmos « proportions régulières », puis par glissement sémantique « manière d’être », comme l’a rappelé Michèle Aquien dans son Dictionnaire de poétique (Paris, Le Livre de poche, 1993, p. 252). L’analyse du flux rythmique (le même et le différent ; le continu et le discontinu) explique comment se déploie la signification du poème. Si Gérard Dessons et Henri Meschonnic ont également défini le rythme comme « l’organisation du mouvement de la parole par un sujet » (Traité du rythme, Paris, Dunod, p. 28), ceux-ci ont toutefois montré que l’étude des cadences personnelles n’a rien en commun avec le psychologisme.

    Considérant l’évolution des formes poétiques, Michèle Aquien conclut que :

    […] l’analyse du rythme ne peut se faire tout à fait de la même manière pour la poésie moderne non mesurée et pour la poésie traditionnelle ; il est à chercher ailleurs que dans les codes de la versification : dans le nombre et dans la forme, dans le rapport entre la lettre, le phonème, la syllabe, le mot, et l’espace dans lequel ils figurent. (op. cit., p. 258).

    Dès lors, les propositions de communication porteront entre autres sur la pratique des formes brèves (haïku etc.), sur les figures de répétition, sur les blancs typographiques et les usages poétiques de la ponctuation, sur la résurgence de la rime et du mètre dans le contexte du vers libre, sur les discordances syntaxiques en fin de ligne, sans oublier la périodicité expressive des interrogations et des aphorismes, caractéristiques de la langue de Pierre Dhainaut. Sur le plan thématique, des études complémentaires à l’approche stylistique pourront porter sur les motifs du ressac, de la marche, ou de la respiration qui se rapportent principalement au rythme du sujet en prise avec le monde, sans oublier la complémentarité entre la poésie et l’image dans les livres d’artiste.

    Les propositions de communication de deux pages maximum, assorties d’une notice biographique,  seront adressées à Jérôme Hennebert (jerome.hennebert@univ-lille.fr), Sabine Dewulf (sabdew@gmail.com) et Sabine Zuberek-Kotlarczik (sabine.kotlarczik@gmail.com) jusqu’au 30 juin 2025. Les actes du colloque seront publiés grâce au soutien du laboratoire ALITHILA.

    Participation au colloque : 40 euros (20 euros pour les doctorants)

    Comités

    Comité organisateur :

    • Jérôme Hennebert, Maître de conférences à l’Université de Lille,
    • Sabine Dewulf,
    • Sabine Zuberek-Kotlarcszik (professeurs agrégés, Association Pierre Dhainaut),
    • Jean-Jacques Vandewalle (conservateur du fonds Pierre Dhainaut, Bibliothèque Municipale de Lille).

    Comité scientifique :

    • Vincent Vivès, Professeur à l’Université Polytechnique des Hauts-de-France à Valenciennes,
    • Dorottya Szávai, maître de conférences HDR à l’Université ELTE de Budapest,
    • Sarra Ladjimi MALOUCHE, Maître de conférences à l’Université de Carthage.

    Bibliographie indicative

    Quelques études de référence :

    Attali Jean, Pierre Dhainaut, textes inédits, Rodez, Éditions du Rouergue, collection « Visages de ce temps », 1986.

    À travers les commencements, entretiens de Pierre Dhainaut et de Patricia Castex Menier, Paris, Paroles d’aube, 1998.

    Bishop Mickael, Dystopie et poiëin, agnose et reconnaissance – Seize études sur la poésie française et francophone,« Pierre Dhainaut, changeant, échangeant », Rodopi, Amsterdam, New York, 2014, p. 119-131.

    Bonhomme Béatrice, « Au dehors, le secret : Pierre Dhainaut ou le rythme d’un paradoxe »dans Corps, Poésie, esthétique, Perpignan, Presses universitaires de Perpignan, coll. « Études », 2016, p. 319-329.

    Castex Menier Patricia : « Du poème au corps d’amour », Courrier du Centre international d’études poétiques, n° 119-120, Bruxelles, 1977.

    Dewulf Sabine, Pierre Dhainaut, avec une anthologie, Montreuil-sur-Brèche, Éditions des Vanneaux, collection « Présence de la poésie », 2008.

    Dewulf Sabine, En regard, à l’écoute – La poésie de Pierre Dhainaut à travers ses livres d’artiste, catalogue d’exposition, Lille, Ville de Lille et éditions Invenit, 2021.

    FarasseGérard « Pierre Dhainaut », Dictionnaire de POESIE de Baudelaire à nos jours, Michel Jarrety dir., Paris, PUF, 2001, p. 203-204.

