Auteur/autrice : Bérengère Moricheau-Airaud

  • AAC : En quête d’écologie : la forme enquête dans le récit écologique

    Depuis plusieurs années, la question environnementale occupe une place croissante dans les études littéraires contemporaines. Tandis que sous les noms d’écopoétique, d’écocritique ou d’humanités environnementales s’est développée une réflexion sur les rapports entre littérature et écologie[1], d’autres travaux se sont attachés à montrer ce que les représentations contemporaines de la crise écologique doivent à des imaginaires culturels plus anciens et à des formes esthétiques héritées de la culture de masse et des fictions de genre[2]. Parmi celles-ci, la forme de l’enquête, dont les spécialistes de littérature contemporaine ont largement documenté l’omniprésence actuelle[3], reste encore relativement peu interrogée dans ses articulations avec les enjeux écologiques, en particulier du point de vue des formes narratives, discursives et stylistiques[4].

    Depuis plusieurs années, en effet, la question écologique s’inscrit de manière récurrente dans des récits qui prennent la forme d’une enquête, qu’elle soit fictionnelle ou non. On pense bien sûr au polar écologique[5] (voir Sandrine Collette, Caryl Férey, Sonja Delzongle, Colin Niel, ou Olivier Norek, pour qui « le réchauffement climatique est le serial killer le plus efficace de tous les temps[6] »), mais aussi à l’importation de structures d’enquête dans des récits qui ne relèvent pas strictement des genres policiers (Et vous passerez comme des vents fous de Clara Arnaud, Un monde sans rivages d’Hélène Gaudy, La Folie océan de Vincent Message, Taqawan d’Éric Plamondon, Le Parlement de l’eau de Wendy Delorme ), voire dans des récits graphiques documentaires (Le Droit du sol d’Etienne Davodeau, Algues vertes. L’histoire interdite d’Inès Léraud).

    La manière dont les problématiques territoriales et environnementales infléchissent les univers policiers a déjà fait l’objet de plusieurs travaux, permettant d’esquisser une écopoétique du polar[7]. Cependant, alors même que l’écopoétique suppose tout à la fois une attention aux enjeux environnementaux et une réflexion sur les manièresd’écrire et de lire[8], les formes narratives, discursives et stylistiques à travers lesquelles ces enjeux sont pris en charge restent encore peu étudiées, a fortiori en ce qui concerne les fictions de grande diffusion. L’articulation entre la tension narrative propre à l’enquête et les modalités d’inscription du discours écologique dans le texte mérite pourtant d’être interrogée.

    En privilégiant une approche technique et linguistique, cette journée d’étude se propose ainsi d’examiner les modalités narratives, stylistiques et discursives de l’enquête dans les récits écologiques contemporains. Comment les dispositifs hérités ou déplacés du récit d’enquête – construction de l’hypothèse, circulation des indices, mise en tension narrative, organisation des régimes de preuve et de savoir, mais aussi tentation de l’extraordinaire, régimes de l’excès et du sensationnel hérités des fictions criminelles[9] – contribuent-ils à rendre lisibles les enjeux écologiques contemporains ? Le discours écologique reconfigure-t-il, à l’inverse, les formes du récit d’investigation ?

    Une attention particulière pourra être portée aux modalités d’inscription textuelle du discours écologique : configurations énonciatives et jeu des points de vue, polyphonie, intertextualité, modes de citation et d’inscription des discours rapportés, mais aussi modalisations, lexiques de l’enquête et de l’environnement, temporalités de l’investigation, articulation entre récit, documentation et expertise.

    Il s’agira ainsi de comprendre dans quelle mesure le discours écologique ne constitue pas un simple thème du récit d’enquête, mais contribue à en transformer les formes narratives, discursives et énonciatives, tout en participant à une possible repolitisation de l’enquête littéraire contemporaine.

    Les propositions pourront notamment s’inscrire dans les axes suivants :

    Axe 1 : Énonciation, points de vue, régimes discursifs de l’enquête écologique

    On pourra s’interroger sur les formes de prise en charge énonciative du discours écologique dans les récits d’enquête : posture et ethos de l’enquêteur, du témoin, du lanceur d’alerte ou de l’expert ; circulation et hiérarchisation des voix ; polyphonie et représentation du discours autre ; modalités de citation, de reformulation et d’inscription des discours scientifiques, militants, médiatiques ou juridiques ; construction textuelle de l’autorité, du doute ou de la crédibilité.

    Axe 2 : Tension narrative et temporalités de l’enquête

    Cet axe portera sur les modalités narratives de mise en enquête de la crise écologique : construction de l’énigme, circulation des indices, régimes du suspense et de la curiosité, articulation entre enquête rétrospective et anticipation de la catastrophe. On pourra s’interroger sur  les temporalités propres à ces récits (latence, retard, irréversibilité, saturation causale), ainsi qu’aux formes de tension narrative mobilisées ou déplacées par les enjeux écologiques.

    Axe 3 : Discours écologique, documentation et effets de réel

    On pourra enfin étudier les formes d’articulation entre enquête et documentation : usages de l’archive, du document, du témoignage ou de l’expertise scientifique ; hybridation entre fiction et discours factuels ; circulation interdiscursive des savoirs écologiques. Les propositions pourront également interroger les effets stylistiques et discursifs produits par les lexiques spécialisés, les dispositifs documentaires et les formes d’ancrage réaliste mobilisés dans ces récits.

    Les journées d’étude se tiendront les 3 et 4 février 2027 à l’Université Paris Cité.

    Modalités de soumission des propositions

    La date limite de réception des propositions de communication est fixée au 30 septembre 2026.

    Elles doivent être adressées conjointement à :

    Cécile Narjoux, Université Paris Cité, CERILAC : cecilenarjoux.univpariscite@gmail.com

    Lucie Amir, Université de Grenoble, UMR Litt&ARts : lucie.amir@univ-grenoble-alpes.fr

    Les propositions devront comporter :

    • Un titre
    • Un résumé de 300 à 500 mots précisant le corpus d’étude envisagé, l’approche formelle et l’axe choisis
    • Une notice biobibliographique précisant notamment l’affiliation institutionnelle et la fonction actuelles.
    • Le fichier (adressé en format word et PDF) sera nommé de la manière suivante : NOM-Prénom-titre-date

    Les auteur·ices se verront notifié·e·s le 30 octobre 2026.


    [1] Schoentjes, Pierre, Ce qui a lieu : essai d’écopoétique, Marseille, Éditions Wild Project, 2015 ; Littérature et écologie. Le mur des abeilles, Paris, Corti, coll. « Les Essais », 2020 ; Cavallin, Jean-Christophe, et Alain Romestaing (dir.), Écopoétique pour des temps extrêmes, Fabula-LhT, en ligne, n° 27, 2021 : https://doi.org/10.58282/lht.2832.

