Catégorie : Colloque

  • La phrase dans l’écrit littéraire et la médiation des savoirs linguistiques

    Colloque international

    « LA PHRASE DANS L’ÉCRIT LITTÉRAIRE ET LA MÉDIATION DES SAVOIRS LINGUISTIQUES »

    28 et 29 mai 2026

    Centre d’Histoire Culturelle des Sociétés Contemporaines (CHCSC EA2448)

    Université Paris-Saclay (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines)
    5 Bd d’Alembert
    78280 Guyancourt

    Salle des thèses

    6e colloque de l’Association Internationale de Stylistique (A.I.S.)

    Porteuse du projet : Sophie Jollin-Bertocchi

    PROGRAMME

    J1 JEUDI 28 MAI

    9h Accueil

    9h30 Allocutions de bienvenue

    11h Pause

    Les savoirs scolaires en question : Modératrice Judith WULF

    11h10 Claire STOLZ (Sorbonne Université) « La notion de phrase chez des écrivains d’aujourd’hui professeurs »

    11h40 Kyriakos FORAKIS (Université nationale et capodistrienne d’Athènes), « Théorie de la phrase et corpus littéraire dans la grammaire scolaire du XIXe siècle : l’exemple de Noël et Chapsal (1823) »

    12h10 Hélène LE LEVIER (Université de Strasbourg), « Enseignement de la langue et enseignement de la littérature »

    Discussion

    13h-14h30 DÉJEUNER

    15h30 Pause

    SESSIONS PARALLÈLES

    1. Stylistique outillée et transdisciplinaire : Modératrice Bérengère MORICHEAU-AIRAUD

    15h40 Julie SORBA (Université de Grenoble) & Olivier KRAIF (Université de Grenoble), « Étude diachronique et générique de la longueur des phrases et de ses corrélations dans un corpus romanesque »                                                         

    16h10 Pascale ROUX (Université Lyon 2) & Ilaria VIDOTTO (Sapienza Université de Rome), « Les IA ont-elles un style ? »                                                     

    16h40 Marie-Albane WATINE (Université Côte d’Azur), « La phrase littéraire comme exercice procédural : que peut apporter la psycholinguistique à une description de la phrase contemporaine ? »

    Discussion

    2. Le tournant moderne de la conception de la phrase littéraire : Modératrice Laélia VÉRON

    15h40 Carlotta CONTRINI (Université de Sienne), « La phrase du discours indirect libre : genèse et représentation de Flaubert à Zola »

    16h10 Emmanuelle KAËS (Université de Tours), « « Défendre sa phrase : Claudel et les discours scientifiques sur la langue »

    Discussion

    17h30 Pause

    17h45-19h15 : AG de l’AIS

    J2 VENDREDI 29 MAI

    9h Accueil

    10h30 Pause

    SESSIONS PARALLÈLES

    1. Prose contemporaine : Modératrice Claire STOLZ                                                                                       

    10h40 Stéphane CHAUDIER et Clémence ROSE (Université de Lille), « « Ponctuations atypiques dans Pour Britney de Louise Chennevière (2024) : une autre représentation de la phrase littéraire ? » 

    11h10 Bérengère MORICHEAU-AIRAUD (Université de Pau), « Phrase et mémoire dans les textes d’Annie Ernaux, de Pierre Bergounioux et de Marie-Hélène Lafon »           

    11h40 Sandrine VAUDREY-LUIGI (Université Bourgogne Europe) « Dire le temps, dire le monde : la phrase kerangalienne »

    12h10 Chama ELAZOUZI (Université de Fès), « Les dynamiques phrastiques chez Maylis de Kerangal : entre imaginaire linguistique, modèles scolaires et expérimentations syntaxiques »

    Discussion

    2. Poésie contemporaine : Modérateur Jérôme HENNEBERT

    10h40 Stéphanie THONNERIEUX (Université Lyon 2), « Une ‘syntaxe nouvelle’ en poésie : la simplicité selon Reverdy »

    11h10 Sandrine BÉDOURET (Université de Pau), « De la phrase au discours : quelle construction sans ponctuation ? »

    11h40 Mathilde LE CAM (Toulouse), « La phrase de René Char »

    Discussion

    13h-14h30 PAUSE DÉJEUNER

    SESSIONS PARALLÈLES

    1. Approches plurielles : traduction, sémiologie, syntaxe : Modérateur Joël JULY                                  

    14h30 Meri LARJAVAARA (Université d’Abo Akademi, Finlande), « Phrases du Nord »

    15h Ioanna KOUKI (Universités de Perpignan et Toulouse) & Eugénie JOUSLIN (Université Paris Cité), « La phrase lesbienne et sa matérialité graphique : de la rupture de Monique Wittig aux réinventions contemporaines de Léna Ghar »

    15h30 Yijin CHOI (Université Sorbonne Nouvelle), « De la phrase à la période discursive : les unités résomptives comprenant le mot chose dans l’écrit littéraire contemporain »

    Discussion

    2. Stylistiques d’auteurs : Modérateur Joël JULY

    14h30 Anne GARRIC (Sorbonne Université), « L’apodose ambiguë : programmation phrastique, système hypothétique et symétrie de la phrase latine dans ‘Le Triangle ambigu’ d’André Pieyre de Mandiargues »

    15h Samia GADHOUMI (Université de Sfax), « La phrase au prisme des boucles réflexives dans les correspondances entre écrivains (Perros, Cioran) »

    15h30 Hoai Anh TRAN (Université nationale de Hanoi), « La phrase entre norme française et réalités socioculturelles rwandaises : tension linguistique et médiation postcoloniale dans Jacaranda de Gaël Faye »

    Discussion

    APPEL À COMMUNICATIONS

    L’appel à communications est publié sur cette page.

    RÉSUMÉS

    Sandrine BÉDOURET : « De la phrase au discours : quelle construction sans ponctuation ? »

    Nous proposons de réfléchir à l’enjeu de la phrase dans un ensemble de poèmes exposés à l’aéroport de Toulouse-Blagnac du 08 octobre 2021 au 30 octobre 2023. « Histoire d’un départ » de l’artiste Joël Andrianomearisoa se présente sous la forme d’une série de tableaux écrits blanc sur noir. Un préambule présente le projet et défie les définitions traditionnelles de la phrase :

    Un voyage, le voyage, des voyages.
    Des écriteaux sur le fil, le fil des mots, traversant les espaces et les frontières imaginaires.
    Un mot défie l’autre, une phrase se confronte avec l’action.
    La situation est un récit qui file dans un temps aujourd’hui.

    La phrase n’est pas considérée comme une succession de signes construite autour d’un prédicat verbal. Si elle est encore identifiable ici par la ponctuation, son unité disparait dans l’ensemble des tableaux exposés. En effet, les textes d’Andrianomearisoa sont très courts : discours et phrase se confondent souvent, là où le poète cherche son phrasé. Ainsi, nous réfléchirons aux enjeux de la phrase par rapport à la ligne et par rapport au discours pour montrer que la mise en forme de ces énoncés remet en cause la construction d’un sens unique. Cette pluralité d’interprétations constitue un enjeu de la poéticité contemporaine.

    Bibliographie

    • BENVENISTE, Émile, Problèmes de linguistique générale, Gallimard, tel, 1966.
    • CHOL, Isabelle, « Un point ce n’est pas tout. La ponctuation dans la poésie contemporaine ». Cahiers de l’association internationale des lettres françaises n°69, mai 2017. https://www.academia.edu/37692180/Un_point_ce_nest_pas_tout_La_ponctuation_dans_la_po%C3%A9sie_contemporaine , Consulté le 05/06/2023.
    • DESSONS, Gérard, « La phrase comme phrasé », La Licorne [En ligne], n° 42 (S. Bikialo, dir.), 1997.
    • DÜRRENMATT, Jacques, « Que fait le blanc ? ». Isabelle Chol, Bénédicte Mathios et Serge Linarès, éd. Livres de poésie jeux d’espace. Paris : Honoré Champion, 2016, 459-470.
    • FAVRIAUD, Michel, « Quelques éléments d’une théorie de la ponctuation blanche ˗ par la poésie contemporaine ». L’Information Grammaticale 102, no 1, 2004 : 18‑23. https://doi.org/10.3406/igram.2004.2559.
    • SEGUIN, Jean-Pierre, L’invention de la phrase au XVIIIe siècle : contribution à l’histoire du sentiment linguistique français, Bibliothèque de l’Information grammaticale, Paris, Éditions Peeters, 1993.

    Stéphane CHAUDIER & Clémence ROSE : « Ponctuations atypiques dans Pour Britney de Louise Chennevière (2024) : une autre représentation de la phrase littéraire ? »

    Dans Pour Britney, Louise Chennevière, partagée entre exaspération et ironie, met en scène des critiques littéraires : les « quatre types », et « cette jeune femme la seule invitée au milieu » d’eux, sont d’accord pour dire que l’écrivaine passe la mesure dans sa dénonciation du patriarcat, « eux qui ne s’écharpaient que sur un point, sur l’usage que je faisais des virgules1 ». Quand on perd de vue l’essentiel, on pinaille sur des questions de pure forme. Mais est-il de pure forme, cet « usage » que l’autrice fait non seulement des virgules, mais aussi des points, les deux signes privilégiés pour manifester un rapport à la ponctuation ostentatoirement contraire aux normes rédactionnelles en vigueur ?
    La communication mettra en évidence les deux « fonctions » majeures portées par l’usage de la virgule et du point dans Pour Britney2 : 1/ désolidariser des éléments réputés soudés : la virgule « sépare » le présentatif ou la préposition de son régime ou disjoint deux formes verbales, périphrase ou temps composé ; le point après le coordonnant isole le second élément coordonné, rejeté dans une phrase suivante). 2/ signaler des ellipses remarquables. Soit :

    (5) Ex. 1 : c’était un personnage fait par et pour, l’imaginaire des vieux messieurs (p. 52).

    (6) Ex. 2 et 2’ : Je ne crois pas qu’une seule phrase vaille la peine qui. (p 10) ; « […] mais des morceaux d’elle-même que je m’efforce aujourd’hui de. » (p. 11)

    Tic, procédé gratuit ? Ornement transgressif « facile » et un peu toc pour afficher une signature, créer un effet de « contemporanéité » ? Nullement. Le « point » de cette étude sera au contraire le suivant : en proposant une représentation atypique des articulations entre ponctuation et syntaxe, l’autrice veut montrer ce que l’expérience de la domination masculine fait à la pratique de la langue littéraire ; en s’interrogeant sur les conditions de possibilité d’un tel stylème (ponctuation atypique ou « para-grammaticale ») à la fois intégré à la langue mais la gauchissant, le lecteur ou la lectrice un tant soit peu féru-e de grammaire et stylistique ne peut que s’interroger sur les conditions politiques qui rendent significative la manifestation de telles articulations propres au discours écrit – et littéraire.

    Yiyin CHOI : « De la phrase à la période discursive : les unités résomptives comprenant le mot « chose » dans l’écrit littéraire contemporain »

    Cette communication examine les unités résomptives comprenant le mot « chose » dans l’écrit littéraire contemporain. Le discours se compose d’unités et sa segmentation repose sur trois paramètres : syntaxique, prosodique et informationnel / pragmatique. Nous distinguons deux types d’unités syntaxiques : l’unité prédicative autonome et l’unité prédicative résomptive illustrée en (1) par « il y a autre chose » :

    (1) Faites ce que vous pouvez. Mais il y a encore autre chose : je ne sais absolument pas si nous restons ici ou si nous partons dans quatre jours. (Sartre)

    Selon Lefeuvre (2025), une unité prédicative autonome est constituée d’un prédicat et assortie d’une modalité d’énonciation (assertion, interrogation, injonction, exclamation). Par ailleurs, une unité prédicative résomptive présente une autonomie syntaxique affaiblie et s’associe à une unité pleinement autonome. Cette dépendance, syntaxique et sémantique, conduit à envisager une unité supérieure participant à la constitution du discours : la « période discursive ».
    Notre objectif est de vérifier si les unités résomptives incluant le mot chose forment, avec une unité prédicative autonome, une période discursive. L’analyse s’appuiera sur un corpus littéraire issu de Frantext contemporain (œuvres de 1980 à aujourd’hui) et visera à décrire le fonctionnement de ces unités du point de vue de leurs contraintes syntaxiques et de leurs rôles discursifs.
    Lefeuvre F. (2025). Les unités prédicatives autonomes averbales. De Gruyter.

    Carlotta CONTRINI : “La phrase du discours indirect libre: genèse et représentation de Flaubert à Zola”

    Cette communication se propose d’interroger le défi syntaxique que soulève le discours indirect libre (désormais DIL), en examinant la capacité d’une phrase à soutenir simultanément plusieurs instances énonciatives. Prenant appui sur les définitions grammaticales traditionnelles, l’étude adopte une perspective génétique fondée sur l’examen des manuscrits de Madame Bovary de Flaubert et de L’Assommoir de Zola. Par l’analyse des gestes scripturaux – hésitations, pratiques de ponctuation, brouillage des frontières phrastiques –, il s’agit de montrer que la phrase constitue un véritable laboratoire stylistique de la polyphonie. La démarche confronte la poétique du continuum flaubertien à la logique de démarcation propre à Zola, afin d’évaluer dans quelle mesure ces pratiques d’écriture anticipent, mais aussi résistent ou font concurrence aux codifications grammaticales ultérieurement formalisées par Charles Bally.

    Bibliographie

    • AUTHIER-REVUZ Jacqueline (2020), La Représentation du discours autre : principes pour une description, Berlin, De Gruyter, Linguistique française.
    • BALLY Charles (1912), « Le style indirect libre en français moderne », dans Germanisch-Romanische Monatsschrift, IV/10, p. 549-556 et IV/11, p. 597-606.
    • BARTHES Roland, (2002) « Flaubert et la phrase » [1972], Œuvres complètes, Éric Marty (éd.), t. IV, Seuil, Paris, p. 78-85.
    • BRUNET Étienne (2016), « La phrase de Zola », Questions linguistiques, B. Pincemin (éd.), Paris, Champion, p. 3I-3I.22.
    • DORD-CROUSLE Stéphanie (2025), « À l’interface du manuscrit et de l’imprimé : Flaubert et ses copistes », Genesis, 61, p. 139-150.
    • DUCROT Oswald (1984), Le Dire et le dit, Paris, Les Éditions de Minuit.
    • GOLLUT Jean-Daniel & ZUFFEREY Joël (2022), « Syntaxe et énonciation : l’insertion du discours indirect libre dans la phrase », dans Zufferey J. et Mettraux Th. (dirs), La Dis/continuité textuelle, Fabula/Les colloques (disponible en ligne).
    • JAUBERT Anna (2023), La stylisation du discours, Paris, Classiques Garnier, coll. Investigations stylistiques.
    • LE GOFFIC Pierre (2019), Grammaire de la subordination en français, Paris, Ophrys.
    • MAHRER Rudolf (2017), «La plume après le plomb», Genesis, 44, p. 17-38.
    • MAINGUENEAU Dominique (1999), Syntaxe du français, Paris, Hachette.
    • MAINGUENEAU Dominique (2010), Manuel de linguistique pour les textes littéraires, Paris, Armand Colin.
    • MELLET Sylvie & VUILLAUME Marcel (dirs), 2000, Le style indirect libre et ses contextes, Cahiers Chronos, V, Amsterdam, Rodopi.
    • PHILIPPE Gilles (2002), Sujet, verbe, complément. Le moment grammatical de la littérature française (1890-1940), Paris, Gallimard.
    • PHILIPPE Gilles & PIAT Julien (2009), La langue littéraire. Une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert à Claude Simon. Paris, Fayard.
    • PROUST Marcel (1993), « À propos du “style” de Flaubert », La Nouvelle Revue Française, 1er janvier 1920, repris dans Journées de lecture, « Domaine Français », « 10/18 », UGE, p. 114-131.
    • RIEGEL Martin, PELLAT Jean-Christophe & RENE Rioul (2018), Grammaire méthodique du français, éd. 7, Paris, Presses Universitaires de France.
    • SPITZER Leo (1931), Études sur le style. Analyses de textes littéraires français (1918-1931), trad. par J.-J. Briu, Paris, Ophrys, Bibliothèque de Faits de Langues, 1970.
    • WEINRICH Harald (1989), Grammaire textuelle du français, Paris, Didier/Hatier.
    • WILMET Marc (1998), Grammaire critique du français, Bruxelles, Duculot.

    Chama ELAZOUZI : « Les dynamiques phrastiques chez Maylis de Kerangal : entre imaginaire linguistique, modèles scolaires et expérimentations syntaxiques »

    Cette communication propose d’étudier la phrase dans Réparer les vivants et Un monde à portée de main de Maylis de Kerangal comme espace de médiation entre héritages grammaticaux, imaginaires linguistiques et expérimentations stylistiques contemporaines. L’analyse articule une approche externe ; fondée sur les discours de l’autrice, où la phrase est pensée comme souffle, mouvement et architecture, et une approche interne centrée sur les patrons phrastiques caractéristiques : expansions, coordinations à large portée, effets de périodicité et continuité syntaxique. Il s’agira de montrer comment l’écriture de Kerangal réactive des modèles stabilisés par l’école et par la tradition grammaticale tout en les déplaçant vers une esthétique fluide et cinétique, révélatrice de sensibilités phrastiques contemporaines. Cette étude vise à éclairer la circulation des savoirs linguistiques dans la création littéraire et à interroger la cohérence entre représentations théoriques et usages scripturaux. (Kerangal, 2014 ; Kerangal, 2018 ; Siouffi, 2020).

    Kyriakos FORAKIS : « Théorie de la phrase et corpus littéraire dans la grammaire scolaire du XIXe siècle : l’exemple de Noël et Chapsal (1823) »

    Les grammaires (et ouvrages apparentés) dites « des grands écrivains » — ainsi le célèbre Cours théorique et pratique de langue française de Lemare (différentes rééditions de 1807 à 1835) —, qui se multiplient vers le milieu du XIXe siècle (Tritter, 1999 : 236-237), se réclament de ceux-ci dans une tentative pour se démarquer de la grammaire philosophique du siècle précédent, « inventeur » du concept de phrase (Siouffi, 2020 : 185-189 ; Seguin, 1993 : 12-14). Outre la Grammaire nationale des frères Bescherelle (1834), qui en fait partie tout en remportant un énorme succès, se signalent d’autres ouvrages comme celui, innovateur (Chevrel, 1977 : 99), de Noël et Chapsal (1823). Une description d’ordre tout à la fois directif et concis s’y assortit, quoique non assidûment, d’exemples tirés des grands écrivains, surtout des XVIIe et XVIIIe siècles : si, en effet, l’exemple fabriqué l’emporte dans cet ouvrage pour des raisons très vraisemblablement pédagogiques, l’exemple authentique, quasi exclusivement littéraire, n’en est pas moins appelé à illustrer diverses subtilités dans l’analyse.
    Après avoir passé en revue le traitement réservé par Noël et Chapsal à la phrase et, notamment, le degré de conformation de celui-ci aux enseignements de la grammaire du XVIIIe siècle qui en a inauguré la conceptualisation, la présente proposition tentera d’élucider la constitution du corpus littéraire mis au service de la description. Quels faits grammaticaux ou rhétoriques sont-ils illustrés d’exemples littéraires ? À quels auteurs ont-ils été empruntés ? Qu’en est-il de l’éventuel commentaire dont ils font l’objet ?

    Références bibliographiques :

    • Bescherelle aîné, Bescherelle jeune et Litais de Gaux, 1834, Grammaire nationale ou Grammaire de Voltaire, de Racine […], Paris, s.é.
    • Chevrel A., 1977, …et il fallut apprendre à écrire à tous les petits Français. Histoire de la grammaire scolaire, Paris, Payot.
    • Lemare A., 1807, Cours théorique et pratique de langue française, Paris, s.é.
    • Noël F.-J.-M. et Chapsal Ch.-P., 1854 [1823], Nouvelle grammaire française […], 46e éd., Paris, s.é.
    • Saint-Gérand, Jacques-Philippe, in Corpus de textes linguistiques fondamentaux.
    • Seguin J.-P., 1993, L’Invention de la phrase au XVIIIe siècle. Contribution à l’histoire du sentiment linguistique français, Louvain/Paris, Peeters, (Bibliothèque de l’Information grammaticale).
    • Siouffi G. (dir.), 2020, Histoire de la phrase française, des Serments de Strasbourg aux écritures numériques, Arles, Actes Sud / [Paris], Imprimerie Nationale Éditions.
    • Tritter J.-L., 1999, Histoire de la langue française, Paris, Ellipses, (Universités : Lettres).

    Samia GADHOUMI : « La phrase au prisme des boucles réflexives dans les correspondances entre écrivains : Perros, Cioran »

    Nous interrogerons dans notre communication les spécificités de la phrase dans le discours épistolaire en train de se faire, dans les lettres de Georges Perros, poète-noteur, et Cioran écrivain négateur et « penseur privé », dont le style lacunaire, fragmentaire et minimaliste demeure le dénominateur commun. Notre étude sert à dégager, à partir d’une analyse stylistique et génétique, en quoi la pratique de la modalisation autonymique, les techniques de relance et de l’hyperbate, décrivent l’élaboration du « moment grammatical » dans toutes ses réalisations et ses limites dans un discours intime et réflexif à la fois. Nous viserons à montrer que la phrase dans la lettre, conçue comme une zone liminale et marginale, chez l’auteur de Papiers Collés et celui du Précis de décomposition, représente un laboratoire d’expérimentation linguistique et réflexive du sujet épistolier et un lieu où s’élaborent et s’exposent avec acuité le style, la pensée critique et l’identité littéraire en cours d’élaboration de ces écrivains épistoliers.

    Références Bibliographiques :

    • AUTHIER-Revuz, Jacqueline, Ces mots qui ne vont pas de soi. Boucles réflexives et non-coïncidences du dire, Larousse, Paris, 1995.
    • AUTHIER-REVUZ, Jacqueline, « Hétérogénéité montrée et hétérogénéité constitutive : éléments pour une approche de l’autre dans le discours », DRLAV, n° 26, 1982, p. 91-151.
    • CIORAN, Manie épistolaire, Lettres choisies 1930-1991, Editions établies par Nicolas Cavaillès, Gallimard, 2024.
    • DESSONS, Gérard, « La phrase comme phrasé », La Licorne [En ligne], n° 42 Stéphane, Bikialo, (dir), 1997.
    • FONTVIEILLE, Agnés, « linéament d’écriture : les ratures dans la correspondance de peu-lettrés durant la Grande Guerre », Congrès Mondial de Linguistique Française CMLF 2020.
    • GOUX, Jean-Paul, La Fabrique du continu, Seyssel, Champ Vallon, 1999.
    • PERROS, Georges, PAULHAN , Jean, Correspondance 1953-1967, Avant-courrier de Roger Judrin ; dessins de Jean Bazaine, Quimper, Calligrammes, 1982.
    • PERROS, Georges, PARAIN, Brice, Correspondance 1960-1971. Éditée avec un avant-propos, des notes et un index par Pierre et Yaël Pachet, Gallimard, Paris, 1999.
    • PHILIPPE, Gilles, PIAT, Julien, La langue littéraire. Une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert à Claude Simon. Paris, Fayard, 2009.
    • PIAT, Julien, L’expérimentation syntaxique dans l’écriture du Nouveau Roman, Paris, Honoré Champion, 2011.
    • ROSOFF, Sonia, DOQUET, Claire, LEFEBVRE, Julie, OPPERMANN-MARSEAUX, Evelyne, PETILLON-BOUCHERON, Sabine, L’hétérogène à l’œuvre dans la langue et les discours, Hommage à Jacqueline Authier-Revuz, textes réunis par, Lambert-Lucas, Limoges, 2012.
    • STEUCKARDT, Agnès, NIKLAS-SALMINEN, Aïno (dir.), Les marqueurs de Glose, PU de Provence, Aix-Marseille, 2005.
    • OBITZ-LUMBROZO, Bénédicte, VITA, Philippe De (dir.), (Re) lire les correspondances, Classiques Garnier, Rencontres n°669, 2025.

    Anne GARRIC : « L’apodose ambiguë : surcharge hypothétique, imprévisibilité phrastique et résonances de la phrase latine dans ‘Le Triangle ambigu’ d’André Pieyre de Mandiargues »

    En tant qu’unité prédicative, la phrase française instaure une prévisibilité cognitive grâce à sa programmation. La phrase de Mandiargues quant à elle, « révèle [souvent] une dialectique entre énergie et inertie, attente et report3 ».
    L’écriture du « Triangle ambigu » (1968) présente en effet une dynamique de frustration du texte, au service d’un processus de contrefiction expérimentale : une longue succession de phrases conjuguées au conditionnel présent instaure un trouble interprétatif, entre un sens temporel d’ultérieur du passé et une valeur modale d’hypothèse, dans un système phrastique bancal. Dès les premières lignes in medias res, étendues sur près de la moitié du récit, cette économie narrative ambiguë est marquée par la surcharge d’hypothèse propre au conditionnel, couplée à des faits de mise en attente et de surcharge mémorielle4 dans la programmation phrastique, où se dérobe la prévision syntaxique et sémantique.
    Terrain privilégié d’une exploration de l’ambiguïté des usages du conditionnel, de sa polysémie et de ses effets de sens, la phrase mandiarguienne présente enfin quelques résonances avec un état ancien de l’expression de la virtualité telle qu’on la trouve dans la phrase conditionnelle latine.

    Emmanuelle KAËS : « Défendre sa phrase : Claudel et les discours scientifiques sur la langue »

    Entre 1920 et 1930, en plein « moment grammatical5 », Claudel fait face à des attaques virulentes dirigées contre son style et particulièrement contre sa phrase, qualifiée d’« obscure », « anarchique », « incontinente ». Elles proviennent principalement du camp qui domine la vie intellectuelle de l’entre-deux-guerres : L’Action Française. Contrairement à Queneau ou à Valéry, le recours de Claudel aux savoirs linguistiques va s’inscrire dans un dispositif polémique : il s’agit pour lui de riposter et de se défendre. Dans le péritexte (entretiens, lettres et préfaces) mais aussi dans la trame même de son œuvre, il engage un discours épilinguistique sur la langue, dont nous analyserons les réflexions sur la phrase. Nous souhaiterions, d’une part, mettre en lumière la convergence entre les positions de l’écrivain sur la phrase et certaines options de la linguistique des années vingt, qui se rapproche alors de la psychologie : promotion de l’oral contre le « fétichisme » de l’écrit, approche fonctionnaliste de la faute, primat de l’expressivité (pour Claudel, « la sensibilité a d’autres lois que l’intelligence […], ses nécessités d’expression sont différentes, et par suite sa manière de charger la phrase »). Rappelons qu’en mai 1927, Claudel échange au sujet de la phrase avec Marcel Jousse, élève d’Antoine Meillet ; en 1930, dans « Sur la grammaire », il place son propos sous le patronage des « philologues les plus distingués de la Sorbonne, MM. Ferdinand Brunot, Meillet et Vendryes » et définit la phrase comme « une espèce de geste linguistique, qui se prête à l’analyse, mais ne se laisse pas enfermer dans des cadres artificiels » (id.). Il s’agira, d’autre part, de montrer comment le poète duplique dans le domaine de la langue l’antagonisme qui l’oppose à ses détracteurs dans le champ littéraire. Les critiques qui opposent à sa phrase, prétendument ni française ni classique, « l’intelligence », « l’ordre » et la rationalité de la phrase classique trouvent leurs répondants dans ceux que le poète désigne comme « les gens d’en face » : Lancelot et ses « lansquenets », promoteurs dans la Grammaire de Port-Royal d’un modèle de phrase logique et rationaliste.

    Bibliographie

    • Paul Claudel, « Sur la grammaire », Les Nouvelles littéraires, 3 mai 1930, Œuvres complètes, vol. XVIII, Gallimard, 1961, pp. 274-281.
    • Paul Claudel, « Réflexions et propositions sur le vers français », NRF, 1925.
    • Pierre Lasserre, Les Chapelles Littéraires, Garnier, 1920.
    • Marcel Jousse, Études de psychologie linguistique. Le style oral rythmique et mnémotechnique chez les verbo-moteurs, Beauchesne, 1925.
    • Jérôme Meizoz, L’Âge du roman parlant (1919-1939). Écrivains, critiques, linguistes et pédagogues en débat, préface de Pierre Bourdieu, Genève, Droz, 2001
    • Anamaria Curea, « L’expressivité linguistique, un objet problématique dans la théorie de Charles Bally ». Entre expression et expressivité : l’école linguistique de Genève de 1900 à 1940, ENS Éditions, 2015
    • Gilles Philippe, Sujet, verbe, complément. Le moment grammatical de la littérature française (1890-1940), Paris, Gallimard, 2002.
    • Antoine Gautier, « La notion de phrase en grammaire », L’Information grammaticale, n°150, 2016.
    • Pierre-Yves Testenoire, « Les recherches sur la poésie orale autour d’Antoine Meillet : Jean Paulhan, Marcel Jousse, Milman Parry », Histoire Épistémologie Langage, 44-2, 2023.

