Le style fait partie de ces notions par excellence ambivalentes. On parle autant du style d’un artiste, d’un collectif, que d’une civilisation. Quelles que soient les échelles auxquelles s’applique le style, on suppose de lui une certaine constance : un style qui changerait de forme basculerait en un autre style. On charge le style de jouer le rôle de marqueur d’identification – d’une époque, d’un endroit ou encore d’une personne. Le style remplit bien des fonctions de repère, et ne saurait dès lors être relégué au rang du supplément formel. Que le style se joue dans une feuille d’acanthe ou dans une toile de Cézanne nous engage à le poser d’abord comme une question. Gageons, avec Riegl, que cette question sera nécessairement plurielle.
Présentation
Le style fait partie de ces notions par excellence ambivalentes. On parle autant du style d’un artiste, d’un collectif, que d’une civilisation. Quelles que soient les échelles auxquelles s’applique le style, on suppose de lui une certaine constance : un style qui changerait de forme basculerait en un autre style. On charge le style de jouer le rôle de marqueur d’identification – d’une époque, d’un endroit ou encore d’une personne. Le style remplit bien des fonctions de repère, et ne saurait dès lors être relégué au rang du supplément formel. Que le style se joue dans une feuille d’acanthe ou dans une toile de Cézanne nous engage à le poser d’abord comme une question. Gageons, avec Riegl, que cette question sera nécessairement plurielle.
Cette journée d’étude qu’accueille le Centre d’études phénoménologiques, sera introduite par le Pr. Sylvain Camilleri et réunira des chercheurs et chercheuses dont les préoccupations scientifiques se situent au croisement de l’anthropologie, de l’esthétique et de l’histoire de l’art. Elle débutera par une intervention dont le philosophe Jean-Marie Schaeffer nous fait l’honneur, à titre de conférencier principal, et se poursuivra par une présentation et une discussion des travaux de la Pr. Caroline Heering, de Charles Lebeau-Henry, d’Adnen Jdey et de Clarisse Michaux.
11 : 00 – 11 : 45 – Clarisse Michaux (ULiège – CREPH) : Reconnaître un auteur à son style. Au sujet de schèmes perceptuels dans la réception des œuvres d’art.
Pause déjeuner
9 : 30 – 10 : 30 – Keynote speaker : Jean-Marie Schaeffer (EHESS – CRAL) : Les embarras du style
Pause
11 : 00 – 11 : 45 – Clarisse Michaux (ULiège – CREPH) : Reconnaître un auteur à son style. Au sujet de schèmes perceptuels dans la réception des œuvres d’art.Pause déjeuner
13 : 30 – 14 : 15 – Caroline Heering (UCLouvain – GEMCA) : L’acte ornemental : une finalité sans fin
14 : 30 – 15 : 15 – Adnen Jdey (UCLouvain – CEP) : L’ornement chez Ingarden : une phénoménologie du style à l’épreuve de la Kunstwissenschaft
Pause
15 : 45 – 16 : 30 – Charles Lebeau-Henry (UCLouvain – CEP) : Les débuts de la notion de style baroque en musique. Nietzsche entre Burckhardt et Wölfflin
Organisé par Florence de Chalonge et Sophie Hache.
Séances
19 janvier : Paul DIRKX (Université de Lille) – Sociopolitique et socio-poétique : le cas de la littérature européenne en langue française
12 février : Dominique DUPART (Université de Lille) – A la recherche d’une forme poétique perdue : enquête sur le toast, 1789-1851
8 mars : Claire FOURQUET-GRACIEUX (Université Paris-Est Créteil) – Etudier la parole royale dans les textes d’Ancien Régime : outils et enjeux
3 avril : Nicolas ALLART (Université de Lille) – Poétique des cafés chez Aragon : espaces choisis de la prise de conscience politique
3 juin : Elise PAVY-GUIBERT (Université Bordeaux-Montaigne – IUF) – De la conversation à l’éloquence et au style : littérature et idéal de la langue au tournant des Lumières
La première édition du Festival Écrivaines à l’Université (FEU) les 26-28 mars à l’Université Paris-Est Créteil (UPEC). Ce festival, qui a vocation à durer, interroge la place des femmes qui écrivent dans la société française et francophone, et cherche à les rendre visibles.