    [2] Engélibert, Jean-Paul, Fabuler la fin du monde. La puissance critique des fictions d’apocalypse, Paris, La Découverte, coll. « L’horizon des possibles », 2019 ; Irène Langlet et Aurélie Huz, (dir.), « Fictions climatiques. Introduction. », ReS Futurae, [En ligne], 21 | 2023, mis en ligne le 28 juin 2023, consulté le 27 mai 2026. URL : http://journals.openedition.org/resf/12271.

    [3] Voir tout particulièrement Demanze Laurent, Un nouvel âge de l’enquête, Paris, José Corti, 2019 ; Zenetti, Marie-Jeanne, Factographies: l’enregistrement à l’époque contemporaine, Paris, Classiques Garnier, 2014 ; Zenetti, Marie-Jeanne, « Un effet d’enquête », Fabula. Atelier de théorie littéraire, 2019 ⟨hal-04513005⟩.

    [4] Sur l’approche stylistique du roman policier, voir Berthelier Vincent, Rabaté Dominique et Vervel Marc (dir.), Styles du roman policier, actes de colloque en ligne : https://www.fabula.org/colloques/sommaire12551.php, 2025.

    [5]  Par exemple :  Collette, Sandrine, Juste après la vague, Paris, Denoël, 2018 et Et toujours les forêts, Paris, JC Lattès, 2020 ; Delzongle, Sonja, Le Dernier chant, Denoël, 2021  ;  Férey, Caryl, Lëd, Gallimard, 2021 ; Okavango, Gallimard, 2023 ; Grindadráp, Gallimard, 2025 ; Niel, Colin, Entre fauves, Le Rouerge, 2021 ; Norek, Olivier, Impact, Lafon, 2020. Voir la sélection “Allier le vert et le noir : les polars écologiques !” : https://www.armitiere.com/dossiers/allier-le-vert-et-le-noir-les-polars-ecologiques/.

    [6] À propos de son roman Impact, en ligne sur France Inter, le 28 juin 2021 : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/par-jupiter/par-jupiter-du-lundi-28-juin-2021-726361.

    [7] Jacquelin, Alice et Peillon, Juliette (dir.), « Dans la fabrique du polar vert : écopoétique et ruralité », Belphégor, 2024, en ligne : https://journals.openedition.org/belphegor/5458.

    [8] cf. Marcandier, Christine, L’Écopoétique, Saint-Denis, PUV, coll. « Libre cours », 2024.

    [9] Voir Decout, Maxime, « Le roman policier : une machine à imagination. Littérature, 190(2), 21-34, 2018, en ligne : https://doi.org/10.3917/litt.190.0021 ; Migozzi, Jacques, « De Zigomar à Fantômas : charmes sensationnalistes de la fiction transmédiatique à la Belle Époque », Écritures et discours « populaires » (XIX-XXe siècles), édité par Julie Anselmini et Chantal Massol, UGA Éditions, 2023, en ligne : https://doi.org/10.4000/books.ugaeditions.31958

  • Le sonnet contemporain français (1998–2022)

    Couverture "Le sonnet contemporain français (1998–2022)"

    Le sonnet contemporain français (1998–2022)

    de Sandrine Bédouret-Larraburu (Auteur)

    2026

    Editeur Peter Lang
    Collection Études romanes
    Série: Modern French Identities, Volume 151

    Résumé

    Si le sonnet s’impose comme une forme fixe, très réglementée, force est de reconnaître qu’il existe maintenant sous plusieurs formes, plus ou moins fixes et parfois moins que plus, notamment dans le sonnet en prose. Le plan de texte métrique lui servant de définition ne constitue plus une norme. L’auteure a été amenée à réévaluer ce que peut être le sonnet contemporain, à partir d’un arrière-plan culturel très ancré. Elle a émis l’hypothèse que le sonnet constituait un genre défini par des propriétés communes d’ordre thématique, compositionnel et stylistique. L’ouvrage analyse des ensembles de sonnets (une vingtaine de titres de recueils), publiés ces vingt dernières années, pour mettre en évidence une typologie thématique : sonnets amoureux, sonnets tombeaux, sonnets tableaux et sonnets métalinguistiques ; il réfléchit ensuite aux enjeux de la versification, de la syntaxe et de la ponctuation. L’approche stylistique, et plus particulièrement poétique, permet d’interroger la singularité de telles œuvres et leur place dans le champ de la littérature contemporaine.

    Table des matières

    Couverture
    Première page
    Page de droits d’auteur
    Dévouement
    Sommaire
    Liste des illustrations / figures
    Liste des tableaux
    Remerciements
    Introduction : le sonnet : forme fixe ? plan de texte ? généricité ?
    Chapitre I De l’abolition du plan de texte à l’espace-sonnet
    I. Du sonnet classique au sonnet dénaturé
    1) Des formes sonnet
    2) La prosaïsation du vers
    3) Le sonnet dénaturé
    II. Le sonnet espace poétique contemporain
    1) D’une forme reconnaissable à un espace à investir
    2) Deux critères minimaux : la succession de 14 lignes et la sérialité44
    3) Le sonnet au-delà de ses 14 vers
    Chapitre II Le sonnet et ses sous-genres
    I. Le sonnet amoureux
    1) Le « tu » correspondant : une relation à engager
    2) Entretenir la relation
    3) Le rapport au corps et au désir
    4) La temporalité amoureuse dans l’espace sonnet
    II. Le sonnet tableau
    1) Le rapport à l’image
    2) Le sonnet journal
    3) Le sonnet carte postale
    III. Le sonnet hommage : du tombeau à la parodie
    1) Le sonnet tombeau stricto sensu
    1.1 Les tombeaux de Jacques Roubaud
    1.2 Les sonnets tombeaux d’Yves Bonnefoy
    1.3 Tombeaux & taxidermies de Stéphane Crémer
    2) Le sonnet réécriture parodique
    2.1 Renouveler le sonnet en ajoutant des contraintes
    2.2 « Traduire » des sonnets
    2.3 D’ autres types de sonnets : le sonnet irrationnel et le SOLVA
    IV. Du sonnet métapoétique au sonnet métalinguistique
    1) Des arts poétiques
    2) Parler du sonnet
    3) Parler du langage
    Chapitre III Enjeux métriques et syntaxiques des plans de texte183
    I. Tensions entre métrique et syntaxe
    1) Cohésion ou dyscohésion syntaxique dans la cohérence du sonnet185
    2) Effets d’accentuation
    II. Point de vue métrique
    1) Vers, ligne, prose
    1.1 De la prose à la ligne
    1.2 De la ligne au vers libre
    1.3 Le vers mesuré
    2) Rimes et strophes
    2.1 Des strophes construites sur des rimes
    2.2 Variété des plans strophiques
    2.3 Des strophes sans rimes
    III. La ponctuation
    1) Marquer la phrase : la majuscule et le point
    2) Sonnets à ponctuation traditionnelle
    3) Sonnets saturés de ponctuèmes énonciatifs
    3.1 Usage traditionnel
    3.2 Usage innovant
    4) Sonnets sans ponctuation noire
    IV. Modalités d’énonciation
    1) L’expression du lyrisme : la modalité exclamative et impérative
    2) S’interroger, interroger l’autre
    Conclusion
    Bibliographie
    I. Sonnets contemporains
    II. Autres recueils poétiques cités
    III. Articles ou ouvrages sur les auteurs
    IV. Sur le sonnet
    V. Ouvrages de poétique et de linguistique
    VI. Ouvrages généraux
    Index des noms cités
    Index des notions