    Ioanna KOUKI et et Eugénie JOUSLIN : « La phrase lesbienne et sa matérialité graphique : de la rupture de Monique Wittig aux réinventions contemporaines de Léna Ghar »

    Cette communication analyse la manière dont certaines écritures de thématique lesbienne, L’Opoponax (1964) et Le Corps lesbien (1973) de Monique Wittig, Tumeur ou tutu (2023) de Léna Ghar, transforment la phrase en espace de rupture syntaxique et typographique. Dans L’Opoponax, l’apparente continuité phrastique masque une mise en crise du modèle classique : virgules absentes, respiration haletante, subjectivité neutralisée. Le Corps lesbien radicalise cette déconstruction : phrases en capitales, temporalités éclatées, segments repris plusieurs pages plus loin. La phrase devient unité corporelle, performative, selon l’idée d’une « écriture du corps »6 et d’une résistance aux structures hétéronormées de la grammaire7.
    Ghar reprend et déplace ces innovations : capitalisation, absentéismes typographiques, énumérations et présentatifs syncopés. Cette continuité relève d’une véritable ligne lesbienne8, où la transformation de la phrase agit comme une émancipation du langage.
    On montrera ainsi que, des années 60 à aujourd’hui, la phrase, dans sa structure comme dans sa matérialité, constitue un lieu de transmission et de transformation au sein des écritures de thématique lesbienne.

    Olivier KRAIF & Julie SORBA : « Étude diachronique et générique de la longueur des phrases et de ses corrélations dans un corpus romanesque »

    Nous proposons dans cette communication d’étudier, d’un point de vue quantitatif et qualitatif, la question de la longueur de la phrase dans deux corpus romanesques : le corpus diachrorom, d’une part, regroupant 2500 romans français publiés entre 1820 et 2016 ; le corpus phraseorom d’autre part, constitué de 1123 romans contemporains (pour la période 1950-2016) répartis entre 6 sous-genres romanesques (littérature générale, policier, sentimental, historique, fantaisie, science-fiction, voir Diwersy et al. 2021).
    Sur la plan quantitatif, nous partons d’une définition opératoire et formelle de la phrase, entendue comme séquence délimitée par une ponctuation forte (point, point d’exclamation, point d’interrogation, points de suspensions) suivie par un espace et un mot en majuscule, ou suivie par une marque de paragraphe. Après une présentation détaillée des corpus et des traitements effectués pour leur intégration dans l’outil Lexicoscope (Kraif 2019), nous étudierons comment la longueur des phrases prise globalement a évolué temporellement, à travers 20 décades s’échelonnant de 1820-30 à 2010-20. Nous examinerons les variations entre auteurs, et nous chercherons notamment à corréler ces variations avec d’autres indicateurs textométriques (fréquence de certaines parties du discours ou relations de dépendance, densité lexicale, type / token ratio). Pour affiner notre approche, nous prendrons soin d’isoler les phrases n’appartenant pas au discours direct, le Lexicoscope permettant d’identifier automatiquement les passages dialogués. Nous montrerons qu’une telle approche est indispensable pour étudier les longueurs de phrase de manière fine. Par ailleurs nous examinerons les différences entre les 6 sous-genres littéraires, et nous montrerons par des tests statistiques que les variations observées sont significatives et chercherons à expliquer ces observations par des hypothèses d’ordre stylistique.
    Sur le plan qualitatif, nous proposons d’apporter un éclairage sur l’emploi de la lexie phrase dans le corpus et son évolution, notamment dans le cadre de sa combinatoire lexico-syntaxique en lien avec le marquage de la longueur. Le profil combinatoire indique la présence de plusieurs collocatifs significatifs répondant à cette définition : les adjectifs petit, bref, court, long, grand apportent un premier éclairage tandis que les verbes couper et interrompre manifestent une action sur la longueur de la phrase dans une interaction verbale.

    • Diwersy S., Gonon L., Goossens V., Kraif O., Novakova I., Sorba J. & Vidotto I. (2021). La phraséologie du roman contemporain dans les corpus et les applications de la PhraseoBase. Corpus, vol.22 https://doi.org/10.4000/corpus.6101
    • Kraif O. (2019). Explorer la combinatoire lexico-syntaxique des mots et expressions avec le Lexicoscope. Langue française, 203 : 67-83.

    Meri LARJAVAARA : « Phrases du Nord »

    La phrase traduite en français appartient désormais au français littéraire. Comme toute phrase, elle peut être stylistiquement marquée, tout en conservant des traces de la langue source. Professionnel du langage, expert du style et spécialiste des deux langues, le traducteur fait ses choix au moment de la médiation.
    Rosa Liksom est une auteure finlandaise reconnue pour son écriture crue, brute et laconique. Ses nouvelles de jeunesse ont été traduites en 1990 dans le recueil Noirs paradis (trad. Anne Papart), et sa traduction la plus récente date de 2025 (Le fleuve, trad. Anne Colin du Terrail) : selon Le Monde (02.11.2025), l’histoire y est « racontée sombrement, sans emphase ».
    Dans la version originale, le langage s’écarte souvent du finnois standard, et la phrase de Liksom est orale. Dans les deux traductions mais surtout dans la première, la phrase littéraire adopte une forme singulière. Les phrases se ressemblent, la même structure syntaxique se répète, la subordination et les marques interphrastiques restent rares (cf. lettres des tranchées, Siouffi 2020 : 279). Traduite en français, la phrase orale de Liksom semble se muer en « phrase brève » littéraire (Philippe & Piat 2009 : 194-203).
    Comment, en passant d’une langue à l’autre, la phrase change-t-elle ? Où tracer la limite entre oral et littéraire lorsque les conventions de l’écrit sont délibérément transgressées ? En quoi cela met-il en question la médiation du traducteur ?

    Corpus

    • Liksom, Rosa 1989 : Tyhjän tien paratiisit, WSOY, Juva.
    • Liksom, Rosa 1990 : Noirs paradis, La Découverte, Paris. Traduction en français par Anne Papart.
    • Liksom, Rosa 2021 : Väylä, Like Kustannus, Helsinki.
    • Liksom, Rosa 2025 : Le fleuve, Gallimard, Paris. Traduction en français par Anne Colin du Terrail.

    Bibliographie

    • Philippe, Gilles et Piat, Julien (dir.) 2009 : La langue littéraire : Une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert à Claude Simon, Fayard, Paris.
    • Siouffi, Gilles (dir.) 2020 : Une histoire de la phrase française des Serments de Strasbourg aux écritures numériques, Actes Sud, Arles.

    Mathilde LE CAM : « La phrase de René Char »

    Le XXe siècle, parachève le phénomène de disparition de la période9 au profit de la phrase. Les auteurs l’explorent entre expansion et réduction. Char, héritier du surréalisme10 , entre dans cette lignée d’auteurs qui accordent ainsi une place plus importante à la phrase ou au mot11 . Depuis le Marteau sans maître jusqu’aux Matinaux, la phrase de Char évolue. Ses poèmes sont de plus en plus ponctués. Cette modification de la manière de faire phrase pour Char, visible dans ses brouillons, acte son émancipation du surréalisme et continue d’évoluer dans un corpus postérieur jusqu’à son dernier recueil Eloge d’une soupçonnée.
    La phrase est le lieu, pour Char, où les mots doivent s’équilibrer. La prose et le vers, que le poète manie de manière versatile12 , sont un laboratoire de la phrase qui permet d’accueillir le mot juste13 . La phrase crée une musique particulière qui donne le la au poème. Pour Blanchot, « les “phrases” de René Char, îles de sens, sont, plutôt que coordonnées, posées les unes à côté des autres »14. Si René Char, contrairement à certains de ses contemporains, n’élabore pas à proprement parler une représentation de la phrase dans ses écrits, que pouvons-nous observer de son rapport à la phrase dans la genèse de ses poèmes, ses brouillons, et, de façon indirecte, à travers les quelques segments métalittéraires et métalinguistiques disséminés dans son œuvre ? Cette communication propose une analyse de la phrase charienne en prenant pour appui un échantillon issu des Matinaux ainsi qu’une étude du brouillon « Qu’il Vive ! » et cherchera à voir comment l’architecture de la phrase, forte de tous les éléments qui la constituent, amène le poète à se détacher de la phrase scolaire, telle qu’elle est enseignée au début du XXe siècle. Le travail de la page et de la phrase serait ainsi au service d’une prosodie particulière notamment en usant de procédés de détachement qui chercheraient ainsi à étonner le lecteur.

    Hélène LE LEVIER : « La phrase complexe au lycée en France : un outil pour développer les compétences de lecture interprétative des textes littéraires ? »

    La grammaire scolaire est traditionnellement en France une grammaire de phrase. Pour Chervel (1977), elle s’est en effet construite pour rendre enseignable des règles d’accord qui se négocient à l’intérieur de la phrase. Combettes (2016) souligne que, malgré l’intégration de certaines notions relevant de la grammaire de texte ou de discours, la grammaire de phrase reste prédominante dans les programmes scolaires françaises. Un examen rapide de la Grammaire du français, Terminologie grammaticale (MEN, 2020a) suffit d’ailleurs à le montrer puisque sa structure part de la phrase pour aller vers le lexique en passant par les notions de fonction et de nature des mots. On peut ainsi s’interroger sur les finalités attribuées par le système scolaire français à cette étude de la phrase. Nous avons montré dans une précédente étude que le réinvestissement des notions liées aux propositions subordonnées étudiées en cycle 4 se faisait très majoritairement à travers des activités d’expression (Le Levier et Vassiliadou, 2025). De manière cohérente avec ce constat, un rapide examen des programmes actuels de lycée (MEN, 2020b) permet de se rendre compte que la réintroduction de contenus explicites en grammaire depuis la dernière réforme des programmes a pour principale finalité le développement de compétences d’expression, dans une logique qui assimile connaissances grammaticales et maitrise d’une norme linguistique standard. Néanmoins, ces programmes mentionnent à plusieurs reprises l’intérêt d’investir ces notions dans le travail de la « compréhension » (p. 3), voire de l’« interprétation » (p. 4) des textes, dans un contexte qui donne une place centrale à l’enseignement de la littérature. Or la phrase demeure dans ces programmes de lycée le cadre principal du travail grammatical, en particulier la phrase complexe à laquelle renvoient explicitement trois des points listés par le programme (sur huit en tout). Nous proposons donc d’analyser comment un certain nombre de ressources exploitables par les enseignants (en particulier les ressources d’accompagnement des programmes proposées par l’Éducation nationale, ainsi que des manuels et des éditions scolaires de textes au programme du baccalauréat) exploitent le traitement de la phrase complexe et des questions qui lui sont liées. On se demandera en particulier si les descriptions linguistiques et activités proposées outillent les enseignants pour établir des liens entre connaissances grammaticales et travail de compréhension et d’interprétation des textes. On s’interrogera notamment sur le rôle que peut avoir à cet égard la préparation à la question de grammaire de l’oral du baccalauréat.

    • Chervel, A. (1977). Et il fallut apprendre à écrire à tous les petits Français histoire de la grammaire scolaire. Payot.
    • Combettes, B. (2016). La « grammaire de phrase » dans les textes officiels depuis le Plan de rénovation. Pratiques, (169 170). https://doi.org/10.4000/pratiques.3082
    • Le Levier, H. et Vassiliadou, H. (2025) La notion de subordination dans les textes institutionnels et les manuels scolaires français de la fin du primaire à la fin du secondaire. D. Van Dan Raemdonck; A. Gautier. Retour sur la grammaire scolaire : discours et progression curriculaire, Peter Lang, pp.161-175.
    • Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse (2020a), Grammaire du français. Terminologie grammaticale. https://eduscol.education.fr/document/1872/download
    • Ministère de l’Éducation nationale (2020b). BOEN spécial n° 1 du 22 janvier 2019 et le JORF du 8 octobre 2020. https://eduscol.education.fr/document/5792/download

    Bérengère MORICHEAU-AIRAUD : « Phrase et mémoire dans les textes d’Annie Ernaux, de Pierre Bergounioux et de Marie-Hélène Lafon »

    Annie Ernaux ouvre son discours de réception du prix Nobel en liant la question du commencement de l’écriture à la nécessité de trouver la phrase, « la seule, qui [lui] permettra d’entrer dans l’écriture du livre15 » – pour elle, « J’écrirai pour venger ma race16 ». La phrase est donnée comme à l’origine de sa mise à l’écriture notamment en raison de son lien à la mémoire : sa race est faite du monde d’où elle est issue. La phrase occupe un rôle essentiel dans le rapport au monde quitté, à sa mémoire. Nous nous proposons de voir la manière dont la phrase participe de la mise au jour de ce passé social dans les œuvres d’Annie Ernaux ainsi que de Pierre Bergounioux et de Marie-Hélène Lafon, toutes travaillées de cette question de la mémoire et de son expression. Appréhender le rôle de la phrase dans ces récits de mémoire implique d’aller voir, dans une approche externe, au sein de journaux intimes, ou d’écriture, L’Atelier noir, Chantiers, Carnets de notes, les emplois du mot « phrase », les exemples donnés, le lien établi avec la mémoire, pour pouvoir, ensuite, observer ces mêmes aspects dans leurs œuvres, principalement Les Années, Les Derniers Indiens, La Toussaint, et ainsi être à même d’analyser la manière dont la syntaxe, les tiroirs verbaux, l’énonciation, a fortiori la représentation de discours, au-delà de formules, de petites phrases17 , « font mémoire », dans et par la phrase.

    Iva NOVAKOVA : « Dans la phrase et au-delà : fonctions et périmètres des motifs phraséologiques dans la littérature contemporaine (à partir des corpus du projet PhraseoRom) »

    Cette conférence abordera la problématique de la phrase au sein de différents sous-genres de la littérature contemporaine dans une perspective phraséologique. Après un bref parcours de la notion de phrase à travers les siècles, elle proposera une réflexion conceptuelle et méthodologique sur les fonctions et les périmètres des motifs phraséologiques (Legallois 2012, Longrée & Mellet 2013, Novakova & Siepmann 2020) au sein de la phrase et au-delà – dans la séquence textuelle. En s’appuyant sur une approche guidée par les données (corpus driven), extraites grâce à la méthode « grenobloise » des Arbres Lexico-syntaxiques Récurrents (ALR), la présentation montrera, à travers l’étude de différents cas et d’exemples issus des corpus du projet ANR DFG en SHS Phraséorom que les motifs phraséologiques peuvent jouer un rôle de a) marqueurs génériques (en comparant des sous genres comme les romans policiers, sentimentaux de littérature générale, etc) b) de marqueurs du style d’un auteur (motifs stylistiques d’auteur), c) de marqueurs textuels spécifiques à un roman d’un auteur. L’étude de cette granularité des motifs permettra d’expliciter le lien entre le micro-niveau (celui des récurrences phraséologiques spécifiques) et le macro-niveau (celui du script narratif ou fictionnel) (Novakova et Siepmann 2020 : 10). Enfin, elle comparera, à travers les motifs phraséologiques, le style des auteurs français vs celui des auteurs anglais du XXe s.

    Pascale ROUX et Ilaria VIDOTTO : « Les IA ont-elles un style ? »

    Depuis que les intelligences artificielles génératives sont perçues, dans le grand public, comme une menace ou, au contraire, un outil miraculeux, on entend régulièrement parler du style de l’IA, décrit tantôt comme aisément reconnaissable, tantôt comme impossible à déceler. Nous souhaitons nous confronter à cette question, en formulant des hypothèses à partir d’un petit corpus généré par différentes IA (deux ou trois), comparé au corpus romanesque PhraseoRom, organisé selon différents genres (fantasy, science-fiction, policier, sentimental, historique, littérature « restreinte ») et dont le Lexicoscope permet la fouille. Le corpus généré par IA sera structuré pour être comparable à celui-ci. Notre poste d’observation sera celui de la phrase ; les observables seront déterminés ultérieurement, selon une démarche corpus driven, mais sans doute parmi les suivants : longueur, ponctuation, structure (simple/complexe, parataxe/hypotaxe, verbale/non verbale), ordre des mots, éléments détachés (catégorie, longueur, place, ponctuation, fonction). Nous nous demanderons si l’on observe des différences entre corpus artificiel et corpus humain, en fonction des genres, mais aussi, peut-être, entre les textes générés par différentes IA. Cette étude exploratoire, sur un très petit corpus, vise moins à produire des résultats qu’à ouvrir des pistes de recherche, à proposer une expérimentation et à problématiser stylistiquement la question.

    Bibliographie indicative

    • CLELAND Alexandra A. and PICKERING Martin J., « The use of lexical and syntactic information in language production: Evidence from the priming of noun-phrase structure », Journal of Memory and Language, 49(2):214–230, 2003.
    • DELAHAIE Fiona et RICHARD, Odile (dir.), L’Intelligence artificielle et les arts, Interfaces numériques, vol. 14, n°1, 2025.
    • FÜLÖP Erika, « Écrire-avec l’intelligence artificielle, ou l’esthéthique de la sympoïèse », Nouveaux cahiers de Marge, 8/2024, en ligne : https://publications-prairial.fr/marge/index.php ?id =956
    • GEFEN Alexandre (dir.), Créativités artificielles : la littérature et l’art à l’heure de l’intelligence artificielle, Les Presses du réel, Dijon, 2023.
    • GEFEN Alexandre, « Ce que l’intelligence artificielle change à l’art ». Nouvelle revue d’esthétique 33(1), 2024, p.5 9, en ligne.
    • HERBOLD Steffen, HAUTLI-JANISZ Annette, HEUER Ute, KIKTEVA Zlata, and TRAUTSCH Alexander, « A large-scale comparison of human-written versus ChatGPT-generated essays. Scientific Reports », Nature, 13(18617):1–11, 2023, en ligne : https://www.nature.com/articles/s41598-023-45644-9.
    • KOBAK Dmitry, MÁRQUEZ RITA González, HORVÁT Emöke-Ágnes, and Lause Jan, « Delving into ChatGPT usage in academic writing through excess vocabulary », arXiv, 2406.07016:1–13, 2024, en ligne : https://arxiv.org/pdf/2406.07016v1.
    • LEBRUN Tom (2020). « Pour une typologie des œuvres générées par intelligence artificielle », Balisages, n. 1, 2020, en ligne : https://publications-prairial.fr/balisages/index.php ?id =304.
    • MASOURA, Athina et RAGEUL, Anthony. (dir.), L’ère numérique du style. Proteus, n°20, 2023.
    • MORCEL Morgan, « De l’Inattribuable dans l’art – Du Droit à l’IA : « Ceci est de toi » », L’ère numérique du style (dir. A. Masoura et A. Rageul), Proteus, n°20, 2023, p.66-78, en ligne.
    • PETITJEAN Anne-Marie, « Que devient la créativité littéraire à l’heure de Chatgpt ? Expérimenter l’intelligence artificielle en Master de création littéraire », Des robots dans la classe, Le Français d’aujourd’hui, 2024/3, n° 226, p. 85-100, en ligne : https://shs.cairn.info/revue-le-francais-aujourd-hui-2024-3-page-85
    • PIGNIER Nicole, « L’énonciation à l’épreuve de l’‘‘I.A.’’. Qu’est-ce qu’énoncer veut dire ? », Interfaces Numériques 2, 2022, en ligne : https://doi.org/10.25965/interfaces-numeriques.4897
    • PIQUE Christophe, « Les technologies numériques au cœur du processus créatif – L’émergence d’un hyperstyle », L’ère numérique du style (dir. A. Masoura et A. Rageul), Proteus, n°20, 2023, p.29-36, en ligne.
    • QUARANTA Jean-Marc, « Intelligence artificielle et création littéraire : expériences et perspectives », L’Intelligence artificielle et les arts (dir. F. Delahaie et O. Richard), Interfaces numériques, vol. 14, n°1, 2025, en ligne.

    Claire Stolz : « La notion de phrase chez des écrivains d’aujourd’hui professeurs de lettres : Annie Ernaux et Marie-Hélène Lafon »

    La notion de phrase est avant tout grammaticale et scolaire dans l’imaginaire linguistique contemporain. C’est pourquoi il est intéressant d’étudier sa conception chez deux écrivaines d’aujourd’hui, Annie Ernaux et Marie-Hélène Lafon, qui ont en commun d’avoir été portées et révélées à elles-mêmes par l’école, d’avoir suivi de brillants cursus universitaires pour devenir professeure certifiée de lettres modernes pour l’une, agrégée de grammaire pour l’autre, et à ce titre passeuses de grammaire. Si les écrivains non enseignants se soucient peut-être moins de la correction grammaticale enseignée à l’école, les écrivains professeurs de lettres sont forcément influencés par la réflexion théorique sur les notions grammaticales et linguistiques qu’ils ont dû mener pour leurs études et pour leur pratique professionnelle. Dans ce cadre, la notion de phrase est liée intimement à la question de la ponctuation, qu’elle soit utilisée, supprimée ou détournée, la marque délimitant et définissant la phrase dans les grammaires scolaires étant le point ou une ponctuation semi-forte. Les deux autres grandes problématiques scolaires sont celle de la complétude syntaxique et celle de la phrase littéraire dont le marquage serait la complexité et, conséquemment, la longueur et le rythme, voire le souffle : de ce point de vue, les écrivains d’aujourd’hui sont amenés à se situer peu ou prou par rapport aux maîtres de la phrase longue, Marcel Proust et Claude Simon, mais aussi par rapport à l’héritage scolaire des classiques, c’est-à-dire des auteurs étudiés en classe, au premier rang desquels, concernant le travail de la phrase, se trouve Flaubert. Après un rapide récapitulatif des contenus des programmes scolaires de la deuxième moitié du XXe siècle et de leurs aménagements au XXIe siècle, nous étudierons donc ce que nous disent Annie Ernaux et Marie-Hélène Lafon de cet héritage et de leur « vision » (terme particulièrement adapté pour Lafon) de la phrase et de son élaboration.

    Pierre-Yves TESTENOIRE : « La phrase au-delà de la grammaire, de Bally à Benveniste en passant par Karcevski »

    Dans l’histoire longue du métalangage grammatical, le terme de phrase est relativement récent. Il ne l’intègre véritablement qu’à la fin du XVIIIe au terme d’un processus de « grammaticalisation » bien décrit (Seguin 1993, Raby 2018). La stabilisation de la phrase autour de deux critères principaux –la complétude sémantique et la structure syntaxique – est facilitée par le développement de la grammaire scolaire qui en fait un cadre opportun d’analyse (Chervel 1977). Or, ce statut double de la phrase comme unité sémantique et unité syntaxique pose des problèmes auxquels la linguistique contemporaine n’a cessé de se heurter. L’effort majoritaire des linguistes du XXe siècle – du distributionnalisme au générativisme – a consisté à définir la phrase sur des critères exclusivement syntaxiques. De façon contemporaine, certains linguistes ont développé une acception non syntaxique de la phrase. C’est à ce courant minoritaire que sera consacrée la conférence. On y examinera la conception de la phrase développée par trois linguistes : Charles Bally (1865-1947), Serge Karcevski (1884-1955) et Émile Benveniste (1902-1976). Les trois savants ont en commun d’appréhender la phrase comme une unité discursive et de mobiliser à son sujet le concept d’actualisation.

    Références

    • Chervel Yves. 1977. Et il fallut apprendre à écrire à tous les petits français. Histoire de la grammaire scolaire, Paris, Payot, Paris.
    • Raby Valérie. 2018. Les théories de l’énoncé dans la grammaire générale, Lyon, ENS Editions
    • Séguin Jean-Pierre. 1993. L’invention de la phrase au XVIIIe siècle : contribution à l’histoire du sentiment linguistique français, Paris, Éditions Peeters.

    Stéphanie Thonnerieux : « Une ‘syntaxe nouvelle’ en poésie : la simplicité selon Reverdy »

    Sur fond de disparition de la ponctuation et d’expérimentations spatiales, les années 1910 voient l’émergence d’un désir de simplification syntaxique en poésie, formulé notamment par Apollinaire et Reverdy.
    Il s’agit donc d’étudier les formes grammaticales de cette simplification/simplicité en prenant appui essentiellement sur l’oeuvre de Pierre Reverdy qui se fonde sur une pratique syntaxique repensée. En effet, sa phrase ne s’établit pas sur des critères graphiques et intègre plutôt la spatialisation comme mode de liaison ou de segmentation des unités, ce qui pose différemment la question des limites externes de la phrase (et de ses rapports avec le vers). Mais c’est sur le plan interne, celui de la structure phrastique, que l’idée de simplicité prend toute sa mesure. Les unités syntaxiques, qui s’étendent du mot à la phrase, sont plutôt brèves : de tendance simple (au sens grammatical) puisque la succession des constituants prend le pas sur leur hiérarchisation, elles sont aussi bien verbales que non verbales, mais c’est bien la part de la prédication non verbale qui retient l’attention chez Reverdy, avec des structures récurrentes : phrases averbales locatives et existentielles, avec un emploi notable de relatives en prédication seconde. Elles apparaissent en outre en continuité avec les phrases à présentatifs, également remarquables, en particulier en il y a et c’est.
    Si ces structures, inégalement présentes en poésie depuis quelques décennies, s’imposent alors, le cas de Reverdy retient l’attention dans la mesure où sa poésie les associe et en intensifie l’usage, mais également parce que ses écrits théoriques en explicitent la valeur : Reverdy cherche à exprimer le mouvement de l’émotion suscitée par l’expérience de la réalité, dans les perceptions et ressentis qu’elle engage, assignant à la poésie un rôle de présentation plus que de représentation de cette réalité dont la phrase elle-même saisit le caractère partiel, instable et évanescent.

    Premiers éléments de bibliographie

    • Isabelle Chol, « Cela fait dess(e)in : Pierre Reverdy, poète typographe et calligraphe », dans Jacques Dürrenmatt (dir.), Typographie / Calligraphie, L’Improviste, 2009, p. 191-208.
    • Michel Favriaud, « Les problèmes de ponctuation générale soulevés par la poésie contemporaine », Pratiques, n° 179-180, 2018.
    • Gallet Olivier, « La présentation poétique », Littérature, n° 183, 2016, p. 23-39.
    • Laurent Nicolas, « Les prédications en c’est : une approche systématique », L’Information grammaticale, n° 158, 2018, p. 19-29.
    • Le Goffic Pierre, Grammaire de la phrase française, Paris, Hachette, 1993.
    • Lefeuvre Florence, La Phrase averbale en français, Paris, L’Harmattan, 1999.
    • Monte Michèle, « Noms en emploi prédicatif et nexus dans la poésie de Pierre Reverdy », Verbum, t. XXXVI (2), 2014, p. 421-433.

    Hoai Anh TRAN, « La phrase entre norme française et réalités socioculturelles rwandaises : tension linguistique et médiation postcoloniale dans Jacaranda de Gaël Faye »

    Publié en 2024, Jacaranda de Gaël Faye prolonge la réflexion sur la mémoire et la langue ouverte dans Petit Pays (2016). Le roman met en scène la cohabitation du français, langue héritée de la colonisation belge, et du kinyarwanda, langue de la mémoire collective, à travers deux voix féminines : Venancia, institutrice attachée à la norme, et Stella, jeune femme en quête d’une parole réconciliée. Cette étude analyse la phrase comme lieu de tension entre norme linguistique française et réalités socioculturelles rwandaises, mais aussi comme espace de médiation postcoloniale.
    Mobilisant la sociolinguistique critique (Bourdieu, 1982 ; Balibar, 1985), la stylistique francophone (Philippe, 2021 ; Jollin-Bertocchi, 2006) et la pensée postcoloniale (Fanon, 1952 ; Ngũgĩ wa Thiong’o, 1986), la recherche montre que la syntaxe devient outil d’affirmation identitaire. Chez Venancia, la phrase normative symbolise la soumission grammaticale ; chez Stella, la désobéissance syntaxique fait émerger une langue plurielle et réparatrice.
    Ainsi, Jacaranda illustre une « décolonisation de la syntaxe » où le français, loin de se figer, s’ouvre à l’altérité. La phrase, transformée en lieu de mémoire et de résistance, devient instrument de réconciliation linguistique et culturelle.