Une seconde édition est prévue pour les 25-27 mars 2025 sur le thème du « territoire ».
Rencontre avec Michèle Monte autour de son livre : La Parole du poème. Approche énonciative de la poésie de langue française (1900-2020),Paris, Classiques Garnier, coll. investigations stylistiques, 2022. Rencontre animée par Pascale Roux https://poemata.hypotheses.org/19524
L’énonciation poétique est une parole adressée à un lecteur et les formes que cette parole va prendre vont orienter l’interprétation. C’est à partir de cette conviction que sont envisagées dans ce livre les relations de temps et de personnes qui structurent le poème, et le dialogisme qui le traverse par le biais des discours représentés et des conflits de points de vue qui y sont mis en scène. Se dessine ainsi un éthos de l’énonciateur textuel qui appelle l’adhésion du lecteur et sa participation au monde du texte. Le parcours méthodique suivi dans l’ouvrage est illustré par l’étude de nombreux poèmes en langue française écrits entre 1900 et 2020 et offre ainsi un aperçu de la langue poétique contemporaine dans toute sa diversité.
Michèle Monte est professeure émérite de linguistique française à l’Université de Toulon. Elle travaille dans une perspective pragmatique et herméneutique sur la production et la réception de la poésie française contemporaine et s’intéresse actuellement à la métaphore et à la poésie narrative. Outre de nombreux articles et chapitres d’ouvrage sur divers poètes, elle a publié en 2022 aux Classiques Garnier La Parole du poème. Approche énonciative de la poésie de langue française (1900-2020). Elle est aussi l’autrice de travaux portant sur la sémantique de morphèmes grammaticaux (néanmoins, toutefois, si, juste, on dirait) ainsi que sur l’énonciation et l’argumentation dans les discours politiques et médiatiques. Elle a par ailleurs coordonné cinq ouvrages de la collection « Var et Poésie » : La revue Sud, Aragon et la Méditerranée, Jean Malrieu, André Salmon et Germain Nouveau. Ils sont consultables en ligne sur le site du laboratoire Babel de l’Université de Toulon.
Pascale Roux est professeure de langue française et stylistique à l’Université Lumière Lyon 2. Ses recherches portent sur les textes entre les langues (littérature francophone, hétérolingue et traduite) marqués par les contacts interlinguistiques, et particulièrement sur la poésie, dans une approche interdisciplinaire (stylistique outillée, analyse du discours, traductologie). L’inédit de son habilitation à diriger des recherches (Éthos et style chez les traducteurs de poésie : Approche comparative sur un corpus de traductions de Keats, Leopardi et Heine), dont Michèle Monte a été la garante, paraîtra chez Garnier.
Date de publication : 12 juin 2024 Broché – format : 13,5 x 21,5 cm – 174 pages
Présentation
Cet ouvrage réunit des études stylistiques en hommage à Claire Stolz, Maîtresse de conférences à Sorbonne Université. Il propose des études sur la littérature contemporaine, sur des auteurs et autrices aussi divers que Saint-Exupéry, Genet, Éric Chevillard, Assia Djebar, ou Annie Ernaux. Les spécialistes les plus éminents de l’analyse des discours et de la figuralité (D. Maingueneau, M. Bonhomme) ont apporté leur contribution, et on y trouvera un inédit de l’écrivaine Dominique Barbéris.
Biographie des autrices
Florence Leca Mercier, maîtresse de conférences à Sorbonne Université, est stylisticienne, spécialiste de Jean Genet. Anne-Marie Paillet est maîtresse de conférences à l’École Normale Supérieure de Paris. Ses recherches en stylistique portent essentiellement sur l’ironie et l’humour. Geneviève Salvan est professeure à l’Université Côte d’Azur, et spécialiste en analyse du discours.
L’avenir de la langue littéraire serait-il donc classique ? Le présent volume se propose d’explorer la diversité et la recomposition des imaginaires classiques dans la littérature des quatre dernières décennies. Il s’agit d’en apprécier les réappropriations contemporaines en s’intéressant plus particulièrement à la dimension linguistique et rhétorique, c’est-à-dire à « l’écrire classique », selon l’expression de Barthes.