    Extrait de « Le sonnet contemporain français (1998–2022) »

    Introduction : le sonnet : forme fixe ? plan de texte ? généricité ?

    Parce que la forme est contraignante, l’idée jaillit plus intense. Tout va bien au Sonnet, la bouffonnerie, la galanterie, la passion, la rêverie, la méditation philosophique. Il y a là la beauté du métal et du minéral bien travaillés. (Baudelaire, « Lettre à A. Fraisse du 18 février 18601 »).

    Le Dictionnaire historique d’Alain Rey définit le sonnet comme un emprunt (1537) à l’italien sonnetto (aujourd’hui sonetto), formé à partir de l’ancien provençal sonet « petite chanson » (fin XIIe siècle), lui-même emprunté à l’ancien français sonet (v.1165), dérivé de son, « air de musique d’un chant » (attesté vers 1200). Étymologiquement, le sonnet est donc lié à la musique, c’est une forme de chanson assez libre qui se spécifie en forme fixe. Alain Rey2 rappelle qu’elle contient quatorze vers disposés en deux quatrains sur deux rimes et deux tercets, qu’elle est née au début du XIIe siècle à la cour de Frédéric II de Sicile, retenue par Pétrarque et apparue en France chez Clément Marot, qui en dédie un à la Duchesse de Ferrare (1536), et en même temps chez Mellin de Saint-Gelais et les poètes de l’École Lyonnaise. Elle s’est développée dans toute l’Europe.

    Étienne Souriau dans son Dictionnaire d’Esthétique propose également une entrée au sonnet, qu’il définit comme « poème de quatorze vers, de structure strophique3 ». Il oppose le sonnet français, dit Peletier (ABBA ABBA CCD EDE) et le sonnet anglais (ABAB CDCD EFEF GG ou ABBA CDDC EFFE GG), mais laisse de côté le sonnet italien ou marotique (ABBA ABBA CCD EED). Il introduit ensuite le sonnet libertin, qui « prend des libertés avec la disposition des rimes, surtout dans les tercets » et qui peut plus rarement mêler des vers de longueur différente. Puis, il revient sur une brève histoire du sonnet pour commenter la valeur esthétique de la forme ; il loue ainsi « l’allure large des quatrains » et leur grande unité due aux rimes puis la force du concetto, amené par les tercets « au mouvement vif » :

    Enfin le dernier vers, ou chute, est à la fois clausule donc fermeture pour la forme, et ouverture d’horizons pour la pensée ; il condense l’essentiel du message dans un trait à la fois nouveau et fondamental, il confère rétrospectivement toute sa signification à l’ensemble ; bien frappé, s’il clôt le poème, il en prolonge l’impression, comme résonne un long accord final.

    Souriau associe la valeur esthétique du sonnet à sa forme : forme strophique en quatrains et tercets assise sur des rimes. L’élégance du sonnet et son rythme dépendent donc de cette forme, indépendamment du vers. Il propose alors un petit listing de domaines où il peut s’appliquer et termine sur un exemple de sonnet en monosyllabes4.

    Enfin Michèle Aquien revient sur le sonnet dans son Dictionnaire de poétique5: « certains attribuent l’invention du sonnet sous sa forme fixe aux troubadours », c’est la thèse de Jacques Roubaud ; « d’autres à l’école italienne, et même sicilienne ». Elle définit également le sonnet comme forme fixe de vers longs. La définition choisie est celle du « sonnet français », par opposition au « sonnet italien ». Mais comme le fait remarquer Michèle Aquien, « dès le début, de nombreuses variantes se font jour, en particulier du côté des tercets ». Elle évoque alors les différentes formes utilisées par Baudelaire, qui renouvelle le genre dans la seconde moitié du XIXe siècle et notamment son appropriation du sonnet élisabéthain et justifie ainsi le fait que la forme fixe du sonnet ne puisse se réduire à un enchaînement particulier de rimes, de strophes et de vers :

    Le sonnet a pris quantité de formes différentes : par inversion du système des strophes (sonnet que H. Morier appelle « renversé »), par encadrement des tercets par les quatrains (sonnet dit « polaire »), par alternance des quatrains et des tercets (sonnet dit « alterné »). Il maintient ainsi son pouvoir structurel de manière toujours vivante. Jacques Roubaud lui consacre un ouvrage entier d’anthologie, Soleil du soleil, et invente deux nouvelles formes de sonnets dans son recueil ε (Poésie/Gallimard) :

    • Le sonnet en prose, fondé sur quatre versets, les deux premiers un peu plus longs que les deux derniers […]
    • Le sonnet de sonnets […] (ibid. : 689).

    Nous verrons un peu plus loin que Rimbaud proposait déjà un sonnet en prose. Enfin, Michèle Aquien termine sur la définition du sonnet irrationnel de Jacques Bens, « poème à forme fixe, de quatorze vers (d’où le substantif sonnet), dont la structure s’appuie sur le nombre π », illustrée par un exemple6.

    Si le sonnet de Pétrarque s’impose comme une forme fixe, très réglementée, force est de reconnaître que le sonnet existe sous plusieurs formes, plus ou moins fixes et parfois moins que plus, notamment dans le sonnet en prose. Nous sommes donc amenés à réévaluer ce que peut être le sonnet contemporain, à partir d’un arrière-plan culturel très ancré, puisque le sonnet reste perçu comme représentation du sonnet de Pétrarque : « Tous les sonnets sont des sonnets de Pétrarque7 », écrit notamment Jacques Roubaud.

    Pour André Gendre8 :

    Le sonnet se présente comme une forme fixe ou plutôt semi-fixe, que modèlent trois variables selon trois niveaux :

    1. Le niveau strophique, essentiellement articulé autour des rimes et du rythme ;
    2. Le niveau syntaxique, c’est-à-dire la disposition ;
    3. Le niveau sémantique, qui dépend des deux premiers, mais possède également son autonomie.