    Bibliographie

    • Balibar, R. (1985). « L’institution du français : Essai sur le colinguisme des Carolingiens à la République ». Paris : Presses Universitaires de France.
    • Bourdieu, P. (1982). « Ce que parler veut dire : L’économie des échanges linguistiques ». Paris : Fayard.
    • Fanon, F. (1952). « Peau noire, masques blancs ». Paris : Seuil.
    • Jollin-Bertocchi, S. (2006). « Stylistique et francophonie : hybridité linguistique et créativité textuelle ». Paris : L’Harmattan.
    • Ngũgĩ wa Thiong’o. (1986). « Decolonising the Mind: The Politics of Language in African Literature ». Londres : Heinemann.
    • Philippe, G. (2021). « La langue littéraire : Une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert à Claude Simon ». Paris : Seuil.
    • Seguin, J.-P. (1993). « La langue française et la République ». Paris : CNRS Éditions.
    • Faye, G. (2024). « Jacaranda ». Paris : Grasset.
    • Faye, G. (2016). « Petit Pays ». Paris : Grasset.
    • Mukasonga, S. (2012). « Notre-Dame du Nil ». Paris : Gallimard.
    • Kourouma, A. (2000). « Allah n’est pas obligé ». Paris : Seuil.
    • Calvet, L.-J. (1974). « Linguistique et colonialisme : petit traité de glottophagie ». Paris : Payot.
    • Chardenet, P. (2007). La francophonie et ses normes : enjeux politiques et linguistiques.
    • « Revue française de linguistique appliquée », 12(2), 95–108.
    • Halen, P. (2015). Francophonie, langue et postcolonialité. « Itinéraires », (2015-2).

    Sandrine Vaudrey-Luigi : « Dire le temps, dire le monde : la phrase kerangalienne »

    Longue, très longue, la phrase kerangalienne semble paradoxalement relever d’une forme de fluidité, de mouvements internes de relance qui en assurent la cohésion au niveau local et pérennisent plus globalement sa lisibilité. Véritable signature stylistique, la phrase informe – au sens étymologique du terme – le temps et l’espace et devient le lieu même de l’expérience phénoménologique. De ce fait, si l’analyse de la phrase kerangalienne relève d’observatoires langagiers conventionnels, avec l’ordre des mots, notamment la postposition du sujet, le jeu sur les inserts, les segments en position détachée, le travail sur la ponctuation avec une place de choix accordée au point-virgule, la prégnance de la parataxe ou encore parfois la présence de constituants hétérogènes, ces derniers fondent leur unité dans un ancrage descriptif incarnant la manifestation du réel.

    Bibliographie indicative

    • Bikialo Stéphane & Rault Julien dir., Imaginaires de la ponctuation dans le discours littéraire (fin XIXe – début XXIe siècle), Littératures, n°72, 2015
    • Bonazzi Mathilde, Narjoux Cécile & Serça Isabelle dir., La langue de Maylis de Kerangal, Éditions universitaires de Dijon, 2017
    • Fontvieille-Cordani Agnès & Thonnerieux Stéphanie dir., L’ordre des mots à la lecture des textes, Presses Universitaires de Lyon, 2009.
    • Fuchs Catherine, « La postposition du sujet nominal : paramètres linguistiques et effets stylistiques », Fontvieille-Cordani Agnès & Thonnerieux Stéphanie dir., L’ordre des mots à la lecture des textes, Presses Universitaires de Lyon, 2009, p. 27-44.
      —« Locatif spatial initial et position du sujet nominal : pour une approche topologique de la construction de l’énoncé », Lingvisticæ Investigationes, Volume 29, 2006, p. 61-74.
    • Jeandillou Jean-François & Magné Bernard dir., L’ordre des mots, Semen, n°19, 2005.
    • Legallois Dominique, François Jacques, « Définition et illustration de la notion d’expressivité en linguistique », Relations, Connexions, Dépendances. Hommage au Professeur Claude Guimier, Le Querler Nicole, Neveu Franck & Roussel Emmanuelle, dir., collection « Rivages linguistiques », Presses Universitaires de Rennes, 2012, p. 197-22.
    • Neveu Franck, « Quelle syntaxe pour l’apposition ? Les types d’appariement des appositions frontales et la continuité », Langue française, « Nouvelles recherches sur l’apposition », n°125, 2000, p. 106-124.
    • Serça isabelle, « “La ponctuation est l’anatomie du langage” Maylis de Kerangal », Bikialo Stéphane & Rault Julien, Imaginaires de la ponctuation dans le discours littéraire (fin XIXe – début XXIe siècle), Littératures, n°72, 2015.
      —, « Le sentiment de la phrase : Langue, style, littérature au XXIe siècle : Millet, Kerangal, Michon, Goux, Laurichesse, Mingarelli, Ernaux », Géographie sensible, Littératures, n°89, 2024.

    Marie-Albane WATINE : « La phrase littéraire comme exercice procédural : que peut apporter la psycholinguistique à une description de la phrase contemporaine ? »

    De nombreux écrivains contemporains évoquent le rapport de leur phrase au temps, de Claude Simon qui dit chercher une phrase qui exprime la simultanéité des perceptions à Maylis de Kerangal qui dit prendre en compte avant tout la vitesse de la phrase, et travailler à la ralentir ou l’accélérer (Gautier et Watine 2020, Vaudrey-Luigi 2023). Loin de la spatialisation qu’implique l’analyse syntaxique (Le Goffic et Fuchs 2011) ou plus largement structurale (Baroni 2007), cet imaginaire de la phrase (Wulf à paraître) appelle à des modèles d’analyse propres à intégrer la dimension temporelle de l’acte de lecture – on pense notamment à l’article programmatique de Laurent Jenny de 1991, qui décrit la phrase comme un champ formel tendu entre mémorisation et anticipation, « où se jouent les apories de la temporalité humaine » – mais l’article n’aura pas de suite applicative, faute d’outils théoriques adaptés à une telle description.
    Aujourd’hui, outre les modèles de la macrosyntaxe qui se penchent sur des questions de projection et d’attente (Béguelin et Corminboeuf), c’est l’apport récent des sciences cognitives, et en particulier de la psycholinguistique de la lecture (Gibson 2000, Ferreira & Qiu 2021, Futrell et al. 2021) qui nous semble propre à fournir, au prix de certaines adaptations, les outils descriptifs appropriés pour une description de la phrase en tant qu’elle est aussi exercice procédural, se déroulant séquentiellement dans le temps (Gautier et Watine 2021). Ces approches, en modélisant les phénomènes de prédiction et de mémorisation, permettent de décrire autrement la phrase longue, et notamment de distinguer différents types de complexité, qui engagent à leur tour la définition de types d’unités de lecture, non congruentes avec celles de la syntaxe.
    Nous nous proposons de montrer comment, dans deux textes contemporains dont on soulignera les proximités et les différences en termes d’imaginaire de la phrase (Le Tramway de Claude Simon et Rosie Carpe de Marie NDiaye), ces unités de lecture définies par la prévision et la mémorisation peuvent participer aux phénomènes de représentation du temps, mais aussi accompagner différents types de texte (description, narration…) et instruire différents types de représentations cognitives.

    Bibliographie

    • Baroni, Raphaël (2007), La Tension narrative, Paris, Seuil, coll. « Poétique », 2007.
    • Béguelin Marie-José, Corminboeuf Gilles (2016), « Phénomènes d’attente et de projection : Présentation », Langue française n° 192, p. 5-14.
    • Ferreira, Fernanda, & Qiu, Zhuang (2021), “Predicting syntactic structure”, Brain Research, 1770.
    • Richard Futrell, Roger P. Levy, Edward Gibson (2020), “Dependency locality as an explanatory principle for word order”, Language, Volume 96-2, pp. 371-412.
    • Gautier Antoine et Watine Marie-Albane (2020), « Entre pratiques standardisée et innovations : XX et XXIe siècles », G. Siouffi (dir.), Une histoire de la phrase française. Des Serments de Strasbourg aux écritures numériques, Paris, Actes Sud.
    • Gautier Antoine et Watine Marie-Albane (2021), « Une approche psycholinguistique des figures de construction : Présentation », L’information grammaticale, 169, pp.3-13.
    • Jenny, Laurent (1989), « La phrase et l’expérience du temps », Poétique n°79, p. 277-286.
    • Le Goffic Pierre, Fuchs Catherine (2011), « L’hyperbate est-elle toujours à droite ? » in A-M. Paillet & C. Stolz, L’hyperbate aux frontières de la phrase, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, p. 89-102.
    • Vaudrey-Luigi Sandrine (2023), « Ordre des mots et expérimentations linguistiques dans la prose de Maylis de Kerangal », intervention au laboratoire BCL (UMR 7320), Université Côte d’Azur/CNRS, 22 juin 2023.
    • Wulf, Judith (à paraitre), Style et imaginaires de la langue, Actes du 5e colloque de l’AIS, Université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis, 2022.

    Ilias YOCARIS : « Une restructuration de la phrase traditionnelle : style et syntaxe dans l’œuvre de Claude Simon »

    À rebours des stéréotypes véhiculés par une critique journalistique tapageusement rétrograde (cf. p. ex. Rinaldi 1985), encore assez répandus de nos jours, la syntaxe simonienne ne vise pas à détruire ou à défigurer la phrase traditionnelle : si elle a une dimension manifestement très transgressive, du fait que Simon entend se démarquer des formes narratives et phrastiques « classiques », il s’agit en fait non pas de déstructurer mais de restructurer celles-ci, afin de faire découvrir au lecteur « un ordre jusque-là inouï » (Zemmour 2008 : 340) essentiellement axé sur l’indétermination sous toutes ses formes. En effet, les dispositifs syntaxiques extrêmement sophistiqués mis en place dans les romans simoniens visent à créer (cf. Yocaris 2008) une somme d’objets verbaux non réductibles à une segmentation du type cartésien en représentations « claires et distinctes » : ceux-ci sont homomorphes aux constituants de base d’un monde dépourvu de toute transcendance, intégralement gouverné par le hasard et caractérisé à ce titre par une incertitude ontologique et épistémique intrinsèque (cf. p. ex. Yocaris 2006 : 217-219). Dès lors, sans disparaître tout à fait, la « phrase » traditionnelle se voit supplantée par des dispositifs articulés autour de « clauses » et de « périodes » berrendonneriennes (cf. Berrendonner & Reichler-Béguelin 1989, Berrendonner 1990, 2002), au sein desquels elle devient un cas limite. La complexe interpénétration d’une syntaxe (plus ou moins) classique et d’une syntaxe clausale/périodique engendre comme nous allons le montrer quatre traits fonctionnels majeurs :

    • (i) Hybridation et articulation transgressive (emploi déviant des connecteurs syntaxiques, connexions syntaxiques adventives, variabilité de la règle grammaticale).
    • (ii) Décentrement et dé-hiérarchisation (effacement ponctuel des verbes conjugués et des marqueurs d’embrayage, autonomisation d’éléments syntaxiquement régis, transformation de certains subordonnants en connecteurs d’énoncés autonomes).
    • (iii) Dépassement de la linéarité discursive (syntagmatisation du paradigmatique, réticulations clausales, décliticisations, constructions louches).
    • (iv) Ambiguïté (segmentations floues, hiérarchisations syntaxiques réversibles, emploi ambigu des formes en -ANT, anamorphoses syntaxico-énonciatives).

    Références bibliographiques

    • Badiou-Monferran, Claire (2020) : « Complexité syntaxique : les deux régimes, classique et moderne, du diasystème simonien », in Watine, Yocaris & Zemmour dirs 2020 : 295-307.
    • Berrendonner, Alain & Reichler-Béguelin, Marie-José (1989) : « Décalages : les niveaux de l’analyse linguistique », Langue française, 81, p. 99-125.
    • Berrendonner, Alain (1990) : « Pour une macro-syntaxe », Travaux de linguistique, 21, p. 25-36.
      ― (2002) : « Les deux syntaxes », Verbum, 24 (1-2), p. 23-36.
    • Berthomieu, Gérard (1997-1998) : Cours d’agrégation sur La Route des Flandres, inédit.
    • Blanche-Benveniste, Claire & Jeanjean, Colette (1987) : Le Français parlé : transcription et édition, Paris, Didier, coll. « Publications du trésor général des langues et parlers français ».
    • Caglioti, Giuseppe (1995) : « Perception of Ambiguous Figures : a Qualitative Model Based on Synergetics and Quantum Mechanics », in Kruse & Stadler dirs. 1995 : 463-478.
    • Deleuze, Gilles (1968) : Différence et répétition, Paris, PUF, coll. « Épiméthée ».
    • Deleuze, Gilles (1969) : Logique du sens, Paris, Minuit, coll. « Critique ».
    • Deleuze, Gilles & Guattari, Félix (1980) : Mille plateaux, Paris, Minuit, coll. « Critique ».
    • Evans, Michael (1988) : Claude Simon and the Transgressions of Modern Art, New York, St. Martin’s Press.
    • Grize, Jean-Blaise (1996) : Logique naturelle et communications, Paris, PUF, coll. « Psychologie sociale ».
    • Grize, Jean-Blaise (1997) : Logique et langage, Paris/Gap, Ophrys, coll. « L’homme dans la langue ».
    • Kruse, Peter & Stadler, Michael (1995) : « The Function of Meaning in Cognitive Order Formation », in Kruse & Stadler dirs 1995 : 5-22.
    • Kruse, Peter & Stadler, Michael dirs (1995) : Ambiguity in Mind and Nature : Multistable Cognitive Phenomena, Berlin/New York, Springer, coll. « Springer Series in Syngergetics ».
    • Labov, William (1976) : Sociolinguistique, trad. de l’américain par Alain Kihm, Paris, Minuit, coll. « Le Sens commun ».
    • Lanceraux, Dominique (1973) : « Modalités de la narration dans La Route des Flandres », Poétique, 14, p. 235-249.
    • Meizoz, Jérôme (2001) : L’Âge du roman parlant (1919-1939) : écrivains, critiques, linguistes et pédagogues en débat, Genève, Droz.
    • Neveu, Franck (1998) : « Macrosyntaxe. Le problème des niveaux de l’analyse syntaxique dans La Route des Flandres », L’Information grammaticale, 76, p. 38-41.
    • Philippe, Gilles (2009) : « La langue littéraire, le phénomène et la pensée », in Gilles Philippe & Julien Piat dirs, La Langue littéraire. Une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert à Claude Simon, Paris, Fayard, p. 91-119.
    • Rannoux, Catherine (1997) : L’Écriture du labyrinthe : Claude Simon, La Route des Flandres, Orléans, Paradigme, coll. « Références ».
    • Ricardou, Jean & van Rossum-Guyon, Françoise dirs (1972) : Nouveau Roman : hier, aujourd’hui, t. II, Pratiques, Paris, Union Générale d’Éditeurs, coll. « 10/18 ».
    • Rinaldi, Angelo (1985) : « L’affaire Claude Simon », L’Express, 25-31 octobre 1985, p. 148-149.
    • Rouayrenc, Catherine (1999) : « La Route des Flandres de Claude Simon : voyage au bout (et au-delà) de la parenthèse », Champs du signe, 9, p. 293-307.
    • Simon, Claude (1957) : « Claude Simon. Instantané », entretien avec Gérard d’Aubarède, Les Nouvelles Littéraires, 1567, 7 novembre 1957, p. 7.
      • (1960a) : « Avec « La Route des Flandres » Claude Simon affirme sa manière », entretien avec Claude Sarraute, Le Monde, 8 octobre 1960, p. 9.
      • (1960b) : « Entretien avec Claude Simon », entretien avec Madeleine Chapsal, L’Express, 491, 10 novembre 1960, p. 30-31.
      • (1962) : « Entretien. Claude Simon parle », entretien avec Madeleine Chapsal, L’Express, 564, 5 avril 1962, p. 32-33.
      • (1972) : « La fiction mot à mot », in Ricardou & van Rossum-Guyon dirs 1972 : 73-97 (suivi d’une discussion, p. 99-116).
      • (1977) : « Un homme traversé par le travail », entretien avec Alain Poirson et Jean-Paul Goux, La Nouvelle Critique, 105, p. 32-44.
      • (1979) : « Entretien avec Jo Van Apeldoorn et Charles Grivel, 17 avril 1979, de Claude Simon », in Charles Grivel dir., Écriture de la religion : écriture du roman. Textes réunis par Charles Grivel. Mélanges d’histoire de la littérature et de critique offerts à Joseph Tans, Groningen/Lille, Centre Culturel Français de Groningen/Presses Universitaires de Lille, p. 87-107.
      • (1986) : « Claude Simon », in Lois Oppenheim dir., Three Decades of the French New Novel, Urbana, University of Illinois Press, p. 71-86.
      • (2006) : Œuvres, tome I, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade ».
      • (2012) : « L’absente de tous bouquets » [conférence inédite de 1982], in Quatre conférences, Paris, Minuit, p. 39-71.
      • (2013) : Œuvres, tome II, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade ».
    • Vallespir, Mathilde (2020) : « Complexité perceptive chez Claude Simon : instabilité référentielle et multistabilité dans La Chevelure de Bérénice », in Watine, Yocaris & Zemmour dirs 2020 : 112-131.
    • Vaudrey-Luigi, Sandrine (2020) : « Complexité et belle langue dans L’Herbe de Claude Simon », in Watine, Yocaris & Zemmour dirs 2020 : 309-321.
    • Watine, Marie-Albane (2014) : « Prévisibilité phrastique et style parlé chez Céline », in Laure Himy, Jean-François Castille & Laurence Bougault dirs, Le Style découpeur de réel. Faits de langue, effets de style, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, p. 303-313.
    • Watine, Marie-Albane, Yocaris, Ilias & Zemmour, David dirs (2020) : Claude Simon, une expérience de la complexité, Paris, Classiques Garnier, coll. « Rencontres ».
    • Yocaris, Ilias (2002) : L’Impossible totalité. Une étude de la complexité dans l’œuvre de Claude Simon, Toronto, Paratexte.
      • (2006) : « Une poétique de l’indétermination : style et syntaxe dans La Route des Flandres », Poétique, 146, p. 217-235.
      • (2008) : « Style et référence : le concept goodmanien d’exemplification », Poétique, 154, p. 225-248.
      • (2016) : Style et semiosis littéraire, Paris, Garnier, coll. « Investigations stylistiques ».
      • (2021) : « L’impact des figures de construction phrastiques dans La Route des Flandres », in Marie-Albane Watine & Antoine Gautier dirs, Psycholinguistique et figures de construction, L’Information grammaticale, 169, p. 30-38.
      • (2024) : « Le raidillon aux aubépines : multistabilité et objets contextuels dans La Bataille de Pharsale », in Jean-Yves Laurichesse dir., Claude Simon 9. Le Rire de Claude Simon, Paris, Classiques Garnier, coll. « La Revue des Lettres Modernes », p. 175-237.
    • Yocaris, Ilias & Zemmour, David (2010) : « Vers une écriture rhizomatique : style et syntaxe dans La Bataille de Pharsale », Semiotica, 181, p. 283-312.
      • (2013) : « Qu’est-ce qu’une fiction cubiste ? La « construction textuelle du point de vue » dans L’Herbe et La Route des Flandres », Semiotica, 195, p. 1-44.
    • Zemmour, David (1998) : « Le participe présent dans La Route des Flandres : écriture du souvenir et quête de l’instant », L’Information Grammaticale, 76, p. 42-45.
      • (2008) : Une syntaxe du sensible : Claude Simon et l’écriture de la perception, Paris, Presses Universitaires de Paris-Sorbonne, coll. « Travaux de stylistique et de linguistique françaises / Bibliothèque des styles ».
    1. Louise Chennevière, Pour Britney, P.O.L., 2024, p. 33. ↩︎
    2. Clémence Rose a plus particulièrement travaillé sur Pour Britney et Stéphane Chaudier sur Mausolée (le second roman de Louise Chennevière, paru en 2021). Dans les podcasts de la librairie « Ombres Blanches » (Toulouse) Louise Chennevière analyse l’évolution de sa pratique ; selon elle, la ponctuation de Comme la chienne serait plus assertive à cause des deux points ; dans Pour Britney, les virgules traduisent le rythme et la fragilité de la pensée ; l’autrice ferait ainsi ressentir la peur et le désir de ne pas perdre le fil de ses idées. ↩︎
    3. Caecilia Ternisien, « Approche de la phrase de Mandiargues dans “Mil neuf cent trente-trois” », Poétique, n° 172, novembre 2012, Seuil, p. 457. ↩︎
    4. Voir Marie-Albane Watine, « De la sous-programmation à la multi-programmation. Deux modèles de la phrase gionienne », dans Jean Giono. Une poétique de la figuration, Gérard Berthomieu et Sophie Milcent-Lawson (dir.), Classiques Garnier, 2020, p. 295. ↩︎
    5. Voir Gilles Philippe, Sujet, verbe, complément. Le moment grammatical de la littérature française 1890-1940, Gallimard, 2002, p. 10 ↩︎
    6. Hélène Cixous, « Le rire de la Méduse », L’Arc, no 61, 1975, pp. 39-54. ↩︎
    7. Monique Wittig, La pensée straight, Nouvelles Questions Féministes & Questions Féministes, t. 7, février 1980. ↩︎
    8. A. Turbiau, A. Lachkar, C. Islert, M. Berthier, A. Antolin, Écrire à l’encre violette, Littératures lesbiennes en France de 1900 à nos jours, Paris, Le Cavalier bleu, 2025. ↩︎
    9. (dir) Gilles Siouffi Histoire de la phrase française,  Arles, Actes Sud, 2020 , p.297 ↩︎
    10. Olivier Belin, René Char et le surréalisme, Paris, Classique Garnier,  2011 ↩︎
    11. (dir) Gilles Siouffi Histoire de la phrase française, p.294 ↩︎
    12. Leclair, Danièle, Là où brûle la poésie, Lonrai, Aden « Le cercle des poètes disparus », 2007, p.255. ↩︎
    13. France Huser, Les rendez-vous de l’Isle-sur-la-Sorgue, Paris, arléa, 2026 p.57–58. ↩︎
    14. Maurice Blanchot, L’Entretien infini, Paris, Gallimard, 1969, p. 453. ↩︎
    15. « Par où commencer ? Cette question, je me la suis posée des dizaines de fois devant la page blanche. Comme s’il me fallait trouver la phrase, la seule, qui me permettra d’entrer dans l’écriture du livre et lèvera d’un seul coup tous les doutes. […] Cette phrase, je n’ai pas besoin de la chercher loin. […] Elle a été écrite il y a soixante ans dans mon journal intime. J’écrirai pour venger ma race. Elle faisait écho au cri de Rimbaud : “Je suis de race inférieure de toute éternité.” », Annie Ernaux, « Conférence Nobel », NobelPrize.org, URL : https://www.nobelprize.org/prizes/literature/2022/ernaux/201000-nobel-lecture-french/ [consulté le 1er décembre 2025] ↩︎
    16. « Quand j’ai commencé de vouloir écrire, à vingt ans, j’espérais, certes, comme on dit ”faire œuvre d’art” […], mais ce n’est pas ce que j’ai noté spontanément, naïvement – c’est-à-dire naturellement – sur une page de cahier. C’est : “J’écrirai pour venger ma race” (la substitution de “race” à “classe” n’étant pas un hasard, une étourderie). », Annie Ernaux, « Littérature et politique », dans Écrire la vie, Paris, « Quarto », [1re éd. 1989] 2008, p. 549-551, p. 550. ↩︎
    17. Benoît Monginot, « Nous n’avons que des formules et elles ne sont pas à nous : devenir (des) formules dans Les Années d’Annie Ernaux », dans Fabula-LhT, n° 30, « La Littérature en formules », dir. Olivier Belin, Anne-Claire Bello et Luciana Radut-Gaghi, 2023. DOI : https://doi.org/10.58282/lht.3823. [consulté le 1er décembre 2025] ↩︎
  • La phrase dans l’écrit littéraire et la médiation des savoirs linguistiques – Appel à communications 

    Colloque international

    « LA PHRASE DANS L’ÉCRIT LITTÉRAIRE ET LA MÉDIATION DES SAVOIRS LINGUISTIQUES »

    28 et 29 mai 2026

    Centre d’Histoire Culturelle des Sociétés Contemporaines (CHCSC EA2448)

    Université Paris-Saclay (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines)
    5 Bd d’Alembert
    78280 Guyancourt

    6e colloque de l’Association Internationale de Stylistique (A.I.S.)

    Porteuse du projet : Sophie Jollin-Bertocchi

    APPEL À COMMUNICATIONS

    Dans le cadre du rapprochement des savoirs scientifiques et des études littéraires qui se développe depuis quelques années, se pose la question du rôle de la littérature dans la création, la diffusion et l’appropriation des connaissances linguistiques. Ce colloque entend se centrer sur un poste d’analyse aussi sensible dans le champ des sciences du langage que dans celui des études littéraires, la phrase.

    Au XVIIe siècle, le mot phrase est peu employé et signifie « expression », « locution », « tour de phrase ». Sur le terrain grammatical, il est en concurrence avec la proposition logique de Port-Royal et la période rhétorique – et il le restera jusqu’au XXe siècle. Le discours scolaire a joué un rôle important dans l’acclimatation d’une nouvelle idée de la phrase : celle-ci n’est plus seulement un assemblage de mots mais une unité cohérente du discours ; elle devient confusément une unité prédicative. La phrase se situe au carrefour de la grammaire, de la logique et de l’esthétique – notamment littéraire –, ce qui fait d’elle l’objet d’un dialogue interdisciplinaire entre sciences du langage (syntaxe, linguistique textuelle, stylistique), histoire des idées linguistiques et études littéraires.

    Jean-Pierre Seguin (1993) a retracé la naissance de la notion de phrase française moderne au XVIIIe siècle. À partir du discours des grammairiens de cette époque, Seguin a suivi la gestation de la notion et montré comment s’est opéré son passage progressif du lexique à la grammaire, de l’oral à l’écrit, et de l’objet empirique relevant d’une évidence commune au modèle de production syntaxique. C’est Domergue qui a dissipé les hésitations terminologiques et signé l’acte de naissance de la phrase française conçue comme un ensemble hiérarchisé de propositions, comportant un sujet et un verbe, constituant une unité de sens close par la ponctuation à l’écrit, et une unité d’intonation à l’oral Ce trajet aboutit à une triple institutionnalisation de la phrase, conçue comme métonyme de la langue : mythique, scolaire et terminologique.

    Le XIXe siècle, à travers la grammaire scolaire, a poursuivi la grammaticalisation de la phrase dans sa double dimension morpho-syntaxique (nature et fonction) avant que la linguistique moderne, au XXe siècle, ne s’attache à la théoriser dans le domaine de la syntaxe. L’effervescence théorique autour de la phrase, dans l’espace francophone, de Meillet à Le Goffic, en passant par Tesnière, et dans l’espace anglophone, de Harris à Chomsky, s’est efforcée de modéliser la diversité des phrases. À partir des années 1970, la notion a pu être rejetée en raison des apories de sa définition linguistique, mises en évidence par les travaux sur l’oral (Blanche-Benveniste notamment en France), au profit d’une vision macrosyntaxique (Berrendonner) qui a développé les notions de « clause » et de « période » (au sens linguistique moderne).

    Notion à la fois savante, dont le contenu n’est pas stabilisé, et profane –  tout le monde en a plus ou moins une idée grâce à l’enseignement scolaire –, la phrase reste aujourd’hui au cœur de l’enseignement de la grammaire française, comme du style littéraire (Molinié 1986). Elle est centrale dans la médiation des savoirs lexicaux, grammaticaux et littéraires à l’École : depuis le XIXe siècle et l’instauration de l’enseignement public, on n’a cessé de travailler sur la pédagogie de la phrase comme unité syntaxique maximale et unité typographique, forme privilégiée de l’exemplification. Les exemples qui illustrent les manuels de langue et de littérature ont largement puisé dans les corpus littéraires, lesquels ont été institués comme lieux de médiation des savoirs grammaticaux.