Table des matières
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9h30 Estelle MOUTON-ROVIRA (Université Bordeaux-Montaigne) – «Marie-Hélène Lafon et Flaubert : perspectives critiques, littéraires et stylistiques »
10h Laurent SUSINI (Université Lumière Lyon 2) – « « Si encombré d’images rugueuses » : de la composition par « blocs erratiques » dans L’Annonce de Marie-Hélène Lafon »
10h30 Anne-Marie PAILLET (ENS de Paris) – « La fluidité dans L’Annonce »
Discussion et pause
11h30 Alexandre FERRATON (Université Sorbonne nouvelle) – « Marie-Hélène Lafon : une langue-paysage « La langue c’est le pays que j’habite » »
12h Florian PRÉCLAIRE (THALIM) – « Le corps retrouvé de langue »
Discussion
12h45 Déjeuner
14h Catherine RANNOUX (Université de Poitiers) – « « on » dans l’écriture de Marie-Hélène Lafon »
14h30 Agnès FONTVIEILLE (Université Lumière Lyon 2) – « (ne pas) faire des histoires »
Discussion et pause
15h30 Emily LOMBARDERO (Université Paris Cité) – « Histoires de fils et de pères : les noms relationnels dans les récits de Marie-Hélène Lafon »
16h Cécile LATEULE (cinéaste) – « Dansons tant qu’on n’est pas morts »
Discussion
Vendredi 24 mai
9h Dominique RABATÉ (Université Paris Cité) – « La temporalité dans les récits de Marie-Hélène Lafon »
9h30 David GALAND (Sorbonne Paris Nord) – « Le temps des “possibles abolis” : usages du conditionnel passé chez Marie-Hélène Lafon »
10h Chloé BRENDLÉ (docteure de Paris Cité) – « “Embrasser les temps”, conjurer la fin : de la variation des temps verbaux dans l’œuvre de Marie-Hélène Lafon, en particulier Les Derniers Indiens (2008) et Nos Vies (2017) »
Discussion et pause
11h Sandrine VAUDREY-LUIGI (Université de Bourgogne) – « Ce que nous dit le point-virgule de la langue de Marie-Hélène Lafon »
11h45 Entretien avec Marie-Hélène Lafon
12h45 Déjeuner
14h Stella PINOT (Université Aix-Marseille), « Traces d’oralité. La langue parlée de Marie-Hélène Lafon »
14h30 Cécile NARJOUX (Université Paris Cité) – « Non-coïncidences du dire dans Les Pays et Les Sources »
Discussion et pause
15h30 Bérengère MORICHEAU-AIRAUD (Université de Pau) – « La traversée des discours représentés dans Les Pays »
16h Claire STOLZ (Sorbonne Université) – « Discours rapportés et représentation des régionalismes cantalous chez Marie-Hélène Lafon »
Discussion & mot de clôture
Informations pratiques
Université Paris Cité – Campus des Grands Moulins Arrêt Bibliothèque François Mitterrand (RER C ou Métro Ligne 14)
Esplanade Pierre Vidal-Naquet Campus des Grands Moulins Bâtiment C 6ème étage Salle Pierre Albouy (695)
Une trentaine d’années après La Lecture pragmatique (Hachette, 1990), Anna Jaubert prolonge sa réflexion dans un livre au style brillant mettant à l’honneur une notion qui a récemment gagné en visibilité dans le domaine des études littéraires et linguistiques : la stylisation. Mobilisée par un autre stylisticien de la même Université Côte d’Azur, Ilias Yocaris (Style et semiosis littéraire, Garnier, 2016), elle est également au cœur d’une étude plus circonscrite, La Parole stylisée. Étude énonciative du discours indirect libre de Jean-Daniel Gollut et Joël Zufferey (Lambert-Lucas, 2021). Le terme n’est pas pris ici dans son sens propre de schématisation, si ce n’est ponctuellement, mais dans celui de « processus » qui confère une valeur à un discours, pour substituer une vision dynamique à la vision traditionnellement statique du style. L’ouverture théorique d’une vingtaine de pages présente l’idée directrice, « l’appropriation de la langue déclenche le mouvement de la stylisation » (p. 152), la démarche théorique visant à élever le coefficient scientifique de l’analyse stylistique. Soigneusement structuré, l’ouvrage comporte trois parties, une riche bibliographie, un index des noms et un index des notions.