    Le niveau strophique pose les problèmes de la définition même du sonnet. Les rimes délimitent trois strophes, c’est-à-dire trois systèmes clos.

    Là encore, André Gendre définit le sonnet comme une forme fixe ou plutôt comme forme semi-fixe. Il attache la définition du sonnet à ce système de rimes. Pourtant André Gendre fait lui-même remarquer que « dans les premières années du sonnet français, on trouve, sous le nom d’épigrammes et même de rondeaux, maintes pièces de quatorze vers, formées de deux quatrains et de deux tercets, alors que d’autres pièces sont appelées “sonnet” qui ne ressemblent en rien à ce que nous nous représentons comme tel » (p. 2). Gendre montre bien que le sonnet tel qu’il le définit correspond à une représentation du sonnet. Jean-Michel Adam s’appuie sur la notion de plan de texte : « ils correspondent à ce que la rhétorique rangeait dans la dispositio. Un plan de texte peut être conventionnel, c’est-à-dire fixé par l’état historique d’un genre ou d’un sous-genre de discours. Il peut être occasionnel, inattendu, décalé par rapport à un genre ou à un sous-genre de discours »9. Un peu plus loin, il définit parmi les plans de texte fixes « les plans oratoires, les plans canoniques de la dissertation, les articles de dictionnaire, la structure en actes du théâtre classique, les structures du sonnet italien et du sonnet élisabéthain » (p. 206). Cette définition du plan de texte sied aux linguistes qui réduisent le sonnet à une forme. Ainsi Michèle Monte choisit de considérer le sonnet comme plan de texte :

    Il y a, me semble-t-il, tout intérêt à envisager le sonnet strictement comme un plan de texte : cela incite le linguiste à examiner avec attention les relations qui s’établissent entre ses différentes strophes. […] Il est ensuite possible de confronter ce plan compositionnel aux modèles génériques qui travaillent le recueil de poèmes et d’évaluer la tension ou au contraire la convergence entre les attendus des genres et les normes internes déployées par le type de sonnet choisi. Dans ce rapport aux genres, le sonnet va alors jouer comme parangon de la poéticité : il n’est pas un genre en tant que tel mais un signe de la poésie10.

    Nous souhaiterions interroger précisément cette question du genre et nous demander pourquoi le sonnet ne pourrait pas être un genre. En effet, un premier argument consiste à s’intéresser aux formes poétiques dans la mesure où la poésie ne peut plus être considérée comme un genre. « La poésie, comme activité d’un poème, est un des universaux du langage. Anthropologiquement. C’est une définition qui échappe au signe. Elle fait du poème une éthique en acte, en acte de langage. Inséparablement du fait que le poème est ce qu’un corps fait au langage11 » (ibid.). L’enjeu pour nous consiste à lire des poèmes du début du XXIe siècle, à réfléchir à leur valeur, à s’interroger sur l’horizon d’attente de lecture que le sonnet peut créer et les perspectives de réinvention du poème qu’il peut susciter : « Et dans la mesure où ce sont les poèmes qui font la poésie, et pas la poésie qui fait des poèmes, il y a un poème quand il y a ce qu’on peut appeler une pensée poétique, c’est-à-dire ce qui transforme la poésie ». Et quelques lignes plus loin, Henri Meschonnic rajoute « la pensée poétique advient, imprévisiblement, quand et seulement quand une forme de vie transforme une forme de langage et quand une forme de langage transforme une forme de vie, les deux inséparablement. Ce qui n’est pas, n’est plus une définition formelle12 ». Il faut donc envisager le sonnet à la fois dans une réflexion qui s’écarte d’une prise en compte formelle mais qui tienne compte de ses caractéristiques poétiques. Le sonnet n’est pas qu’une forme, il est aussi acte de langage qui mérite d’être étudié dans l’historicité du poème et dans son action transsubjective.

    Pour dépasser la définition formelle consacrée par l’ensemble des dictionnaires, nous pouvons nous inspirer de la proposition intéressante élaborée par Dominique Moncond’huy dans l’ouvrage qu’il a dirigé sur le sonnet contemporain. Il voit dans le sonnet un espace13 et ne manque pas de rappeler que les théoriciens du sonnet des écrivains du XVIe siècle à Gendre, en passant par Banville, n’ont construit qu’une approche essentiellement « prosodique et métrique, donc, aux dépens de toute appréhension du sonnet comme forme et manière d’occuper l’espace de la feuille ».

    Dominique Moncond’huy s’appuie sur une analogie qui parcourt la pensée poétique du XXe et du XXIe siècles et qui compare le sonnet à une maison.

    De ce fait, il y a une sorte de contradiction entre la perception métaphorique du sonnet (un mouvement vers le haut) et le mode de lecture du poème dans la page (vers le bas). Et cette contradiction finit par constituer un trait caractéristique du sonnet car s’il est vrai que tout poème, en Occident, se lit du haut vers le bas, seul le sonnet est perçu et pensé comme une forme qui produit une montée – le dirait-on d’une autre forme poétique14 ?

    Il montre ensuite comment l’espace du sonnet est avant tout un espace mental : « Gageons donc qu’un sonnettiste voit le sonnet qu’il compose, qu’il a composé ; qu’il est capable, mentalement, de s’installer dans l’espace qu’il a offert au sonnet en train de s’écrire ou déjà écrit, qu’il est capable de revisiter cette “chambre” du sonnet, cette “chambre” que constitue chaque sonnet » (p. 15). Le sonnet se présente alors comme un tableau, ce qui lui donne une cohérence thématique où le cadre a son importance car « il définit un espace à remplir, à occuper, un lieu à s’approprier par le verbe après qu’il l’a été par le regard ou par l’appréhension mentale. » (p. 17). Cet espace est défini ainsi chez Jacques Roubaud :

    Quand j’ai mis lumière en sonnet je me sens bien,

    Paisible, enveloppé d’oiseaux et d’un rectangle

    Compact. – Proportions ? – Quatorze sur douze15.

    Le sonnet est cette nostalgie d’une forme fixe qui ne l’est plus : c’est devenu un espace fini que le poète veut remplir d’infini, et c’est un nouveau paradoxe afférent au sonnet. Ceci nous permet d’en revenir à la question du genre.

    Pour qu’un sens soit prêté à un texte, il faut qu’il soit en quelque sorte projeté sur « l’arrière-plan d’un schème discursif préexistant »16, qu’il trouve une place « dans les institutions de l’action symbolique, qui ont pour condition et conditionnement en même temps une culture donnée » (ibid. : 426). Nous retiendrons cette définition : « Le concept de discours […] est défini par les traits suivants : uns stabilisation publique et normative, et la possibilité d’un statut institutionnel » (ibid. : 425). C’est dans les genres de discours que nous localiserons cette « stabilisation publique et normative »17. Pour Tzvetan Todorov, « le choix opéré par une société parmi toutes les codifications possibles du discours détermine ce qu’on appellera son système de genres./ Les genres littéraires, en effet, ne sont rien d’autre qu’un tel choix, rendu conventionnel par une société. Par exemple, le sonnet est un type de discours qui se caractérise par des contraintes supplémentaires sur le mètre et les rimes18 » définition qui pourtant rejoint celle d’une forme.