    Les écrivains français se sont quelquefois exprimés dans des écrits théoriques ou personnels (Flaubert en est un exemple célèbre), ou dans des entretiens (notamment certains écrivains contemporains, comme Pierre Michon ou Maylis de Kerangal), sur leur vision, leur conception, leur imaginaire de la phrase[1]. La phrase singulière des écrivains a fait l’objet d’une série de monographies, dont on peut citer en exemples, parmi d’autres, les études de Milly sur Proust (1975), de Veyrenc sur Gide (1976), de Piat (2011) sur le Nouveau Roman, ou de Zemmour (2008) sur Simon. Mais à ce jour un seul colloque a été dédié à cette question (Bourkhis et Benjelloun 2008). L’approche génétique du style par ailleurs peut être révélatrice de la sensibilité à la phrase, ce qui est particulièrement frappant chez un écrivain comme Flaubert qui arrête, au moment de l’édition, une phrase à laquelle le manuscrit et ses ratures donnaient des dynamiques très différentes. Dans la mesure où la phrase est une représentation langagière à la fois culturelle et singulière, les formes du texte littéraire sont un vecteur majeur des modèles syntaxiques collectifs (Balibar 1974, Jollin-Bertocchi 2021), par exemple celui de la « belle langue ». Depuis quelques décennies, une histoire des sensibilités stylistiques collectives a commencé à s’écrire (Philippe 2002 ; Philippe & Piat 2009) en prenant appui sur l’approche auteuriste pour la décloisonner, la mettre en perspective et l’historiciser. Ainsi l’opposition entre la phrase simple et la phrase complexe, qui est l’un des piliers de l’enseignement de la grammaire, est-elle apparue tout aussi structurante dans l’approche littéraire.

    Ces éléments soulèvent quelques questions :      

    D’un point de vue épistémologique, comment appréhender la réflexivité de l’enquête ? Dans quelle mesure est-il possible de mettre en évidence la circulation des savoirs grammaticaux et des théories linguistiques à travers les œuvres littéraires, dès lors que ces savoirs portent sur le matériau verbal même du corpus ? Cela présuppose de postuler une porosité entre les deux (voire trois) domaines, la grammaire, la linguistique et la littérature. Comment évaluer l’effet des configurations socio-culturelles sur la médiation des savoirs linguistiques par la littérature ?

    En matière de savoirs sur la phrase, y a-t-il rupture ou continuité entre les représentations de la phrase par les grammairiens et les linguistes, et l’image qu’en dessinent les écrivains à partir de leur usage singulier ? Les usages littéraires de la phrase sont-ils eux-mêmes cohérents avec les représentations théoriques formulées par les écrivains ? Comment les savoirs grammaticaux sont-ils ancrés dans la pratique scripturale ?

    Telles sont les questions qui serviront d’axe problématique au sixième colloque de l’AIS qui, après Rennes en 2008 (« Stylistiques ? »), Caen en 2011 (« Le style, découpeur de réel »), Lyon en 2015 (« Méthodes stylistiques. Unités et paliers de pertinence textuelle »), Aix-en-Provence en 2018 (« Poétique des énoncés inconvenants et paradoxaux ») et Paris 8 Vincennes – Saint-Denis en 2022 (« Style et imaginaires de la langue »), se tiendra à l’Université Paris-Saclay (Université de Versailles St-Quentin-en-Yvelines) les 28 et 29 mai 2026.

    AXES D’ÉTUDE

    Ces questions pourront être abordées à la fois comme support théorique et comme terrain d’expérimentation pratique, selon différentes perspectives. Les communications porteront sur des corpus français et francophones, ou dans d’autres langues, et s’inscriront dans les disciplines mobilisables pour l’étude des patrons syntaxiques : stylistique d’auteur, stylistique génétique, stylistique historique, syntaxe, linguistique textuelle, critique littéraire, histoire culturelle, histoire des idées linguistiques, analyse du discours, approches comparatives interlinguistiques… Elles pourront aborder l’un ou l’autre des axes suivants :

    1. 1. Les prises de position dans le débat scientifique : les mentions explicites ou les traces, les échos des théories et des savoirs linguistiques dans les textes (voir par exemple Queneau et Aragon) ; la manière dont l’exercice de la phrase répond ou non aux théories syntaxiques.
    2. 2. Phrase et enseignement scolaire : les corpus d’exemples littéraires dans les grammaires ; la place de l’étude de la phrase dans les manuels de stylistique ; le rôle de l’école dans la formation des écrivains, la manière dont ceux-ci ont intégré ou rejeté les modèles phrastiques dans leur pratique d’écriture.
    3. 3. L’approche externe des représentations de la phrase par les écrivains : les conceptions théoriques et les représentations subjectives de la phrase littéraire telles qu’elles sont exprimées dans leurs écrits théoriques, critiques ou personnels (journaux, correspondances, entretiens) ; en particulier les comparaisons et les métaphores à travers lesquelles elles se manifestent, à rapprocher des métaphores mobilisées dans le discours scientifique.
    4. 4. L’approche interne des représentations de la phrase, dans les œuvres : les patrons syntaxiques (tradition vs innovation) de la langue littéraire singulière (d’un auteur) ou collective (d’un genre, d’une époque, d’un courant littéraire), et leur circulation entre les œuvres et les périodes. Quelques pistes en particulier, parmi d’autres possibles, sont à explorer :
      • Certains textes accordent-ils un traitement particulier à la phrase dans sa matérialité typographique ?
      • La phraséologie : cooccurrences et collocations du mot phrase.La petite phrase, type d’expression très en vogue à l’époque contemporaine, dont la naissance a partie liée avec le slogan à l’époque de la Révolution française, puis avec la phrase simplifiée pour les besoins de l’enseignement, constitue un phénomène culturel au XIXe siècle, représenté dans la littérature, qui reste à documenter.
      • De quelle manière l’évolution technologique, et en particulier le développement des nouvelles technologies numériques, influence-t-il le format et la structure de la phrase (Siouffi 2020) dans l’écrit littéraire contemporain[2] ?

    MODALITÉS ET CALENDRIER DE SOUMISSION DES PROPOSITIONS DE COMMUNICATIONS

    Envoi des propositions en français : Résumé de 1500 signes espaces compris, incluant des références bibliographiques, aux adresses suivantes :

    Date limite pour la soumission des propositions : 1er décembre 2025.

    Communication des résultats : 15 janvier 2026.

    Comité scientifique : Pauline Bruley (Université d’Angers), Sophie Bertocchi-Jollin (Université Paris-Saclay, UVSQ), Florence Lefeuvre (Université Sorbonne Nouvelle), Jérôme Hennebert (Université de Lille), Joël July (Aix-Marseille Université), Annie Kuyumcuyan (Université de Strasbourg), Sophie Lawson (Université de Lorraine, Nancy), Michèle Monte (Université de Toulon), Bérengère Moricheau-Airaud (Université de Pau), Élise Pavy-Guilbert (Université Bordeaux-Montaigne), Gilles Philippe (Université de Lausanne), Pascale Roux (Université Lumière Lyon 2) Gilles Siouffi (Sorbonne Université), Pierre-Yves Testenoire (Sorbonne Université), Laélia Véron (Université d’Orléans), Judith Wulf (Université Saint-Denis Paris 8), Ilias Yocaris (Université Côte d’Azur).

    BIBLIOGRAPHIE

    BALIBAR, Renée, Les français fictifs : le rapport des styles littéraires au français national, Paris, Hachette, 1974.

    BOURKHIS, Ridha & BENJELLOUN, Mohammed (2008), La phrase littéraire, Paris, L’Harmattan.

    DESSONS, Gérard, « La phrase comme phrasé », La Licorne [En ligne], n° 42 (S. Bikialo, dir.), 1997.

    GOUX, Jean-Paul, La Fabrique du continu, Seyssel, Champ Vallon, 1999.

    HACHE, Sophie, La période oratoire (1550-1750). Une esthétique du discours, Paris, Classiques Garnier, 2024.

    JEY, Martine, BRULEY, Pauline & KAËS Emmanuelle (2017), L’écrivain et son école, Paris, Hermann.

    JOLLIN-BERTOCCHI, Sophie (2021), « La référence scolaire : de la figuration littéraire aux modèles langagiers, l’exemple de Giono », Pratiques [En ligne], 191-192, mis en ligne le 15 décembre 2021, consulté le 11 février 2025.

    MASSOL, Jean-François (2004), De l’institution scolaire de la littérature française (1870-1925), Grenoble, ELLUG.

    MILLY, Jean (1975), La Phrase de Proust : des phrases de Bergotte aux phrases de Vinteuil, Paris, Champion.

    MOLINIÉ, Georges (1986), Éléments de stylistique française, Paris, PUF.

    PHILIPPE, Gilles (2002), Sujet, verbe, complément. Le moment grammatical de la littérature française (1890-1940), Paris, Gallimard.

    PHILIPPE, Gilles & PIAT, Julien (2009), La langue littéraire. Une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert à Claude Simon. Paris, Fayard.

    PIAT, Julien (2011), L’expérimentation syntaxique dans l’écriture du Nouveau Roman, Paris, Honoré Champion.

    SEGUIN, Jean-Pierre (1993), L’invention de la phrase au XVIIIe siècle : contribution à l’histoire du sentiment linguistique français, Bibliothèque de l’Information grammaticale, Paris, Éditions Peeters.

    SIOUFFI, Gilles (2020), Une histoire de la phrase française des Serments de Strasbourg aux écritures numériques, Arles, Actes Sud.

    SMADJA, Stéphanie (2013), La « Nouvelle prose française ». Étude sur la prose narrative au début des années vingt, Bordeaux, Presses Universitaires de Bordeaux, coll. « Poétique et stylistique ».

    SZULMAJSTER-CELNIKIER, Anne (2017), « Quand le poète se fait linguiste : À propos de Blanche ou l’oubli de Louis Aragon », La Linguistique vol. 53, fasc. 1, p. 149-161.

    VEYRENC, Marie-Thérèse (1976), Genèse d’un style. La phrase d’André Gide dans Les Nourritures terrestres, Paris, Nizet.

    WULF Judith (2024), « Aux sources de la stylistique. Les récits du français au XIXe siècle », Romantisme 203, p. 41-51.

    WULF, Judith (2025), Style et imaginaires de la langue, Actes du 5e colloque de l’AIS, Université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis, 2022, à paraître.

    ZEMMOUR, David (2008), Une syntaxe du sensible. Claude Simon et l’écriture de la perception, Paris, PUPS.


    [1] Plus largement, l’imaginaire linguistique a d’ailleurs fait l’objet du 5e colloque de l’AIS, « Style et imaginaires de la langue », qui s’est tenu à l’Université Paris 8 Saint-Denis en 2022 (Wulf et al. 2026, à paraître).

    [2] À l’époque contemporaine, la phrase s’invite aussi hors le livre, comme en témoignent les arts plastiques conceptuels (Christian Boltanski, Lawrence Weiner).

  • Les Grammairiens ont-ils du style ? Le cas des débuts d’une langue « nationale »

    Jacques-Philippe Saint-Gerand
    F. 63380 Miremont

    Alain Berrendonner soulignait naguère L’Éternel grammairien dans un ouvrage dont le titre prêtait intentionnellement à au moins deux interprétations. Au terme de la lecture de son ouvrage cette ambiguïté se résolvait et laissait place à l’affirmation que derrière tout linguiste s’entrevoit plus ou moins un grammairien, au sens où ces derniers laissent toujours apparaître un souci normatif et régulateur derrière l’objectif de descriptions et d’analyses qu’il s’assignent. J’ai pu montrer naguère qu’il existait des grammaires sans histoire[1]. Mon projet est ici d’interroger ce qu’il en est des pratiques de certains grammairiens lorsque, la langue devenant un enjeu politique de nature idéologique, se pose la question du choix des exemples à donner pour justifier telle ou telle analyse, et lorsqu’il devient difficile de démêler, entre exemples et modèles, l’usage fait de citations littéraires. J’ajouterai que ma position face à la question et à l’objet du style — notion ambiguë entre toutes — rejoint à la fois celle de Marielle Macé pour qui le style est une critique des formes de vivre, et celle d’Éric Bordas pour qui le style est la manifestation globale d’un désir d’individuation contre la prégnance du collectif social.

    1° Position du problème.

    Le bouleversement que constituent la révolution de 1830 et l’accession au pouvoir d’un Roi des Français, Louis-Philippe, au lieu du traditionnel Roi de France lieutenant de Dieu sur la Terre, n’est pas que politique. Il emporte avec lui tout un ensemble de conséquences idéologico-culturelles dont la plus importante consiste dans la nécessité de donner à un peuple pratiquant des idiomes variés un ferment de solidarisation. Seul un peu plus de 25% de la population sur laquelle doit s’étendre le pouvoir monarchique pratique le français utilisé par l’administration, les notables, les instruits et les lettrés. Il convient par conséquent de généraliser par force la constitution et la diffusion de la langue d’État. L’École devait y pourvoir avec la loi Guizot de 1833, mais, faute de moyens, elle dut reconnaître son échec en cette tâche. Il restait alors la diffusion des ouvrages — grammaires, dictionnaires, correctifs, préservatifs, etc. — destinés à normer la langue et en normaliser les usages

    La correctivité du langage, exclusivement fondée d’ailleurs sur la révération des modèles littéraires, s’est rapidement imposée comme l’objectif ultime de la scolarisation et de la vulgarisation de la langue française. Les grands écrivains eux-mêmes ne sont pas exempts des reproches des grammatistes ; et — au fur et à mesure que le siècle se déroulera — on verra de plus en plus de chroniques grammaticales puristes se développer au-delà des publications autorisées dans les grands journaux nationaux, et même dans certains quotidiens régionaux. Si les colonnes du Journal Grammatical de la Langue Française sont régulièrement remplies entre 1826 et 1840 de notules concernant l’emploi de telle ou telle forme par La Fontaine, Racine, Mme de Sévigné, Chateaubriand ou Lamartine, des ouvrages grammaticaux à prétention résolument scientifique, même si les critères épistémologiques de cette connaissance demeurent résolument sensualistes et — pour ainsi dire -— d’ancien régime, n’hésitent pas à faire des remontrances au modèle des modèles lui-même :

    On lit dans Nanine, comédie de Voltaire : Les diamants sont beaux, très-bien choisis / Et vous verrez des étoffes nouvelles / D’un goût charmant … Oh ! Rien n’approche d’elles « . C’est sans doute une faute très-grave, qui blessera toute oreille délicate. Il semble personnifier les étoffes en disant : Rien n’approche d’elles ; mais le besoin de la rime n’autorise point des expressions aussi contraires au génie de la langue ; il fallait dire : Rien n’en approche[2].

    Une telle remarque a l’avantage d’exposer qu’en ces périodes de standardisation bourgeoise de la norme les différences de genres sont-elles-aussi soumises à réévaluation, plaçant ainsi à niveau égal l’écriture en prose et l’écriture en vers ; ce dont bénéficieront les genres en émergence du poème en prose et de la prose poétique.

    Après Girault-Duvivier qui, dès 1811, assignant à la grammaire un dessein propédeutique, revendiquait explicitement pour elle une fonction moralisatrice[3], les Bescherelle poussent une argumentation similaire jusqu’au point où la grammaire devient alors le moyen par excellence de former la culture générale des sujets de la langue :

    C’est une vérité maintenant incontestable que la véritable grammaire est dans les écrits des bons auteurs. La science grammaticale se borne à l’observation et à l’appréciation des termes, des règles de concordance, des constructions adoptées par les grands écrivains. C’est dans leurs ouvrages qu’il faut chercher le code de la langue. En effet, où trouver mieux que dans ces régulateurs avoués du langage des solutions à tous les problèmes, des éclaircissements à toutes les difficultés, des exemples pour toutes les explications […] Sous ce point de vue, rien de plus consciencieux que notre travail. Les cent mille phrases qui constituent notre répertoire grammatical sont tirées de nos meilleurs écrivains ; elles sont choisies avec goût ; il n’en est pas une qui ne révèle à l’esprit ou une pensée morale, ou un fait historique, scientifique, littéraire ou artistique[…]. Ajoutez à ce premier avantage tout le charme que prête à l’étude jusqu’alors si aride de la grammaire l’étude même des faits, si supérieure à la vieille routine qui s’obstine à renverser l’ordre naturel en procédant des théories aux exemples. Envisagée de cette façon, il nous semble que la grammaire n’est plus seulement un exercice de collège sur lequel s’assoupit la mémoire ; c’est l’histoire de la pensée elle-même, étudiée dans son mécanisme intérieur ; c’est le développement du caractère national dans ses intérêts politiques et ses sentiments religieux, analysé ou plutôt raconté par la nation elle-même, par les interprètes les plus éloquents de cette nation[4].

    Un tel extrait montre éloquemment que la correctivité grammaticale devient à cette époque une condition sine qua non d’intégration de l’individu à la société ; un passeport ouvrant accès aux fonctions rémunératrices et à la notabilité ; une manière de fixer l’idéologie dominante ; et un instrument inégalable d’introspection psychologique ! Ce dont, bien sûr, la stylistique à venir saura retenir la leçon. J’y reviendrai.

    2° Une langue idéale ou idéalisée ?

    L’étude comparée des exemples, que sont les citations littéraires choisies par ces grammairiens, permet de construire dans un premier temps la représentation idéale et normée que ces auteurs se donnent du style. Dans le sillage de Girault-Duvivier, la Grammaire nationale des frères Bescherelle (1834) et la Grammaire générale des grammaires françaises de Napoléon Landais (1835) sont non seulement deux ouvrages concomitants à une époque charnière de l’évolution des idées linguistiques, mais, par les exemples dont ils illustrent leurs règles, ces ouvrages prolongent, chacun à sa manière, la tradition des Leçons françaises de Littérature et de Morale inaugurée au début du siècle (1804) par Noël et Delaplace, dont il ne faut pas sous-estimer l’importance testimoniale.

    II-1° Charles-Pierre Girault-Duvivier, (1765-1832) est un grammairien français. Fils d’un avoué, Girault-Duvivier fut admis très jeune au barreau. Mais la Révolution le força à se tourner vers les finances et la banque. Son intérêt pour la grammaire naquit avec la nécessité de donner des leçons à sa propre fille. Conscient des bénéfices qu’il pouvait retirer de l’entreprise à condition d’élargir le cadre de son projet, mais immergé dans les tourments politiques et idéologiques du temps, il publia en 1811 la première édition de la Grammaire des grammaires (Paris, Porthmann, 2 vol.), qui recèle quantité de références flattant le personnage de Napoléon, lesquelles furent évidemment retirées des éditions postérieures à la Restauration des Bourbons

    Connu sous le titre de Grammaire des Grammaires ou Analyse Raisonnée des meilleurs traités sur la langue française par Ch. P. Girault-Duvivier, ouvrage adopté pour la Maison Royale de Saint-Denis, le texte initial a connu des variations à partir de la quatrième édition : Ouvrage mis par l’Université au nombre des Livres à donner en prix dans les Collèges, Et reconnu par l’Académie française comme indispensable à ses travaux et utile à la littérature en général. Preuve, enfin, du succès de cet ouvrage que Chapsal (1818) et Lemaire (1822) continuèrent à développer dans les dernières années de l’existence et après la mort de l’auteur, les sept premières éditions furent diffusées à plus de 40 000 exemplaires. A la fin de sa vie Girault-Duvivier avait commencé à rédiger un Dictionnaire de la Langue Française, qui aurait dû donner systématiquement la prononciation de tous les mots recensés. Seule la lettre A fut achevée. La Grammaire des grammaires voit sa carrière s’achever en 1866 avec une 26e édition… au moment où Auguste Brachet va publier sa Grammaire historique de la langue française. La thèse ancienne (1966) de Jesse Levitt[5], décrit à grands traits le contenu de cette grammaire :

    Girault-Duvivier, whose knowledge of the history of language is very uncertain, simply reproduces the a priori rationalizations of his eighteenth-century predecessors and regards linguistic development as a conscious process dependent on the character of the linguistic community  (loc. cit. p. 34).

    De fait, l’ouvrage de Girault-Duvivier se présente principalement comme une grammaire normative fondée sur la compilation cumulative des grammaires prescriptives et métaphysiques précédentes, ce qui lui permet d’assurer non sans distorsions la synthèse de la Grammaire de Port-Royal et des travaux de l’Académie française. L’organisation de l’ensemble est simple et ne présente aucune particularité qui, a priori, la distinguerait des autres grammaires prescriptives de l’époque, si ce n’est son ambition d’exhaustivité et de précision.

    Girault-Duvivier définit clairement le dessein de son entreprise :« réunir en un seul corps d’ouvrage tout ce qui a été dit par les meilleurs Grammairiens et par l’Académie, sur les questions les plus délicates de la langue française ». Il reconnaît ne s’être que rarement permis d’émettre [son] avis, ayant préféré se « contenter de rapporter, ou textuellement, ou par extrait, celui des grands maîtres », s’appuyant pour cela sur les exemples des « meilleurs écrivains des deux derniers siècles » et ceux de quelques-uns de ses contemporains. Il s’agit donc de proposer un code régulateur de l’usage. De sorte que la finalité originelle d’enseigner la grammaire à sa propre fille est vite dépassée par un souci plus général d’instruction, qui, à l’époque de la grammaire idéologique telle qu’elle est pratiquée par d’Açarcq, Destutt de Tracy, ou Estarac, est révélateur du manque d’une véritable pédagogie grammaticale à l’usage des contemporains. Pour combler cette lacune Girault-Duvivier s’en remet à la tradition :

    J’ai laissé aux idéologues et aux métaphysiciens le soin de démontrer ce qu’ils trouvent de vicieux ou de faux dans les anciens termes, et la gloire d’en proposer de nouveaux ; j’ai suivi les sentiers battus par les anciens maîtres, bien sûr de ne pas m’égarer et de n’égarer personne avec moi sur leurs traces [tome 1, p. VII]

    Au moment où la littérature prend la succession des belles-lettres, elle participe de la sorte au déplacement de la théorisation linguistique vers la validation stylistique de l’usage. Et en ce sens, elle anticipe sur toute la série des grammaires scolaires de la seconde moitié du XIXe et du début du XXe siècle. Sa descendance la plus illustre, à cet égard, ira jusqu’au Bon Usage de Grevisse (1936), ce qui au fond n’a rien de surprenant.

    Le corpus documentaire sur lequel s’appuie Girault-Duvivier, du fait même de son dessein compilatoire, est impressionnant, tant du point de vue des auteurs littéraires allégués comme exemples (Malherbe, Marot, Racine, Corneille, Boileau, La Fontaine, Bossuet, Gresset, Montesquieu, Massillon, Guys, Marivaux, Roucher, Voltaire, Delille; mais il ne s’aventure pas au-delà de la fin du 18e siècle, que du point de vue des autorités grammaticales invoquées : l’Académie française, mais aussi Auger, Beauzée, Boinvilliers, Bouhours, Buffier, Butet de la Sarthe, Condillac, Demandre, Domergue, Dumarsais, Féraud, Gattel, Harris, Laveaux, Ménage, d’Olivet, Port-Royal, Régnier-Desmarais, Sicard, Sylvestre de Sacy, Vaugelas, et de Wailly !. Les exemples littéraires proposent indistinctement des écrits en vers et en prose. Les exemples et références grammaticales, quant à elles, sont désignés par le nom du grammairien et, généralement, par l’indication d’une pagination renvoyant à l’édition donnée en tête d’ouvrage comme élément de bibliographie. Une volonté de sérieux, en somme. Mais aucun recul par rapport à la valeur des exemples cités, une conscience minimale de l’inscription de la correctivité grammaticale dans des espaces-temps autres que celui dans lequel l’auteur exerce son magistère.

    Comme le note Françoise Henry-Lorcerie, il y a là une sorte de déférence spontanée à l’endroit d’une autorité supérieure inattaquable :

    La Grammaire des Grammaires s’adresse à deux sortes de publics : les jeunes gens, qui doivent prendre connaissance des règles ; et les élites de la parole, écrivains, professeurs et grammairiens, dont le rôle de production, de reproduction et de contrôle est éminent dans le cycle social de la parole. Aux premiers, il suffit de présenter efficacement les règles, tout en contribuant à leur édification morale par le contenu des exemples : c’est sur cette logique que vont reposer, au XIXe siècle, les ouvrages de vulgarisation grammaticale à destination des publics scolaires. Quant aux derniers, il faut en outre les mettre en état de faire jurisprudence, en toute fidélité à l’esprit de la langue.[6]

    Cependant, malgré ses défauts, la Grammaire des Grammaires a exercé une influence considérable tout au long du XIXe s, puisque cet ouvrage était considéré comme le compendium de l’usage élégant, et qu’il était à ce titre l’instrument de consultation par excellence auquel pouvaient se référer les grands écrivains et les détenteurs politiques ou culturel du pouvoir social. Non seulement Hugo ou Flaubert, mais les Goncourt tout comme Musset ou Nodier.

    Dans cette quête obstinée de la légalité grammaticale, un trait spécifique est à souligner : la pertinence des données de l’histoire n’a aucune raison d’être, et l’on voit nettement Girault-Duvivier mêler sans complexe les citations de différentes époques sans jamais s’interroger sur la justesse des juxtapositions au regard de l’évolution de la langue. C’est le cas, par exemple, lorsque Girault-Duvivier s’appuie sur l’autorité de Voltaire s’exerçant à la Connaissance des beautés et des défauts de la poésie et de l’éloquence dans la langue française (vol. XXIII des Œuvres complètes, Paris, Garnier, 1877). Or on sait que Voltaire n’avait aucun sens de l’évolution de la langue et critique Corneille, par exemple, au motif d’emplois devenus obsolètes dans la seconde moitié du XVIIIe siècle :

    Il est très utile d’éplucher ainsi les fautes de style et de langage où tombent les meilleurs auteurs afin de ne point prendre leurs manquements pour des règles, ce qui n’arrive que trop souvent aux jeunes gens et aux étrangers.

    Mais le conseil est évidemment fallacieux en cette circonstance, et, si le Commentaire sur Corneille passe en son époque pour le manifeste le plus clair d’un purisme extrême, soutenu par les avis de La Harpe, ou d’Alembert, il n’empêche que les remarques de Girault-Duvivier, fussent-elle teintées d’une éventuelle nuance dubitative, restent immuablement figées dans une sorte de sentiment épilinguistique satisfait de lui-même.

    II-2° Henri René Sulpice Bescherelle, plus connu sous le prénom Henri-Honoré (1804-1887), dit Bescherelle jeune, était employé au Conseil d’État, ce qui devait lui laisser suffisamment de temps pour s’appliquer à la rédaction et publication de dictionnaires et d’ouvrages de grammaire, en collaboration avec Louis-Nicolas Bescherelle,(1802-1884), dit Bescherelle aîné. Ce dernier, ancien bibliothécaire du Louvre, ne fut jamais ni en en aucune manière pédagogue ; mais il profita de l’engouement suscité à l’époque par la question d’une langue à normaliser et normer, tant à l’écrit qu’à l’oral, pour publier de nombreux ouvrages de grammaire prescriptive et des dictionnaires régulateurs. Sans doute mus par le même dessein didactique que celui énoncé par le polygraphe Pierre-François Tissot (1768-1854), qu’ils citent en exergue de leur Grammaire Nationale, les deux frères cherchent à solidariser les dimensions historiques et géographiques de la langue française, dans le souci de promouvoir une conception  » nationale  » de sa représentation fondée sur le témoignage des meilleurs écrivains :

    Dans un État libre, c’est une obligation pour tous les citoyens de connaître leur propre langue, de savoir la parler et l’écrire correctement. La carrière des emplois est ouverte à tous : qui sait ce que la fortune réserve au plus humble des membres de la grande famille ?… La base de la connaissance de toute langue est la grammaire… et en fait de grammaire, ce sont les grands écrivains qui font autorité.[i]

    Mais sans doute également, à l’instar de Louis Hachette et ultérieurement de Pierre-Athanase Larousse, pressentent-ils le bon coup commercial que représente l’essor du marché de la langue devenue la marque d’une nation à l’heure où commencent à se faire sentir les premiers frémissements d’une instruction publique dictée par l’intérêt politique du régime de la Monarchie de Juillet.

    Après avoir fait des études de droit, Louis-Nicolas Bescherelle cède comme beaucoup d’autres de sa génération à son goût pour les lettres. Mais celui-ci ne s’épanche pas en littérature proprement dite ; il s’épanouit dans la production et la compilation d’ouvrages portant sur la langue française. À côté de son nom propre, il use d’au moins deux pseudonymes : Docteur Sévérus Syntaxe et Comte de Resellebech. Précédant la loi Guizot de 1833 sur la scolarisation, un décret de 1832 voulait que les emplois publics ne fussent désormais occupés que par des citoyens maîtrisant parfaitement les normes du français. On saisit mieux dans ce cadre l’hyperactivité grammaticalo-linguistique de ces années, et l’intérêt idéologique des travaux des Bescherelle, qui présentent tous la caractéristique d’exposer les principes d’usage de la langue, puisque depuis 1634 l’Académie française a été incapable de rédiger cette grammaire inscrite comme un devoir dans ses statuts originels.

