Stéphane CHAUDIER et Joël JULY, commentaire stylistique : Genet, Le Balcon, «Deuxième tableau»
Stéphane CHAUDIER et Joël JULY, commentaire stylistique : Genet, Le Balcon, « troisième tableau »
Stéphane CHAUDIER et Joël JULY, commentaire stylistique : Genet, Le Balcon, «Deuxième tableau»
Stéphane CHAUDIER et Joël JULY, commentaire stylistique : Genet, Le Balcon, « troisième tableau »




APPEL À COMMUNICATIONS
Colloque international
Université de Paris-Sorbonne
Université de Pau et des Pays de l’Adour
(Paris le 6 novembre – Pau le 9 novembre 2020)
Ce colloque a pour objectif de poursuivre les investigations du matériau langagier, dans ses réalisations et ses spécificités littéraires les plus contemporaines, avec l’œuvre de Régis Jauffret, qui a retenu notre attention dans la continuité des réflexions menées sur « la langue » de Sylvie Germain (EUD, 2010), sur celles de Laurent Mauvignier (EUD, 2012), d’Éric Chevillard (EUD, 2013), de Jean Rouaud (EUD, 2015), de Maylis de Kerangal (EUD, 2017), de Marie Darrieussecq (EUD, 2019).
Reconnu par la critique notamment à partir d’Histoires d’amour (éd. Verticales, 1998), Régis Jauffret est confirmé dans le paysage littéraire contemporain entre autres par le Prix Décembre pour Univers, univers (éd. Verticales, 2003), le Prix Femina pour Asile de fous (Gallimard, 2005) ou encore le Prix Goncourt de la Nouvelle pour ses Microfictions (2018). Publié par de nombreux éditeurs (Denoël, Gallimard, Julliard, éd. Verticales, Gallimard, Le Seuil), il est aujourd’hui l’auteur d’une quinzaine de romans et récits, d’une dizaine de recueils de nouvelles ainsi que d’une pièce de théâtre, Les Gouttes (1985). La variété de son écriture se retrouve aussi dans la manière dont, pour tisser ses récits, il s’empare d’évènements tels que ceux de l’affaire Édouard Stern dans Sévère (Le Seuil, 2010), de l’affaire Fritzl dans Claustria (Le Seuil, 2012) et de l’affaire DSK dans La Ballade de Rickers Island (Le Seuil, 2014). Son dernier récit, Papa, (Le Seuil, 2020) rompt avec cette veine mordante, cynique, et renouvelle ce travail de fictionnalisation du réel depuis une approche autobiographique.
Les textes de Régis Jauffret paraissent néanmoins appartenir tous à la catégorie de la « littérature déconcertante », pour reprendre l’expression de Dominique Viart[1]. Tous mettent en œuvre, chacun à sa manière, une écriture des dissonances. Par exemple, au degré du détail de l’écriture, les tirets cadratins ouvrent à l’intrusion d’une voix qui ponctue le récit de manière souvent grinçante ; de même, l’incertitude du sujet discursif, poussée parfois à la démultiplication onomastique, souligne les désaccords de la fiction ; le flottement des repères temporels participe aussi de la confusion énonciative, jusqu’à l’inconfort du lecteur ; le goût pour les formes du conditionnel alimente également le doute dans l’expression du procès ; la discordance de l’ironie lézarde encore un peu plus la stabilité du récit ; la phrase, elle aussi, est mise sous tension par des oscillations entre une syntaxe cohésive, maîtrisée, et des ajouts digressifs, loufoques, aporétiques ; sur un plan rhétorique, les comparaisons et les métaphores prennent régulièrement une image incongrue comme repère ; et le décalage est encore celui des effets comiques qui naissent de la noirceur humaine, et la tiennent à bonne distance…
À une plus grande échelle, l’ensemble des publications de l’auteur paraît jouer d’une disparité comparable, ou bien entre des textes brefs comme des nouvelles (Fragments de la vie des gens) et d’autres plus longs où le temps s’étire (Univers, univers), ou bien au sein même de publications qui réunissent un nombre conséquent de textes courts sous l’intitulé unique de « roman », comme c’est le cas des Microfictions, au point de mettre en difficulté le classement de ces récits.
Enfin, dans cette perspective générique, ces dissonances, le questionnement des codes du récit qu’elles impliquent, fragilisent le pacte fictionnel et en cela alimentent l’indécidable de son articulation entre réalité et fiction – La Ballade de Rikers Island s’ouvre sur cette formule : « Le roman, c’est la réalité augmentée. » C’est là un autre trait propre à accorder aux textes jauffretiens une place différente, sinon divergente, dans la littérature contemporaine.