    Zuberek Sabine, « L’usage des guillemets dans la poésie de Pierre Dhainaut », Recours au poème, septembre 2024.

    Sabatier Robert, « Pierre Dhainaut », La Poésie du vingtième siècle – 3. Métamorphoses et Modernité, Paris, Albin Michel, 1988, p. 615-617.

    Les dossiers consacrés à Pierre Dhainaut en revue depuis les années 2000 :

    Autre Sud, n° 10, Marseille, 2000.

    Linea, n° 6, 2006.

    Nord’, n° 34, 1999.

    NU(E), n° 45, 2010.

    Rétroviseur, n° 79, 2000.

    Traversées, n° 49, 2008.

    Colloque universitaire :

    Pierre Dhainaut, la passion du précaire, Université de la Sorbonne, 2007 (sans publication des actes).

    Le rythme en poésie :

    Aquien Michèle, La Versification appliquée aux textes, Paris, Nathan Université, coll. « 128 », 1993.

    Aquien Michèle, Dictionnaire de poétique, Paris, Livre de poche, coll. « Les Usuels de poche », 1993.

    Bourrassa Lucie, Rythme et sens. Des processus rythmiques en poésie contemporaine, Montréal, éd. Balzac, 1993.

    Cornulier (de) Benoît, Théorie du vers, Paris, Éditions du seuil, 1982.

    Dessons Gérard et Meschonnic Henri, Traité du rythme, des vers et des proses, Paris, Dunod, 1998.

    Dürrematt Jacques, Stylistique de la poésie, Paris, Belin, coll. « Lettres », 2005.

    Elwert W. T., Traité de versification française, des origines à nos jours, Paris, Klincksieck, 1965.

    Gouvard Jean-Michel, La Versification, Paris, PUF, coll. « Premier cycle », 1999.

    Mazaleyrat Jean, Éléments de métrique française, Paris, Colin, coll. « U2 », 1974.

    Meschonnic Henri, Critique du rythme, Anthropologie historique du langage, Paris, Verdier, 1982.

    Milner Jean-Claude et Regnault François, Dire le vers, Paris, Seuil, 1987.

    Molino Jean et Tamine Joëlle, Introduction à l’analyse de la poésie, Paris, PUF, coll. « linguistique nouvelle », 1982.

    Meschonnic Henri, La Rime et la vie, Paris, Verdier, 1989.

    Roubaud Jacques, La Vieillesse d’Alexandre. Essais sur quelques états du vers français récent, [1978], Paris, Ivrea, 2000.

  • Colloque « Un désir éperdu de langue » La langue de Marie-Hélène Lafon

    Affiche du Colloque "Un désir éperdu de langue" La langue de Marie-Hélène Lafon

    23 & 24 mai 2024

    Colloque organisé par Emily Lombardero, Cécile Narjoux et Sandrine VAUDREY-LUIGI
    En présence de Marie-Hélène Lafon (24 mai)

    Université Paris Cité
    Grands Moulins
    Salle Pierre Albouy (695)

    Programme

    Jeudi 23 mai

    9h Accueil des participantes & participants

    9h30 Estelle MOUTON-ROVIRA (Université Bordeaux-Montaigne) – «Marie-Hélène Lafon et Flaubert : perspectives critiques, littéraires et stylistiques »

    10h Laurent SUSINI (Université Lumière Lyon 2) – « « Si encombré d’images rugueuses » : de la composition par « blocs erratiques » dans L’Annonce de Marie-Hélène Lafon »

    10h30 Anne-Marie PAILLET (ENS de Paris) – « La fluidité dans L’Annonce »

    11h30 Alexandre FERRATON (Université Sorbonne nouvelle) – « Marie-Hélène Lafon : une langue-paysage « La langue c’est le pays que j’habite » »

    12h Florian PRÉCLAIRE (THALIM) – « Le corps retrouvé de langue »

    14h Catherine RANNOUX (Université de Poitiers) – « « on » dans l’écriture de Marie-Hélène Lafon »

    14h30 Agnès FONTVIEILLE (Université Lumière Lyon 2) – « (ne pas) faire des histoires »

    15h30 Emily LOMBARDERO (Université Paris Cité) – « Histoires de fils et de pères : les noms relationnels dans les récits de Marie-Hélène Lafon »

    16h Cécile LATEULE (cinéaste) – « Dansons tant qu’on n’est pas morts »

    Vendredi 24 mai

    9h Dominique RABATÉ (Université Paris Cité) – « La temporalité dans les récits de Marie-Hélène Lafon »