    L.-N. B. publie alors la Grammaire Nationale (1834), dont le titre complet est tout un programme :

    Grammaire Nationale ou Grammaire de Voltaire, de Racine, de Bossuet, de Fénelon, de J.-J. Rousseau, de Buffon, de Bernardin de Saint-Pierre, de Chateaubriand, de Casimir Delavigne, et de tous les écrivains les plus distingués de la France ; Renfermant plus de cent mille exemples qui servent à fonder les règles, et forment comme une espèce de panorama où se déroule notre langue, telle que la nation l’a faite, telle que la nation doit la parler. Ouvrage éminemment classique, qui, indépendamment de son but spécial, doit être considéré comme un Cours pratique de littérature française, et une introduction à toutes les branches des connaissances humaines ; publié avec le concours de MM. Casimir Delavigne, de Jouy, Villemain, Tissot, Nodier, de Gérando, É. Johanneau, Deshoulières, Lévi, Litais de Gaux, etc… Et précédée d’un Essai sur la Grammaire en France et de quelques considérations philosophiques et littéraires sur la langue française par M. Philarète Chasles, Paris, Bourgeois-Maze, libraire, Dubois-Voilquin, Frères, Leipsick, Léopold Michelsen, in-8°, 878 p.

    L’ouvrage est introduit par Philarète Chasles qui rédige un essai intitulé : De la Grammaire en France, et principalement de la Grammaire Nationale, avec quelques observations philosophiques et littéraires sur le Génie, les Progrès et les Vicissitudes de la langue française. Cet essai de neuf pages en très petits caractères s’ouvre sur une dénonciation virulente des « cultivateurs de la syntaxe » (p. 5) et propose une sorte d’analyse critique d’un certain nombre de difficultés grammaticales de la langue française dont les analyses des frères Bescherelle ne sortent d’ailleurs pas indemnes :

    MM. Bescherelle déclarent que la langue française n’a pas de genre neutre. Nous le retrouvons, effacé, il est vrai, et peu reconnaissable, mais doué de sa signification et de sa valeur propre, dans les verbes il pleut, il tombe, il importe ; dans les locutions il y a, il fit beau, il faut ; dans les mots en et y, sur lesquels nous ne partageons pas l’avis de la grammaire nouvelle ; dans je le veux, je le dois, je l’emporte, où le mot le joue le rôle du pronom neutre des Latins illud. Pour expliquer ces diverses locutions, MM. Bescherelle ont recours à des procédés analytiques fort savants, trop savants selon nous. Une phrase excellente de La Bruyère, qu’ils condamnent à tort comme anti-grammaticale, prouve que l’acception du mot le est bien celle d’illud, du pronom neutre latin : « Les fourbes croyent aisément que les autres le sont… ». Qui peut rien reprendre à cette phrase d’une clarté parfaite, et où le pronom le est évidemment pour illud, cela ? (p. 6)

    Il est vrai que Philarète Chasles, promoteur des études de littérature comparée à l’instar de Claude Fauriel (1772-1844), recourt aux témoignages extérieurs :

    10° L’analogie des langues étrangères modernes suffit pour décider la question. Les Allemands et les Anglais ont un neutre distinct qu’ils emploient à tout moment, es et it. Pour traduire dans ces deux langues les phrases que MM. Bescherelle se donnent tant de peine à expliquer au moyen de longues et savantes analyses, on n’a qu’à employer le neutre allemand ou anglais. Il pleut, « es regnet, it rains » ; il faut, « es muss, it must » ; il est vrai, «es ist treue, it is true » … (ibid.)

    S’ensuit une brève histoire de la grammaire française au terme de laquelle est réaffirmé le primat du génie de la langue désormais associé pleinement à la notion de Nation :

    11° Ainsi la règle souveraine, la loi suprême des idiomes, c’est le génie propre de chacun d’eux. Tout ce qui lui répugne est inadmissible, tout ce qu’il permet on doit l’oser. En vain les grammairiens multiplieront les fantaisies, les injonctions, les définitions, les sévérités, les folles délicatesses ; fidèle par instinct au génie de sa langue et de sa nation, l’écrivain supérieur découvrira toujours en dehors du cercle grammatical et du code convenu quelque beauté légitime et nouvelle conforme à la règle suprême. Mais quel est le génie propre de la langue française ? De quels éléments matériels et métaphysiques s’est-elle formée ? Quelles phases historiques ont déterminé et soutenu sa formation ? Quels caractères spéciaux doit-elle aux révolutions qu’elle a traversées ? Quelles sont les bases sur lesquelles elle repose et les vrais principes de sa force ? Belles et graves questions, qui s’étendent très loin et ne peuvent se résoudre qu’au moyen de l’histoire, d’une étude attentive des mots et de leurs destinées et d’une sagacité rarement unie à l’érudition. L’histoire des variations de la langue française n’est pas faite… (p. 10)

    L’ensemble, justifiant la prolixité du sous-titre de la Grammaire nationale, conclut une nouvelle fois très classiquement en faveur du génie de la langue française, que les normes et codifications grammaticales ne parviennent pas à embrasser, mais qu’incarnent dans leur variété les grands écrivains :

    12° Les vrais grammairiens, les seuls grammairiens, ce ne sont ni Beauzée, ni Dumarsais, ni le vieil imprimeur Geoffroy Thory, ni les honorables membres de Port-Royal ; ni Vaugelas, à qui une fausse concordance donnait la fièvre ; ni Urbain Domergue, connu par son inurbanité envers les solécismes qui éveillaient sa colère ; ni M. Lemare, le Bonaparte du rudiment et le Luther de la syntaxe. Les vrais grammairiens, ce sont les hommes de génie ; ils refont les langues, ils les échauffent à leur foyer et les forgent sur leur enclume. On les voit sans cesse occupés à réparer les brèches du temps. Tous, ils inventent des expressions, hasardent des fautes qui se trouvent être des beautés ; frappent de leur sceau royal un mot nouveau qui a bientôt cours ; exhument des locutions perdues, qu’ils polissent et remettent en circulation. Tous, néologues et archaïstes, plus hardis dans les époques primitives, plus soigneux et plus attentifs dans les époques de décadence, mais ne se faisant jamais faute d’une témérité habile, d’une vigoureuse alliance de mots, d’une conquête sur les langues étrangères. Les écrivains qui parmi nous se sont le plus servis des archaïsmes, ceux qui ont renoncé le plus difficilement à l’ironie bonhomière des tournures gauloises, à leur vieille et bourgeoise naïveté, ce sont Lafontaine, Mme de Sévigné, Molière, La Bruyère au dix-septième siècle ; Jean-Jacques Rousseau au dix-huitième, Paul Louis Courier de notre temps. […] Ainsi, de faute en faute, d’audace en audace, toujours téméraires, toujours réprouvés par le pédantisme, ils fournissaient des aliments nouveaux à leur vieille mère, à cette langue française qu’ils empêchaient de mourir. (pp. 8-9)

    Avec des réminiscences des audaces de Louis-Sébastien Mercier[7] (1740-1814), une anticipation imprévue des recherches d’Henri Frei (1899-1980)[8] , nous sommes là dans le droit fil d’une tradition qui sera poursuivie jusqu’au Bon Usage (1936) de Maurice Grevisse (1895-1980) ; laquelle, sans mot dire, promeut la légitimité du style comme opérateur de validation grammaticale.

    Les exemples grammaticaux tirés au début du XIXe siècle des ouvrages de religion et de morale deviennent alors caducs car c’est à une autre éthique de la langue que sont désormais confrontés les usagers. Il existe certes une norme d’usage mais les qualités supérieures des grands écrivains permettent de transgresser cette norme au profit d’un coup d’éclat stylistique. Suivant les termes de la préface, les Bescherelle choisissent de ne considérer la langue que sous ses formes littéraires écrites, car grâce aux grands écrivains :

    13° […] la grammaire n’est plus seulement un exercice de collège sur lequel s’assoupit la mémoire ; c’est l’histoire de la pensée elle-même, étudiée dans son mécanisme intérieur ; c’est son développement du caractère national dans ses intérêts politiques et ses sentiments religieux, analysé ou plutôt raconté par la nation elle-même, par les interprètes les plus éloquents de cette nation. (p. vi)

    Les grands, les meilleurs auteurs, en écrivant parlent d’or et instillent progressivement dans le sens commun l’idée que le locuteur qui s’exprime bien parle comme un livre

    Ainsi, représentants d’un XIXe siècle à la pointe du devenir de l’histoire, que travaille dès les premières années l’idée de son identité, les Bescherelle se doivent d’être attentifs aux dimensions empiriques de l’objet qu’ils examinent. Sous la double hypothèque permanente de réfléchir d’une part l’image d’une langue nationale, et, d’autre part, de promettre et permettre l’ascension sociale au sein de l’État à ceux qui maîtrisent parfaitement les modèles décrits par la Grammaire nationale, c’est l’usage, l’usage seul, toujours attesté par les grands écrivains qui peut définir une norme à l’aune de laquelle sont évaluées les pratiques :

    14° Pour éviter de semblables fautes, et des milliers d’autres que nous ne pouvons ni citer ni même prévoir, il est indispensable de connaître les règles auxquelles l’usage a soumis notre langue, et qui, réunies en un corps complet de doctrine, forment le code même de cette langue, et constituent ce qu’on appelle la Grammaire française. D’où il résulte évidemment que la Grammaire française est l’art de bien parler et d’écrire, en français, correctement, c’est-à-dire d’une manière conforme au bon usage. (p. 22)

    Sur la foi de cette dernière déclaration, on pourrait penser qu’il s’agit là d’une très maladroite tautologie. Mais lorsqu’on recontextualise le raisonnement au terme duquel les Bescherelle l’assertent, on comprend rapidement que la maîtrise du français à laquelle ils font référence est la condition même de légitimation du citoyen français, du Français. En d’autres termes, à l’heure où :

    15° Dans un État où les places ne sont plus le partage d’un petit nombre de privilégiés, mais où chaque homme voit s’ouvrir devant lui la carrière des emplois, et par conséquent peut être appelé à élever la voix dans les tribunaux, dans les assemblées politiques ou dans les temples, c’est un devoir pour tous les citoyens de connaître leur propre langue et de savoir la parler et l’écrire correctement. (p. v)

    Nous retrouvons là, à l’instar de ce que Cormenin expose en 1836 dans son Livre des Orateurs, un intérêt certain des Bescherelle en faveur de la conversation, et du maniement oral de la langue sur lequel je reviendrai ultérieurement car l’apprentissage des règles et l’intériorisation de la soumission à des normes prescriptives d’expression, deviennent les moyens permettant de s’élever dans la société et de justifier son statut de Français. La langue et ses usages deviennent des marqueurs identitaires. Altérant en cela l’aphorisme de Buffon « le style est de l’homme même »[9], le XIXe siècle grammatical de Bescherelle fait de cette maîtrise du code langagier l’opérateur de constitution de classes sociales hiérarchisées incorporant des modalités de passage des niveaux inférieurs vers le supérieur. Le réservoir littéraire des grammairiens fournit des exemples d’emploi appelés à devenir des modèles d’usage. Ainsi, dans un joyeux mélange, le corpus illustratif des frères Bescherelle se partage assez équitablement entre les témoignages des littérateurs — prose et poésie versifiée confondues — et ceux de leurs prédécesseurs grammairiens. Voisinent ainsi dans une même page les témoignages de Domergue, J.-J. Rousseau, Bernardin de Saint-Pierre, Buffon et Voltaire [p. 259] ; ou Delille, Michaud, Boileau, J.-J. Rousseau, Collin d’Harleville, Thomas Corneille, Chateaubriand, Marmontel, Campistron, Racine, De Wailly, et Girault-Duvivier [p. 565].

    En voulant rédiger dans cet ouvrage une grammaire reflétant le génie de la langue française à travers la pratique des plus grands écrivains classiques et de quelques inoffensifs romantiques, les Bescherelle tiennent finalement un discours moralisateur sur la norme grammaticale, et en exposant les lois de l’usage orthographique, morphosyntaxique et lexical, ils poursuivent finalement la tâche édificatrice de Girault-Duvivier et de sa Grammaire des Grammaires [1811]. Ils donnent de la langue une représentation ordonnée et revendiquent d’exercer un magistère esthétique et social dont ils comptent bien retirer les bénéfices :

    16° Aujourd’hui que l’on commence à rougir tout à la fois des écarts de la pensée et des erreurs du style; que les livres qu’enfantait l’esprit déréglé de quelques écrivains ont passé de mode; qu’on en est revenu à la nature, à la vérité, au bon goût, cet ouvrage, destiné à ramener la langue dans les limites raisonnables que nos grands écrivains ont su respecter sans rien perdre de leur essor et de leurs prodigieux avantages, ne peut manquer d’obtenir les suffrages universels, et il restera, nous en avons l’espoir, comme le monument le plus imposant qu’on ait jamais élevé à la gloire de notre langue » [p. viii].

    Il serait toutefois erroné de limiter notre attention à la seule Grammaire nationale, car, comme on l’a noté, le projet des Bescherelle excède par ses ambitions le simple cadre d’une grammaire et s’assigne un objectif plus général.

    II-3° Envisageons maintenant le cas de Napoléon Landais, né à Paris en 1803 et mort en 1852, folliculaire connu en littérature sous le pseudonyme d’Eugène de Massy. Recueillant peu de succès comme écrivain, Landais se lança vite dans l’entreprise grammaticale et lexicographique. Devenu l’auteur attitré de l’éditeur Didier, il entreprit alors une vaste série de compilations qui suscitèrent rapidement l’irritation des premiers philologues français, Gabriel Peignot, Paulin Paris, Francisque Michel, entre autres, quoique ces ouvrages fussent parfaitement représentatifs d’une tendance de la vulgarisation linguistique de l’époque basée sur la compilation cumulative et le recul de l’esprit critique.

    L’ouvrage qui me retient ici bénéficie d’une histoire éditoriale intéressante. En effet, en 1835, à Paris, au Bureau Central (in-4°, 636 p.) paraît sous le titre de : Grammaire de Napoléon Landais, Résumé Général de toutes les grammaires françaises, un ouvrage imprimé dès 1834. Et l’on voit là un volume qui manifestement, et sans vergogne, a l’ambition de concurrencer la grammaire de Girault-Duvivier. Mais, dès 1839 et la seconde édition, le titre se modifie et devient : Grammaire Générale des Grammaires Françaises présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernes, par Napoléon Landais. Notons au passage que 1839-40 marque le terme des publications du Journal de la Langue Française et des Langues en Général. A la suite du rapport de Jean-Léon Dessalles, l’Institut des Langues se transforme en effet, le 21 décembre 1839, en Société de Linguistique, dont les statuts et membres sont alors vérifiés ; Ackermann devient membre correspondant à Berlin ; Otterburg, Taranne et Terzuolo, l’imprimeur et l’éditeur commercial, ainsi que Pierquin de Gembloux s’adjoignent aux membres précédents de l’Institut. De Napoléon Landais, nulle trace bien sûr. Ses intérêts ne vont pas jusqu’à interroger les rapports que la langue entretient avec son contexte. Politique : Qu’est-ce qui constitue la langue française ? Philosophique : Quels sont les rapports de la langue et de la pensée ? Anthropologique : Qu’est-ce qu’une langue peut nous apprendre sur ceux qui la pratiquent ? Historique : D’où provient le français ? Philologique : Que révèlent de la langue les textes anciens ? On comprend vite que ce moment foisonnant crée une véritable césure dans le paysage de l’étude des langues : d’un côté des grammatistes compilateurs, lointains successeurs des remarqueurs du XVIIe et du début du XVIIIe siècle, de l’autre des philologues intéressés par des recherches théoriques allant au-delà des frontières du français et — plus largement — des grandes langues romanes.

    Mais revenons à la modification de l’intitulé de la grammaire de Landais. L’épithète générale s’y trouve en effet prise non sans ambiguïté voulue, dans une double acception : au sens moderne et banal de « qui se rapporte à la totalité des cas », mais aussi au sens plus scientifique que l’on trouve dans la locution « grammaire générale », grammaire considérée dans sa plus large extension. Et bien sûr, en 1834, alors que précisément la grammaire générale est en train d’éprouver les derniers soubresauts de son existence, cette interpolation ambiguë de l’adjectif fait signe et sens autant pour le lecteur simplement désireux de trouver une grammaire pratique, propre à résoudre tous les cas de conscience qui peuvent se présenter, que pour le lecteur plus spécialisé qui voudrait s’élever jusqu’aux sommets de ce que Bernard Jullien, quelques années plus tard, nommera « haute grammaire ». De l’intérêt publicitaire d’un titre bien choisi…

    Mais que se cache-t-il derrière celui-ci ? Une simple traversée en diagonale de ce beau volume, car la reliure en était soignée, montre que nous avons à faire à une banale grammaire prescriptive, incluant des règles de style et un abrégé de rhétorique, prétendant fonder en raison les règles et le sens de l’usage :

    17° Nous sommes convaincus que le purisme est la superstition des Grammaires ; c’est donc toujours la raison, et la raison motivée, qui, développant les règles, et les épurant au creuset de l’analyse, doit consacrer et réformer l’usage, lorsque l’usage s’est égaré [p.9].

    L’argumentation, facile au demeurant, a de quoi tenter le lecteur qui hésiterait entre les deux sens de l’adjectif « générale » puisqu’en décriant le purisme et en louangeant la raison, le discours de Landais tient l’équilibre entre l’aveu d’un ouvrage qui ne serait guère que la démarque de la Grammaire des Grammaires, et l’ambition de fournir une grammaire rationnelle, qui assurerait la continuité de Port-Royal par-delà l’Idéologie :

    18° La Grammaire, qui a pour objet l’énonciation de la pensée par le secours de la parole prononcée ou écrite, admet deux sortes de principes. Les uns sont d’une vérité immuable et d’un usage universel : ils tiennent à la nature de la pensée même ; ils en suivent l’analyse ; ils n’en sont que le résultat ; les autres n’ont qu’une vérité hypothétique, et dépendante des conventions fortuites, arbitraires et muables, qui ont donné naissance aux différents idiomes. Les premiers contiennent la Grammaire générale ; les autres sont l’objet des diverses Grammaires particulières. (Notions de Grammaire générale, p. 11a)

    A l’heure où les frères Bescherelle publient leur Grammaire nationale, intérêts politique, philologique et esthétique mêlés, cette position de Landais pourrait sembler propre à réconcilier les acquéreurs potentiels de tous bords !

    Mais, en dépit d’une 9e et ultime édition, parue en 1865, bien vite un certain discrédit entoura l’œuvre grammaticale de Landais, jugée compilatoire, superficielle et souvent erronée, notamment dans sa critique à l’égard des manuels classiques ou modernes de grammaire, et dans sa compréhension du Dictionnaire de l’Académie française.

    Il serait sans doute fastidieux de développer l’organisation de ce volume, mais on retiendra le dessein d’ensemble qui fait passer des signes écrits et vocaux à la syntaxe en passant par d’innombrables méandres rhétoriques, poétiques ou esthétiques :

    Dans la Liste alphabétique des auteurs et des ouvrages consultés pour la grammaire, on trouve quantité d’ouvrages couvrant toute la période de l’antiquité (Aristote, Denis d’Halicarnasse) à l’époque contemporaine de Landais (Gattel, Girault-Duvivier, Laveaux, Lemare, Levizac), en passant par les grands noms de la Renaissance (Cauchy, Estienne), de l’âge classique (Bouhours, Restaut, Port-Royal), et des Lumières (Dumarsais, Harris, d’Alembert, Beauzée). Et, d’après ces témoignages, on pourrait supposer que Landais, peut-être intéressé par les travaux de Gabriel Henry ou de Peignot, que l’on retrouvera un peu plus loin, prenne en considération les états successifs du monument que constitue la langue française. Mais on sera surtout sensible au fait que figurent dans cette liste bien des références à une certaine grammaire philosophique (Butet de la Sarthe, Duclos, Sacy), qui, d’emblée, repoussent le souci historique aux marges du projet de Landais.

    Plus qu’un véritable objectif scientifique, Landais poursuit donc une ambition personnelle mercantile, pour laquelle il a recours à un éclectisme de circonstance. Le marché de la langue, devenant elle-même nationale, sous le règne de Louis-Philippe, apparaît pour Landais comme une tentation… S’allier un public désireux de voir la grammaire prescriptive s’orner des atours de la pensée rationnelle contre les tentatives moins ambitieuses des autres concurrents devient un but fondamental. Les variations du titre et l’éclectisme mal organisé du plan de l’ouvrage accusent impitoyablement ce dévoiement de l’ambition analytique et critique.

    En dépit de ce gauchissement de la visée strictement linguistique, la Grammaire de Landais offre l’avantage d’être un excellent représentant des tensions et des tendances qui traversent l’épistémologie de la discipline à l’heure où cessent d’être efficaces les grandes grammaires générales de la fin du XVIIIe s., et où la tendance commence à être celle d’une description factuelle de la langue écrite, en conformité avec les usages constatés. Entrela Grammaire générale de Serreau et Boussi et le Cours de Grammaire de Bernard Jullien, la Grammaire de Landais est une des premières grammaires à intégrer la « critique » des grammaires anciennes de la langue.

    19° L’abbé Girard fait des noms de nombre une partie distincte du discours : c’est une erreur, car ces mots sont substantifs ou adjectifs. (p. 476a)

    Des contemporains sont nommés sans ménagement :

    20° Donnez-moi le pain et Donnez-moi du pain, ne sont point synonymes ; nos enfants même ne s’y trompent pas. Le pronom en ne peut jamais être qu’un déterminatif, ou un complément éloigné, jamais un complément direct. Bescher, et à son instar Bescherelle, en font un régime direct ; c’est à mon sens une hérésie grammaticale. Quant à moi, je proteste ouvertement contre cette doctrine que MM. Bescherelle et Litais de Gaux professent dans leur Grammaire à l’article participes […] (p. 558a)

    Pour appuyer ses principes, Landais s’appuie sur un ensemble de textes de littérature classique, le plus souvent versifiés, soit qu’ils relèvent de la tragédie (Corneille, Racine), de la comédie (Molière), de l’ode (J.-B. Rousseau) ou de la poésie religieuse (Louis Racine). Boileau, Voltaire, Bossuet et Massillon figurent aussi en bonne place dans ce florilège. Les illustrations tirées de grammairiens font appel à : Boinvilliers, Bouhours, Buffier, Chapsal, Estarac, Girault-Duvivier, Laveaux, Lemare, Lévizac, Marmontel, du Marsais, Olivet, Régnier-Desmarais, Sicard et de Wailly. Mais Landais ne s’interdit pas de faire référence aux oeuvres lexicographiques : Académie française, Boiste, Gattel et Ménage… Plus symptomatique est de constater l’importance des références faites aux articles du Journal Grammatical, Littéraire et Philosophique de la Langue française et des langues en général, dont Landais discute souvent les arrêts et les attendus, qui, à ses yeux, trahissent souvent un systématisme puriste incompréhensible. Il y a là le signe d’un indéniable éclectisme, si l’on veut être positif, d’un bricolage conjoncturel, si l’on veut être négatif.

    Landais ne se cache donc pas lorsqu’il compile les grands textes des grammairiens du passé, références nécessaires, voire ceux de ses contemporains. Mais Port-Royal et Beauzée, ou Condillac et du Marsais ne sont guère pour lui que des noms, dont les travaux n’ont été que rarement compris en profondeur. On peut reprocher à Landais son manque d’esprit critique, mais non l’étendue superficielle de son arrière-plan informatif. Il revendique plus particulièrement l’influence des grammairiens de la fin du 18e s. : Lévizac, Estarac, qui ont passé à la postérité pour avoir été les tenants de la subsistance d’un ordre rationnel dans la langue. En eux, Landais trouve la justification de l’épithète « générale » incluse dans le titre de son ouvrage. Mais en termes d’influence exercée, il semble que Landais ait été assez peu lu par les auteurs littéraires contemporains, ou étudié et analysé, référencé par les grammairiens, ses contemporains. Labiche, Alexandre Dumas le citent, mais plutôt pour en rire. Quant à Commerson (1802-1879), il note : « Demandez à Napoléon Landais ce que c’est que Dieu. Il vous répondra que c’est une diphtongue » (Pensées d’un emballeur, 1851) … Probablement, les défauts de rigueur et de clarté qui lui ont été reprochés l’ont-ils empêché d’exercer durablement une influence certaine sur le cours du développement de la recherche grammaticale.

    3° Un imaginaire de la langue et du style.

    Au-delà de cette représentation, au-delà même de l’illusion de l’existence d’une langue littéraire qui serait attestée par les exemples d’écrivains, c’est tout l’horizon de rétrospection d’un imaginaire de la langue qui s’inscrit par-delà les exemples dont se prévalent les grammairiens. Entre « rapport du sujet à la langue » et idéal ou idéalisation de la langue, comme le rappelait Anne-Marie Gravaud-Houdebine, cet imaginaire linguistique permet de reconstituer les valeurs éthiques et esthétiques du Style promu, dans la première moitié du XIXe siècle, au rang de configurateur idéologique d’une société normée. A cet égard, il ne saurait y avoir plus révélateur que ce que montre la question générale du genre des substantifs. Je me situe là, en quelque sorte, au niveau proprement sémiologique du style.

    Ainsi, pour Bescherelle, la distinction du masculin et du féminin est d’ordre naturel :

    21° Les êtres animés se divisent en deux grandes classes : les êtres mâles et les êtres femelles. Cette différence entre les mâles et les femelles s’appelle sexe dans les êtres et genre dans les noms destinés à en rappeler l’idée. Ainsi, de même qu’il y a deux sexes parmi les êtres animés, il doit y avoir deux genres parmi les noms, le genre masculin et le genre féminin.  […] Nous pouvons donc établir cette règle générale, relativement aux noms d’être animés : 1° tout nom qui désigne un homme ou bien un mâle chez les animaux est masculin : Alexandre, lion, tigre, etc. 2 : Tout nom désignant une femme ou bien une femelle chez les animaux, est féminin : Alexandrine, lionne, tigresse, etc. Ainsi se détermine, d’une manière très naturelle, le genre, dans les noms qui désignent les êtres animés. La nature que nous avions prise pour guide, n’a donc point trompé notre confiance ; elle seule nous a dicté ces règles simples et les a sanctionnées. [[…] La distinction des noms en deux genres, l’un masculin, l’autre féminin, conformément aux deux sexes, fut donc prise dans la nature. […] Il eût été absurde de désigner tous les êtres animés, quoique de sexe différent, par le même nom sans distinction de sexe, parce que le langage n’aurait jamais été d’accord avec le fait et parce qu’on aurait toujours été embarrassé de savoir duquel des deux êtres on parlait, tandis qu’on eût mis aucune différence entre leur nom commun. [p. 35]

    Passons sur la logique du raisonnement et les implications d’une telle conception du genre grammatical. Se pose néanmoins la question de la justification des genres « dans les noms qui ne peuvent se modifier sous le rapport du genre. » (p. 36), résolue de la même manière par un recours à l’empirie du quotidien et à la Grammaire générale d’Auguste-François Estarac[10] :

    22° Les mâles, les femelles, les petits des espèces d’animaux qui contribuent le plus ou à l’utilité ou à l’agrément de l’homme, sont distingués par des noms différents ; au lieu que dans les espèces les moins rapprochées de l’homme, et moins utiles, ou à ses plaisirs, ou à ses besoins, le mâle et la femelle sont désignés par un seul et même substantif, tantôt masculin, tantôt féminin, sans égard au sexe de l’individu qu’on veut nommer, et que, pour désigner les petits, il faut employer une périphrase. [p. 37]

    Les choses se corsent toutefois lorsqu’il faut expliquer, dans le cadre de la syntaxe des substantifs (p. 60), que certains noms, animés aussi bien que non animés, peuvent connaître les deux genres en fonction des conditions de leur emploi. C’est ici que le paramètre du style, tout au moins d’une certaine conception du style, intervient pleinement puisque, de l’opposition mâle / femelle à celle de masculin / féminin, les auteurs n’hésitent pas à dériver l’opposition d’une masculinité, qui « annonce toujours une idée grande et noble » (p. 93) à une féminité, qui « s’harmonise avec une idée gracieuse et touchante » (p. 81) quand elle n’est pas tout simplement frappée du sceau d’une ironie (p. 93) dépréciative lorsqu’elle s’applique à des noms tels que : auteur / autrice, amateur / amatrice, docteur / doctoresse, graveur / graveuse, maire / mairesse, maître / maîtresse, professeur / professeresse, philosophe / philosophesse, poète / poétesse. Et Bescherelle de conclure : « l’ironie est féminine parce que le masculin est toujours noble dans son emploi » (p. 93).