La première partie (p. 19-74), intitulée « Le cadre d’un processus », présente le point de vue génétique qui préside à la démarche : le style y est abordé « dans la dynamique de sa construction, comme une valeur qui advient au discours par degrés » (p. 17), démarche inspirée par la pensée du linguiste Gustave Guillaume et son concept de « temps opératif ». Pour décrire ce processus d’« appropriation de la langue », c’est-à-dire son actualisation en discours par un sujet en situation, Anna Jaubert reprend son schéma de la « diagonale du style » (2007) qui décrit le parcours entre le pôle universalisant de la langue et le pôle particularisant du discours, déterminant les « états du style ». Dans un second temps, dans la lignée des travaux de Jean-Michel Adam, l’auteure présente l’importance de la « médiation des genres » à partir du constat que « le style se donne comme un ensemble de traits appropriés à un projet communicationnel », inscrits « dans les modèles stabilisés de genres plus ou moins dédiés, avec des formes prévisibles » (p. 46) qui déterminent à la fois des choix énonciatifs et des modes d’organisation. Elle montre que les genres de discours, « profileurs de style » (p. 41), « représentent un point de bascule […] entre la qualification et la requalification des moyens expressifs » (p. 55) en valeurs. La médiation du genre conditionne la stylisation et de ce fait atténue le sentiment d’individuation. Anna Jaubert distingue deux niveaux de conditionnement (p. 62) donnant lieu à deux « formats de généricité » (p. 73) : au premier niveau, les genres premiers qualifient un style approprié au projet communicationnel ; au second niveau, la requalification (ou surqualification, ou stylisation seconde) tient à la dimension esthétique et réflexive des formes qui caractérise les genres littéraires (ou genres seconds), ce que l’auteure illustre à partir d’extraits de théâtre qui transposent le genre de la conversation et reconditionnent ses codes.
Dans la deuxième partie (p. 75-155), « Des lieux d’émergence », le propos se centre sur deux postes d’analyse, les figures et la phrase, considérés comme « les points sensibles de la stylisation ». Ils permettent d’observer « les variations stylisantes » qui opèrent « la signifiance augmentée » (p. 79). La figuralité fait d’abord l’objet d’une reconception à l’aune de la « problématisation énonciative » (p. 80) : « […] la perception des figures repose sur ce parti pris énonciatif de non-coïncidence entre le dire et le dit. Cette non-coïncidence relève d’une traversée énonciative biaisée qui, perdant en immédiateté, s’allonge, gagne de l’épaisseur opérative, et devient visible pour elle-même » (p. 83). Les concepts qui fondent le point de vue d’Anna Jaubert sont le dialogisme interne des figures et l’énonciation clivée (p. 84). Elle examine ensuite quelques figures (oxymore, euphémisme, litote, hyperbole), évoque l’humour et l’ironie, en soulignant le rôle des figures dans la cohérence textuelle. Dans un second temps, l’auteure s’intéresse à la limite de rendement, à « la maximalisation d’une construction grammaticale » (p. 102), l’apposition, puis à la textualisation des temps dans la narration. Le second volet de la deuxième partie porte sur la phrase, point névralgique du style – comme l’indiquait Georges Molinié dans ses Éléments de stylistique française (P.U.F., 1986) –, et par conséquent sur le statut stylistique de la syntaxe, du point de vue particularisant du style d’auteur. En premier lieu, partant du statut de la phrase dans l’évolution de la conscience linguistique, sont rappelés les rapports historiques entre syntaxe et style. Le propos traite ensuite de l’organisation énonciativo-syntaxique de la phrase littéraire et de ses « modelages subjectivants » : la phrase exclamative au XVIIIe siècle, les parenthèses dans l’œuvre de Proust, la syntaxe distendue d’Albert Cohen. La dernière section propose des analyses de la phrase longue dans les écritures de la post-modernité, à travers les exemples de Claude Simon et Jean Rouaud, montrant que la création littéraire s’appuie sur la problématicité de la notion de phrase en linguistique.