    9h30 David GALAND (Sorbonne Paris Nord) – « Le temps des “possibles abolis” : usages du conditionnel passé chez Marie-Hélène Lafon »

    10h Chloé BRENDLÉ (docteure de Paris Cité) – « “Embrasser les temps”, conjurer la fin : de la variation des temps verbaux dans l’œuvre de Marie-Hélène Lafon, en particulier Les Derniers Indiens (2008) et Nos Vies (2017) »

    11h Sandrine VAUDREY-LUIGI (Université de Bourgogne) – « Ce que nous dit le point-virgule de la langue de Marie-Hélène Lafon »

    14h Stella PINOT (Université Aix-Marseille), « Traces d’oralité. La langue parlée de Marie-Hélène Lafon »

    14h30 Cécile NARJOUX (Université Paris Cité) – « Non-coïncidences du dire dans Les Pays et Les Sources »

    15h30 Bérengère MORICHEAU-AIRAUD (Université de Pau) – « La traversée des discours représentés dans Les Pays »

    16h Claire STOLZ (Sorbonne Université) – « Discours rapportés et représentation des régionalismes cantalous chez Marie-Hélène Lafon »

    Informations pratiques

    Université Paris Cité – Campus des Grands Moulins
    Arrêt Bibliothèque François Mitterrand (RER C ou Métro Ligne 14)

    Esplanade Pierre Vidal-Naquet
    Campus des Grands Moulins
    Bâtiment C
    6ème étage
    Salle Pierre Albouy (695)

  • Discours et Pratiques de l’écriture écologique : territoires et préservation de l’avenir

    Atelier 13 du Colloque 2024 de l’APFUCC
    Du 15 au 19 juin 2024
    Université McGill
    Montréal, Québec, Canada

    Date limite pour la réception des propositions de communication : 15 janvier 2024

    https://apfucc.net/congres-2024/Lien vers l’appel (PDF)

    Responsables d’atelier

    Rony Devyllers Yala Kouandzi, Université Marien Ngouabi, Congo
    Fabiola Obame, Université Paris 8

    Argumentaire

    La littérature témoigne de la réalité, du vécu des humains. Elle participe de leurs différents combats idéologiques, face aux grandes crises de l’Histoire, notamment politiques, économiques, socioculturelles, environnementales, car comme le souligne R. Barthes (1953,  p.15) « L’écriture est un acte de solidarité historique […] le rapport entre la création et la société […] la forme saisie dans son intention humaine et liée ainsi aux grandes crises de l’Histoire». À l’heure où l’humanité se trouve confrontée à des périls environnementaux, « La volonté d’agir très concrètement en faveur d’un environnement menacé s’exprime chaque jour avec plus de force » (P. Schoentjes, 2020, p.141). Aussi, les écrivains et écrivaines, soucieux et soucieuses de nos avenirs, produisent des ouvrages écologiques, pour alerter, informer et fédérer les consciences autour du combat écologique, pour le salut de tous et toutes. C’est le cas de Alice Ferney (Le Règne du Vivant, 2014), Henri Djombo (Le cri de la forêt, 2015) et Lionnel Daudet (Très haute tension, 2018). En effet face aux différents changements naturels relevés et à la déferlante des catastrophes qui s’abattent sur le monde du fait de tremblements de terre, de tsunami, de changements climatiques, de sécheresse, d’inondations spectaculaires inédites, de pollution, de risques d’extinction des espèces animales, etc.-, ils et elles n’hésitent pas à thématiser les menaces qui pèsent sur la planète.

    Pour Hubert Zapf, la façon dont est abordée l’écologie dans les environnements littéraires ouvre la voie à la diversité. Dans Literature as Cultural Ecology (2016), il fait état du versant écologique de la littérature qui, dans un registre culturel, se révèle être le lieu d’émergence d’un renouveau culturel parce qu’elle est, en même temps, l’espace où se déconstruisent les déséquilibres culturels et où ils se régénèrent. Pour comprendre cet état de fait, il faut noter que d’une part, la littérature offre un éclairage aux cultures mises à l’écart pour des motifs historiques et politiques ; d’autre part, elle donne vie à l’imagination culturelle, dans toute sa diversité et sa complexité, par le biais du langage. De la sorte, ce qui est livré dans le texte littéraire, c’est donc une manière de repenser un avenir commun en tenant compte des écologies culturelles dans leurs différentes formes.