Toutes ces discordances représentent notre monde contemporain « comme un vaste enfer[2] » et forment ce que Bruno Vercier et Dominique Viart ont appelé une « poétique du malaise[3] ». Or, lorsqu’il est interrogé au sujet du télescopage des extrêmes multiplement perceptible dans son écriture, Régis Jauffret renvoie au travail de la langue française, une langue telle qu’elle « oblige à la maîtriser parfaitement avant d’en tirer un moindre son[4] ». D’ailleurs, dans l’un des reflets que Microfictions offre à la pratique scripturale, l’écrivain se voit défini par son rapport au matériau langagier.
– Je suis devenu écrivain. Pitre.
Pirate des mots, du langage. Margoulin de l’angoisse, du suicide, de l’anarchie facile, de ceux qui restent à la maison. Je me promène dans des livres écrits au conditionnel, au futur. Mode et temps de ceux qui jamais ne s’engagent, dans une guerre, une révolution. Je suis fait de papier, d’un peu d’encre. Je ne fais pas partie des martyrs, qui pour le Christ, se sont jetés souriants, au milieu des lions et des tigres. Le courage me manque, je me cache. Dans les fossés de la syntaxe. Derrière la fumée artificielle, des métaphores, des escroqueries. Je prends mes jambes à mon cou. Pauvre lâche. Derrière la fumée des romans. Quand je mourrai sachez déjà que mes livres comme moi rejoindront le néant.[5]
C’est ainsi la langue de Régis Jauffret – son usage de la langue comme l’idée qu’il s’en fait – que ce colloque se propose de sonder, dans une perspective stylistique, linguistique et sémiotique.
Les propositions de communication devront parvenir avant le 31 août 2020 par courrier électronique aux adresses suivantes :
berengere.moricheau-airaud@univ-pau.fr
Les textes issus des communications seront soumis à relecture en vue de la publication des actes du colloque.
Le colloque est ouvert au public.
[1] Voir Bruno Vercier, Dominique Viart, La Littérature française au présent, Bordas, 2008 [1re éd. 2005]. Retour au texte
[2] Alexandre Gefen, « “Je est tout le monde et n’importe qui.” Les microfictions de Régis Jauffret », dans Revue critique de fixxion contemporaine, n° 1, p. 62-66 [en ligne]. Page consultée en mai 2020. URL : http://www.revue-critique-de-fixxion-francaise-contemporaine.org/rcffc/article/view/fx01.06 Retour au texte
[3] Bruno Vercier, Dominique Viart, op. cit., p. 429. Retour au texte
[4] Entretien avec Christophe Reig, Régis Jauffret. Éclats de la fiction, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2017, p. 147-148. Retour au texte
[5] Microfictions, Gallimard, 2007, p. 434. Retour au texte
Conçue comme un atelier doctoral, la journée d’études « style et goût » a pour objectif de réunir des doctorants, des docteurs ayant soutenu récemment et des enseignants chercheurs titulaires autour d’un intérêt commun pour la stylistique.
Quel que soit le domaine de recherche, stylistique d’auteur, stylistique de genre, stylistique historique, etc., il s’agira plus particulièrement de proposer une contribution à une réflexion sur l’évolution de la notion de goût. Le goût est décrit à l’époque classique comme « instinct de la droite raison » (Bouhours), il devient symptomatique de l’évolution de l’idée de beau et plus précisément du tournant esthétique qui inaugure, dès l’abbé Dubos, une réflexion empirique sur le goût, en l’éloignant des définitions a priori pour l’orienter vers la réception. La notion « singulièrement flottante » (Bruneau) au XIXe siècle, où elle sert de « pierre de touche » pour juger des faits de langue et de style est intimement associée à l’idée de style par Barthes au XXe siècle qui insiste sur la dimension paradoxale du goût : « Le plaisir du style, même dans les œuvres d’avant-garde, ne s’obtiendra jamais que par fidélité à certaines préoccupations classiques qui sont l’harmonie, la correction, la simplicité, la beauté, etc., bref les éléments séculaires du goût ».