Le parcours se termine par une ample troisième partie (p. 157-252) qui confronte de manière convaincante trois notions connexes à celle de style : l’idiolecte, l’ethos et la littérarité. L’idiolecte et le style « ont en commun la référence à une singularité langagière » (p. 186), leur différence réside dans le fait que l’idiolecte est spontané et non réflexif, tandis que le style est travaillé et adapté à un projet, et enrichi d’une valeur esthétique (p. 187). Seconde notion examinée, l’ethos discursif – dans la lignée des travaux de Ruth Amossy – renvoie à l’incorporation du locuteur. L’ethos de l’orateur, qui est l’image projetée par le discours pour gagner la faveur de l’auditoire, s’appuie sur un style à la fois « classant et particularisant » (p. 191), c’est-à-dire marqueur d’une condition sociale et révélateur d’une personnalité. Les deux notions ont en commun de participer « en profondeur à la relativisation de la singularité » (p. 218), mais l’ethos semble davantage déterminé par un ancrage socio-culturel et historique. En dernier lieu, ce sont les liens entre style et littérarité, autour de la notion de décalage pragmatique, qui sont examinés. Le style littéraire apparaît « comme le stade le plus accompli de la stylisation » (p. 221). Anna Jaubert s’interroge de manière toujours plus approfondie sur les facteurs de sa littérarisation, du « déclenchement de sa requalification formelle, source de la stylisation indéfectiblement attachée à cette migration de statut » (p. 222). Par-delà les époques, les genres et les formes multiples, elle recherche « des caractéristiques constantes » de la littérarité, proposant de nouveaux « stylèmes de littérarité générale » (Georges Molinié). Selon Anna Jaubert, au plus haut niveau de généralité, les deux caractéristiques sont « un élargissement de notre rapport au sens, et une visée esthétique » (p. 222) : « Le premier ajoute à la qualité sémantique du discours une qualité sémiotique, la seconde est comptable de son artistisation, et les deux se fondent dans une perception globale de la valeur style » (p. 223). Le parcours est jalonné d’une réflexion sur la continuité entre le discours ordinaire et le discours littéraire, et sur la distinction, très clairement démontrée, entre les belles-lettres – la littérarité d’ancien régime – et la littérature : « Alors que les belles-lettres cultivent une pratique exemplaire de la langue commune, sa norme haute, la littérature pour sa part cultive une langue pétrie de spécificités […] » (p. 236). La littérarité obéit en effet à une « logique de l’ostension » (p. 250) manifestée par des surmarquages stylistiques : « La stylisation revêt alors son sens concret d’épuration des formes réelles, de choix qui révèle leur essence et leur confère une représentation typifiante » (p. 251). Le décalage pragmatique dans la visée du discours tient au fait que « la stylisation […] tire la requalification des formes sollicitées de leur surqualification » (p. 251). Il y aurait donc une « hiérarchie entre style et littérarité » : « le style précède la littérarité et la constitue » (p. 251).
La conclusion générale prône une « conception unifiée du style » (p. 253) comme parcours dynamique au terme duquel la stylisation la plus accomplie est celle où s’impose l’effet esthétique. L’un des points forts du livre est de proposer de nombreux exemples – issus en partie des précédents travaux de l’auteure et de ceux des spécialistes du domaine –, empruntés à des genres et à des époques diverses, de l’âge classique à la période contemporaine. De plus, conformément à la « perspective continuiste » (p. 50) adoptée, entre les genres de discours ordinaire et les genres littéraires, l’étude comporte des incursions du côté du discours ordinaire, du discours politique, de la bande dessinée, du cinéma et des humoristes. Mettant la théorie au cœur de la pratique, cet ouvrage quelquefois dense offre de nombreuses reformulations qui permettent de comprendre et de suivre aisément le propos. Des mises au point linguistiques (par exemple les valeurs des temps verbaux p. 104-105) et de subtiles analyses textuelles rendent ce livre tout à fait indiqué tant pour les spécialistes du style et de la stylistique que pour les étudiants avancés.
La revue Sociopoétiques (http://revues-msh.uca.fr/sociopoetiques) lance un appel à articles pour la rubrique varia de ses neuvième et dixième numéro, à paraître respectivement à l’automne 2024 et 2025.
Les propositions d’articles doivent être adressées, avant le 30 mars 2024 pour une parution en 2024, à Alain Montandon (Alain.MONTANDON@uca.fr), accompagnés d’une notice bio-bibliographique rédigée sur un document séparé.
Le comité de rédaction de la revue attire l’attention des contributeurs sur le fait que ces derniers devront veiller à bien inscrire leur texte dans la perspective sociopoétique, qui constitue la ligne éditoriale de notre revue.