    De ce fait, en s’appuyant sur l’idée que la trajectoire culturelle d’un groupe est liée à la terre, il est nécessaire que la prise de conscience écologique passe d’abord par les cultures locales pour espérer influer sur les cultures globales, étant donné que chaque culture et chaque peuple cultivent un rapport différent à la nature. L’apport de la culture est de façonner le citoyen écologique en instillant (à nouveau) le goût de la nature en chaque homme et en explorant les pistes pouvant mener à une meilleure cohabitation avec l’environnement naturel. Plus précisément, l’enjeu est de réfléchir aux moyens proposés par les œuvres littéraires pour préserver les espaces de vie de demain et de définir les termes d’une politique de la réconciliation de l’environnement naturel où la culture serait au service de la nature. Dès lors, les caractéristiques intrinsèques aux écologies locales doivent être dynamisées étant donné qu’elles rendent compte, elles aussi, d’une politique écologique et d’une conception universalisante de l’écologie. Dans cette optique, la prise en compte des cultures des communautés noires et autochtones sera privilégiée, car ces cultures ouvrent une perspective vers un autre point de vue, à savoir, celui du regard que portent ces minorités sur la nature.

    L’objet du présent atelier est de rendre compte des discours écologiques mis en circulation dans les textes littéraires en lien avec les questions de territoire et de préservation des espaces et des cultures, ainsi que des différentes modalités de leur expression.

    A titre indicatif, les différentes communications pourraient s’inscrire dans les axes de réflexion ci-après :

    • Le rapport de l’humain à l’environnement
    • La représentation de l’environnement
    • L’expression de l’écologie 
    • Écologie et monde de demain
    • Écologie et décolonisation
    • Écologie et diversité
    • Écologie et universalisme
    • Écologie et culture

    Modalités de participation

    Date limite pour l’envoi des propositions (titre, résumé de 250-300 mots, adresse, affiliation et notice bio-bibliographique de 150 mots) à obamefabilola@gmail.com et à ronydevyllers@gmail.com avant le 15 janvier 2024

    Le colloque annuel 2024 de l’APFUCC sera en personne. Il se tiendra dans le cadre du Congrès  annuel de la Fédération des sciences humaines du Canada et la Fédération n’offre pas de soutien pour des interventions en ligne cette année.

    Les personnes ayant soumis une proposition de communication recevront un message des  personnes responsables de l’atelier avant le 30 janvier 2024 les informant de leur décision. L’adhésion à l’APFUCC est requise pour participer au colloque. Il faut également régler les frais de participation au Congrès des Sciences humaines ainsi que les frais de conférence de l’APFUCC. De plus amples informations vous seront envoyées à ce sujet. Vous ne pouvez soumettre qu’une seule proposition de communication, présentée en français (la langue officielle de l’APFUCC), pour le colloque 2024.

    Bibliographie indicative

    Barthes Roland, Le degré zéro de l’écriture, Paris, Seuil, 1972.
    Daudet Lionnel, Très haute tension, Paris, Stock, 2018
    Djombo Henri, Le cri de la forêt, Paris et Brazzaville, LC Éditions et Éditions Hemar, 2015.
    Ferney Alice, Le règne du Vivant, Paris, Actes Sud, 2014.
    Peytavin Jean Louis, « Avant-propos : les discours de l’écologie », Discours de l’écologie in Quaderni, 1992, n°17, p.65-66.
    Schoentjes Pierre , Ce qui a lieu, essai d’écopoetique, Wildproject, 2015.
    Littérature et écologie, Editions Corti, coll., Les Essais, 2020.
    Zaph Hubert, Literature as Cultural Ecology. SustainableTexts. London : Bloomsbury Publishing, 2016.

  • Styles du roman policier

    18 et 19 janvier 2024

    Salle Pierre Albouy, Grands Moulins

    Colloque organisé par V. Berthelier, D. Rabaté et M. Vervel

    https://u-paris.fr/cerilac/colloque-styles-du-recit-policier/

    Programme

    Jeudi 18 janvier : Du style de genre au style d’auteur               

    MATINÉE : Le style, une entrée pour penser le genre policier ?

    Dominique Rabaté : Ouverture du colloque – du style du polar

    Natacha Levet : Du polar amerloque au roman de langue verte : enjeux génériques du style « roman noir »

    Laetitia Gonon : Quête d’invariants stylistiques du roman policier. L’exemple du moment de « frisson ».