Cette journée d’études invite à examiner les liens complexes qui se tissent entre les notions de style et de goût. On pourra par exemple s’attacher à :
Table des matières
FIGURATION ET POSTURES D’ÉNONCIATION
Mireille Sacotte, « L’air de rien ». L’ambiguïté narrative dans Les Grands Chemins
Ilias Yocaris, « Le bonheur d’être à la fois invisible et présent ». Sous-dires et ambivalence dans Angelo
Julien Piat, Le ton comme métalepse. Énonciation et posture romanesques
Alain Rabatel, Figures énonciatives de la connivence dans Les Récits de la demi-brigade
FIGURATION ET STRUCTURES DIALOGALES
Denis Labouret, Giono et la « méthode des bâtons rompus ». Figures et ruptures du dialogue romanesque
Françoise Rullier-Theuret, La multiplication et l’imbrication des instances dialogales dans Un roi sans divertissement
Laurence Rosier, La circulation de la parole dans Les Âmes fortes
TROPES ET CONFIGURATIONS LEXICALES
Sophie Milcent-Lawson, L’allure et l’allant. Métaphore et écriture romanesque dans Deux cavaliers de l’orage de Jean Giono
Véronique Magri-Mourgues, Un complexe figural. Comparaison et métaphore dans la Trilogie de Pan
Michele Prandi, « La montagne soupirait au-dessus du village ». L’essaim métaphorique du paysage animé dans Le Hussard sur le toit
Marc Bonhomme, Les figures métonymiques dans Le Grand Troupeau de Giono
Marc Dominicy, Il y a odeur et odeur. D’Angelo au Hussard sur le toit
FIGURATIONS ET PATRONS SYNTAXIQUES
Sophie Jollin-Bertocchi, Contrastes phrastiques et antithèses dans Jean le Bleu
Corinne von Kymmel-Zimmermann, (Dés)ordres de la syntaxe dans Naissance de l’Odyssée et Un roi sans divertissement
Marie-Albane Watine, De la sous-programmation à la multi-programmation. Deux modèles de la phrase gionienne
CONFIGURATIONS NARRATIVES. EMPRUNTS ET INFLUENCES
Jean-Yves Laurichesse, L’imitation créatrice chez Giono
Laurent Susini, « Ah les salauds ! ». L’imaginaire pascalien de l’écoulement du péché originel dans Un roi sans divertissement : déplacements, diffractions
Christian Morzewski, De l’écrit à l’oral, et retour. Avatars de la mise en récit dans Deux cavaliers de l’orage de Jean Giono
Jacques Mény, Les avatars du narrateur dans Les Mauvaises Actions de Jean Giono
FIGURATION ET ASPECTS DE LA CRÉATION
Laurent Fourcaut, Je(u) et son autre dans le circuit fermé des Grands Chemins. L’écrivain et les figures de sa mise en abyme dans le discours du roman
Alain Romestaing, Douleurs et discours à la Douloire Sylvie Vignes, Figuration de l’imagination poétique dans Colline
Gérard Berthomieu, Jean Giono et le lieu romanesque de la « leçon de poésie ». Contribution à une poétique des transports
Écrivaine plusieurs fois primée, Léonor de Récondo est aussi violoniste de talent, responsable notamment de l’ensemble baroque L’Yriade. Cette journée d’études, en présence de l’auteure, tentera de cerner les formes d’une écriture dense, incarnée, musicale, à la fois sobre et sensuelle. Née d’un univers qui entretient un rapport particulier à l’art, au temps, à la mémoire, aux corps, la « langue intime » de Léonor de Récondo fait subtilement vibrer « la chair de l’âme ».
En présence de l’écrivaine
Responsables : Cécile Narjoux (Sorbonne-Université) et Anne-Marie Paillet (ENS-PSL)
Matin : salle Cavaillès (45, rue d’Ulm)
Pause
Après-midi : salle des Conférences (46, rue d’Ulm)
Pause
Le Vendredi 20 mars à l’Université Sorbonne-Nouvelle.
Accueil à 9h30 – fin de la journée à 17h
Lieu: Maison de la recherche, 4 rue des Irlandais 75005 Paris
Merci d’envoyer un résumé de 200 mots maximum, en indiquant l’université d’inscription pour la thèse et le nom du directeur de recherche à stylmorg@gmail.com.
Conçue comme un atelier doctoral, la journée d’études « style et goût » a pour objectif de réunir des doctorants, des docteurs ayant soutenu récemment et des enseignants chercheurs titulaires autour d’un intérêt commun pour la stylistique.
Quel que soit le domaine de recherche, stylistique d’auteur, stylistique de genre, stylistique historique, etc., il s’agira plus particulièrement de proposer une contribution à une réflexion sur l’évolution de la notion de goût. Le goût est décrit à l’époque classique comme « instinct de la droite raison » (Bouhours), il devient symptomatique de l’évolution de l’idée de beau et plus précisément du tournant esthétique qui inaugure, dès l’abbé Dubos, une réflexion empirique sur le goût, en l’éloignant des définitions a priori pour l’orienter vers la réception. La notion « singulièrement flottante » (Bruneau) au XIXe siècle, où elle sert de « pierre de touche » pour juger des faits de langue et de style est intimement associée à l’idée de style par Barthes au XXe siècle qui insiste sur la dimension paradoxale du goût : « Le plaisir du style, même dans les œuvres d’avant-garde, ne s’obtiendra jamais que par fidélité à certaines préoccupations classiques qui sont l’harmonie, la correction, la simplicité, la beauté, etc., bref les éléments séculaires du goût ».
Cette journée d’études invite à examiner les liens complexes qui se tissent entre les notions de style et de goût. On pourra par exemple s’attacher à :
On invite les doctorants et jeunes docteurs à interroger leur propre corpus avec les différentes perspectives suggérées ou à envisager la manière dont leur propre corpus fait écho à cette notion ou au contraire la refuse.
Une proposition de communication au colloque de la Société de stylistique anglaise à Aix-en-Provence.