    Néanmoins, il nous semble que le statut de « sonnet » confère « cette stabilisation publique et normative » aux textes du corpus étudié. En ce sens, il nous parait bien constituer un genre. Michèle Monte repart de la définition donnée par Jean-Michel Adam : « “types relativement stables d’énoncés” possédant des propriétés communes d’ordre thématique, compositionnel et stylistique parce qu’ils s’inscrivent dans le même domaine de l’activité humaine dont ils “reflètent les conditions spécifiques et les finalités” » (1984 : 265, d’après Adam, 2011)19 ». Nous proposons donc de réfléchir à ces propriétés communes à partir des grands ordres définis : l’ordre thématique, compositionnel et stylistique.

    Ainsi comme Jean-Michel Adam, comme Michèle Monte, nous réfléchirons davantage en termes de généricité, résultat d’un « dialogue continu, souvent conflictuel, entre les instances énonciative, éditoriale et lectoriale. […] Il s’agit d’aborder le problème du genre moins comme l’examen des caractéristiques d’une catégorie de textes que comme la prise en compte et la mise en évidence d’un processus dynamique de travail sur les orientations génériques des énoncés20 ». Nous nous appuierons sur les 6 propositions élaborées par Jean-Michel Adam :

    1. Tout texte participe d’un ou plusieurs genres.
    2. Les genres sont aussi divers que les pratiques discursives : ainsi « les systèmes de genres et les genres évoluent et disparaissent avec les formations socio-discursives auxquelles ils étaient associés » (p. 15).
    3. Les genres sont des pratiques normées, cognitivement et socialement indispensables.
    4. Les genres sont des catégories dynamiques en variation : « dans le mouvement de l’évolution historique inéluctable d’un genre, “l’aspiration à un renouvellement” (Tomachevski, 1965) touche généralement les procédés canoniques, traditionnels, stéréotypés, en allant même jusqu’à les faire passer parfois du groupe des procédés obligatoires dans celui des procédés interdits » (p. 18). Il nous intéresse ici de voir comment le sonnet contemporain se construit comme genre indépendamment de la forme canonique qui a prévalu dans sa définition jusqu’à la fin du XXe siècle.
    5. Les genres n’existent qu’au sein d’un système de genres : « Les genres sont des catégories définissables par des tendances ou des gradients de typicalité par des faisceaux de régularités et des phénomènes de dominante » (p. 18). Cette remarque nous conduira à penser le sonnet comme poème ; alors que le genre « poésie » ne semble plus pouvoir être défini précisément.
    6. La généricité engage tous les niveaux textuels et transtextuels et les affecte. En ce qui concerne le sonnet, cette proposition nous parait particulièrement pertinente au niveau transtextuel, que ce soit au plan péritextuel (les titres notamment qui renvoient directement au genre ou à une intertextualité, comme Sonnets de la Mort de Bernard Noël) comme au plan textuel, où l’unité du poème doit dire quelque chose du sonnet.

    Ainsi nous proposons de réfléchir à la généricité du sonnet, comme poème. Cette entrée nous permettra d’aborder des problématiques et des considérations qui concernent la poésie contemporaine.

  • Manuel d’analyse du discours – Perspectives contemporaines

    Couverture Manuel d’analyse du discours - Perspectives contemporaines

    Manuel d’analyse du discoursPerspectives contemporaines

    Par Domitille Caillat et Bertrand Verine

    Collection Culture & Communication

    De Boeck Supérieur

    1e édition – novembre 2024 – 204 pages – ISBN 978-2-8073-6055-6

    Accès à l’ouvrage en ligne

    Présentation

    Une synthèse de méthodologie d’analyse du discours utile pour tous les chercheurs en linguistique et en communication.

    Ce manuel présente de manière accessible les principaux outils méthodologiques de l’analyse du discours et montre comment on la met en œuvre sur un large éventail d’exemples attestés : articles de presse, interview télévisée, lettre de poilus, sketch d’humoriste, fables, tweets et SMS, etc.

    Rédigé à plusieurs mains par des spécialistes de différents champs des sciences du langage (interaction, stylistique, phonétique, argumentation, gestualité, traitement automatique, etc.), il propose un aperçu de la discipline telle qu’elle se pratique aujourd’hui dans sa grande diversité.

    Il trouve son originalité dans son organisation autour d’entrées innovantes et dans l’application des notions et des outils à la diversité des discours écrits et oraux. Chacun des sept chapitres qui le composent offre une synthèse des principaux outils théoriques, une série d’exercices, leurs corrigés et quelques propositions de lectures pour approfondir chaque problématique.

    Avec les contributions de : Jacques Bres, Domitille Caillat, Frédéric Calas, Sascha Diwersy, Christelle Dodane, Corinne Gomila, Fabrice Hirsch, Giancarlo Luxardo, Aleksandra Nowakowska, Jean-Marc Sarale, Agnès Steuckardt, Maud Verdier et Bertrand Verine.

    Ce projet a été réalisé au sein du laboratoire Praxiling (Université Paul-Valéry Montpellier 3 – CNRS UMR 5267).

    Sommaire

    Introduction

    Chapitre I. Classification des discours

    Chapitre II. Énonciation

    Chapitre III. Structuration

    Chapitre IV. Production de sens

    Chapitre V. Hétérogénéité(s) énonciative(s)

    Chapitre VI. Argumentation

    Chapitre VII. Analyses outillées

    Corpus

    Index

    Pages de fin

    Compte-rendu

    Premier compte-rendu rédigé par Pascale Delormas pour la revue Argumentation et Analyse du discours (n° 35, 2025): https://doi.org/10.4000/14ybb).