    APRÈS-MIDI : Polar et style d’auteur                    

    Nicolas Le Flahec : Le style, « source de joie » » chez Manchette

    Gilles Magniont : Donald Westlake, ou l’art de minorer

    Pierre-Olivier Toulza : Un millefeuille sonore : la bande-son des films policiers de Jean-Pierre Melville, entre stylisation et mélancolie générique

    Arnaud Huftier : La récriture au principe d’une réinvention formelle : l’exemple de Steeman

    Vendredi 19 janvier : Questions de légitimitation, enjeux idéologiques                     

    MATINÉE : Rapports au style d’un « mauvais genre »

    Benoît Tadié : Le style de Black Mask

    Gérald Peloux : De la « fausse réputation » d’Edogawa Ranpo : quand un écrivain s’inquiète de l’influence de son style

    Stéphane Pouyaud : Parodier le « style » policier – Bello, Robbe-Grillet, Chevillard, Echenoz

    APRÈS-MIDI : Style et politique du polar              

    Marc Vervel : Meckert/Amila : schize du style, style de la schize

    Vincent Berthelier : La référence célinienne dans le roman noir d’après-guerre

    Lucie Amir : L’énonciation dans le polar français contemporain

  • De quelles voix sommes-nous fait.es ? Oralités et discours rapportés Histoire, formes et pratiques

    9e COLLOQUE INTERNATIONAL ET INTERDISCIPLINAIRE CI-DIT à Wroclaw (Pologne)

    30 septembre – 2 octobre 2024

    organisé par

    L’Institut d’Études romanes de l’Université de Wrocław, Pologne

    en coopération avec

    l’Université de Varsovie, le Centre des Recherches interdisciplinaires Université de Wrocław & Université Adam Mickiewicz et l’Université de Lviv

    Appel à communication (PDF) sur le site ci-dit.com.

    Date limite d’envoi de propositions : le 31 décembre 2023 simultanément aux adresses : joanna.jakubowska@uwr.edu.pl et elzbieta.biardzka@uwr.edu.pl.

    Argumentaire

    Remettre l’oralité et les formes du discours rapporté au centre de nos préoccupations, pourquoi ce choix ? Après des colloques Ci-dit consacrés notamment aux genres numériques (davantage dans leur dimension scripturale) et aux supports matériels graphiques, il nous a semblé important de réinterroger les imaginaires et les formes des oralités contemporaines en rapport avec la circulation et l’impact des discours. Paroles, audio, voix, expressivité, accent, tonalité, musique, intonation, éloquence, sociolecte, idiolecte, grossièreté, verve, bagou : comment toutes ces formes se « rapportent»-elles, dans quels contextes ? Comment contribuent-elles aux dimensions visuelle et sonore du discours rapporté ?

    Une poésie déclamée lors d’une investiture présidentielle, des slogans politiques inédits scandés et dansés, des registres sociaux qualifiés de « populaires, populistes, vulgaires, triviaux » utilisés comme des appels d’oralité dans la parole politique comme dans les chansons ou les romans des transfuges sociaux, le « lyrisme gueulard » et dialogique de Virginie Despentes comme contre-discours contestataire ? (Rosier à paraître)…, l’oralécrit (Garcea & Bazzanella 2002) dans le cyberespace, autant de formes de circulation de discours s’appuyant sur des représentations de l’oralité construites historiquement. De même pour un domaine déjà balisé par les travaux de Ci-dit (notamment Marnette 1998, 2005, Verbum 28.1/2006, Faits de Langue 19/2002, etc.), la parole médiévale, selon l’expression consacrée de Bernard Cerquiglini (1981) tout comme l’orature de Paul Zumthor (1975) ont puisé aux sources d’une conception de l’oralité comme performance et mise en rapport de voix. Beaucoup de ces textes étaient en effet chantés : aujourd’hui la chanson exploite-t-elle encore la voie des voix, des mises en scène vocales et du discours d’autrui ? On sait par ailleurs que l’image de l’oralité rapportée s’ancre dans une parole représentée comme marquée socialement et formellement « populaire » (lexique, syntaxe) provoquant un effet de rupture face à la langue classique des convenances, même si les représentations des parlers des classes dominantes existent notamment chez les humoristes (Paveau 2008, Rosier et Paveau 2008).

    Comment la littérature contemporaine en langue française problématise-t-elle la « retranscription fictionnelle » d’une parole populaire authentique, sans trahir ? Et que fait-elle des autres oralités ? Comment les dirigeant.es politiques tout comme les militant.es pensent-ils l’oralisation et l’incarnation de leurs discours politiques dans l’univers francophone ? Du côté de la traduction et de l’interprétation, les débats sur les personnes adéquates pour « porter » la voix (au sens de la traduire) relèvent de cette problématique plus générale de la figure du ou de la porte-parole : qui a la légitimité de « rapporter » un discours collectif au nom de qui, de quelles voix (dominés, subalternes, sans-voix, autres espèces…) ? Du côté de l’interprétation juridique, comment le DR traduit-il oralement un échange multilingue, dans le cadre des audiences et des procès mais aussi des négociations de contrat (y compris lors des mariages mixtes) ?