    Ce sont les mêmes remarques et références faites au sens que l’on trouvait déjà chez Girault-Duvivier (pp. 94-142) et que l’on trouve toujours dans Napoléon Landais (pp. 233a-252a), qui au sujet de la liste précédente, ajoute :

    23° Cette règle d’usage vient de ce que ces mots ne dépeignent que des professions d’hommes auxquelles il est rare que des femmes se livrent. Quand on veut appliquer aux femmes quelques-unes de ces qualifications, il est à propos d’indiquer bien précisément que c’est d’une femme que l’on parle, soit en employant le mot même de femme, soit en le désignant part quelque autre titre ou qualité analogue. Ainsi l’on doit dire : une femme auteur, ou mademoiselle une telle artiste, une dame poète, etc. [p. 249]

    Ce sont là des considérations qui, sous ce point de vue, donnent du corps aux analyses de Marielle Macé pour qui le terme de style subsume toute une critique de nos formes de vie, régulées — comme on le sait — par l’ordonnance du langage en ce que celui nous dit de nos formes d’existence et d’individuation bien en-deçà de la langue elle-même.

    Lorsque nous parvenons à saisir celle-ci, au niveau formel et grammatical du style, nous pouvons noter chez nos grammairiens une identique prégnance de critères fondés sur des appréciations esthétiques difficilement justifiables d’un point de vue strictement linguistique. Quelques exemples suffiront ici à illustrer ces paralogismes.

    Prenons chez Girault-Duvivier le cas du participe présent et de l’adjectif verbal, et voyons quelles sont les justifications :

    24° Le Participe devenu Adjectif verbal ne peut jamais prendre de régime direct, et ne reçoit que le régime indirect. Ainsi, quoique du participe aimant nous ayons fait l’Adjectif verbal aimant, aimante, on ne dit pas cette femme aimante un tel homme ; mais on dira très bien une main dégouttante de sang. Dégouttant, dégouttante est là un Adjectif verbal qui comporte le régime indirect. La raison de cette différence c’est que, quand le Participe devient Adjectif verbal, il n’exprime plus une action, mais une habitude morale ou un état de choses. C’est là le caractère de l’adjectif…. [p. 799]

    De même dans ses Remarques détachées sur un grand nombre de mots et l’emploi vicieux de certaines locutions, Girault-Duvivier ne fait pas mystère du chevauchement de la poétique sur la grammaire :

    25° Apprivoiser. Ce verbe, appliqué aux personnes ou aux animaux, est du style familier ; il acquiert de la noblesse lorsqu’il est joint à un nom de choses :

    Il s’éloigne et reprend sa morne rêverie ;

    Mais la chanson du pâtre assis dans la prairie

    Apprivoisa du moins sa farouche douleur.

    La Harpe, Épître à M. le comte de Schowaloff. (p. 26]

    Nous sommes là tout-à-fait dans la même optique et la même esthétique que celle pratiquée encore en 1822 par L. J. M. Carpentier et son Gradus poétique françois[11].

    Voyons maintenant comment légifèrent les Bescherelle. Prenons un exemple parmi d’autres : celui du nombre des substantifs après DeEn…. (N° LXIII). La règle veut que le complément de nom demeure au singulier : « L’homme flotte de sentiment en sentiment, de pensée en pensée » (Châteaubriand). Mais les Bescherelle observent que le complément de nom peut aussi, dans ces tournures, être au pluriel avec un effet de sens différent. Contre l’avis des grammairiens qui n’acceptent que le singulier, et reprenant l’avis formulé par Jules Dessiaux[12], ils déclarent :

    26° Nous avons déjà eu l’occasion d’attaquer cet absolutisme aveugle qui ne tend à rien moins qu’à mettre des entraves à la pensée et à la circonscrire dans d’étroites limites. Notre opinion est donc que l’on peut dire, selon l’idée que l’on veut exprimer, de montagne en montagne, ou de montagne en montagnes ; de branche en branche, ou de branche en branches. En faisant usage du singulier, on veut indiquer qu’on passe d’une chose à une autre, d’une montagne à une autre montagne, d’une branche à une autre branche. Mais lorsqu’on emploie le pluriel, l’esprit, au lieu d’envisager les objets isolément, et, pour ainsi dire, un à un, les considère par groupes, par masses : Napoléon marchait de victoires en victoires ; le pluriel réveille ici une idée précise de quantité, une multitude de victoires auxquelles en succédaient bientôt une foule d’autres. De victoire en victoire n’offrirait plus le même sens, et rétrécirait singulièrement la pensée… Il est temps de le reconnaître, les grammairiens, par leurs froides analyses et la sévérité plus que géométrique de leurs théories, n’ont jamais assez tenu compte des nuances du sentiment et de la pensée, ni des rapides élans du génie. Qu’y a-t-il d’étonnant qu’ils aient regardé comme barbares des tournures hardies, des inversions, des ellipses, des syllepses qui déroutaient la faible marche de leurs idées et la lenteur de leurs conceptions. […] Étudiants ! et vous tous que nous volons initier à la langue des Voltaire et des Racine, laissez les grammairiens se disputer entre eux ; laissez-les inventer des règles que désavouent l’usage et le bon sens, et marchez hardiment, avec nous, sur les traces des grands écrivains qui sont en tout nos meilleurs guides. [p. 142-43]

    Il s’agit naturellement là d’« opinion », de « nuances de pensée », de « génie », toutes autorisées par une casuistique rhétorique dont sont généralement friands tous les grammairiens. Mais ce sont là des notions qui montrent le basculement stylistique de la grammaire ou sa subversion par des impératifs de représentation du monde qui font bien du style une manière d’appréhender la vie au-delà des discours. Ce n’est pas pour rien que la légende napoléonienne est mise ici à contribution, pour la part de grandeur et de gloire qu’elle emporte avec elle, susceptible de ranimer les enthousiasmes de la jeunesse à une époque où la monarchie orléaniste ne vise qu’au confort bourgeois des idées reçues.

    Prenons maintenant un exemple chez Landais ; en l’occurrence celui de l’opposition de la syntaxe naturelle et de la syntaxe figurée, vaste problème déjà largement traité tout au long du XVIIIe siècle et au début du XIXe. En réaffirmant le primat de la clarté et de la logique, l’argumentation de Landais reprend les grands principes de l’idéologie et de la grammaire générale, mais elle les fait dériver in petto vers les considérations d’un style encore régi par la nécessité d’être classiquement conforme à une certaine éthique de la vérité et une non moins certaine esthétique de la clarté :

    27° La syntaxe est naturelle ou figurée. Lorsqu’on veut communiquer aux autres sa pensée, on est obligé de la décomposer, de l’analyser, d’étaler, pour ainsi dire, les unes après les autres, toutes les idées qui la composent, et de présenter chacune de ces idées sous l’expression qui lui convient. Or la syntaxe naturelle exige que la phrase déroule les mots qui concourent à sa contexture dans le même ordre et sous les mêmes rapports que les idées se présentent à l’esprit, lorsque celui-ci analyse sa pensée pour la tracer sur le papier, ou pour la transmettre par l’organe de la voix. La syntaxe figurée, au contraire, permet de déroger à cet ordre sévère, pour donner à la phrase une construction plus élégante. La vivacité de l’imagination, l’impatience de l’esprit, le désordre du cœur, l’intérêt de l’expression, l’harmonie, le nombre, la précision, et., déterminent souvent et nécessitent même cette infraction aux lois de la syntaxe naturelle. Il est mille circonstances où l’exactitude scrupuleuse, que prescrit celle-ci, serait désagréable, produirait un très-mauvais effet. Mais, comme l’expression doit toujours être une image claire et vraie de la pensée, on doit éviter avec soin toute construction, quelque élégante qu’elle pût être, qui en ferait une image fausse ou mystérieuse : la clarté et la vérité ne doivent jamais être sacrifiées aux ornements de la syntaxe figurée. […] Si les détails dans lesquels nous sommes obligés d’entrer paraissent vains, ou tout au moins minutieux, à quelques personnes qui ne savent envisager les choses que superficiellement, nous leur répondrons que l’analyse raisonnée des parties de la phrase est la boussole qui doit guider tous ceux qui veulent être conduits par des voies sûres et éclairée. La parfaite connaissance des parties de la phrase est un flambeau qui répand, non pas seulement des rayons, mais des éclats de lumière, sur toutes les parties de la syntaxe, et en particulier sur l’arrangement et la disposition des mots, cet objet si important, et d’où naissent la clarté, l’harmonie, nous avons presque dit les seuls charmes du style. Résumons-nous : qui sait parfaitement décomposer une phrase sait parfaitement sa langue. [p. 403

    On ne saurait, en l’occurrence, être plus explicite : la maîtrise de la langue est la caution de celle d’un style qui conditionne par l’harmonie et la clarté la compréhension du sens des énoncés. Citant encore d’Alembert, une adaptation d’un extrait de son article « Élocution » dans la 1ère édition de l’Encyclopédie, tome 5, p. 523 :

    28° « La clarté consiste à se faire entendre sans peine. On y parvient par deux moyens : en mettant chaque idée à sa place, dans l’ordre naturel, et en exprimant nettement chacune de ces idées. Ces idées sont exprimées nettement et facilement, si l’on a évité les termes équivoques, les tours ambigus, les phrases trop longues, trop chargées d’idées incidentes et accessoires à l’idée principale »

    Landais ajoute :

    29° Celui qui compose s’entend, et par cela seul il croit qu’il sera entendu ; mais celui qui lit n’est pas dans la même disposition d’esprit ; il faut que l’arrangement des mots le force à ne pouvoir donner à la phrase que le sens qu’a voulu lui faire entendre celui qui a écrit. Ce qui rend une phrase équivoque, c’est l’indétermination essentielle à certains mots employés de manière que l’application naturelle n’en est pas fixée avec assez de précision. Une phrase est louche, quant au sens, lorsque les mots qui la composent semblent, au premier coup d’œil, avoir un certain rapport, quoique véritablement ils en aient un autre, de telle façon que les idées ne sont ni claires ni intelligibles. [p. 114 b]

    Par où l’on voit et l’on comprend que le style ne s’applique pas uniquement aux objets littéraires, poétiques, dramatiques, romanesques, philosophiques, mais qu’il concerne finalement, et conditionne même la plausibilité de toutes les formes d’élocution.

    Sous cet aspect, le style devient un opérateur éthique et esthétique ayant pour fonction d’agréger l’individu à une communauté sociale historiquement et socialement définie. Pour nous qui sommes loin des structures de la société du XVIIIe siècle, c’est sans doute là une manière paradoxale de redonner du sens au célèbre aphorisme de Buffon « Le style est l’homme même ». Manière paradoxale, peut-être, mais indéniable d’en étendre l’application du sens.

    En effet, si la matière écrite demeure alors par nécessité le seul objet sur lequel se porte l’attention des grammairiens, lorsque ceux-ci débattent de l’élocution grammaticale et de l’éloquence rhétorique, ils sont contraints d’intégrer dans leurs ouvrages toutes les formes de discours, de la conversation orale représentée au théâtre jusqu’aux formes écrites des compositions élaborées dans les autres genres littéraires. La littérature et les auteurs leur fournissent là un matériau esthétiquement attesté et exemplifiant des valeurs éthiques incontestées. Les grammairiens statuent donc sur les discours, et par extension sur une représentation de la langue, à l’aune d’une esthétique témoignant d’une forme de cohésion sociale, laquelle emporte ainsi avec elle toutes les valeurs éthiques d’une société. C’est là que se constitue un imaginaire de la langue et du style. Et plus particulièrement encore à une époque où la langue se doit d’être devenue nationale.

    Conclusion :

    Si dès 1730, Dumarsais a rappelé le caractère naturel des figures et souligné

    30° « qu’il se fait plus de figures un jour de marché à la halle, qu’il ne s’en fait en plusieurs jours d’assemblées académiques. Ainsi, bien loin que les figures s’éloignent du langage ordinaire des homes, ce seroient au contraire les façons de parler sans figures qui s’en éloigneroient, s’il étoit possible de faire un discours où il n’y eut que des expressions non figurées »[13].

    Mettant ainsi l’accent sur la dimension orale de la parole, il n’est pas surprenant que de nombreux auteurs du XVIIIe siècle aient également rappelé que la conversation était l’expression sociale d’une forme d’art et qu’elle devait, à ce titre, refléter une esthétique exprimant les valeurs éthiques des locuteurs. Rappelons-nous la définition de l’Encyclopédie :

    31° Les lois de la conversation sont en général de ne s’y appesantir sur aucun objet, mais de passer légèrement, sans effort & sans affectation, d’un sujet à un autre ; de savoir y parler de choses frivoles comme de choses sérieuses ; de se souvenir que la conversation est un délassement, & qu’elle n’est ni un assaut de salle d’armes, ni un jeu d’échecs ; de savoir y être négligé, plus que négligé même, s’il le faut : en un mot de laisser, pour ainsi dire, aller son esprit en liberté, & comme il veut ou comme il peut.[14]

    Si, par ailleurs, selon Marc Fumaroli, la conversation est sous l’ancien Régime « un jeu avec des partenaires que l’on tient pour ses pairs, et dont on n’attend rien d’autre que de bien jouer »[15], il est peu étonnant aujourd’hui, pour nous, qu’avec la brutale césure de la Révolution égalitaire de tous les droits, l’aphorisme de Buffon ait conduit à faire du style le principe régulateur des modes du vivre contemporains tandis que la langue française devenait un trésor commun auquel tous, en principe, devaient et pouvaient avoir accès.  Ainsi s’est créée cette tension permanente entre une conception disons anthropologique et globale du style et sa transformation au cours du XIXe siècle en une conception psychologique et locale, individuelle au sens de : le style c’est l’homme en tant qu’individu particulier et spécifique. D’où l’idée de chercher sa spécificité et son individualité dans les traces verbales de ses discours, la fixation par l’écrit des manières de sa parole.

    Tandis que les témoignages de l’élocution et de l’éloquence, qualités essentielles de l’art oratoire, subsistaient encore au début du XIXe siècle sous les formes de la matière littéraire écrite, la libération de la parole qui a suivi l’épisode révolutionnaire a, selon Chateaubriand comme Madame de Staël, tué les plaisirs de la conversation[16], ce dont Marc Fumaroli rendait compte naguère dans une de ses formules choc :

    32° La Révolution sera une revanche ostentatoire de la vertu virile et de l’éloquence masculine sur les grâces flexueuses des sopranos et le jacassement des hautes-contre de la conversation des salons de l’Ancien Régime[17]

    À côté de Girault-Duvivier, de Bescherelle et de Landais, il convient dès lors de faire entrer en scène un quatrième comparse de notre intrigue, en l’occurrence Jacques-Auguste Raynaud, cousin aîné de Maurice de Guérin, professeur au collège Stanislas, et auteur d’un Manuel du Style en quarante leçons[18]. Sous un titre trompeur et une table des matières d’apparence inoffensive puisqu’elle reprend les poncifs habituels :

    33° Qu’est-ce que le Style ? De la Langue française. Des Qualités du bon Écrivain. Du Goût. De l’Imitation. De l’originalité de Style et des Styles individuels. Du Style romantique. Le bon Style et la Perfection et la Politesses des mœurs. De la Conversation. De l’Éloquence moderne

    Mais, en intégrant à sa réflexion cette dimension de l’orature, ce volume permet de mieux comprendre la finalité subsidiairement, et sans doute involontairement, poursuivie par Bescherelle et Landais. La Préface du Manuel du style en quarante leçons est très claire à cet égard :

    34° Le style est l’homme, a dit un grand maître en l’art d’écrire. En effet, le style est comme le moule qui donne la forme et l’empreinte aux idées, et qui, les marquant d’un sceau particulier et caractéristique, individualise moralement ceux qui écrivent ou qui parlent. Cependant cette partie si importante de l’individualité manque de préceptes pour son perfectionnement, car ni la grammaire, ni la rhétorique, ne forment le style. L’art dont il s’agit ici est entre la rhétorique et la grammaire ; il n’appartient pas plus à l’une qu’à l’autre. […] C’est à cause de ce manque de limites précises que le style flotte au hasard en dehors des préceptes. [p. 1-2]

    Je retiendrai évidemment ici l’adverbe moralement, qui incline la réflexion vers la dimension comportementale et éthique, et la considération générale qui associe l’écriture et l’orature. Ce qui amène Raynaud à formuler une définition extensive du style :

    35° Le style résulte principalement de la façon de s’énoncer : en ce sens il est à peu près dans le langage ce qu’on appelle manière dans la peinture ; or cette façon, ou si l’on veut cette manière de s’énoncer, qui forme le faire particulier à chaque écrivain, doit se ressembler à elle-même et ressembler à son auteur, ou bien elle n’a point de caractère décidé, et, comme on bien de le faire observer, il n’y a point de style. Il faut donc définir le style une manière caractéristique et soutenue d’exprimer ses idées par écrit ou de vive voix [p. 13]

    J’ai traité ailleurs des rapports du style à la manière. Je n’y reviens donc pas. Mais dans l’ordre des rapports du style à la grammaire, et notamment à l’époque de la Monarchie constitutionnelle de Juillet, cela m’oblige à reprendre la question d’un oral que ni Girault-Duvivier, ni Bescherelle, ni Landais n’ont évidemment pris en considération tandis que leurs contemporains prêtent alors toute leur attention « aux vents de la tribune », comme dit Alfred de Vigny, que font souffler les « acteurs politiques ». Raynaud rappelle :

    36° Le style parlé est plus usuel, plus quotidien que l’art d’écrire ; c’est celui surtout dont la connaissance est d’une plus urgente nécessité ; c’est celui qui constitue une existence sociale comme l’autre en donne une littéraire. Mais il ne faudrait pas croire que le style écrit et le style parlé eussent beaucoup de similitudes et de rapprochements ; la légèreté, l’étourderie même, et autres qualités qui brillantent la conversation, le défaut de liaison, les transitions brusques, le parlage ne peuvent convenir au style littéraire. La profondeur, l’érudition, qui font le prix de ce dernier, seraient du pédantisme dans une société, dans un cercle ; enfin, il y a entre ces deux styles la différence qui sépare l’homme de cabinet de l’homme du monde. [p. 417]

    Résumons donc.

    Girault-Duvivier s’assigne comme objectif :

    37° Bien convaincu que la religion et la morale sont les bases les plus essentielles de l’éducation ; que les règles les plus abstraites sont mieux entendues lorsqu’elles sont développées par des exemples ; et qu’à leur tour les exemples se gravent mieux dans la mémoire lorsqu’ils présentent une pensée saillante, un trait d’esprit ou de sentiment, un axiome de morale, ou une sentence de religion, je me suis attaché à choisir de préférence ceux qui offrent cet avantage » [p. VI].

    Bescherelle rappelle :

    38° Dans un état où les places ne sont plus le partage d’un petit nombre de privilégiés, mais où chaque homme voit s’ouvrir devant lui la carrière des emplois, et par conséquent peut être appelé à élever la voix dans les tribunaux, les assemblées politiques ou dans les temples, c’est un devoir pour tous les citoyens de connaître leur propre langue et de savoir la parler et l’écrire correctement. […] Il faut donc compulser tous les chefs d’œuvre de notre littérature, réunir une masse imposante de faits, et n’admettre que ceux qui ont été consacrés par l’emploi le plus général. Cet immense travail se complique encore de la difficulté de choisir des pensées intéressantes sous le rapport de la morale, de la religion, de l’histoire, des sciences, des lettres et des arts ; car on conçoit tout ce qu’aurait de fastidieux un amas de ces phrases triviales dont fourmillent nos grammaires. L’éducation, d’ailleurs, est inséparable de l’enseignement, et il faut autant que possible, élever l’âme et former le jugement. [p. 1-2]

    Enfin Landais revendique :

    39° C’est en nous attachant à faire connaître notre belle langue dans ses principes et dans son génie ; c’est en nous conformant aux variations que le progrès des lumières et le laps du temps ont nécessairement introduites, et en ne le faisant jamais sans en montrer la raison et l’esprit ; c’est en indiquant les lois ordinairement imposées par l’usage ; c’est enfin en donnant à tous le moyen de parler notre langue comme on la parle dans un monde éclairé et poli, que nous parviendrons à prouver qu’elle est et qu’elle doit être, par sa perfection, la plus riche de toutes les langues. […] Quant à ce Qui caractérise spécialement notre Grammaire, nous en aurons dit assez en annonçant qu’elle est à la fois élémentaire et transcendante, et qu’il ne s’y mêle aucune espèce de système. Nous sommes convaincus que le purisme est la superstition des Grammaires ; c’est donc toujours la raison, et la raison justifiée, qui, développant les règles, et les épurant au creuset de l’analyse, doit consacrer et réformer l’usage, lorsque l’usage s’est égaré. Ceux qui chercheront dans notre ouvrage une étude suivie, trouveront de quoi satisfaire leur goût ; et ceux qui ne voudront que consulter au besoin, lorsqu’ils auront quelques doutes à éclaircir, ou quelques difficultés à lever, rencontreront chez nous les questions et les solutions qu’aucun traité semblable ne leur a présentées jusqu’à ce jour

    Laissons alors une dernière fois la parole à Raynaud :

    40° Soit que l’on se destine à la haute mission d’écrivain, soit que l’on veuille resserrer son avenir dans le cercle borné de la vie ; en un mot, que l’on veuille parler ou que l’on veuille écrire, une des premières conditions, c’est de travailler son style ; les faveurs de la nature et de la fortune perdent de leur éclat si l’on ne sait pas parler, comme lez génie lui-même est un inutile présent du ciel pour l’écrivain, s’il ignore l’art de le faire valoir par le style. […] Ainsi, puisque notre existence dépend de notre manière de nous montrer, puisque dans ce monde comme dans le rouage d’une mécanique, nous n’avons de valeur que par rapport aux autre, quel soin ne devons-nous pas apporter aux manifestations de la pensée ! quelle étude ne devons-nous pas faire du style, puisque nous ne serons jugés que sur ce que nous dirons, et que l’opinion publique d’ordinaire s’appuie moins sur les faits que sur les paroles, surtout dans les villes populeuses où l’on n’a pas toujours dans la tête la biographie de gens que l’on voit. Quant aux auteurs, leur vraie physionomie c’est le style ; c’est la physionomie qu’ils auront dans la postérité, s’ils y parviennent. [p. 8]

    Et concluons :

    À une époque où le suffrage censitaire, qui fut assez sévèrement critiqué, clivait drastiquement la société française et opposait les détenteurs de fortune et d’instruction à ceux qui en étaient dépourvus, en dépit de la tentative de Guizot de généraliser l’instruction publique (1832-33), il était sans doute nécessaire mais aussi très largement utopique de confier aux grammairiens et aux grammaires le soin d’établir les formes et la substance d’une langue désormais nationale.

    En effet, cette volonté de normalisation et de standardisation reposait largement sur un imaginaire de la langue faisant de celle-ci la représentation d’un idéal social ductile et s’accommodant des règles et des principes de grammairiens puisant leurs exemples et leurs justifications dans des textes et des auteurs d’un autre âge. Des auteurs soumis aux exigences d’un style que le XIXe siècle ne pouvait plus reconnaître après l’épisode révolutionnaire et l’épopée napoléonienne. Et c’est donc le style, en l’occurrence un style désormais dévolu à l’expression du devoir d’énoncer son individualité, d’affirmer son identité et sa personnalité contre la représentation fantasmée d’un homme universel, qui a joué là son rôle de trublion des certitudes générales inébranlables.

    Alors : les grammairiens ont-ils du style ?

    Nos grammairiens le croyaient en s’appuyant sur les meilleurs exemples d’une littérature insensible à l’évolution de l’histoire, et présentant des modèles éthiques et esthétiques d’actualité pérenne. Mais, rapporté désormais à l’expression de l’individuation du sujet de la langue, le style, cet obscur objet de convoitises libidinales soumises aux transformations morales et comportementales aussi bien qu’esthésiques[19] de la société, ne pouvait plus que déjouer leur intention, ou, si vous préférez, leur illusion. Pour revenir à mon point de départ et à Marielle Macé : le style est bien une critique permanente des formes de vie. L’exemple des velléités d’instauration d’une langue nationale au tournant de la révolution de 1830 l’illustre parfaitement.

    Bibliographie :

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    Bescherelle, Louis-Nicolas & H., et Litais de Gaux,1834 : Grammaire nationale ou Grammaire de Voltaire, de Racine, de Bossuet. […] précédée d’une introd. par M. Philarète Chasles, Paris, Bourgeois-Maze, Dubois-Voilquin, Leipsick, Michelsen.

    Carpentier, L. J. M, 1822 : Gradus poétique françois, Paris, A. Johanneau.

    D’Alembert, Jean Le Rond, Diderot, Denis, Toussaint, Antoine, 1751 : L’Encyclopédie, 1re éd., Tome 1, 1751 [s : Page Article Conversation

    Dessiaux, Jules, 1832 : Examen critique de la Grammaire des grammaires de Girault-Duvivier, avec des suppléments indispensables extraits des meilleures grammaires, Paris, Hachette, 1832.

    Dumarsais, César Duchesneau, 1730 : Traité des Tropes, Paris, chez la Veuve de Jean-Baptiste Brocas.

    Frei, Henri, 1929 : La grammaire des fautes (1929), rééd. Presses universitaires de Rennes, coll. Rivages linguistiques, avec une préface de Freiderikos Valetopoulos, 2011.[20]

    Fumaroli, Marc, 2010 : Trois institutions littéraires, Paris, Gallimard, coll. « folio histoire ».

    Girault-Duvivier, Charles-Pierre, 1811 : Grammaire des grammaires ou analyse raisonnée des meilleurs traités sur la grammaire française, Paris, Porthmann.

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    Houdebine, Anne-Marie, 2015 : « De l’imaginaire linguistique à l’imaginaire culturel », Linguistique, vol. 51, 2015/1, p. 3-40.

    Landais, Napoléon, 1835 : Grammaire Générale des Grammaires Françaises présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernes, Paris, Didier Libraire-֧Éditeur.

    Levitt, Jesse, 1968 : The Grammaire des Grammaires of Girault-Duvivier, A study of Nineteenth-Century French, Mouton, The Hague, Paris.

    Mercier, Louis-Sébastien, Mon Dictionnaire, 1798 : Néologie ou Vocabulaire de mots nouveaux, à renouveler ou pris dans des acceptions nouvelles, Paris, chez Moussard & chez Maradan.

    Meschonnic, Henri, 1997 : De la langue française, essai sur une clarté obscure, Hachette.

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    Saint-Gérand, Jacques-Philippe, 2012 : « Girault-Duvivier, Napoléon Landais, des grammaires sans histoire ? », Vers une histoire générale de la grammaire française. Matériaux et perspectives, B. Colombat, J.-M. Fournier et V. Raby éd., Paris, Honoré Champion, p. 367-391

    Saint-Gerand, Jacques-Philippe, 2020 : « Les êtres d’un lieu commun ? Conceptions du style de la fin du XVIIIe siècle au début du XXe siècle » in Sophie Jollin-Bertocchi et Serge Linarès (dirs), Changer de style. Écritures évolutives aux XXe et XXIe siècles, Leiden, Boston, Brill-Rodopi, 2020, pp. 13-32.

    Saint-Gerand, Jacques-Philippe, 2022 : « Louis-Sébastien Mercier : un énergumène du langage à la recherche du sens » in Lumières, Ombres, Trémulations, Hommage au Professeur Jacques Wagner, Paris, Hermann, 2022 pp. 425-454.

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    Siouffi, Gilles (dir.), 2021 : Le sentiment linguistique chez Saussure, Lyon, ENS Éditions, 2021.

    De Staël, Germaine, 1814 : De l’Allemagne, Paris, Nicolle, Mame Frères, et Réédition, 1968 Paris, Flammarion.


    [1] Jacques-Philippe Saint-Gérand, 2012 « Girault-Duvivier, Napoléon Landais, des grammaires sans histoire ? », Vers une histoire générale de la grammaire française. Matériaux et perspectives, B. Colombat, J.-M. Fournier et V. Raby éd., Paris, Honoré Champion, p. 367-391

    [2] Serreau et Boussi, La Grammaire ramenée à ses principes naturels, ou traité de grammaire générale appliquée à la langue française, Paris, Dauthereau, Libraire, 1829, p. 85.