  • Laélia Véron, Guillaume Fondu,  » T’es sérieuse ? « . Problèmes politiques de l’ironie

    Laélia Véron, Guillaume Fondu,  » T’es sérieuse ? « . Problèmes politiques de l’ironie


    Paris

    La Découverte

    Collection : Nouveaux cahiers libres

    Parution : 15/01/2026

    EAN : 9782348088742

    Présentation

    L’ironie est louée de toutes parts. Elle peut faire rire et réfléchir tout à la fois. En jouant sur des effets de mention et d’écho, elle permet par exemple de reconsidérer de manière critique les discours dominants.
    Mais jusqu’à quel point cette parole critique est-elle politique ? Permet-elle de souder une communauté politique ou plutôt d’entretenir certains préjugés dans le confort de l’entre-soi ? Est-elle un instrument d’émancipation susceptible de renverser les hiérarchies ou bien l’expression d’un privilège (genré, lettré, etc.) ?
    Certes, l’ironie remet en cause notre tendance à adhérer sans réfléchir aux discours en vogue. Mais elle est aussi une parole d’esquive, qui rechigne à fixer un contenu, qui refuse de prendre parti, qui fait un pari risqué : répéter un discours-cible pour le ridiculiser, au risque cependant de le normaliser.
    Loin des distinctions faciles entre la  » bonne  » et la  » mauvaise  » ironie (ce qui revient, en réalité, à distinguer l’ironie qui nous plait et celle qui ne nous plait pas), ce livre, en analysant de nombreux exemples polémiques, mène l’enquête sur les ambigüités politiques de l’ironie dans le monde contemporain.

    Lire l’introduction

    Table des matières

    Avant-propos. Ironie et pouvoir
    Introduction.  » Je suis antisémite  » : d’Alain Finkielkraut à Blanche Gardin, vertiges de l’ironie

    Chapitre 1. Grands discours et sourires en coin. Quand ironie et politique se rencontrent
    Humour, ironie et politique : entre suspicion et légitimation
    Le piège de la binarité : le bon et le mauvais, le vrai et le faux
    Sortir du consensus universitaire
    Quand l’ironie légitime la critique (et vice versa)
    Le gout universitaire pour l’ironie : un gout social ?
    Pour une approche discursive comparée
    Parole politique et parole ironique : la question des normes collectives
    Chapitre 2. L’ironie comme méthode pédagogique ? De Socrate à Guillaume Meurice
    Retour à Socrate
    Les chroniques de Guillaume Meurice : piège ou pédagogie ?
    Ironie littéraire et itinéraire pédagogique
    Usages militants de l’ironie
    Ironie et débat : convaincre ou faire bloc
    Chapitre 3. L’ironie comme lien communautaire. Créer, entretenir, figer un  » nous  » ?
    La communauté politique :  » nous  » contre  » elles/eux « 
    Communauté ironique et communauté politique
    Intégrer la communauté ironique
    Ironie et démagogie
    L’unification par l’exclusion
    Interroger la communauté
    Ambivalences de l’auto-ironie
    Chapitre 4. L’ironie comme arme. Dominations et rapports de pouvoir
    Ironie dominatrice, ironie libératrice ? Identifier et transformer les rapports de pouvoir
    Qui peut ironiser, contre qui ?
    Élitisme inconscient et misérabilisme exacerbé
    Des relations de domination complexes
    L’ironie, arme de domination ou contre les dominations ?
    Le retournement du stigmate via l’ironie : une stratégie ambigüe
    Replacer l’ironie dans des rapports de force plus généraux
    Chapitre 5. L’ironie comme critique de l’actualité. S’éloigner du présent pour imaginer ou pour oublier l’avenir ?
    L’ironie ou la désadhésion lucide vis-à-vis du présent
    Le scénario politique : parier sur l’avenir à partir du présent
    Ironie, créativité et posture apolitique
    La satire comme mise en pratique du travail critique de l’ironie
    Le ludisme : quand l’ironie n’est qu’un jeu Le cynisme : quand l’ironie se fait insignifiance
    Conclusion. Un peu de sérieux ?
    Remerciements
    Notes.

  • Pour une co-construction du sens – En hommage à Alain Rabatel

    Pour une co-construction du sens – En hommage à Alain Rabatel

    Collection Sémantique, théorie énonciative, pragmatique et analyse du discours

    Resp. scientifique : Danielle Leeman

    Préface : Danielle Leeman

    ISBN/EAN 978-2-940817-33-7

    Parution décembre 2025

    Présentation

    Les linguistes que réunit ce volume d’hommage mettent leur intelligence en commun pour tester les thèses rabateliennes sur de nouveaux corpus.

    Il y est d’abord question du point de vue (PDV) en matière d’énonciation et de ses liens avec la référenciation et l’interprétation de récits en prose, comme dans Homo narrans, puis de l’extension de la théorie du PDV à un domaine peu investigué par Alain Rabatel, la poésie, avant un ensemble de méta-analyses portant sur des questions plus générales liées à la place des récepteurs dans la construction des messages. On aborde alors les liens entre théorie du PDV et pragmatique cognitive ou sémiotique des images et la gestion de la plurisémie ou des ambiguïtés. Dans une seconde partie, le livre interroge les relations entre PDV et prise en charge ou responsabilité énonciatives ainsi qu’entre PDV, subjectivité et altérité ou entre PDV et argumentation.

    Tous ces concepts jouent un rôle dans la façon dont les récepteurs des messages verbaux et les spectateurs des images perçoivent les enjeux des PDV et participent à la co-construction du sens.

    Contributions

    Contributions de Jean-Michel Adam, Marc Arabyan, Pierluigi Basso Fossali, Gabriel Bergounioux, Elżbieta Biardzka, Marc Bonhomme, Éric Bordas, Collectif Programma (Zoé Camus, Alfredo M. Lescano, Álvaro Magalhães Pereira da Silva, Fortunato Morales Ávila, Maxime Vétier), Bernard Combettes et Annie Kuyumcuyan, Patrick Dendale et Danielle Coltier, Wander Emediato de Souza, Alice de Georges, Michel Favriaud, Pierre Fleury, Ligia Stela Florea, Lucile Gaudin-Bordes, Jean-François Jeandillou, Roselyne Koren, Hans Kronning, Grégoire Lacaze, Houda Landolsi, Véronique Magri, Dominique Maingueneau, Sophie Marnette et Laurence Rosier, Maria Aldina Marques et Isabel Duarte, Michèle Monte, François Nemo, Gilles Philippe, François Provenzano, Laura Santone, Louis de Saussure, Agnès Steuckardt, Hélène Vassiliadou, Stefano Vicari et Julien Longhi, Esme Winter-Froemel.

    Table des matières

    Ouvrage publié avec le concours du laboratoire ICAR de l’Université de Lyon 2.