    Pour baliser nos questionnements nous lancerons quatre pistes qui animeront les discussions de ce colloque :

    1. Oralités, DR et discours politique

    On questionnera les façons de rapporter la parole des migrant.es, des sans-voix, des militant.es, les manières de l’intégration de paroles de guerre et de paix dans différents récits. On s’intéressera au discours comique et autres détournements de la parole politique, notre attention portera également sur les nouveaux styles parlés et représentations iconiques de la parole politique dans les discours numériques.

    2. Oralités, DR et traduction

    Les voix, disparaissent-elles, se reconfigurent-elles ou s’augmentent-elles dans la traduction ? Nous nous intéressons aux voix accueillies dans le discours littéraire, mais aussi dans d’autres discours (journalistique, juridique, numérique, de scolarisation, légendes urbaines…).

    3. Oralités, DR et genres discursifs

    Les genres de discours, dans leur diversité, peuvent être abordés et caractérisés par la place qu’ils font et la forme qu’ils donnent à la représentation de l’oral. Comment les voix retentissent-elles dans différents genres de discours, y compris la chanson,comment contribuent-elles au marquage du genre discursif dans lequel elles fonctionnent? Se distinguent-elles par leur place «statutaire» dans le genre de discours qui « tient lieu » d’un autre discours (compte-rendu de réunion, procès-verbal, minute de procès, live tweet de procès) ?

    4. Oralités, DR et pratiques diachroniques

    L’axe diachronique restera, comme d’habitude, dans les préoccupations du groupe Ci- dit : l’évolution des formes et des pratiques de la citation sera encore une fois au cœur de nos réflexions dans différents genres discursifs, avec notamment la chanson et les pratiques/praxis/formes de discours rapportés. Nous irons de la chanson de geste et poésie lyrique médiévales à l’inter-discours « mis en voix » dans la chanson contemporaine, nous suivrons le parcours de la « vive voix ».

    Calendrier

    Date limite d’envoi de propositions : le 31 décembre 2023 simultanément aux adresses : joanna.jakubowska@uwr.edu.pl    elzbieta.biardzka@uwr.edu.pl

    Les propositions de communication (entre 200 et 300 mots), doivent indiquer clairement la problématique abordée, faire état des principaux résultats qui seront exposés dans la présentation, et être accompagnées d’une bibliographie sélective. Nous prévoyons des communications de 20 minutes suivies de 10 minutes de discussion. Notification : le 29 février 2024

    Programme provisoire : fin mars 2024

    Les droits d’entrée 180 euro/750 PLN : pour les doctorants 90 euro/350 PLN. Les droits couvriront les frais d’organisation (location de la salle d’inauguration, service informatique, matériel de bureau, les pauses-café) et les frais de publication (textes publiés sous condition de relecture positive en double aveugle).  Règlements de droits d’entrée : le 30 avril 2024 au plus tard.

    Comité Scientifique

    • Jacqueline Authier-Revuz, Université de la Sorbonne Nouvelle – Paris III
    • Hélène Barthelmebs-Raguin, Université du Luxembourg
    • Elżbieta Biardzka, Université de Wrocław
    • Marion Colas-Blaise, Université du Luxembourg
    • Claire Doquet, Université de Bordeaux
    • Anna Dutka-Mańkowska, Université de Varsovie
    • Béatrice Fracchiolla, Université de Lorraine 
    • Joël July, Aix-Marseille Université
    • Greta Komur-Thilloy, Université de Haute-Alsace 
    • Juan Manuel López-Muñoz, Université de Cadix 
    • Mairi McLaughlin, Université de Californie, Berkeley
    • Dominique Maingueneau, Université Paris-Sorbonne
    • Sophie Marnette, Université d’Oxford 
    • Patricia von Münchow, Université Paris Cité
    • Aleksandra Nowakowska, Université Paul-Valéry – Montpellier 3
    • Natalia Paprocka, Université de Wrocław
    • Alain Rabatel, Université de Lyon 2, 
    • Laurence Rosier, Université Libre de Bruxelles 
    • Justine Simon, Université de Franche-Comté
    • Elżbieta Skibińska, Université de Wrocław 
    • Kristiina Taivalkoski-Shilov, University of Turku