    [3] L’auteur de la Grammaire des Grammaires, Paris, 1811, Porthmann, déclarait en effet :  » Cette Grammaire offre d’ailleurs un nouveau degré d’utilité. Bien convaincu que la religion et la morale sont les bases les plus essentielles de l’éducation ; que les règles les plus abstraites sont mieux entendues lorsqu’elles sont développées par des exemples ; et qu’à leur tour les exemples se gravent mieux dans la mémoire, lorsqu’ils présentent une pensée saillante, un trait d’esprit ou de sentiment, un axiome de morale, ou une sentence de religion, je me suis attaché à choisir de préférence ceux qui offrent cet avantage. J’ai en outre multiplié ces exemples autant que je l’ai pu, et je les ai puisés dans les auteurs les plus purs, les plus corrects; de sorte que, si dans certains cas, nos maîtres sont partagés d’opinion; si certaines difficultés se trouvent résolues par quelques-uns d’entre eux d’une façon différente, et qu’on soit embarrassé sur le choix que l’on doit faire, sur l’avis que l’on doit suivre, on éprouvera du moins une satisfaction, c’est qu’on aura pour se déterminer l’autorité d’un grand nom; car, comme l’a dit un auteur, Il n’y a de Grammairiens par excellence que les grands écrivains « , p. vi-vii.

    [4] Bescherelle frères, et Litais de Gaux, Grammaire Nationale ou Grammaire de Voltaire, de Racine, de Bossuet, de Fénelon, de J.-J. Rousseau, de Buffon, de Bernardin de Saint-Pierre, de Chateaubriand, de Casimir Delavigne, Paris, Bourgeois-Maze, 1836, p. v-vi.

    [5] Rédigée sous la direction de Michael Riffaterre : The Grammaire des Grammaires of Girault-Duvivier, A study of Nineteenth-Century French, Mouton, The Hague, Paris, 1968.

    [6] Extrait de son article « Rationalité juridique et grammaire classique, in Droit et Société, 10/1988, consulté sur internet le 6 septembre 2022, à l’adresse : https://www.persee.fr/doc/dreso_0769-3362_1988_num_10_1_1015)

    [7] Louis-Sébastien Mercier, Mon Dictionnaire (1798), Néologie ou Vocabulaire de mots nouveaux, à renouveler ou pris dans des acceptions nouvelles, Paris, chez Moussard & chez Maradan (1801). Voir à ce sujet : J.-Ph. Saint-Gerand, « Louis-Sébastien Mercier : un énergumène du langage à la recherche du sens » in Lumières, Ombres, Trémulations, Hommage au Professeur Jacques Wagner, Paris, Hermann, 2022 pp. 425-454.

    [8] Henri Frei, La grammaire des fautes (1929), rééd. Presses universitaires d Voir à ce sujete Rennes, coll. Rivages linguistiques, avec une préface de Freiderikos Valetopoulos, 2011

    [9] Jacques-Philippe Saint-Gerand, « Les êtres d’un lieu commun ? Conceptions du style de la fin du XVIIIe siècle au début du XXe siècle » in Sophie Jollin-Bertocchi et Serge Linarès (dirs), Changer de style. Écritures évolutives aux XXe et XXIe siècles, Leiden, Boston, Brill-Rodopi, 2020, pp. 13-32.

    [10] Paris, Nicolle, 1811

    [11] Paris, Renduel, 1822.

    [12] Jules Dessiaux, Examen critique de la Grammaire des grammaires de Girault-Duvivier, avec des suppléments indispensables extraits des meilleures grammaires, Paris, Hachette, 1832.

    [13] César Chesneau Dumarsais, Traité des Tropes, Paris, chez la Veuve de Jean-Baptiste Brocas, 1730, p. 2.

    [14] d’Alembert, Diderot, Toussaint, L’Encyclopédie, 1re éd., t. Tome 1, 1751[s: Page : Diderot – Encyclopédie 1re édition tome 4.djvu/170| Wikisource], Article Conversation

    [15] Marc Fumaroli, Trois institutions littéraires, Paris, Gallimard, coll. « folio histoire », 2010, p. 126.

    [16] Madame de Staël, De l’Allemagne, Paris, Flammarion, 1968, pour qui, en conclusion du chapitre IX, Des étrangers qui veulent imiter l’esprit français : « l’art de la conversation réunit toutes les qualités imaginables mais n’a qu’un défaut, c’est qu’il est mort »

    [17] Idem, p. 150.

    [18]

    [19] Je dis bien « esthésiques », au sens où l’esthésie désigne l’aptitude à percevoir des sensations, en un préalable à ce que les conceptions du beau font émerger ensuite comme esthétique des langues à partir d’une aperception de leurs discours, en laquelle le sentiment épilinguistique, mixte d’impressions inconscientes et d’habitudes d’usage conditionnées par l’éthos social, retrouve alors toute son importance.

     


     

  • Colloque international : Style et Imaginaires de la Langue – Programme

    Laboratoires Fablitt et Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines

    5e colloque de l’Association Internationale de Stylistique


    Université Paris 8 (entrée rue Guynemer, en face du métro Saint-Denis Université)

    Maison de la Recherche – Espace Deleuze – Bâtiment A, niveau 1

    18-19-20 octobre 2022


    Le colloque visera à mieux évaluer le rôle de l’imaginaire dans la pensée de la langue, à la fois dans ses modes de représentation, sa portée heuristique, ses enjeux épistémologiques ou encore ses visées esthétiques, scientifiques ou politiques. En matière de connaissance de la langue, y a-t-il rupture ou continuité entre la représentation, par les linguistes, du système de la langue et l’image que dessinent les écrivains à partir de leur usage singulier ? Quel type de geste théorique se lit dans leur pratique stylistique ? Théoriciens et praticiens de la langue servent-ils des modes de représentation opposés ? Doit-on les hiérarchiser ? De quelle manière tel ou tel imaginaire joue-t-il un rôle dans l’évolution d’une langue ? Dans quels champs d’étude s’inscrivent l’observation du sentiment linguistique des écrivains ou la description des images en usage chez les linguistes ? Voilà quelques questions qui serviront d’axe problématique au cinquième colloque de l’AIS qui, après Rennes en 2008, Caen en 2011, Lyon en 2015 et Aix en 2018, se tiendra à l’Université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis les 18, 19 et 20 octobre 2022. Organisées sans aucun privilège d’école ou d’orientation et sans exclusive conceptuelle, ces rencontres auront pour ambition de réunir des chercheurs issus d’horizons scientifiques et géographiques diversifiés afin de favoriser dialogue interdisciplinaire et échanges méthodologiques sur des questions qui pourront être abordées à la fois comme support théorique et comme terrain d’expérimentation pratique.

    Comités

    Comité d’organisation : Mathieu Bermann, Sophie Bertocchi-Jollin, Mathias Verger, Judith Wulf.

    Comité scientifique : Mathieu Bermann (Université Paris 8), Éric Bordas (ENS-Lyon), Bernard Cerquiglini (Université de Paris), Stéphane Chaudier (Université de Lille), Anne Herschberg-Pierrot (Université Paris 8), Sophie Bertocchi-Jollin (Université Paris-Saclay), Joël July (Aix-Marseille Université), Lise Gauvin (Université de Montréal), Michèle Monte (Université de Toulon), Bérengère Moricheau-Airaud (Université de Pau), Élise Pavy-Guilbert (Université Bordeaux-Montaigne), François Rastier (CNRS), Gilles Siouffi (Sorbonne Université), Mathias Verger (Université Paris 8), Sandrine Vaudrey-Luigi (Sorbonne Nouvelle), Judith Wulf (Université Paris 8).

    PROGRAMME

    MARDI 18 OCTOBRE – PERSPECTIVES THÉORIQUES

    8H45 – Accueil

    9H30 – Mot de bienvenue d’Elsa Kammerer, directrice du laboratoire Fablitt

    10h – Séance introductive : « Les imaginaires de la langue, entre linguistique et études littéraires »

    10h – Conférence de Gilles SIOUFFI (Sorbonne Université) « Du génie de la langue au sentiment de la langue »

    11h – Conférence de Lise GAUVIN (Université de Montréal) : « La “surconscience linguistique” de l’écrivain francophone : une intranquillité créatrice »

    12h – Déjeuner

    13h30 – Table ronde « Épistémologie de la stylistique »

    16h – Poétique et politique de la langue

    • Élise PAVY-GUILBERT (Bordeaux) • « Voltaire contre Rousseau: littérature et imaginaires de la langue en France au XVIIIe »
    • Jacques-Philippe SAINT-GÉRAND (Limoges) • « Les grammairiens ont-ils du style ? Les débuts d’une langue nationale »
    • Laélia VÉRON (Orléans) • « Un style de transfuge de classe entre marginalisation et institutionnalisation »

    MERCREDI 19 OCTOBRE – PRATIQUES STYLISTIQUES ET STYLES EN PRATIQUE

    8H30 – Conférence d’Ilias YOCARIS (Nice) : « Transferts figuraux et stylisation de la matière verbale dans un extrait du Temps retrouvé »

    9H30 – Imaginaires contemporains

    • Mervi HELKKULA (Helsinki) • « Une “réalité augmentée” ? Éléments du réel et paroles imaginées dans La Ballade de Rikers Island de Régis Jauffret »
    • Sandrine VAUDREY-LUIGI (Dijon) • « Les imaginaires linguistiques dans La plus secrète mémoire des hommes de Mohamed Mbougar Sarr »
    • Sophie MILCENT-LAWSON (Univ. de Lorraine) • « Imaginaires zoolinguistiques et représentations littéraires d’un point de vue animal en régime fictionnel »

    11H – Perspectives historiques

    • Lise CHARLES (Sorbonne) • « Peut-on “chicaner les poètes sur des vétilles” » ?
    • Stéphanie THONNERIEUX (Lyon 2) • « L’émergence du démonstratif ça dans la poésie moderne »
    • Jérôme HENNEBERT (Lille) • « L’imaginaire fantaisiste de la langue chez Tristan Derème »

    12h30 – Déjeuner

    Valorisation de la recherche en stylistique

    13H15 – AG de l’Association Internationale de Stylistique

    «  Quelle valorisation  pour la recherche en stylistique ? » – Workshop HAL

    Séance animée par Joël July (Aix-Marseille) et Bérengère Moricheau-Airaud (Pau)

    16H15 – Recherche création

    • Olivia ROSENTHAL (Paris 8) • Conférence performance
    • Simon DANSEREAU-LABERGE (UQAM/Paris 8) • « De l’uchronie au livre-jeu : la partition d’une langue »
    • Christine ANGOT • Entretien avec Mathieu Bermann

    JEUDI 20 OCTOBRE – FRANCOPHONIE ET ÉCOLOGIE DES LANGUES

    9H – Regards croisés

    Session Expériences de pensée

    • Vincent BERNE (Nice) • « Constitution et dissolution des formes linguistiques chez Claude Simon »
    • Bahia DALENS (Sorbonne nouvelle) • « Expérimentation contrefictionnelle ; contribution à une réalité augmentée dans les récits courts de  Mandiargues »
    • Giuseppe CRIVELLA (Nanterre) • « Le désastre de l’écriture. Lecture de Maurice Blanchot »
    • Radhia AROUA (Sorbonne/ La Manouba) • « L’écriture de la distanciation romanesque et de la jubilation autoréflexive chez Jean Échenoz »

    Session Discours et société

    • Montserrat LOPEZ DIAZ (USC) • « L’émergence de la rectification de l’euphémisme »
    • Bauvarie MOUNGA (Yaoundé) • « L’imaginaire linguistique dans la rhétorique populiste de Mélenchon »
    • Tristan BORNOZ (Lausanne) • « L’imaginaire stylistique dans les processus de réécriture : Balzac et l’ajustement aux normes »
    • Zied Smat (Tunis) • « Les stéréotypes, ces sagesses des nations »

    11H – Francophonie à l’oeuvre

    • Mohammed BENAZIZ (Casablanca) • « Style et imaginaire ambivalent dans la littérature maghrébine de langue française »
    • Lina ABDELAZIZ (Batna 2) • « Imaginaires de la langue dans la littérature francophone algérienne postcoloniale »
    • Mohamed EL JORTI (Kénitra) • « Les mots dans le discours esthétique de la langue française chez Khatibi »
    • Sara de BALSI (Cergy) • « “Qui suis-je en français ?” Les écrivains francophones translingues et la “relativité linguistique” »

    13H – Déjeuner

    14H – Session Imaginaires métalinguistiques

    • Pauline HAAS (CNRS/ENS) • « Le sentiment néologique dans l’œuvre romanesque de Sony Labou Tansi »
    • Anne GARRIC (Sorbonne) • « Linguistique du voleur ; une méthode heuristique de Genet »
    • Romain RIVAUX (Florida Atlantic Univ.) • « Entre grammaticalité et grammophonie : stylistique et imaginaire joyciens »

    14H – Session D’une langue à l’autre

    • Martina BOLICI (Grenoble/Rome) • « Variations sur le thème de la langue chez Savinio »
    • Myriam VIEN (Bologne) • « Imaginaire linguistique et traduction intralinguale dans le film Mommy de Xavier Dolan »
    • Fernando FUNARI (Florence) • « Dante linguiste en traduction »

    16H – Session Histoire des idées linguistiques

    • Aurélie FRIGHETTO (Sorbonne) • « L’imaginaire linguistique du discours lexicographique (XVIIe-XIXe siècle) »
    • Thibaud METTRAUX (Lausanne) • « Commentaire sur les épithètes de Desportes »
    • Aurélia ELALOUF (Strasbourg) • « L’imaginaire du « naturel » de la langue chez les grammairiens français (fin XIXe/début XXe) »

    16H – Session Moments et mouvements

    • Juliette DRIGNY (Cergy) • « Écrire “contre, tout contre” la linguistique : motivation du signe et pratique du rythme dans l’avant-garde post-structuraliste »
    • François DEMONT (Lausanne) • « Le moment misologique de la prose française : imaginaire, discours et pratiques de méfiance envers le langage (1939-1955) »
    • Raphaëlle HEROUT (Rennes) • « Instituer la langue : l’imaginaire à l’œuvre »
  • Colloque international : Style et Imaginaires de la Langue – Appel à communication

    Laboratoires Fablitt et Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines

    5e colloque de l’Association Internationale de Stylistique


    Université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis

    18-19-20 octobre 2022


    Appel à communication

    Depuis quelques années, les rapports entre science et imaginaire, longtemps considérés comme antinomiques, sont régulièrement interrogés, posant plus particulièrement la question du rôle dans le débat scientifique des sciences humaines, des études culturelles, ou des études littéraires. Une longue tradition considère ainsi l’imagination comme facteur d’erreur et de fausseté, obstacle épistémologique dont la science doit se défaire, prônant une stricte abstraction de la connaissance et traçant, vers la rationalité abstraite, une route bien distincte de celle qui mène à la création, au rêve, à la fiction, à la poésie. Une autre approche fait de l’imagination le point d’appui de la réflexion scientifique, avec des savants qui reconnaissent, dans leurs recherches, le rôle de l’image  ou de l’invention.

    Le champ des études sur la langue reconduit ce clivage, avec une habitude institutionnelle qui oppose sciences du langage et études littéraires, métalinguistique et épilinguistique, grammaire et expressivité, stylistique littéraire et stylistique de la langue, et des travaux qui ont fait une place en langue aux idées de sentiment linguistique (Saussure), de créativité verbale (Coseriu), de prototype ou de stéréotypie linguistique, de normes subjectives ou de « surconscience linguistique » (Lise Gauvin), des recherches qui ont tenté de développer une linguistique de l’imagination (Anne-Marie Houdebine) ou une linguistique du rythme (Meschonnic), sans oublier tous ceux qui ont fourni les bases de cette réflexion en insistant sur les liens entre langue et mythe (Vico), sur la langue comme energeia, comme activité créatrice (Humboldt), ou sur la philosophie des formes symboliques (Cassirer), croisant ainsi la pensée d’écrivains qui envisagent le style comme « manière de vivre la langue » (Hugo) ou comme contestation de la « langue empreinte » (Glissant).

    En matière de connaissance de la langue, y a-t-il rupture ou continuité entre la représentation, par les linguistes, du système de la langue et l’image que dessinent les écrivains à partir de leur usage singulier ? La différence est-elle de nature ou d’échelle d’observation ? Quelle est la portée heuristique du sentiment linguistique des écrivains ? Quel type de geste théorique se lit dans leur pratique stylistique ? théoriciens et praticiens de la langue servent-ils des modes de représentation opposés ? Doit-on les hiérarchiser ? De quelle manière tel ou tel imaginaire de la langue fait-il évoluer la compréhension de la langue ? Quels champs des sciences du langage peuvent être concernés ? voilà quelques questions qui serviront d’axe problématique au cinquième colloque de l’AIS qui, après Rennes en 2008, Caen en 2011, Lyon en 2015 et Aix en 2018, se tiendra à l’Université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis, les 18, 19 et 20 octobre 2022.

    Ces questions pourront être abordées, à la fois comme support théorique et comme terrain d’expérimentation pratique et selon différentes perspectives :

    • éclairage théorique, par exemple sur les notions d’imaginaire de la langue ou du discours, d’imaginaire linguistique ou langagier chez les linguistes ou les écrivains, mais aussi sur la distinction, souvent reconduite, entre grammaire et expressivité ;
    • approche descriptive d’imaginaires linguistiques en pratique, à partir de l’étude de cas documentant le rapport intime du sujet à la langue ou l’influence que l’imaginaire linguistique à l’œuvre dans les textes littéraires peut avoir sur les normes systémiques ou les usages ;
    • contextes, paliers de pertinence et observatoires (discours, genre, texte, période, phrase etc.) ;
    • analyse des discours sur l’imaginaire linguiste (métaphores des linguistes, observatoires non-littéraires des imaginaires linguistiques, dramaturgie épistémologique, dialogue entre linguistes et écrivains etc.) ;
    • poétique et politique des imaginaires de la langue,  fonctions éthiques, mais aussi liens entre modèles linguistiques et enjeux identitaires, culturels ou nationaux ;
    • plurilinguisme interne et externe des écrivains, diglossie et clivage entre langue maternelle et langue culturelle, langue de relation et langue d’institution ;
    • ressources techniques de détection automatisée (corpus numériques, outils lexicométriques etc.) ;
    • approche diachronique, histoire des représentations linguistiques et des pratiques stylistiques, rôle du style d’auteur dans l’activité néonymique, la dynamique syntaxique ou la grammaticalisation. 

    Éléments de bibliographie

    Branca-Rosoff, Sonia, « Les imaginaires des langues » dans H. Boyer (dir.), Sociolinguistique, Territoire et objets, Lausanne, Delachaux et Niestlé, 1996, p. 77-114.

    Canut, Cécile, « Subjectivité, imaginaires et fantasmes des langues : la mise en discours “épilinguistique” », Langage et société, 2000/3, n°93, p. 71-97.

    Cerquiglini, Bernard, Une Langue orpheline, Paris, Minuit, 2007.

    Charaudeau, Patrick, « les stéréotypes, c’est bien, les imaginaires, c’est mieux », dans Boyer H. (dir.), Stéréotypage, stéréotypes : fonctionnements ordinaires et mises en scène, L’Harmattan, 2007.

    Gauvin, Lise, La Fabrique de la langue : de Rabelais à Réjean Ducharmes, Paris, Seuil 2004

    Glissant, Édouard, L’Imaginaire des langues, entretien avec Lise Gauvain, Paris, Gallimard, 2010.

    Houdebine, Anne-Marie, « De l’imaginaire linguistique à l’imaginaire culturel », Linguistique, vol. 51, 2015/1, p. 3-40.

    Lardon, Sabine, Rosellini, Michèle, L’Imaginaire des langues. Représentations de l’altérité linguistique et stylistique (XVIe-XVIIIe siècle), Cahiers du GADGES, n° 15, 2018.

    Meschonnic, Henri, De la langue française, essai sur une clarté obscure, Hachette, 1997.

    Pavy-Guilbert, Élise, L’Image et la langue – Diderot à l’épreuve du langage dans les Salons, Paris, Classiques Garnier, « L’Europe des Lumières », 2014.

    Pitavy, Jean-Christophe (dir.), Normes, fictions, pratiques langagières: l’imaginaire linguistique, numéro thématique de la revue Signe, discours et société, n°19, 2017,  http://revue-signes.gsu.edu.tr/?revue=161.

    Pot, Olivier (dir.), Langues imaginaires et imaginaire de la langue, Cahiers d’Humanisme et Renaissance, n° 148, Genève, Droz, 2018.

    Rastier, François, « Apprendre auprès des œuvres : la linguistique à l’école de la littérature », Littérature 2016/1 (N° 181), p. 82-90.

    Remysen, Wim,  « L’application du modèle de l’Imaginaire linguistique  à des corpus écrits. Le cas des  chroniques  de  langage  dans  la  presse  québécoise »,  Langage  et  Société,  2011, n°  135,  p.  47-65.

    Rosier, Laurence, « La classe ouvrière va-t-elle au paradis linguistique ? Ou le “style peuple” : de la littérature à Nicolas Sarkozy… », Cahiers Marxistes, n° 242, 2012, p. 31-42.

    Saussure, Ferdinand de, Le Sentiment linguistique, Gilles Siouffi (éd.), ENS éditions, 2016.

    Siouffi, Gilles, Le “génie de la langue française”. Études sur les structures imaginaires de la description linguistique à l’Age classique, Paris, Champion, 2010.

    Comités

    Comité d’organisation : Mathieu Bermann, Sophie Bertocchi-Jollin, Mathias Verger, Judith Wulf

    Comité scientifique : Mathieu Bermann (Université Paris 8), Éric Bordas (ENS-Lyon), Bernard Cerquiglini (Université de Paris), Stéphane Chaudier (Université de Lille), Anne Herschberg-Pierrot (Université Paris 8), Sophie Bertocchi-Jollin (Université Paris-Saclay), Joël July (Aix-Marseille Université), Lise Gauvin (Université de Montréal), Michèle Monte (Université de Toulon), Bérengère Moricheau-Airaud (Université de Pau), Élise Pavy-Guilbert (Université Bordeaux-Montaigne), François Rastier (CNRS), Gilles Siouffi (Sorbonne Université), Mathias Verger (Université Paris 8), Sandrine Vaudrey-Luigi (Sorbonne Nouvelle), Judith Wulf (Université Paris 8).

    Proposition de communication

    Les propositions de communication, comprenant un titre et un résumé de 200 à 300 mots, sont à envoyer avant le 29 avril 2022 aux trois adresses suivantes : mathieu.bermann@free.fr  mathias.verger@gmail.com Judith.wulf@univ-paris8.fr

    Modalités d’inscription

    Les participants au colloque doivent adhérer à l’Association Internationale de Stylistique : https://aisdev.airaud.net/actions-de-lassociation/comment-adherer/

  • « Style et goût » – Journée d’étude / atelier doctoral

    Vendredi 26 mars 2021

    Logo Sorbonne Nouvelle

    Argumentaire

    Argumentaire sur le site styl-m.

    Liens de connexion à l’atelier

    Atelier organisé à distance, lien de connexion sur demande à sandrine.vaudrey-luigi@sorbonne-nouvelle.fr

    Atelier diffusé en direct sur le site YouTube de la Sorbonne Nouvelle :

    https://www.youtube.com/channel/UCEH_ZSQsV0CIQPJR-GMg9MQ

    Programme

    13h30 : Accueil et présentation de la journée.

    13h45 – Arnaud Wydler (Université de Fribourg) : « Prêcher à la cour au XVIIe siècle en France : contraintes de style et questions de goût ».

    14h15 – Emily Lombardero (Université Sorbonne Nouvelle) : « Un style dans le “goût de la langue” ? La Princesse de Clèves commentée par Charnes et Valincour ».

    14h45 – Discussion.

    15h15 – Ombeline Charrier (Université de Nantes) : « Victor Hugo et le “Grand goût” ».

    15h45 – Florence Jensen (Université Sorbonne Nouvelle) : « Le Louvre des écrivains ou l’émerveillement esthétique ».

    16h15 : Discussion et conclusion.

    Organisation :

    Sophie Jollin-Bertocchi, Université Paris-Saclay, UVSQ, AIS – sophie.bertocchi-jollin@uvsq.fr

    Sandrine Vaudrey-Luigi, Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3, AIS – sandrine.vaudrey-luigi@sorbonne-nouvelle.fr

    Judith Wulf, Université de Nantes, AIS – judith.wulf@univ-nantes.fr

  • Appel à communication pour la journée des doctorants et des jeunes docteurs organisée par l’AIS

    Le Vendredi 20 mars à l’Université Sorbonne-Nouvelle.

    Accueil à 9h30 – fin de la journée à 17h
    Lieu: Maison de la recherche, 4 rue des Irlandais 75005 Paris

    Merci d’envoyer un résumé de 200 mots maximum, en indiquant l’université d’inscription pour la thèse et le nom du directeur de recherche à stylmorg@gmail.com.

    JOURNÉE D’ÉTUDES « STYLE ET GOÛT »

    Conçue comme un atelier doctoral, la journée d’études « style et goût » a pour objectif de réunir des doctorants, des docteurs ayant soutenu récemment et des enseignants chercheurs titulaires autour d’un intérêt commun pour la stylistique.

    Quel que soit le domaine de recherche, stylistique d’auteur, stylistique de genre, stylistique historique, etc., il s’agira plus particulièrement de proposer une contribution à une réflexion sur l’évolution de la notion de goût. Le goût est décrit à l’époque classique comme « instinct de la droite raison » (Bouhours), il devient symptomatique de l’évolution de l’idée de beau et plus précisément du tournant esthétique qui inaugure, dès l’abbé Dubos, une réflexion empirique sur le goût, en l’éloignant des définitions a priori pour l’orienter vers la réception.  La notion « singulièrement flottante » (Bruneau) au XIXe siècle, où elle sert de « pierre de touche » pour juger des faits de langue et de style est intimement associée à l’idée de style par Barthes au XXe siècle qui insiste sur la dimension paradoxale du goût : « Le plaisir du style, même dans les œuvres d’avant-garde, ne s’obtiendra jamais que par fidélité à certaines préoccupations classiques qui sont l’harmonie, la correction, la simplicité, la beauté, etc., bref les éléments séculaires du goût ».

    Cette journée d’études invite à examiner les liens complexes qui se tissent entre les notions de style et de goût. On pourra par exemple s’attacher à :

    • la manière dont la notion de goût est réinvestie par les théories successives du style, dans une perspective théorique,
    • l’institutionnalisation progressive de la notion de goût ou le parallélisme d’évolution des notions de style et le goût, dans une perspective historique,
    • la singularité du point de vue auctorial sur le goût, dans la perspective d’une stylistique d’auteur,
    • l’évolution du vocabulaire et le croisement avec la notion de langue littéraire (bon goût, mauvais goût, belle langue, bien écrire, mal écrire…).

    On invite les doctorants et jeunes docteurs à interroger leur propre corpus avec les différentes perspectives suggérées ou à envisager la manière dont leur propre corpus fait écho à cette notion ou au contraire la refuse.

  • Poétique des énoncés inconvenants et paradoxaux (Ce que la fonction poétique fait à la pensée)

    E.A. 4235 CIELAM / 4e colloque international de l’Association Internationale de Stylistique, 11-12 oct 2018, Université d’Aix-Marseille (AMU), Site Schuman, Maison de la Recherche

    Affiche Poétique des énoncés inconvenants et paradoxaux

    Programme

    JEUDI 11 OCTOBRE 2018

    UNE AUTRE APPROCHE DE LA FONCTION POETIQUE (modération Philippe Jousset)

    • 09h 30: Conférencier invité, Claude COSTE (Université de Cergy) : Obscénité de Barthes
    • 10h 00 : Stéphane Chaudier (Université de Lille 3) : La phrase qui brille et qui tue

    Pause

    • 11h 10 : Sophie Jollin Bertocchi (Université de Versailles- Saint Quentin) : L’énergie du paradoxe
    • 11h 40 : Judith Wulf (Université de Nantes) : “Guerre à la rhétorique et paix à la syntaxe!” : un paradoxe ?