Il s’agira en effet d’analyser la manière dont les représentations et l’imaginaire social informent le texte dans son écriture même. Nous renvoyons pour une définition plus approfondie à l’article définissant la sociopoétique paru dans le premier numéro de notre revue : http://revues-msh.uca.fr/sociopoetiques/index.php?id=640
Responsable : Adrien Peuple & Inji Hwang Url : http://www.crp19.org Adresse : Paris, Maison de la Recherche de l’université Paris 3 – Sorbonne nouvelle, 4 rue des Irlandais, 75005 Paris
Date de tombée : 30 Avril 2024
Résumé
Depuis plusieurs années, les « Lectures du CRP19 (centre de recherche sur les poétiques du XIXe siècle) », organisées par les doctorantes et les doctorants du Centre de Recherche sur les Poétiques du XIXe siècle, s’intéressent aux œuvres méconnues d’auteur·rice·s consacré.e.s. La dixième édition propose cette année de redécouvrir Delphine (1802) de Germaine de Staël.
Argumentaire
Depuis plusieurs années, les « Lectures du CRP19 », organisées par les doctorantes et les doctorants du Centre de Recherche sur les Poétiques du XIXe siècle, laboratoire rattaché à l’ED 120 de l’Université Sorbonne Nouvelle, s’intéressent aux œuvres méconnues d’auteur·rice·s consacré·e·s. La dixième édition propose cette année de redécouvrir Delphine (1802) de Germaine de Staël.
Delphine (1802) occupe une place primordiale dans la carrière littéraire de Germaine de Staël. Après avoir rédigé des essais politiques et littéraires, Staël s’engage résolument dans le roman[1]. Cette transition traduit une volonté d’expérimenter ses théories sur la fiction, énoncées dans son Essai sur les fictions (1795) puis dans De la littérature (1800), qui promeuvent tous deux un roman moderne. « Après avoir prouvé que j’avais l’esprit sérieux, il faut, s’il se peut, tâcher de le faire oublier, et populariser sa réputation auprès des femmes[2] », écrit-elle à Carl Gustaf von Brinkman, le 27 avril 1800. À peine De la littérature vient-il d’être édité que Staël se met aussitôt à composer un roman. C’est dire que la rédaction de Delphine est engagée dans la continuité de son essai littéraire et que si Staël s’aventure dans la carrière soi-disant féminine du roman, elle cherche à le révolutionner.
La littérature, face aux désastres de la « Terreur » et de ses rouages démagogiques, ne peut être indifférente à la réalité sociale. D’après Lucia Omacini, la plupart des romans épistolaires produits entre 1790-1830 font fi de l’actualité révolutionnaire[3]. Or, la trame épistolaire du roman de Staël prend à bras le corps la réalité de la Révolution. À travers les questions éthiques, mises en lien avec le politique, que soulèvent le roman, Delphine est un véritable brûlot libéral qui fait sensation lors de sa publication.
Ce roman est un succès commercial, puisqu’aux dires du journaliste Pierre‑Louis Roederer les Parisiens délaissent les spectacles et les cérémonies religieuses pour dévorer ce chef‑d’œuvre[4], qui suscite cependant de nombreuses controverses. Beaucoup de détracteurs reprochent à Staël son geste subversif, celui de contrer les conciliations idéologiques en cours entre césarisme montant et réaction religieuse. Le Journal des débats fustige Delphine comme un roman « dangereux » qui non seulement « calomnie la religion catholique » mais en plus véhicule des « principes » « très anti-sociaux »[5]. Ce roman est controversé d’autant plus qu’il soulève les questions propres à la condition féminine.
Depuis quelques années le roman Delphine connaît un regain d’intérêt. Lors du bicentenaire de la mort de Staël, Delphine a connu deux rééditions importantes, celles de Catriona Seth pour la Bibliothèque de la Pléiade et d’Aurélie Foglia pour la collection « Folio classique ». Les recherches récentes de Stéphanie Genand ont remis en valeur la notoriété de ce roman[6]. Ainsi cet intérêt justifie-t-il à ce titre de rouvrir le dossier Delphine.