    Comité d’organisation 

    • Juan Manuel López-Muñoz, Université de Cadix 
    • Sophie Marnette, Université d’Oxford 
    • Laurence Rosier, Université Libre de Bruxelles 
    • Elżbieta Biardzka, Université de Wrocław
    • Piotr Chruszczewski, Université de Wrocław
    • Joanna Godlewicz-Adamiec, Université de Varsovie 
    • Joanna Jakubowska, Université de Wrocław Hanna Kost, Université de Lviv    
    • Patrycja Paskart, Université de Wrocław
    • Maja Pawłowska, Université de Wrocław
    • Agata Rębkowska-Kieseler, Université de Wrocław
    • Hela Saidani, Alliance Française de Tunis                                                                
    • Karolina Wojtczak, doctorante, Université de Wrocław
  • Appel à communication « Penser le style des littératures écrites et dessinées : pratiques de la greffe »

    Sorbonne Université, Paris —  le 31 mai 2024

    Propositions de communication à envoyer d’ici le 15 février 2024.

    Organisé par Clara Cini, Arianna Bocca-Pignoni, Norbert Danysz

    Source : https://www.fabula.org/actualites/117119/penser-le-style-des-litteratures-ecrites-et-dessinees-pratiques-de-la-greffe.html

    Résumé

    L’objet de cette journée d’étude consacrée à la stylistique sera d’examiner l’œuvre littéraire et bédéique en tant que corps textuel ou graphique composite, se construisant par ajouts d’éléments plus ou moins extérieurs, greffes ponctuelles ou structurelles, exhibées comme telles ou fondues à même le texte ou le dessin. Nous nous intéresserons tout particulièrement au phénomène de citation, selon une acception élargie.

    https://calenda.org/1112298
  • Appel à communication : « Male gaze, female gaze, feminist gaze, queer gaze: quel(s) style(s) pour les études de genre. XVIIIe-XXIe siècles »

    19 janvier 2024

    Organisé par Azélie Fayolle et Clément Dessy

    Source : https://www.fabula.org/actualites/116653/male-gaze-female-gaze-feminist-gaze-queer-gaze-quel-s.html

    Résumé

    Nouveau venu dans le vocabulaire des études de style, le concept de gaze connaît une actualité probablement favorisée par l’élargissement du cadre stylistique qu’il propose. Comme la manière, il est issu des études visuelles (cinématographiques plutôt que picturales), mais le regard qui le traduit charrie dans son sillage la vision du monde ou Weltanschauung qui inclut une portée épistémologique, voire politique ou philosophique – tout en favorisant des approches macroscopiques. Ce colloque propose d’ouvrir les questionnements et les méthodes de poétique et de stylistique au prisme du genre (sans oublier qu’il puisse croiser d’autres oppressions). Le gaze, comme le genre (littéraire), convoque un imaginaire du genre, dans un imaginaire genré des styles ; il permet de voir comment le texte fabrique son public des théorisations jusqu’aux réappropriations, construisant des généalogies comme des filiations et des communautés.

    source : fabula

    Modalités de contribution

    Le colloque aura lieu à l’Université libre de Bruxelles les 20 et 21 juin 2024. Il est soutenu par le laboratoire Philixte et le réseau STRIGES (Structure de recherche interdisciplinaire sur le genre, l’égalité et la sexualité) de l’ULB. Les propositions de communication (environ 500 mots) sont à envoyer à :

    avant le 19 janvier 2024. Les questions épistémologiques et les études de cas développant une perspective théorique seront privilégiées. Un avis sera communiqué aux auteur·rice·s avant le 9 février 2024.

  • Le style des romans « feel good » d’expression française

    27 juin et 28 juin 2023

    Paris, Sorbonne Université, Faculté des Lettres, Salle des Actes


    Ce colloque a pour objectif de dégager les spécificités stylistiques ainsi que les lignes de force poétiques de ce sous-genre du best-seller au succès avéré.

    Retrouvez toutes les informations sur le site du colloque.