    Repas

    DISPOSITIFS PHONIQUES, SYNTAXIQUES ET LOGIQUES (modération Judith Wulf)

    • 14h 15 : Emmanuelle Prak-Derrington (ENS de Lyon) : Le chiasme formel ou antimétabole
    • 14h 45 : Sandrine Vaudrey-Luigi (Université Sorbonne Nouvelle) : Duras, quand l’inconvenance grammaticale se fait stylème
    • 15h 15 : Nicolas Laurent (ENS de Lyon) : Jeux présupositionnels et stylistique de l’aphorisme chez Cioran
    • 15h 45 : Agnès Fontvieille (Université Lyon 2) : Petite folie collective d’un plaisir sonore, les proverbes surréalistes
    • 16h 15 : Joël July (Aix Marseille Université) : L’apotropaïque, nier l’évidence ou prévoir le pire ?

    Pause

    17h 15 : AG de l’AIS

    VENDREDI 12 OCTOBRE 2018

    CRITIQUE DES INSTITUTIONS DOXOGRAPHIQUES (modération Sandrine Sorlin)

    • 9h 00 : Conférencier invité, Marc BONHOMME (Université de Berne) : Les paradoxes dans les slogans publicitaires. Vrais ou faux paradoxes?
    • 9h 30 : J.-Ph. Saint-Gérand (Université de Limoges) : Faire œuvre littéraire en trois lignes et même moins… ? Félix Fénéon

    Pause

    LES PROFESSIONNELS DU PARADOXE (modération Stéphane Chaudier)

    • 10h 40 : Marie-Christine Lala (Université Sorbonne Nouvelle) : Mise en forme du scandale : Georges Bataille et l’inconvenance
    • 11h 10 : Annick Jauer (Aix Marseille Université) : Le paradoxe selon Pascal Quignard : un révélateur de « l’arrière-monde »
    • 11h 40 : Sylvain Dournel (Université de Lille 3) : Surassertion, saillance et métaphore : stylistique de l’antimorale célinienne

    Repas

    LE ROMAN AU RISQUE DU PARADOXAL ET DE L’INCONVENANT (modération Michèle Monte)

    • 14h 30 : Bérengère Moricheau-Airaud (Université de Pau) : Le romanesque de la forme paradoxale dans l’écriture de Jean Echenoz
    • 15h 00 : Philippe Jousset (Aix Marseille Université) : Pierre Guyotat scandaleux ?

    Pause

    • 16h 00 : conférencier invité, Mustapha TRABELSI (Université de Sfax) : Le Je paradoxal dans Le Bavard de Louis-René des Forêts

    Argumentaire

    Le CIELAM, à l’instigation de son axe transversal « Stylistique et création », en partenariat avec l’AIS (Association Internationale de Stylistique) et avec le soutien du laboratoire Alithila de l’université de Lille 3 et l’URLDC de Sfax (Tunisie) propose l’organisation en octobre 2018 d’un colloque de stylistique sur les énoncés atypiques et plus particulièrement ceux qui incitent à penser, par leur provocation vis-à-vis de la logique, de la doxa ou de la morale, ou encore par une rupture avec la cohérence et la cohésion du co(n)texte. Il s’agira d’envisager si un nouveau critère de poéticité ne peut pas être élaboré en lien avec le caractère saillant et intempestif de ces énoncés inconvenants et paradoxaux.

    Comité d’organisation

    Philippe Jousset (Pr AMU, vice président de l’AIS)

    Joël July (Mcf AMU, président de l’AIS)

    Stéphane Chaudier (Pr Lille 3, trésorier de l’AIS)

    Comité scientifique

    Laurence Bougault (Université Rennes II)

    Stéphane Chaudier (Université de Lille 3)

    Maxime Decout (Université de Lille 3)

    Karine Germoni (Université Paris 4)

    Laure Himy-Piéri (Université de Caen – Basse-Normandie)

    Joël July (Université d’Aix-Marseille)

    Philippe Jousset (Université d’Aix-Marseille)

    Michèle Monte (Université de Toulon)

    Bérengère Moricheau-Airaud (Université de Pau)

    Gilles Philippe (Université de Lausanne)

    Laurence Rosier (Université libre de Bruxelles)

    Geneviève Salvan (Université de Nice – Sophia Antopolis)

    Sandrine Sorlin (Aix-Marseille Université)

    Stéphanie Thonnérieux (Université de Lyon 2)

    Mathilde Thorel (Université d’Aix-Marseille)

    Mustapha Trabelsi (Université de Sfax)

    Sandrine Vaudrey-Luigi (Université Paris 3)

    Philippe Wahl (Université Lumière Lyon 2)

    Judith Wulf (Université de Nantes)

     Appel à communication

    Poétique des énoncés inconvenants et paradoxaux
    (Ce que la fonction poétique fait à la pensée)

    Chacun garde en mémoire ces petits séismes intellectuels que provoquent une pensée débridée, spectaculairement illogique (ou antilogique ou a-logique), un mot « déplacé », ou encore l’expression d’une cruauté verbale, mémorable par sa forme, un trait de verve insolent, anticonformiste ou politiquement incorrect, une « fusée », une formule satirique, etc. À l’enseigne du choc, puissance baudelairienne, l’ouvroir des pensées potentielles fonctionne alors à plein régime. Provocations cynique, évangélique, rappeuse ou zen, maximes intempestives, punchlines, produits de l’art du paradoxe ou du koan..., le spectre est large. Et pourtant deux traits récurrents nous frappent. D’une part, l’éclat poétique et l’énergie intellectuelle de ces énoncés tiennent à la façon dont ils bousculent la rationalité ordinaire, la pensée consensuelle, dont ils attaquent soit la logique ou le bon sens (« Laisse les morts enterrer les morts1 ») soit la civilité ou la morale (« Son sommeil était, de beaucoup, ce qu’elle avait de plus profond2 »), soit les deux à la fois (« Vos lois sont immorales, ma délinquance a des principes3 »). D’autre part, ces énoncés subtils ou agressifs qui interrogent et à coup sûr relativisent l’aspiration ou la prétention au sérieux dans la pensée, ont à l’évidence un caractère poétique. Bien qu’ils n’aient pas été toujours produits au sein de l’institution littéraire, ils apparaissent comme des manifestations particulièrement exemplaires de la créativité langagière, ou encore de la poéticité, voire de la littérarité. C’est pourquoi les littéraires en général et les stylisticiens en particulier peuvent les considérer comme d’excellents candidats pour illustrer ce que l’art littéraire ou la fonction poétique « font » à la pensée, et ce que la pensée fait à la forme.

    La question clé qui sous-tend ce projet de colloque de l’AIS (Association Internationale de Stylistique), que chapeaute l’équipe du CIELAM de l’université d’Aix-Marseille (AMU), engage deux notions a priori hétérogènes : le paradoxe, notion logique assez bien balisée, et l’inconvenance, qui relève du jugement de valeur, de nature morale, idéologique, réglé par la simple doxa ou induit par des effets liés au contexte de réception. La problématique comporte également deux aspects dont l’articulation est délicate : d’une part, et de manière minimale, il conviendrait de s’interroger sur les formes et les enjeux de la séduction qu’exercent ces énoncés, aux statuts et aux fonctions fort divers, qui soit sont inclus dans des textes mais détachables, soit dans des phrases sans texte au statut encore plus incertain4. Mais le plus intéressant consiste bien évidemment à se demander en quoi ces énoncés pourraient bien relancer la recherche d’une définition (que d’aucuns, bons esprits ou esprits chagrins, jugeront naturellement vaine ou impossible) de la fonction poétique, voire de la littérarité. On se souvient que Georges Molinié définissait la stylistique comme « l’étude des conditions verbales, formelles de la littérarité5 » ; mais faut-il s’en remettre à l’esthétique, à l’histoire ou à la sociologie de la littérature ou du littéraire pour savoir en quoi consiste cette vache sacrée qu’on nomme la littérarité ?

    Précisons donc l’enquête. Il s’agit de réfléchir à l’apport de la paradoxologie (terme englobant, pédant mais assez commode) à la définition du type de pensée ou d’esprit que promeut une relation particulière au langage. Que le langage nous serve à penser, cela n’est guère douteux ; mais une manière spécifiquement poétique d’appréhender le langage (ce qui n’est pas la même chose que le langage poétique) n’invite-t-elle pas à penser d’une certaine manière, sous forme de paradoxes6, de provocations, en faisant appel puis bon accueil à la contradiction, à la mauvaise foi, voire à la méchanceté, à tous ces rebuts qui ont pourtant un pouvoir d’excitation et de séduction sur l’esprit ? On pourrait aborder la question de la pensée du littéraire ou du poétique à partir des genres ou des discours comme le récit, l’essai, la poésie, mais il semble plus neuf de saisir ce type de pensée à même ces cristallisations énonciatives que nous subsumons sous le terme de paradoxologie : ensemble des énoncés, atypiques, qui défient les patrons logiques et sémantiques qui nous sont familiers et en cela arrêtent la lecture, retiennent l’attention, font saillance.

    Il s’agit donc de reprendre sur nouveaux frais la question de la littérarité en la déplaçant sur le terrain des idées. Cette ambition est sans doute démesurée. Jakobson avait appréhendé la fonction poétique par le biais exclusif du jeu sur le signifiant7. L’immortel slogan I like Ike est un énoncé poétique pour des raisons phonétiques ; c’est oublier un peu vite la pensée qui se cache derrière ces trois mots et invite à voter pour un type sympathique plutôt qu’honnête ou compétent. Aimer, apprécier, sont-ils les critères du « bon choix » politique ? On a ensuite tenu la métaphore et plus généralement les tropes, pour l’étalon de l’énoncé poétique : quand en 1975 Ricœur publie La Métaphore vive 8, c’est en effet l’ensemble du discours poétique qui se trouve à la fois défini et aimanté par le métaphorique en tant qu’accès privilégié à l’imagination, aux mondes possibles, à la reconfiguration du réel. En raison de son ancrage historique et de sa puissante réflexion sur le langage, la rhétorique a paru être la voie d’accès royale pour cerner l’articulation de la pensée et de la littérature. Mais la séduction de l’énoncé poétique ou littéraire n’a que peu à voir avec la persuasion, tant il est vrai que l’intention manifeste de briller en déréglant nos habitudes peut au contraire fragiliser la force de conviction.

    À quelles conditions l’énoncé inconvenant ou paradoxal est-il saillant, c’est-à-dire mémorisable ou détachable, appelant la sur-interprétation ? Dans quelle mesure l’énoncé inconvenant ou paradoxal réactive-t-il la vieille catégorie si contestée de l’écart ou de la séquence stylistiquement intempestive ? Telle formule ne vaut-elle que pour le locuteur auquel on peut l’attribuer, ou définit-elle un élément de sagesse ou d’« art de vivre » doté d’une valeur générale, constituant une expression éthique valide ? Est-elle une proposition sérieuse, digne de confiance, s’offrant de bonne foi à la discussion ou n’est-elle, cette phrase séduisante, qu’une ironie, un pied-de-nez, relevant de l’art de la blague supérieure ? Ou de la mauvaise foi9 ? N’est-elle, in fine, qu’une manière habile de se promouvoir soi-même, sous les espèces valorisantes du style ? Le poète de la pensée stylisée n’est-il qu’un pseudo-penseur, pour ne pas dire : un imposteur ? Cette ambiguïté n’est-elle pas constitutive du régime poétique de la pensée, qui appelle le correctif salutaire, incessant, d’une pensée vraiment critique – celle du lecteur peut-être ?

    Précédents colloques de l’AIS :

    « Questions de stylistique & stylistiques en question10 » (24-26 janvier 2008) organisé à l’université de Rennes II par l’EA LIDILE avec le soutien de l’équipe Sens, Textes, Histoire (Paris IV)

    « Faits de langue et effets de style11 » qui a eu lieu à l’Université de Caen-Basse Normandie du 7 au 9 novembre 2011,

    « Méthodes stylistiques. Unités et paliers de pertinence12 ? » (mars 2015) organisé par Philippe Wahl et Agnès Fontvieille à l’université Lumière Lyon 2 par Passages XX-XXI (EA 4160)/ Textes&Langue de l’Université Lumière Lyon 2 avec le soutien de l’équipe BABEL (Université de Toulon).

    Modalités (Date limite de soumission des propositions pour le colloque : 28 février 2018) :

    Les propositions sont à envoyer sous la forme d’un résumé de 500 mots sous format Word, accompagné d’une notice personnelle (nom, affiliation, coordonnées personnelles et professionnelles), aux adresses suivantes :

    joel.july@univ-amu.fr

    ph.jousset@gmail.com

    stephane.chaudier@wanadoo.fr

    Notes :

    1 Matthieu, 8, 22 ou Luc 9, 60

    2 Sacha Guitry, Elles et toi, Paris, Raoul Solar éditeur, 1947, p. 62. Le mot « traîne » partout sur internet.

    3 Keny Arkana, rappeuse marseillaise, titre J’me barre, album Entre ciment et belle étoile , 2006.

    4 Dominique Maingueneau, Les Phrases sans texte, Paris, Armand Colin, collection « U », 2012.

    5 Georges Molinié, La Stylistique, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », p. 3.

    6 Nous signalons la thèse de Pierre-Yves Gallard, ATER à l’Université de Saint-Étienne, « Le Style paradoxal des moralistes classiques : Montaigne, Pascal, La Rochefoucauld, La Bruyère », soutenue à Nice sous la direction d’Anna Jaubert en décembre 2016, à paraître aux Classiques Garnier dans la collection « Investigations stylistiques ».

    7 Roman Jakobson, Essais de linguistique générale, Paris Minuit, 1970, tome I, p. 209 et suivantes.

    8 Paul Ricœur, La Métaphore vive, Paris, Le Seuil, 1975.

    9 Maxime Decout, En toute mauvaise foi. Sur un paradoxe littéraire, Paris, Minuit, 2015.

    10 Actes parus sous le titre : Stylistiques ?, sous la direction de Laurence Bougault et Judith Wulf, Presses universitaires de Rennes, coll. « Interférences », 2010, 504 p.

    11 Actes parus sous le titre : Le Style, découpeur de réel. Faits de langue, effets de style, sous la direction de Laure Himy-Piéri, Jean-François Castille et Laurence Bougault, Presses universitaires de Rennes, coll. « Interférences », 2014, 446 p.

    12 Actes à paraître en juin 2018, aux PUL, sous la direction de Philippe Wahl, Michèle Monte et Stéphanie Thonnérieux.

  • Territoires et frontières du style : Quels (nouveaux) objets ? Quelles (nouvelles) manières ?

    Actes parus dans la revue MALICE du CIEMAM (Aix-en-Provence, AMU)

    Journée d’études Master-Doctorat « Jeunes chercheurs en stylistique AIS« 
    Aix-en-Provence (AMU)
    vendredi 3 février 2017
    Maison de la Recherche du site Schuman d’Aix-en-Provence

    Dans le cadre de la formation des étudiants de Master qui auront suivi le séminaire de stylistique au premier semestre du M1 et du M2 de Lettres modernes, l’UFR ALLSH de l’Université d’Aix-Marseille (AMU), le laboratoire du CIELAM (Centre interdisciplinaire d’étude des littératures d’Aix-Marseille) et l’AIS (Association Internationale de Stylistique) proposent une journée d’études aux doctorant-e-s en stylistique (les étudiant-e-s de 3eannée et au-delà seront prioritaires, mais nous examinerons également les propositions émanant de doctorant-e-s de 2eannée et de jeunes docteur-e-s ayant soutenu très récemment leur thèse.) sous forme de présentation de leurs travaux.

    Les doctorants intéressés par cette rencontre sont priés de se faire connaître en indiquant en un résumé d’une à deux pages l’objet de leur thèse, l’objectif qu’elle poursuit, l’apport qu’elle propose d’apporter à la connaissance du sujet, les méthodes qu’elle utilise, les difficultés qu’ils ont rencontrées et peut-être surmontées. Nous comptons sur les directeurs de recherche pour transmettre cet appel à leurs étudiants les plus prometteurs.

    Procédure :

    Les propositions sont à envoyer conjointement pour le 10 novembre 2016 à :

    Les doctorants retenus seront informés avant le 25 novembre. Il est prévu (sans être encore tout à fait certain) de dédommager les contributeurs pour les frais occasionnés (déplacements et éventuellement hébergement). Le repas de midi sera pris en charge. Les doctorants devront être membre de l’AIS. Une publication dans la revue électronique MaLiCe du CIELAM ou sur le site de l’AIS sera envisagée.

    Cette manifestation accueillera en son sein une assemblée générale ordinaire de l’AIS et la plupart des membres du bureau seront présents. Tous les stylisticiens de notre réseau, au-delà de l’Université d’Aix-Marseille, sont cordialement conviés. Nos débats se dérouleront sous la présidence de Joëlle GARDES TAMINE, professeur émérite à Paris 4-Sorbonne, invitée d’honneur de cette journée.

    Déroulement :

    • de 9h à 12h : de 3 à 4 doctorants
    • de 12h à 14h : repas
    • de 14h à 14h 45 : AG ordinaire de l’AIS
    • de 15h à 18h : de 3 à 4 doctorants

    Le temps de parole des orateurs sera de 25 minutes et le temps d’échange avec le public dépendra du nombre d’interlocuteurs mais n’excèdera pas 20 minutes.

    Processus :

    Cette rencontre n’appelle pas d’argumentaire puisque son principal objet est précisément de donner la possibilité à des chercheurs d’exposer leur travail encore en chantier (ou de présenter des thèses récemment soutenues), d’offrir à leur auteur la liberté de confronter leurs conceptions, de partager leurs convictions et leurs interrogations avec d’autres chercheurs. Nous ne préjugeons, par conséquent, ni du périmètre de l’enquête, ni des thématiques, ni des problématiques ; nous jetons une sonde dans le réservoir. Il semble que la stylistique aujourd’hui ne soit dominée par aucune école et qu’aucun magistère ne s’impose ; cette journée est donc de nature prospective, et l’occasion de faire un point, de se demander où va la stylistique, si elle va quelque part, quel pourrait être son avenir : des tendances se dessinent-elles ? Les travaux récents s’inscrivent-ils avant tout dans la continuation de traditions bien établies ou proposent-ils des novations ? Comment se porte la théorie ? Quelle part lui est faite dans les pratiques ?

    On se rappelle la fameuse et toujours problématique question Qu’est-ce que le style ? posée par Pierre Cahné et Georges Molinié, dans un ouvrage collectif qui a pris avec le temps l’autorité d’un classique ; on sait qu’elle en implique deux autres, tout aussi inquiétantes pour un esprit épris de rigueur : qu’est-ce que la stylistique ?à quoi sert-elle ? Plus de vingt ans après, un collectif L’Homme dans le style et réciproquement (PUP, coll. « textuelles », 2015), issu d’un colloque à Sfax intitulé lui-même Controverses sur le style, se nuance par un avant propos au titre très délicatement malherbien : « Style mon beau souci… », tous signes que les questions perdurent. Les doctorants sont donc invités à réfléchir aux inflexions que leur recherche les a conduits à enregistrer et qui concernent les enjeux et les méthodes de la stylistique contemporaine, celle qui se pratique (ou se cherche) depuis 1990 (repère commode) et l’essai toujours stimulant de Laurent Jenny, La Parole singulière.

    On propose, mais sans exclusive, la mise en bouche suivante : Quels sont les échelles et paliers de pertinence retenus : genres, périodes, auteur, œuvre, texte… ? Quels rapports (de proximité ou de conflictualité) la stylistique entretient-elle avec ses disciplines voisines : l’éminente et toujours verte rhétorique (si tant est qu’il n’y en ait qu’une), la poétique, la linguistique textuelle, la sémiotique des textes, l’analyse du discours, la sociolinguistique, la linguistique tout court ? (La liste n’est pas limitative). De quelles influences la stylistique témoigne-t-elle aujourd’hui et comment a-t-elle évolué au contact d’autres disciplines (la concurrence avec l’Analyse du discours, avant tout) ou en tentant de répondre au développement de spécialités qui la concernent, voire la mettent en question (la génétique jouant à cet égard un rôle majeur) ? Où en sont ses rapports avec ses voisinages (la linguistique, la philosophie, l’anthropologie, la psychologie, les sciences cognitives…) ? En quoi l’objet d’étude choisi (qu’il soit littéraire, donc canonique, ou plus marginal : chanson, BD, scenario, sketch, productions dites populaires) infléchit-il les réponses à apporter à ces questions, voire les questionnements eux-mêmes ?

    Les doctorants auront le soin d’apporter leur propre bibliographie et éventuellement de la commenter ; ils n’hésiteront pas à élaborer eux-mêmes leur propre parcours problématique, pour peu que celui-ci se positionne clairement dans le champ de la stylistique et s’interroge sur sa toujours précaire épistémologie. Nous nous contenterons, en guise de vademecum, d’indiquer quelques ouvrages récents, en plus des deux premiers volumes, issus des actes des colloques de l’AIS, parus aux PUR, coll. « Interférences », StylistiqueS ? en 2010 (L. Bougault, J. Wulf) et Le Style, découpeur de réel en 2014 (L. Himy-Piéri, J.-F. Castille, L. Bougault) :

    • Laurent Jenny (éd.), Le Style en acte. Vers une pragmatique du style, Genève, MétisPresses, 2011
    • Cécile Narjoux (éd.), Au-delà des frontières : Perspectives de la stylistique contemporaine, Francfort, Peter Lang, 2012 
    • Claire Badiou-Monferran, La Littéralité des belles-lettres. Un défi pour les sciences du texte, Paris, Classiques Garnier, 2013, et les autres titres de la collection « Investigations stylistiques » chez le même éditeur.
    • Éric Bordas, Georges Molinié (dir.), Style, langue et société, Paris, éd. Honoré Champion, 2015.

    Stéphane Chaudier, Philippe Jousset, Joël July

  • Méthodes stylistiques. Unités et paliers de pertinence textuelle ?

    organisé par l’AIS et par PASSAGES XX-XXI EA4160/ Textes&Langue de l’Université Lumière Lyon2
    Avec le soutien des équipes BABEL (Université de Toulon), CIELAM (AMU Aix-en-Provence), LIDILE (Université Rennes 2)

    Table ronde du 1er avril 2015 au 3e colloque de l’AIS Lyon II

    Jean-Michel qui n’a pu venir parler du paragraphe au colloque de l’AIS sur les unités et paliers de pertinence textuelle nous a fait parvenir son article : Jean-Michel ADAM, Article sur le paragraphe, 3e colloque de l’AIS, LYON II

    Programme

    Mardi 31 mars INSTITUT DES SCIENCES DE L’HOMME

    Matin ESPACE MARC BLOCH

    8h30 ACCUEIL DES PARTICIPANTS

    9h00 OUVERTURE / INTRODUCTION DU COLLOQUE

    G lo b a l / lo c a l : a p p r o c h e s c r o i s é e s

    9h30 Unité(s), palier(s) de pertinence et reconnaissance d’un
    patron stylistique – SANDRINE VAUDREY-LUIGI
    (Université Paris III-Sorbonne Nouvelle)

    10h00 Avis d’acte de naissance : le faiscsème
    STÉPHANE GALLON (Université Rennes 2)

    10h30 L’interprétation métaphorique en poésie contemporaine
    MICHÈLE MONTE (Université de Toulon)

    11h00 DISCUSSION / PAUSE

    11h30 Le paragraphe : unité de composition et d’analyse textuelle
    – JEAN-MICHEL ADAM (Université de Lausanne, Suisse)

    12h00 Relecture de Leo Spitzer. De la phrase à la page
    PHILIPPE WAHL (Université Lumière Lyon 2)

    12h30 DISCUSSION / DÉJEUNER

    Après-midi

    session A : Méthodes et pratiques de lecture
    ESPACE MARC BLOCH

    14h30 Stylistique et glossématique. Unité en stylistique entre
    l’individuel et le collectif – SILVIA MAJERSKA
    (Université Paris IV-Sorbonne)

    15h00 La stylistique, science et art – PHILIPPE JOUSSET
    (AMU, Aix-en-Provence)

    15h30 Les conditionnements du «commentaire stylistique»
    des concours de recrutement dans l’enseignement
    BÉRENGÈRE MORICHEAU-AIRAUD
    (Université de Pau et des Pays de l’Adour)

    16h00 DISCUSSION / PAUSE

    session b : Types de discours
    SALLE ELISE RIVE

    14h30 Évolution des discours rapportés décontextualisés
    et des surassertions dans les interventions politiques de
    Lamartine – BETTY VOUILLON (Université de Sherbrooke,
    Canada) ET BERTRAND VERINE (Université Montpellier 3)

    15h00 Unités internes, unités externes : le cas des figures
    de répétition – Emmanuelle PRAK-DERRINGTON
    (Ecole Normale Supérieure de Lyon)

    15h30 L’humour à la ligne (paragraphe, alinéa et humour)
    Anne-Marie PAILLET (Ecole Normale Supérieure Ulm)

    16h00 DISCUSSION / PAUSE

    ESPACE MARC BLOCH

    16h45 ASSEMBLÉE GÉNÉRALE EXTRAORDINAIRE DE
    L’ASSOCIATION INTERNATIONALE DE STYLISTIQUE

    17h00 ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ORDINAIRE DE
    L’ASSOCIATION INTERNATIONALE DE STYLISTIQUE

    Mercredi 1er avril INSTITUT DES SCIENCES DE L’HOMME

    Matin

    Diachronie : phrase et texte
    ESPACE MARC BLOCH

    9h00 Unités textuelles et faits de cataphore : approche diachronique
    BERNARD COMBETTES (Université de Lorraine)

    9h30 Unités, échelles et portées du concept de « prose poétique» : l’exemple des phrases du roman baroque (1600-1660)
    SUZANNE DUVAL (Université Paris IV-Sorbonne)

    10h00 DISCUSSION / PAUSE

    session A : Proses d’auteur
    ESPACE MARC BLOCH

    10h30 Le paragraphe monophrastique dans les premiers
    textes de Jean Giono – SOPHIE JOLLIN-BERTOCCHI
    (Université de Versailles/Saint-Quentin-en-Yvelines)

    11h00 Ruses de la transition (Echenoz)
    AGNÈS FONTVIEILLE-CORDANI (Université Lumière Lyon 2)

    11h30 Le lyrisme camusien
    ANNE RIIPA (Université de Helsinki, Finlande)

    12h00 « Confusion » comme style : lectures de l’hypallage
    chez Robert Pinget et Alain Robbe-Grillet.
    ELINA GAUTIER (Université Paris III-Sorbonne Nouvelle)

    12h30 DISCUSSION / DÉJEUNE

    Session b : Statistique et stylistique
    SALLE ELISE RIVET

    10h30 Style et statistiques : comment et pourquoi questionner
    quantité et qualité ?
    LAURENCE BOUGAULT (Université Rennes 2)

    11h00 Les motifs séquentiels : une méthode pour la stylistique
    DOMINIQUE LEGALLOIS
    (Université de Caen Basse-Normandie)

    11h30 La stylométrie révélatrice de l’émergence et le style
    d’auteur comme son expression
    MARIA SLAUTINA (Université de Caen Basse-Normandie et
    Université d’État de Saint-Pétersbourg, Russie)

    12h00 Stylistique et textométrie : une reconfiguration des
    unités d’analyse textuelle ?
    CLÉMENCE JACQUOT (Université Paris-Sorbonne et UPMC)

    12h30 DISCUSSION / DÉJEUNER

    Après-midi

    session A : Discours poétiques
    SALLE ELISE RIVET

    14h30 Pratiques stylistiques et poétique africaine
    PAULINE LYDIENNE EBEHEDI KING
    (Université de Maroua, Cameroun)

    15h00 Objet-texte et corpus d’analyse : du local au global du
    poème – SYLVAIN DOURNEL (Université Paris IV-Sorbonne)

    15h30 DISCUSSION / PAUSE

    session b : rythme poétique
    ESPACE MARC BLOCH

    14h30 Une année à Lyon : une délimitation d’un corpus pour
    modeler l’emprunt métrique de Sir Thomas Wyatt –
    KRISTIN HANSON (Université de Californie, Berkeley, USA)

    15h00 La dimension textuelle du rythme chez Verlaine

    Éliane DELENTE (Université de Caen Basse-Normandie)

    15h30 DISCUSSION / PAUSE

    DeVenirs  de  la  strophe
    ESPACE MARC BLOCH

    16h00 Qu’est devenue la strophe avec l’écriture en vers libres ?
    STÉPHANIE THONNERIEUX (Université Lumière Lyon 2)

    16h30 L’étoffe de la strophe en chanson
    STÉPHANE CHAUDIER (Université Jean Monnet, Saint-
    Etienne) ET JOËL JULY (AMU, Aix-en-Provence)

    17h00 DISCUSSION

    17h45 TABLE RONDE SUR LES ENJEUX SCIENTIFIQUES DU COLLOQUE