Pour mieux cerner les enjeux de Delphine et creuser de nouvelles perspectives, la journée d’étude pourrait privilégier les approches suivantes :
Approche génétique et générique
– Il serait intéressant de partir des brouillons et des ébauches du roman Delphine, publiés dans la précieuse édition de Lucia Omacini et de Simone Balayé chez Droz[7], pour évaluer les différences esthétiques et poétiques qui apparaissent entre l’esquisse romanesque et l’œuvre finale.
– L’approche génétique pourrait aussi se focaliser sur la préface et la postface de Staël qui encadrent le récit et orientent la lecture.
– Nous pourrions nous demander à quels genres littéraires le roman emprunte ses codes poétiques. Bien que le roman reprenne les poncifs du roman sentimental, en quoi les détourne-t-il ou les renouvelle-t-il ?
– Cette approche générique et génétique pourrait également s’intéresser aux intertextes du roman : par exemple en interrogeant le dialogue critique que Staël établit entre son roman et La Nouvelle Héloïse de Jean-Jacques Rousseau. On pourra plus généralement s’interroger sur le dialogue avec d’autres auteur.e.s (Goethe, Charrière…).
Approche poétique et esthétique
– Alors que Les Liaisons dangereuses marquent un apogée du roman épistolaire en 1782, nous pourrions comparer les stratégies poétiques mises en place dans Delphine ainsi que dans d’autres romans épistolaires contemporains, à l’instar d’Aline et Valcour (1793) de Sade ou d’Aldomen (1794) et d’Oberman (1804) de Senancour.
– Si Isabelle Guillot s’est chargé d’analyser la fonction du portrait et des peintures au sein de la trame narrative de Delphine[8], nous pourrions ouvrir de nouvelles perspectives en nous intéressant à la place stratégique des dialogues, véritables scènes herméneutiques et heuristiques dans lesquelles les personnages sont poussés dans leur retranchement. On pourra aussi observer comment Staël module la forme romanesque.
– Le roman se situe dans la transition complexe du ‘moment 1800’. Nous pourrions nous demander en quoi le roman établit un bilan critique des Lumières, mais aussi quelle serait son identité « romantique ».
– Nous pourrions aussi interroger le rapport entre « Histoire » et « histoire » et mieux interroger l’écriture paradoxalement politique de cette œuvre. Quelle écriture de l’Histoire Staël définit-elle à travers la fiction ?
– Une réflexion sur la notion du « tragique » serait tout autant la bienvenue du fait que le canevas de ce roman épistolaire repose sur le rapport impossible et retardé entre Léonce et Delphine. D’ailleurs Staël n’écrit-elle pas à Adèle Pastoret « [qu’] [elle] cherche des sujets de tragédie[9] » pour composer son roman ?
Approche thématique
– Nombreux sont les thèmes qui cristallisent les enjeux du roman comme la « mélancolie » ou « l’enthousiasme ». La notion de « pitié » aussi revient de manière constante et s’impose comme point cardinal de l’éthique staëlienne. Par ailleurs, la question de « l’opinion » est centrale.
– De même, la question religieuse est à creuser. Le roman déprécie le catholicisme à travers la dévotion fanatique de Matilde. En revanche, le protestantisme se présente sous de meilleurs auspices. Mais ce binarisme n’est-il pas à nuancer d’autant plus que Delphine ne professe aucun culte et se prononce en faveur du déisme ?
– Stéphanie Genand a récemment publié un essai Sympathie de la nuit dans lequel elle explique le thème de la folie à travers trois nouvelles de jeunesse de Staël[10]. Qu’en est-il dans Delphine, où les « fureurs » et « délires » se multiplient ?
– Delphine contribue à nourrir par le biais de la fiction les pensées de Staël au sujet de la mélancolie et de l’exil.
Approche philosophique et sociologique
– Alors que les études anglophones se sont focalisées sur la représentation du féminin dans le corpus staëlien, les études françaises ont privilégié de leurs côtés la représentation du masculin. A l’heure des gender studies, il serait intéressant à présent de réfléchir sur le rapport des sexes et de s’interroger sur la définition et la représentation du genre à travers l’écriture féminine et masculine des épistolaires.
– Dans sa préface à l’édition « Folio classique », Aurélie Foglia suggère que le travail romanesque s’apparente à une enquête « proto-sociologique[11] » à travers l’analyse de la condition féminine. Une perspective sociologique et ethnologique serait aussi envisageable quant à la représentation de l’aristocratie, aussi bien celle de la France que celle de l’Espagne.