    Programme

    Matinée mardi 27 juin : Paratexte et édition

    Accueil et mot d’ouverture : 9h-9h30
    Présidence : Laetitia GONON

    9h30-10h10 : Table ronde, animée par Mathilde BONAZZI : Dorothée COOCHE-CATOEN (PRCE, IUT de Béthune, docteure en Lettres modernes et romancière), Virginie FUERTES (éditrice, directrice de la collection “Instants suspendus”) et Carène PONTE (écrivaine) : « Le feel good, du processus de création aux rayons des librairies »

    10h10-10h35 : Amélie CHABRIER (MCF, Université de Nîmes) : « Manuels de développement personnel et romans feel good : l’exemple des éditions Jouvence » 

    10h35-10h45 : Discussion
    10h45-11h : Pause-café

    11h-11h25 : Mathilde BONAZZI (enseignante au lycée Joséphine Baker à Toulouse, docteure ès Lettres) : « Fabrique stylistique et marketing de la douceur : objet-livre et paratexte dans la littérature feel good (Valognes et Grimaldi) »

     11h25-11h50 : Cécile NARJOUX (MCF, Sorbonne Université) et Roselyne de VILLENEUVE (MCF, Sorbonne Université) : « Perception, représentation et réception du style des romans feel good : le cas d’Aurélie Valognes » 

    11h50-12h : Discussion
    12h-14h : Pause déjeuner

    Après-midi mardi 27 juin : Styles d’auteurs feel good : études monographiques

    Présidence : Audrey COUSSY

    14h-14h25 : Jérome HENNEBERT  (MCF, Université de Lille): « La littérature du soi au-delà du style ? L’Homme qui voulait être heureux de Laurent Gounelle (2008) »

    14h25-14h50 : Elise NOTTET-CHEDEVILLE (MCF, Université de Rennes II) : « Une genèse qui se voulait heureuse ? L’exemple de Laurent Gounelle. »

    14h50-15h : Discussion
    15h-15h15 : Pause-café

    15h15-16h10 : Edoardo CAGNAN (docteur en cotutelle Sorbonne Université – Université McGill, Montréal) : « L’éthos narratorial et le dispositif métalittéraire dans les romans feel good : le cas du roman québecois Le Goût de l’élégance de Johanne Seymour »

    16h10-16h35 : Eveline SU (enseignante au lycée de Cazères) : « Le roman feel good : un refus de la figure ? Le cas de Mémé dans les orties d’Aurélie Valognes et de Il est grand temps de rallumer les étoiles de Virginie Grimaldi »

    Discussion : 16h35-16h45

    Matinée mercredi 28 juin : Les patrons du style feel good

    Présidence : Laurent SUSINI

    9h30-9h55 : Bérengère MORICHEAU-AIRAUD (MCF, Université de Pau et des Pays de l’Adour) :  « Les titres des romans feel good : dialogisme et connivence »

    9h55-10h20 : Eva CHAUSSINAND (doctorante, ENS Lyon) : « Les ambiguïtés énonciatives dans le roman feel good : de l’invitation à l’identification à l’injonction au bonheur dans Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une de Raphaëlle Giordano »

    10h20-10h30 : Discussion
    10h30-10h45 : Pause café

    10h45-11h10 : Sandrine VAUDREY-LUIGI (MCF, Université de Bourgogne) : « Les patrons phrastiques des romans feel good »

    11h10-11h35 : Laetitia GONON (MCF, Université de Rouen) : « Les anglicismes du roman feel good : le contemporain est-il capitaliste ? »

    11h35-11h45 : Discussion
    11h45-13h30 : Pause déjeuner

    Après-midi  mercredi 28 juin :  Extension du domaine du feel good ?

    Présidence : Bérengère MORICHEAU-AIRAUD

    13h30-13h55 : Laurent SUSINI  (PU, Université  Lumière- Lyon II ) : « Ensemble c’est mou : la détente selon Gavalda »

     13h55-14h20 : Stéphanie BERTRAND (MCF, Université de Lorraine) : « La simplicité du style : indice d’une écriture feel good ? L’exemple problématique de Christian Bobin »

    14h20-14h45 : Julie GALLEGO (MCF, Université de Pau et des Pays de l’Adour) :  « ‘Un grand respire de liberté’ pour une balade en pente douce : Magasin général ou des pleurs de bonheur »

    14h45-15h : Discussion
    15h-15h15 : Pause café

     15h15-15h40 : Radhia AROUA (doctorante en cotutelle Université de La Manouba, Tunisie – Sorbone Université) : « Le polar cosy mystery français et le roman feel good »

    15h40-16h05 : Audrey COUSSY (Associate Professor, Université McGill, Montréal) : « Littérature jeunesse feel good : une étiquette pertinente ? »

    16h05-16h20 : Discussion
    16h20-16h30 : Mot de clôture

    Responsables

    • Laetita Gonon, maître de conférences à l’Université de Rouen Normandie
    • Cécile Narjoux,maître de conférences à la Faculté des Lettres de Sorbonne Université
    • Bérengère Moricheau-Airaud, maître de conférences à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour
    • Roselyne de Villeneuve, maître de conférences à la Faculté des Lettres de Sorbonne Université

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