  • « T’es sérieuse ? » Problèmes politiques de l’ironie

    « T’es sérieuse ? »
    Problèmes politiques de l’ironie

    Laélia Véron, Guillaume Fondu

    Editions La Découverte
    Collection : Nouveaux cahiers libres
    Parution : 15/01/2026

    Présentation

    L’ironie est louée de toutes parts. Elle peut faire rire et réfléchir tout à la fois. En jouant sur des effets de mention et d’écho, elle permet par exemple de reconsidérer de manière critique les discours dominants.
    Mais jusqu’à quel point cette parole critique est-elle politique ? Permet-elle de souder une communauté politique ou plutôt d’entretenir certains préjugés dans le confort de l’entresoi ? Est-elle un instrument d’émancipation susceptible de renverser les hiérarchies ou bien l’expression d’un privilège (genré, lettré, etc.) ?
    Certes, l’ironie remet en cause notre tendance à adhérer sans réfléchir aux discours en vogue. Mais elle est aussi une parole d’esquive, qui rechigne à fixer un contenu, qui refuse de prendre parti, qui fait un pari risqué : répéter un discours-cible pour le ridiculiser, au risque cependant de le normaliser.
    Loin des distinctions faciles entre la  » bonne  » et la  » mauvaise  » ironie (ce qui revient, en réalité, à distinguer l’ironie qui nous plait et celle qui ne nous plait pas), ce livre, en analysant de nombreux exemples polémiques, mène l’enquête sur les ambigüités politiques de l’ironie dans le monde contemporain.

  • Journées d’étude en présence de l’auteur Philippe Djian « Philippe Djian, polygraphe : Langue, rythme et voix dans une œuvre plurielle »

    Journées d’étude en présence de l’auteur Philippe Djian : « Philippe Djian, polygraphe : Langue, rythme et voix dans une œuvre plurielle »

    AMU, ALLSH, Campus d’Aix-en-Provence, sites Schuman 29 et 3

    Mercredi 8 et jeudi 9 avril 2026

    Porteurs du projet :
    Elodie BURLE, CIELAM, Département des Lettres, ALLSH, AMU
    Joël JULY, CIELAM, Département des Lettres, ALLSH, AMU

    Organisateurs

    • CIELAM,
    • UFR ALLSH,
    • Projet TIGER du master CLIN,
    • INCIAM,
    • CRéaLAME,
    • Association Internationale de Stylistique,
    • Réseau de recherche « Les Ondes du monde »

    Argumentaire

    Depuis la parution de 37°2 le matin (1985), roman qui a immédiatement inscrit Philippe Djian dans le paysage littéraire contemporain, l’écrivain n’a cessé de produire une œuvre prolifique où se suivent et se répondent romans, nouvelles, scénarios, chansons et essais. Cette diversité formelle témoigne d’un rapport singulier à l’écriture : en effet, l’enjeu de cette production artistique repose sur la recherche d’un rythme, d’une voix et d’une musicalité qui justement transcendent les genres.

    Ses œuvres sont traduites dans presque toutes les langues et il est salué comme un créateur dont le talent est mondialement reconnu. S’il a reçu le Prix Interallié pour Oh ! en 2012, il est cependant dommage qu’aucune université française n’ait su lui consacrer en propre de colloque scientifique, alors que d’autres pays comme les Etats-Unis ou l’Irlande l’ont déjà fait ou lui ont rendu des hommages appuyés. Les journées qui seront organisées à AMU par le laboratoire du CIELAM les 8 et 9 avril 2026 seront d’autant plus remarquables qu’elles combleront une profonde lacune dans les rencontres universitaires autour de la littérature ultra-contemporaine en France. Les participants auront de plus le privilège d’y écouter l’auteur, de dialoguer avec lui, et pour les plus chanceux, nos étudiants du master « Création littéraire » parcours CLIN, de travailler à ses côtés lors d’une masterclasse. 

    Les romans de Philippe Djian – de Zone érogène (1984) à Dolorès (2025), en passant par Lent dehors (1991), Oh ! (2012) ou Sans compter (2023) (la liste est bien trop longue !) – offrent un terrain privilégié pour interroger l’économie de la phrase djianienne : jeu sur la ponctuation, ellipses, ruptures syntaxiques et sobriété du lexique instaurent un style à la fois épuré et heurté, qui peut restituer la violence et la fragilité des existences ou des relations humaines, leur vacuité. Le cycle sériel de Doggy Bag (2005-2010) expérimente quant à lui des formes d’écriture fragmentée et des récurrences, inspirées des séries télévisées américaines, questionnant ainsi les frontières de la littérature.

    Parallèlement, l’œuvre brève de Djian – nouvelles regroupées notamment dans 50 contre 1 (1981) – condense en quelques pages des tensions narratives et des enjeux stylistiques qui résonnent avec ses textes plus longs, tandis que ses incursions dans la chanson, en collaboration avec le chanteur et musicien suisse Stephan Eicher, déplacent son univers vers une oralité, une tonalité et une musicalité explicites. Enfin, ses réflexions, rassemblées dans l’essai Ardoise (2002) ou débattues dans de nombreuses interviews, livrent un discours réflexif sur l’acte d’écriture, comme de lecture, ses difficultés, ses choix et ses ambitions.

    Ces journées d’étude se proposent d’examiner la cohérence et les écarts au sein de cette œuvre plurielle. On s’intéressera notamment à la manière dont les choix esthétiques et langagiers – fragmentation, oralité, souci du détail, résonance musicale – circulent d’un genre à l’autre, et à la façon dont Djian renouvelle la perception de ce que peut être le « style » dans la création contemporaine. Il s’agira également de réfléchir à l’inscription de cette œuvre dans un horizon intermédial, où littérature, cinéma et musique se croisent et se répondent. Scénariste ou adaptateur de ses propres romans, Djian a contribué à quelques pages mémorables du cinéma français.

    En interrogeant Philippe Djian à travers ses expérimentations stylistiques et génériques, ces journées souhaitent mettre en lumière une œuvre en mouvement, qui dit le monde, donne le ton, « tient la note », observe, et propose.

    Vos projets de communication (en 300 mots avec une courte biobibliographie) sont à envoyer d’ici le 31 janvier 2026 à elodie.burle@univ-amu.fr et joel.july@univ-amu.fr.

    Comité scientifique

    • Nicolas BIANCHI, MCF université de Toulouse- Jean Jaurès
    • Elodie BURLE, MCF AMU
    • Stéphane CHAUDIER, PR Université de Lille
    • Bernard JEANNOT, MCF université de Nancy
    • Joël JULY, MCF AMU 
    • Jean-Marc QUARANTA, MCF HDR AMU
  • Genesis, n° 61 : (S’)interdire (dir. Elise Nottet-Chedeville)

    Ce volume s’intéresse à la genèse du tabou en invitant à mesurer, dans les avant-textes ou la genèse post-éditoriale des œuvres littéraires, le rôle joué par les impératifs de la morale discursive

    Le numéro analyse quels sont les domaines et les sphères langagières dans lesquels l’écrivain exerce un contrôle de lui-même, de quelle manière il le fait, à quelles fins, et quelles sont les poétiques d’écriture ainsi dessinées par ces interdits qui œuvrent. La diversité des contributions (portant sur différents genres et siècles) met en évidence combien les opérations d’autocensure déterminent un ensemble de stratégies discursives et littéraires agissant comme de réelles dynamiques d’écriture. Les articles présentés dessinent, par-delà leurs singularités respectives, une cartographie génétique du tabou en étudiant ses différentes inscriptions chronologiques et génétiques, l’implication de tiers portant la voix tabouisante, le dialogisme inhérent à l’interdit, les motifs d’autocensure, la plus ou moins grande conscientisation de la tabouisation, la diversité des stratégies discursives déployées pour ne pas dire, et enfin la réorientation générale de l’œuvre qu’entraînent les opérations de tabouisation.