Approche linguistique
– Alors qu’Éric Bordas a démontré une stylistique de la monodie dans le roman Corinne ou l’Italie[12], il semble que cette perspective manque dans la réception critique de Delphine, même si Frank Bellucci observe une « stylistique de la douleur[13] ».
Modalités de soumission
Les propositions de communication comprenant un résumé de 250 à 500 mots ainsi qu’une courte biobibliographie sont à envoyer à l’adresse suivante :
adrien.peuple@sorbonne-nouvelle.fr
inji.hwang@sorbonne-nouvelle.fr
avant le mardi 30 avril 2024
Elles seront évaluées par le comité scientifique.
Informations utiles
La journée d’étude se tiendra le samedi 21 septembre 2024 à la Maison de la Recherche, 4 rue des Irlandais.
La prise en charge des frais de transport n’est pour le moment pas assurée.
Comité scientifique
Aurélie Foglia
Stéphanie Genand
Florence Lotterie
Jean-Marie Roulin
Comité d’organisation
Inji Hwang
Adrien Peuple
Bibliographie
Balaye, Simone, « Les gestes de la dissimulation dans Delphine », Cahiers de l’Association internationale des études françaises, t. XXVI, mai 1974, p. 182-202 ;
Balaye, Simone, « Delphine de Madame de Staël et la presse sous le Consulat », Romantisme, t. LI, 1987, p. 39-47 ;
Balaye, Simone, « Destins d’hommes dans Delphine de Madame de Staël », in Voltaire, the Enlightenment and the Comic Mode. Essays in Honour of Jean Sareil. Ed. Maxine G. Cutler. New York / Bern / Frankfurt-am-Main / Paris, Verlag Peter Lang, 1990, p. 1-10 ;
Balaye, Simone, « Destin de femmes dans Delphine », publié dans Madame de Staël : écrire, lutter, vivre, Genève Paris, Droz, 1994, p. 61-76 ;
Balaye, Simone, « Delphine, roman des Lumières : pour une lecture politique », publié dans Madame de Staël : écrire, lutter, vivre, Genève Paris, Droz, 1994,pp. 185-198 ;
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Notes
[1] Staël a d’abord exploré les territoires de la fiction par le biais de ses nouvelles de jeunesse.
[2] CG IV-I, p. 230.
[3] Lucia Omacini, « Delphine et la tradition du roman épistolaire », Cahiers staëliens, n° 56, 2005, p. 20.
[4] Charlotte Julia Blennerhassett, Madame de Staël et son temps, trad. par Auguste Dietrich, Paris, Louis Westhausser, 1890, 3 vol. , t. II, p. 500.
[5] Cité par Michel Winock, Madame de Staël, Paris, Fayard, 2010, p. 235.
[6] Voir bibliographie ci-dessous.
[7] Madame de Staël, Delphine, t. II : L’Avant-texte : contribution à une étude critique génétique, Genève, Droz, 1990.
[8] Voir Isabelle Guillot, « Portraits et tableaux dans Delphine », Cahiers staëliens, n° 56, 2005, p. 97-103.
[9] CG IV-I, p. 322.
[10] Stéphanie Genand, Sympathie de la nuit, Paris, Flammarion, 2022.
[11] Aurélie Foglia, « Préface », dans Delphine, Paris, Gallimard, coll. « Folio classique », 2017, p. 22.
[12] Éric Bordas, « Les Discours de Corinne : Stylistique d’une monodie », publié dans L’Eclat et le silence : « Corinne ou l’Italie » de Madame de Staël [sous la direction de Simone Balayé], Paris : Honoré Champion, 1999, p. 161-205.
[13] Franck Bellucci, « Les maux du corps et de l’âme dans Delphine », Cahiers staëliens, n° 57, 2005, p. 82 : « Mme de Staël met à l’œuvre une véritable poétique de la douleur. Une considération stylistique détaillée du roman prouverait l’ambition formelle de l’auteur qui cherche à rendre perceptible, presque palpable, la souffrance de ses héros […]. »
Sources
« Delphine de Germaine de Staël », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 12 février 2024, https://doi.org/10.58079/vsxv