    Sommaire

    Présentation Élise Nottet-Chedeville, « (S’)interdire ? »

    ENJEUX

    Gilles Philippe, « Genèse post-éditoriale et esthétisation du tabou »

    Élise Nottet-Chedeville, « “Couvrez ce sein que je ne saurais voir.” De la “(dé)tabouisation” du féminin »

    ÉTUDES

    François Rouget, « Ronsard et la gestion du tabou »

    Leila Chevalley, « Des vertus génétiques du tabou. Sade : en quête d’une langue. »

    Lucie Nizard, « D’“elle se donne” à “elle cède” : le biais genré des corrections de Willy dans Claudine en ménage (1902) »

    Solène Lepinay, « Genèse des thèmes homosexuels dans Les Caves du Vatican d’André Gide : une prudente audace »

    Anne Garric, « Montrer, raconter, dire (et redire) l’interdit : la tabouisation de l’outrage maternel dans Histoire de l’œil et Le Bleu du ciel de Georges Bataille »

    Clara de Courson, « Fiction et transgression chez S. Corinna Bille : étude génétique de “L’Envoûtement”»

    ENTRETIEN

    Élise Nottet-Chedeville, « Mémoires d’écrivaine et d’éditrice. Entretien avec Annie Ernaux et Teresa Cremisi »

    INÉDIT

    Alain Boillat, « Le scénario du film Le Blé en herbe (1954), objet d’une tardive (auto)censure hétéronormative »

    VARIA

    Stéphanie Dord-Crouslé, « À l’interface du manuscrit et de l’imprimé : Flaubert et ses copistes »

    CHRONIQUES

    Comptes rendus d’ouvrages

    Nouvelles d’archives

  • Journée d’étude : « Grammaire de l’expressivité »

    Grammaire de l’expressivité
    Journée d’étude conclusive du séminaire LAF-4109
    Master de Lettres Modernes

    École Normale Supérieure Lyon
    Mercredi 17 décembre 2025
    15h – 20h

    Programme

    Présidence : Nicolas Laurent

    15h-15h20 : Dylan Estruch : Pour un prolongement de la notion guillaumienne d’expressivité

    15h20-15h40 : Claire Avaro : Évolution de l’emploi de l’adjectif petit : vers l’euphémisation de nos propos ?

    15h40-16h : Anthony Reynaud : Expressivité de la répétition. Le cas de la parole d’Écho dans les pastorales dramatiques d’Alexandre Hardy

    16h-16h30 : discussion 16h30-16h40 : pause

    Présidence : Céline Guillot

    16h40-17h : Laura Frantschi : Expressivité du ponctème etc. Un marqueur d’attitude ? Valeurs pragmatiques et énonciatives dans Le Voyage en Espagne (1843) de Théophile Gautier

    17h-17h20 : Sérène Perrel : Voilà ou la référence spectaculaire. Étude d’une chanson de Barbara Pravi

    17h20-17h40 : Clémence Saillard : « Pourquoi toi, tu parles en igo ? » : remarques sur l’expressivité des mots empruntés dans quelques textes du rap français

    17h40-18h10 : discussion 18h10-18h20 : pause

    Présidence : Agnès Fontvieille

    18h20-18h40 : Anna Spire-Serre : Avé l’assent. Expressivité des accents régionaux à l’écrit

    18h40-19h : Maëlle Montessuit : Vulgariser la philosophie grâce à l’expressivité d’un espace textuel et discursif : Philosophie magazine

    19h-19h20 : Julie Messager : La tempête Benjamin, une « bombe météorologique » : circulation d’une métaphore à travers un corpus médiatique

    19h20-19h50 : discussion

  • Ambigüité / ambivalence (syntaxique, sémantique ou énonciative) en linguistique

    Colloque International

    Ambigüité / ambivalence (syntaxique, sémantique ou énonciative) en linguistique

    Université de Toulon

    27 et 28 novembre 2025

    Site du colloque :
    https://ambiguity-tln.sciencesconf.org/

    Présentation

    Colloque organisé grâce au soutien du laboratoire Babel (EA 2649) de l’Université de Toulon et de l’Association des Linguistes Anglicistes de l’Enseignement Supérieur (ALAES).

    E-mail de contact : ambiguity-tln@sciencesconf.org

    Programme

    Vous trouverez le programme détaillé sur le site du colloque :

    https://ambiguity-tln.sciencesconf.org

    Télécharger le programme (PDF)

    Inscription

    L’accès aux conférences est libre sur présentation de la carte professionnelle ou de la carte d’étudiant ; en revanche, une inscription est obligatoire pour prendre part aux pauses-café et aux repas :

    https://formulaires.idemarches.univ-tln.fr/recherche/s-inscrire-au-colloque-babel-ambiguity

    (Les inscriptions étant bientôt closes, merci de contacter le comité d’organisation en cas de difficulté.)

    Comité d’organisation / scientifique

    Comité organisateur

    • Bénédicte Guillaume,
    • Élise Mathurin,
    • Michèle Monte,
    • Vanessa Saint-Martin,
    • Université de Toulon.

    Comité scientifique

    • Audrey Coussy (McGill University)
    • Barbara Dancygier (University of British Columbia)
    • Antin Fougner Rydning (Universitetet i Oslo)
    • Laure Gardelle (Université Grenoble-Alpes)
    • María Isabel González-Rey (Universidad de Santiago de Compostela)
    • Michelle Lecolle (Sorbonne Nouvelle)
    • Laëtitia Leonarduzzi (Université d’Aix-Marseille)
    • Natalia López-Cortés (Universidad de Zaragoza)
    • Blandine Pennec (Université Toulouse II – Jean Jaurès)
    • Myriam Ponge (Université Paris 8)
    • Graham Ranger (Avignon Université)
    • Fabio Reggatin (Università degli Studi di Udine)
    • Corinne Rossari (Université de Neuchâtel)
    • Pascale Roux (Université Lumière Lyon 2)
    • Mohamed Saki (Université de Bretagne Occidentale)
    • Martine Sekali (Université de Nanterre)
    • Denis Vigier (Université Lumière Lyon 2)
    • Esme Winter-Froemel (Universität Würtzburg)